Revue AE&S vol.4, n°1, 1

Avant-propos

 

 

 T. DORÉ (Président de l’Afa) et O. RÉCHAUCHÈRE (Rédacteur en chef)

 

 

 

 

    

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L’un des axes de travail de l’Afa souligné dès sa création est l'exploration et la stimulation des convergences et synergies entre l'agronomie et d’autres disciplines. C’est même l’objet d’un des groupes de travail de l’association, qui s’est notamment traduit par l’organisation des Entretiens du Pradel en 2013 en partenariat avec nos collègues de la Société française d’économie rurale (SFER), Entretiens qui sont à l’origine de ce nouveau numéro de la revue.

 

Parmi les disciplines avec lesquelles l’agronomie se doit de maintenir un dialogue constant, l’économie occupe en effet une place particulièrement importante. Agronomie et économie partagent ce suffixe -nomie, sur lequel Benjamin Buisson s’est penché dans un article du volume 3 n°1 de la revue, qu’il est intéressant de relire pour éclairer la réflexion sur les rapports entre nos deux disciplines. Retenons simplement ici qu’historiquement, le vocable d’agronome a émergé pour désigner celui que l’on qu’on appelait auparavant « économe » ou « mesnager ». Comme le soulignent Mathieu Capitaine, Philippe Prévost, Aude Ridier et Philippe Jeanneaux, les coordinateur-trices de ce numéro dans leur éditorial, Olivier de Serre était sur son domaine du Pradel l’un de ces gestionnaires, et il ne fut considéré comme l’un des premiers agronomes qu’a posteriori. Il faut aussi rappeler qu’au 18ème siècle, aux origines de la pensée économique moderne, les physiocrates considéraient l’agriculture comme la principale activité productive source de richesse, si ce n’est la seule.

 

Au-delà de ces considérations historiques qui pointent, si ce n’est des racines communes, du moins un compagnonnage entre nos deux disciplines, notons aussi qu’elles partagent la double visée d’étudier les phénomènes et d’intervenir dans les pratiques. Ce sont des sciences à la fois positives et normatives comme le disent les économistes. Cela explique sans doute pourquoi l’exploitation agricole, unité de pilotage de phénomènes naturels au moyen d’outils de gestion technique et économique, soit si propice à l’interaction entre agronomes et économistes, et soit ainsi au cœur de ce numéro de la revue. Il en ressort le sentiment général que, face aux défis que l’agriculture aura à affronter dans les décennies à venir, cette collaboration ne peut qu’être fructueuse. Cependant, en se penchant de façon préférentielle sur ce niveau de l’exploitation agricole, nous avons peut-être évité les zones d’ombres et les sujets plus controversés. Au titre des zones d’ombres, la question des outils économiques de soutien à l’activité agricole est un sujet peu abordé ici, mais il l’avait été dans un précédent numéro consacré à la politique agricole commune européenne ; par ailleurs, l’échelle territoriale et l’approche par filière sont deux terrains sur lesquels les collaborations mériteraient de s’intensifier, ce que plusieurs auteurs soulignent dans ce numéro. Au titre des controverses, on peut citer la notion de services écosystémiques et les tentatives d’en estimer la valeur selon un étalon monétaire, champ d’étude qui mobilise des outils de la science économique sur des objets que de nombreux agronomes persistent à considérer comme incommensurables et surtout non substituables. Façon de dire que le débat entre agronomes et économistes ouvert par ce numéro méritera d’être prolongé à l’avenir dans le cadre de cette revue.

 

Un dernier élément de réflexion que le dialogue avec nos collègues économistes pourrait nous inspirer concerne le pluralisme de notre discipline : il n’est guère besoin d’avoir étudié de très près la science économique pour percevoir qu’elle est constituée d’écoles de pensée clairement identifiables, de poids relatifs inégaux, assez divergentes entre elles, voire nettement opposées, et ce autant pour ce qui concerne la description et l’analyse des phénomènes observés (dimension positive) qu’au sujet des propositions d’intervention dans l’économie réelle (dimension normative). Si l’on cherche un parallèle à cette pluralité du côté de l’agronomie, on se rend compte que les agronomes sont beaucoup plus enclins à définir des catégories d’agriculture (biologique, intensive, intégrée, etc.) que des écoles de pensée agronomique. Tout au plus nous bornons nous à distinguer des modes d’approches diversifiés, soit sous l’angle du fonctionnement des différents compartiments de l’agroécosystème, du plus élémentaire jusqu’au plus large (l’agronomie dite « globale » constituant une approche assez récente élargissant l’échelle d’approche des agroécosystèmes, potentiellement jusqu’à la planète entière), soit sous l’angle des techniques mises en œuvre. La comparaison avec l’économie ne pourrait-elle pas nous inspirer une réflexion plus approfondie sur le pluralisme de notre discipline, soit pour mieux le caractériser, soit, s’il n’est pas au rendez-vous, pour les bénéfices à attendre de son éventuelle stimulation ?

 

Enfin nous tenons ici à rendre hommage à Bernard Blum, décédé soudainement lors de la construction finale de ce numéro, et qui en tant que membre du conseil d'administration de l’Afa était aussi membre du comité de rédaction de la revue. Ceux qui connaissaient mal son parcours original pourront en avoir un aperçu dans la rubrique « empreintes d’agronomes » de notre site.

 

Remerciements

Ce numéro vient avec un peu de retard, essentiellement dû à un planning de conception et de réalisation trop proche des entretiens du Pradel qui ont été à son origine. Tous ceux qui ont été partie prenante de ce numéro, coordinateurs, auteurs, relecteurs ont donc fait le maximum pour minimiser ce retard de publication et nous les remercions ici tous, et en particulier les relecteurs des articles et l’équipe de suivi et réalisation de la chaine éditoriale, Sophie Douhairie, Danielle Lanquetuit et Philippe Prévost.


 

 

   


 

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