Revue AE&S vol.4, n°1, 3

Agronomie et économie face aux enjeux de durabilité en agriculture : de l’ignorance mutuelle à une collaboration à construire

Agronomie et économie face aux enjeux de durabilité en agriculture : pourquoi et comment faire converger les approches ? Le point de vue d’une agronome

 

 

Marie-Hélène JEUFFROY

Inra, UMR Agronomie INRA-AgroParisTech, avenue Lucien bretegnières, 78 850 Thiverval-Grignon

 

 

 

 

    

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Résumé

L’évolution des objectifs de production agricole, avec l’exigence d’une triple performance productive, environnementale et sociale, demande que les agronomes et les économistes renforcent leurs collaborations pour mieux prendre en compte l’organisation spatiale de la production et la gestion temporelle des techniques sur la durée d’une rotation de cultures.

Des phénomènes agronomiques, comme l’effet précédent d’une culture, ou la diversité de réponse des situations agricoles à l’innovation technique, devraient être beaucoup mieux intégrés dans les modèles des économistes. Par ailleurs, la transition écologique est très dépendante de la diversité des contraintes et des objectifs des acteurs, qui ne peut donc être oubliée dans l’analyse technico-économique du verrouillage technologique au changement de pratiques agricoles.

Ces exemples montrent l’importance que les agronomes et les économistes ont à mettre en synergie leurs travaux, à la fois à l’échelle de l’exploitation agricole, niveau que les recherches en agronomie et en économie ont abandonné durant ces dernières décennies, mais également à une échelle plus globale des politiques publiques, compte tenu des enjeux liés à la transition écologique à l’échelle mondiale.

 

Mots clefs :

Production agricole, durabilité, techniques agricoles, innovation, économie, agronomie


Abstract

The evolution of agricultural production goals requires a productive, environmental, and social performance. With this goal, agronomists and economists must strengthen their collaborations to better take into account the spatial production organization and the agricultural techniques on the length of crop rotation.

Agronomic phenomena, such as the effect of a culture on the next, or the diversity of agricultural situations response to technical innovation, should be much better integrated into the models of economists. Furthermore, the ecological transition is highly dependent on the diversity of constraints and objectives of actors, who can't be forgotten in the techno-economic analysis about the technological locks in innovative farming practices.

These examples show the importance that agronomists and economists have to synergize their work, both across the company level research, this level be forgotten during the last years, but also on public policy at a large scale, in the perspective of the world ecological transition.

 

Keywords

Agricultural production, sustainability, agricultural technics, innovation, economics, agronomy


Introduction

 

Depuis longtemps la collaboration entre agronomes et économistes en recherche a un sens pour traiter de questions relatives à l’évolution (passée ou future) de l’agriculture, pour optimiser, évaluer les pratiques agricoles aussi bien que les infléchir via les politiques publiques. Les dynamiques académiques ont progressivement éloigné ces deux disciplines l’une de l’autre, chacune cherchant comment se passer de l’autre pour répondre à ses propres questions ! Les économistes ont inclus dans leurs modèles des fonctions de production ignorant les acquis de l’agronomie, pendant que les agronomes faisaient des calculs économiques simplistes. L’objet de cet article est de s’appuyer sur des expériences récentes de collaboration fructueuse entre agronomes et économistes pour proposer des axes de travail permettant de revivifier la complémentarité, indispensable aux nouveaux défis posés à l’agriculture.

