Appel à contribution Revue AE&S vol.4, n°2

Variétés et systèmes de culture : quelle co-évolution ? Quelles implications pour l’agronomie et la génétique ?

 

Appel à contribution de la revue Agronomie, environnement et sociétés, Vol 4 n°2

mis en ligne le 31 juillet 2013

Les échéances :

-          Avant le 01/11/2013 : Manifestation d’intérêt

-          Avant le 01/02/2014 : Envoi du résumé

-          Date limite pour l’envoi de la première version des textes : 25/04/2014

 

Contact : aes@supagro.inra.fr

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Le raisonnement de l'évolution des systèmes de culture est au cœur de l'agronomie. Il repose sur des connaissances relatives au fonctionnement des agro-écosystèmes, des méthodes pour concevoir des systèmes répondant à de nouveaux enjeux, des outils pour piloter ces systèmes de culture en fonction d'objectifs variés. Il repose également sur l'évaluation de leurs performances, permettant de raisonner leur insertion dans des systèmes à d’autres échelles (exploitation agricole, filières, territoires...) et de réfléchir les politiques publiques susceptibles d'en infléchir ou d’en orienter les trajectoires d'évolution.

Le choix variétal (qui suppose l’accès aux semences) est un élément essentiel du système de culture. Depuis l’après-guerre, l'évolution des variétés et celle des systèmes de culture se sont faites en synergie. Sur le plan variétal, la modernisation agricole dans les pays du Nord aussi bien que la révolution verte dans les pays du Sud ont reposé sur la diffusion de variétés à hauts rendements (réduction de la taille et augmentation du rapport grain sur paille, meilleure valorisation du rayonnement lumineux, etc.). Ces modes d’intensification de l’agriculture ont bien fonctionné dans les modèles d’agriculture conventionnelle d’Europe et d’Asie ou encore pour les plantations d’Afrique intertropicale, car elles allaient de pair avec des conditions pédoclimatiques favorables et une élimination des facteurs limitants (apports élevés d’intrants et, pour le riz irrigué, meilleure gestion de l’irrigation, etc.).

A contrario, du fait de la persistance de facteurs biotiques et abiotiques limitants et/ou d’une non adéquation avec les pratiques agricoles locales, le modèle agricole issu de la Révolution verte n’a pas fonctionné dans plusieurs zones semi arides (cf. zones céréalières non irriguées du Maghreb). Et en Afrique subsaharienne, ce modèle ne s’est développé que dans quelques régions agricoles.

Par ailleurs, en France, la modernisation agricole doit aujourd’hui faire face à des défis importants (économiques, écologiques et sociaux). Cela a contribué à redéfinir les objectifs assignés aux systèmes de culture en intégrant notamment des finalités de qualité renouvelées ou retrouvées, et progressivement davantage de finalités de nature environnementale (qu'il s'agisse de respect de normes comme celles relatives à la qualité de l’eau et à son utilisation raisonnée, à la préservation de la biodiversité, ou des services rendus par les agroécosystèmes). La sélection de variétés définies sur des aspects qualité (ex. valeur boulangère des blés) et plus tolérantes à certaines maladies correspond à la première réponse donnée par les sélectionneurs à cette nouvelle demande sociétale. Les nombreux progrès accomplis en biologie moléculaire et en génétique servent aujourd’hui ce renouveau de l’amélioration variétale. Une meilleure caractérisation des accessions des collections ex situ permet de cibler les recherches vers certains gènes dits d’intérêt et une sélection assistée par marqueurs permet au sélectionneur de gagner un grand nombre d’années pour sa sortie variétale.

De plus, de nouveaux enjeux émergent. Concernant la propriété intellectuelle, le certificat d’obtention végétale (COV) tel qu’il était défini dans les années 1960 a progressivement évolué sous l’influence du droit des brevets, lequel remet en cause le principe de libre accès pour les obtenteurs aux variétés existantes comme ressource génétique pour la création des futures variétés. Par contre, pour une variété issue de sélection classique mais comprenant une lignée parentale ou un événement breveté, le concept de variété essentiellement dérivé (VED) a été créé pour permettre le partage des droits et royalties entre l’obtenteur classique et le détenteur du ou des brevets.

Les évolutions juridiques du COV, surtout depuis 1991, et l’influence croissante du droit des brevets ont fortement réduit le droit historique des agriculteurs de ressemer sans taxation une partie de leur production.

Par ailleurs, l’implication dans des programmes de sélection participative de chercheurs des centres de la recherche publique (Cirad, Inra, quelques centres internationaux) et d’organisations paysannes des pays concernés amène une nouvelle réflexion sur la construction collective des variétés et sur la structure génétique de celles-ci qui repose moins strictement sur les principes de distinction, homogénéité et stabilité comme c’est le cas pour les variétés protégées par le COV.

Au niveau mondial, différents systèmes se mettent en place tant pour permettre l’accès aux ressources génétiques et à la dynamique évolutive des espèces cultivées pour la production agricole et l’innovation (différents types de catalogues de variétés, Open Source Seed License, etc.), que pour garantir un accès à des semences de qualité pour les paysans (cf. Système FAO de Semences de qualité déclarée).