 

Les travaux de recherche des agronomes ont été majoritairement orientés, pendant longtemps, sur le raisonnement des techniques. L’objectif était alors de proposer des outils et des méthodes de raisonnement qui soient basés sur des connaissances sur les processus liant fonctionnement du sol et des couverts végétaux, pratiques agricoles, et production. À la suite de la seconde guerre mondiale, l’objectif assigné à l’agriculture était de rendre la France autosuffisante pour son alimentation : il s’agissait donc de produire des quantités importantes de denrées alimentaires. Pour les denrées essentielles, dont les prix étaient soutenus par les politiques publiques, cet objectif était cohérent avec la maximisation de la performance économique car le rapport de prix entre les produits agricoles et les intrants était tel que toute augmentation de la production se traduisait en une augmentation de la marge pour l’agriculteur et pour la plupart des acteurs des filières (ceci n’était pas vrai pour les fruits et légumes, dont les prix n’ont jamais été soutenus). Progressivement, logiquement après que cet objectif de satisfaction des besoins alimentaires de la population a été atteint, sont apparus des questionnements sur la qualité des produits et sur les impacts environnementaux de la production. C’est également pendant cette période qu’on a assisté à une organisation croissante et à une structuration des acteurs des filières autour de ces objectifs de production, puis de qualité.

 

La volonté de maximiser la production s’est rapidement traduite par l’objectif d’une maîtrise élevée des facteurs de production pour éliminer, autant que possible, les facteurs limitant la production. Ceci a été rendu possible, progressivement, par l’apparition d’intrants de synthèse permettant de supprimer les principaux bio-agresseurs (insecticides, fongicides, herbicides) mais aussi par un progrès génétique se traduisant par un accroissement élevé et continu du rendement potentiel des variétés inscrites, et par la proposition de méthodes de raisonnement de la fertilisation azotée permettant d’atteindre le plus souvent ce potentiel. Si cette recherche du rendement maximum peut se contenter d’un raisonnement relativement indépendant des techniques entre elles, chacune d’elles étant raisonnée de manière à maximiser la production, la recherche d’objectifs plus complexes rend indispensable un raisonnement cohérent, intégré, de l’itinéraire technique dans son ensemble (Meynard, 1985 ; Loyce et al., 2002). Certaines performances, en effet, ne peuvent être obtenues qu’en changeant de manière cohérente plusieurs éléments de l’itinéraire technique. La réduction de l’usage de fongicides sur blé, pendant la seconde partie du cycle de la culture, par exemple, ne peut être envisagée que si des modifications de la date et de la densité de semis, ainsi que de la stratégie de fertilisation azotée, ont été appliquée plusieurs mois auparavant.

 

Avec un accroissement des exigences dans les performances attendues des activités agricoles (triple performance productive, environnementale et sociale, en cohérence avec les objectifs du Développement Durable), ce n’est plus seulement au niveau de l’itinéraire technique qu’il faut changer les pratiques, mais il est nécessaire de tirer bénéfice des effets à moyen terme fournis par la combinaison de leviers techniques sur un pas de temps plus long (effet de la succession de cultures) et sur des espaces plus larges (organisation spatiale des pratiques et des espaces interstitiels). C’est donc au niveau du système de culture (Meynard et Girardin, 1991) et de leur organisation spatiale (Leenhardt et al., 2010 ; Rusch et al., 2010) qu’il faut jouer. Aujourd’hui en effet, de nombreux travaux de recherche et de développement portent sur la conception de systèmes de culture (Meynard et al., 2012 ; Reau et al., 2012), avec une attention constante de prise en compte de leur adaptation aux conditions pédo-climatiques locales. Leur adaptation aux conditions socio-économiques est également questionnée à double titre : d’une part, les systèmes de culture conçus doivent être adaptés à ces conditions (et notamment à leur volatilité), mais d’autre part ils peuvent être source de développement de nouvelles filières, de nouvelles formes de développement économique local. Enfin, les agronomes s’intéressent, aujourd’hui, plus particulièrement à la question de la transition agro-écologique des systèmes, au niveau des paysages et des territoires, dans le but de proposer des méthodes pour accompagner le changement technique avec les acteurs concernés de ces niveaux d’organisation.

 

Si les collaborations entre économistes et agronomes se sont intensifiées avec la question de la relation entre évolution des systèmes de culture et accroissement des exigences environnementales des systèmes agricoles, deux questions plus récentes émergent. La première concerne la contribution de l’agronomie à la construction des politiques publiques. Les agronomes ont, pendant longtemps, joué un rôle d’experts sur cet objet privilégié des économistes (Boiffin et al., 2003 ; Meynard et al., 2003 ; Aubertot et al., 2005 ). Les agronomes se sont progressivement emparés de cette question et contribuent, depuis plusieurs années, à des travaux en collaboration avec les économistes. En effet, après une longue période pendant laquelle le raisonnement des réglementations publiques était largement basé sur le principe « un problème, une solution », la prise en compte du système complexe de raisonnement des pratiques est devenue incontournable dans ce domaine. La seconde question concerne la prise en compte d’enjeux mondiaux. Les questions de combinaison entre sécurité alimentaire et réduction des impacts environnementaux posent directement la question de l’évolution de l’usage des sols (incluant les modes de conduite qui y sont appliqués) à des échelles larges.

 

Les principes de base des travaux des agronomes, depuis plus de 30 ans, ont été formalisés dans les deux concepts clés d’itinéraire technique (Sebillotte, 1974) et de système de culture (Sebillotte, 1990). L’itinéraire technique est « la combinaison logique et ordonnée des techniques culturales appliquées à une culture ». Le système de culture se définit comme « l’ensemble des modalités techniques mises en œuvre sur des parcelles traitées de manière identique. Chaque système de culture se définit par (i) la nature des cultures et leur ordre de succession, (ii) les itinéraires techniques appliqués à chacune de ces cultures (choix variétal, date de semis, densité de semis, fertilisation, protection phytosanitaire, … ». Par ces deux concepts, les agronomes affirment qu’il est essentiel de s’intéresser aux liens étroits qui existent entre les différentes techniques appliquées sur une parcelle cultivée. Ces liens ont deux origines majeures : (i) d’une part, les différentes techniques agricoles influencent les mêmes facteurs biotiques et abiotiques, de manière directe ou indirecte. Il y a de ce fait beaucoup d’interactions (effets non additifs) entre techniques ; (ii) d’autre part, l’agriculteur décide chacune de ses pratiques dans le cadre de ses objectifs de production et des ressources disponibles, en tenant compte des effets observés des pratiques antérieures, et des effets supposés des pratiques ultérieures (Meynard et al, 2003). Avant de prétendre modifier les pratiques, que ce soit en vue d’améliorer les performances productives ou environnementales, il faut comprendre cette « logique ». Une innovation (nouvelle variété, nouvelle technique de travail du sol …) ne peut être évaluée sans considérer ses interactions avec les autres éléments du système de culture ; l’impact d’une culture sur l’environnement ne peut être caractérisé indépendamment de la donnée de son itinéraire technique et de la succession dans laquelle elle s’insère. Les pratiques ne peuvent être comprises sans référence aux objectifs et contraintes de l’agriculteur, qui décide de les mettre en œuvre. Ces caractéristiques justifient la nature systémique de l’approche des agronomes. Ces définitions peuvent être étendues à la prise en compte des espaces interstitiels et à la question de l’organisation collective des systèmes de culture dans des espaces géographiques larges.

 

Sans rechercher l’exhaustivité des thèmes conjoints abordés, la suite de cet article sera organisée autour de différents exemples de travaux ayant mobilisé la participation conjointe d’économistes et d’agronomes, pour tenter d’identifier les enjeux méthodologiques et les verrous à une appréhension conjointe des questions.

 

L’effet précédent des cultures : comment tenir compte de ce concept agronomique dans les analyses économiques ?