 

 

Dans ce numéro, on souhaite aborder notamment les questions suivantes :

 

1- Objectifs de production et variétés

Compte tenu des objectifs assignés aux systèmes de culture, que sait-on de ce que peuvent apporter les variétés ? Il s'agit là de discuter des objectifs de sélection en rapport avec les finalités des systèmes de culture que beaucoup d’agriculteurs souhaitent plus résilients face à la fréquence croissante des aléas climatiques et aux changements climatiques en cours et à venir.

Alors que des plafonnements des rendements des céréales (riz et blé principalement) sont mentionnés dans plusieurs régions agricoles du Monde ayant mis en œuvre diverses formes de révolution verte, quelle est la situation en France pour les principales espèces végétales ?

Quelles sont les gammes de variation de performance existantes pour différents critères (productivité mais aussi rusticité face aux aléas climatiques, résistance aux bioagresseurs, qualité nutritionnelle et qualité liée au procédé de transformation ou à la conservation, efficience d'utilisation des facteurs), et pour différentes combinaisons de ces critères ? En quoi et jusqu'où l'empilement de critères dans un même génotype est-il possible ?

 

2- Explorer la relation Génotype x Environnement

Quels degrés de liberté supplémentaires pour atteindre des objectifs sont-ils offerts par la meilleure connaissance de ce que sont les Interactions Génotype x Environnement ? Ces interactions GxE se déclinent aujourd’hui sur un plan technique par GxExConduite (IGEC) et par GxExSociété (GES) pour considérer davantage la diversité des pratiques agricoles. On sait que les travaux sur les IGEC et les GES se sont développés au cours des quinze dernières années. Ces interactions présentent-elles des limites biologiques, en particulier pour les espèces végétales dont les rendements plafonnent actuellement ? Quels avantages et inconvénients leur prise en compte dans le choix des variétés et des systèmes de culture présente-t-elle sur les plans techniques, sociaux, organisationnels, économiques, culturels?

 

3- Quelles perspectives offre la prise en compte des aspects spatio-temporels de la diversité génétique ?

Le raisonnement spatio-temporel de la diversité génétique offre-t-il des opportunités compatibles avec la gestion des systèmes de culture et des filières ? Le raisonnement d'une plus grande diversité génétique à différentes échelles spatiales (parcellaire, sur des territoires de différentes tailles) semble être un moyen d'amplifier par des effets synergiques ce que portent une à une les variétés (particulièrement dans le cadre de la résistance aux maladies). La gestion de la diversité génétique doit-elle, peut-elle, se limiter aux espèces végétales cultivées ? Quel nouveau regard est-il possible de porter sur la biodiversité pour l’intégrer dans de nouvelles associations de cultures ou de variétés en meilleure synergie avec leur environnement ?

 

4- Quel potentiel des nouvelles biotechnologies ?

Certaines biotechnologies présentent des avantages évidents (sélection assistée par marqueur) et ce quels que soient les objectifs de recherche. D’autres inquiètent un certain nombre d’agriculteurs et de citoyens (transgénèses, mutagénèses provoquées par des agents chimiques ou des radiations…). En quoi les nouvelles connaissances biologiques appuyées sur des développements technologiques offrent-elles de nouvelles perspectives de sélection valorisables pour une évolution des systèmes de culture ? Il s'agit d'identifier si les nouvelles connaissances biologiques, au-delà de leur intérêt pour la sélection, permettent d'entrevoir des moyens de lever certains verrous dans les systèmes de culture (grâce notamment à une meilleure résistance à des stress biotiques ou abiotiques permettant de décaler des cycles de culture, de modifier des densités de plantation, etc.).

 

5- Quel potentiel de modèles alternatifs d’amélioration des plantes ?

A des échelles locales, régionales et nationales, se développent les pratiques de sélection participative, qui peuvent être un moyen de mieux intégrer les savoirs locaux et les savoirs scientifiques dans la gestion dynamique d'une diversité génétique et de mieux répondre à des demandes locales non prises en compte par les programmes de sélection privés ou publics. Les variétés issues de ces pratiques de sélection permettent-elles une évolution des conduites des cultures ? Présentent-elles notamment une meilleure adaptation aux conditions climatiques dans lesquelles elles ont été sélectionnées ? Une meilleure résistance à des stress biotiques ou abiotiques ? Existe-t-il des limites spatiales et organisationnelles à une sélection participative, et à l'atteinte de ses objectifs ?

L'objectif du numéro est de réfléchir entre agronomes, généticiens et agriculteurs sur ces questions, en balayant la gamme des préoccupations qui peuvent être celles des différents métiers d'agronomes. Tous les types de systèmes de culture et tous les biotopes sont a priori concernés.

Les textes attendus peuvent être soit des articles scientifiques de portée générale, soit des contributions plus directement en prise avec le contexte socio-économique (débats, entretiens, témoignages, points de vue, controverses).

 

Le comité de numéro :

Didier Bazile, Valentin Beauval, Thierry Doré, Marie-Hélène Jeuffroy, Xavier Pinochet, Olivier Réchauchère

 

Recommandations aux auteurs :

http://www.agronomie.asso.fr/carrefour-inter-professionnel/evenements-de-lafa/revue-en-ligne/pour-les-auteurs-mise-a-jour-30042012/

 

Les échéances :

-          Avant le 01/11/2013 : Manifestation d’intérêt

-          Avant le 01/02/2014 : Envoi du résumé

-          Date limite pour l’envoi de la première version des textes : 10/05/2014

 

Contact :

aes@supagro.inra.fr