 

L’effet précédent est un concept agronomique ancien, qui traduit l’effet d’une culture sur la suivante (Manichon et Sebillotte, 1975). Ces auteurs montrent que, pour analyser la variabilité de l’effet d’une culture sur la suivante, il est essentiel de considérer à la fois (i) la variabilité de l’effet de la culture précédente sur le milieu (structure du sol, graines d’adventices, résidus de culture..), qui dépend de l’itinéraire technique de la culture précédente, et (ii) la variabilité de la sensibilité de la culture suivante à ces états du milieu, qui dépend de l’itinéraire technique de la culture suivante. Cet effet précédent est bien connu pour les légumineuses, qui grâce à leur capacité de fixation de l’azote atmosphérique et à la composition de leurs résidus aériens et souterrains, fournissent à la culture suivante une quantité d’azote supérieure par rapport aux autres grandes cultures (Evans et al., 1991 ; Peoples et al., 1995). L’introduction d’une espèce aux caractéristiques différentes de celles des cultures fréquentes de la rotation permet par ailleurs de fournir des services bénéfiques pour les cultures suivantes de la rotation : effet sur la coupure des cycles de pathogènes telluriques dans des rotations chargées en céréales (Colbach et al., 1996), effet sur la modification des états favorables à la levée des mauvaises herbes, du fait de décalage des périodes de semis par rapport aux cultures de céréales, fréquentes dans les rotations (Collard et al., 2004). Ces effets, cumulés à l’échelle de la succession, permettent de réduire l’utilisation de pesticides (fongicides, herbicides en particulier) à cette échelle, comme l’a montrée une étude comparant des systèmes de culture avec et sans pois (Carrouée et al., 2012). Mais les agriculteurs, raisonnant beaucoup plus par ‘programme technique par culture’, ne valorisent pas toujours au maximum ces effets bénéfiques, en n’ajustant pas les techniques appliquées sur les cultures suivantes en fonction des bénéfices fournis par les cultures précédentes (Schneider et al., 2010). De ce fait, dans les grandes bases de données de pratiques agricoles, il n’est pas toujours facile de repérer l’adaptation de l’itinéraire technique d’une culture à son précédent, et ce d’autant que la variabilité des techniques appliquées dépend également du milieu, et qu’il est difficile (voire impossible) de faire la part des choses entre l’effet milieu pédo-climatique et l’effet succession de cultures.

 

Pourtant, la prise en compte de ces effets modifie considérablement les résultats économiques liés à ces cultures : si la marge brute d’un pois est, le plus souvent, la plus faible comparée aux autres cultures classiques d’une rotation céréalière (blé, colza, orge, pomme de terre), la prise en compte des effets précédents dans l’ajustement des techniques appliquées aux cultures suivantes permet aux successions incluant un pois d’obtenir des marges brutes équivalentes à celles de successions sans pois (cf figure 1) (Schneider et al., 2010 ; Carrouée et al., 2012). La marge brute d’une succession ne peut être simplement la moyenne des marges par culture, sans tenir compte des interactions entre cultures : ce caractère systémique de l’objet central de l’agronomie est difficilement pris en compte dans les analyses économétriques de grosses bases de données, pour des raisons structurelles. En effet, les données du RICA, observatoire privilégié des économistes, sont annuelles et agrégées, et ne permettent donc pas de faire le lien entre les performances d’une culture et son précédent. Or, dans les calculs économiques de choix d’assolement en fonction de la rentabilité de chaque culture, l’effet rotation est rarement considéré, probablement à cause de la complexité de la modélisation de choix dynamique (Ozarem et Miranowski, 1994). L’absence de prise en compte des effets « précédent » pourrait avoir pour résultat une affectation de toute la surface de l’exploitation à la culture la plus rentable. Pour éviter ce biais, les modèles économiques intègrent souvent une fonction de décroissance du rendement des cultures quand leur part dans l’assolement augmente. Or, les tentatives de Letort (2009) pour remplacer cette fonction par un effet précédent ont conduit à de grandes difficultés de convergence pour estimer les paramètres des modèles économiques. Récemment, de nouveaux formalismes de modélisation ont été proposés et semblent rendre compte des bénéfices et contraintes liés aux effets de la rotation (Carpentier et Letort, 2013).

 


Figure 1 : (a) marge brute par culture, selon son précédent cultural, pour deux niveaux de prix ; (b) évaluation économique de systèmes de culture optimisés : les systèmes incluant une culture à très faible marge (le pois) n’ont pas une marge inférieure à celle des systèmes n’incluant pas cette culture (d’après Schneider et al., 2010).

 

 

Cette approche systémique est indispensable pour comprendre certaines innovations techniques, apparemment antagonistes avec un objectif de profit maximum. Ainsi, par exemple, l’obtention d’une marge brute élevée, pour un itinéraire technique à bas niveau d’intrants, suppose de combiner un ensemble de changements techniques (Loyce et al., 2012). La réduction de l’utilisation de fongicides peut être associée à un résultat économique élevé, à condition qu’elle soit associée à une réduction de la densité de semis, à une modification de la fertilisation azotée, et à la réduction de l’utilisation de régulateur de croissance. Inversement, une réduction de l’usage de fongicides seule, sans modification des techniques permettant de réduire la pression et la nuisibilité des pathogènes, peut conduire à une perte de rendement drastique (Zhang et al., 2006). Le même type de conclusion peut être obtenu pour le système de culture : si l’obtention d’un système de culture performant est liée à certaines techniques spécifiques déterminantes, les performances du système ne sont atteignables que parce que cette technique est associée à d’autres dont les effets se combinent (Petit et al., 2012).

 

Un challenge de la collaboration future entre agronomes et économistes est donc de combiner des données obtenues sur un très large échantillon d’exploitations agricoles (pour tenir compte de leur diversité mais aussi être représentatifs de l’agriculture française) avec des informations de nature agronomique, dans le but de mettre en œuvre une estimation économétrique des effets « précédent ». Dans ce but, une autre option que celle décrite précédemment, et qui consiste à utiliser des modèles statistiques sophistiqués, pourrait être de faire évoluer les données disponibles (et donc le dispositif du RICA), et/ou de connecter des bases de données économiques avec des bases de données techniques, comme Boussemart et al. (2011) l’ont proposé. Cette proposition nécessite de mettre en relation des données obtenues à des échelles différentes : l’exploitation agricole, pour les données économiques, et la parcelle, pour les données techniques. Ce couplage pose donc des questions méthodologiques majeures, qu’une collaboration efficace entre agronomes et économistes permettrait de traiter.

 

 

Intégrer l’innovation technique, et la diversité de réponse des situations agricoles, dans les fonctions de production : une étape indispensable pour proposer et évaluer les politiques publiques

 

Une des activités des agronomes consiste à mettre au point (Debaeke et al., 2009) ou à repérer (Petit et al., 2012 ; Salembier & Meynard, 2013) des innovations techniques visant à répondre à de nouveaux objectifs ou enjeux. Ainsi, par exemple, la mise au point d’outils de pilotage de la fertilisation azotée a été initiée dans le but d’adapter la gestion de cette technique (en particulier du 3ème apport sur blé tendre) à la variabilité inter-annuelle et inter-parcellaire de la fourniture du sol, sans que celles-ci ne puissent être prédites de manière précise. La mise au point du premier outil JUBIL® (Justes et al., 1997), et son adaptation ultérieure, ont conduit à l’outil Farmstar, mis en œuvre sur plus de 620 000 ha en 2013 en France. De même, la mise au point d’itinéraires techniques économes en intrants sur blé, combinée à la disponibilité de variétés multi-résistantes aux maladies et à la verse, a montré, à l’échelle d’un réseau expérimental national, son efficacité à la fois économique et environnementale (Loyce et al., 2012).

 

Les chercheurs (dans un premier temps, principalement les économistes) ont été interrogés pour prévoir les conséquences d’une possible adoption à grande échelle de telles innovations. Pour réaliser de telles prévisions, l’outil privilégié des économistes est la fonction de production, reliant inputs et outputs. Or, de nombreux travaux en agronomie ont montré qu’il n’était pas possible de relier techniques et rendement (ou performances, au sens large) de manière univoque, du fait de la grande variabilité de la réponse de l’environnement aux techniques. Ainsi par exemple, la réponse du rendement à la dose d’engrais azoté appliqué sur une parcelle est extrêmement variable selon les conditions de culture (Meynard et al., 1981 ; Makowski et al., 1999). Cette diversité conduit à des fonctions de réponse très variables entre parcelles. Une méthode utilisée pour rendre compte de cette diversité des fonctions de production repose sur l’utilisation de modèles agronomiques pour simuler la réponse individuelle de parcelles, y compris sur des variables environnementales, couplée à un modèle économique. Ce couplage est alors très efficace pour évaluer des innovations techniques non encore mises en œuvre, notamment pour évaluer ex ante les conséquences de possibles règlementations publiques, comme des techniques permettant de réduire les risques de lixiviation hivernale (Lacroix et al., 2005 ; De Cara et al., 2011). L’hétérogénéité des exploitations agricoles peut également être prise en compte dans ces évaluations, en raisonnant sur des typologies d’exploitations, dont les caractéristiques déterminent les techniques choisies (Blazy et al., 2009). Cependant, cette approche n’est possible que si les effets des innovations testées peuvent être représentés dans des modèles économiques.

 

Ainsi, de nombreuses pratiques agroécologiques (Wezel et al., 2014) efficaces pour accroître la contribution de l’agriculture au développement durable, et atteindre la triple performance de l’agriculture, ne sont pas intégrées dans des modèles. En effet, les changements techniques étudiés ou émergeant chez les agriculteurs dans le cadre d’une production plus agroécologique reposent soit sur des régulations biologiques entre des communautés d’organismes, dont les caractéristiques d’histoire de vie sont loin d’être connues et sont donc encore rarement simulées (Rusch et al., 2010), soit sur des techniques agronomiques jusqu’ici peu étudiées par la science (comme par exemple la combinaison d’une culture de rente et d’une plante de service, ou les associations de deux cultures de rente), soit encore sur des combinaisons originales de techniques diversifiées, en particulier des techniques de travail du sol (Deytieux et al., 2012) dont les modèles rendent encore très mal compte. Enfin, ils reposent, plus que par le passé, sur des organisations spatiales fonctionnelles des systèmes de culture (Leenhardt et al., 2009 ; Lô-Pelzer et al., 2010), pour maitriser la dynamique d’évolution de certains bio-agresseurs, ou la gestion quantitative et qualitative de l’eau. De plus, les processus biophysiques qui sous-tendent ces pratiques innovantes n’ont pas encore été totalement élucidés, et leur sensibilité aux états du milieu est importante et n’est pas encore formalisée. Il est dès lors nécessaire de développer, par des collaborations entre agronomes et économistes, de nouvelles méthodes pour rendre compte de la diversité de réponse des situations agricoles aux innovations techniques, qui ne passent pas que par les modèles fonctionnels, dans le but d’évaluer a priori leur adoption à grande échelle, pour l’élaboration des politiques publiques.

 

Un autre type d’outil est fréquemment utilisé en économie pour évaluer des politiques publiques : il s’agit des modèles économétriques. Leur mise au point requiert une très grande quantité d’informations disponibles. Ils sont, de ce fait, souvent estimés sur les données du passé, et n’intègrent donc pas facilement les innovations rarement mises en œuvre et donc peu visibles dans les larges panels de données (exemple du panel RICA). Or, raisonner l’avenir sans intégrer les innovations en émergence, y compris celles de rupture, est paradoxal. Etudier les effets d’une politique publique sans intégrer le fait qu’elle peut ouvrir la porte à une innovation, c’est prendre le risque de se tromper lourdement. La mise en connexion des modèles économiques avec des données rares mais consolidées par des panels d’experts, permet de se projeter dans un futur où les innovations agronomiques peuvent se développer sous l’effet de politiques publiques. C’est ce qui a été réalisé dans l’étude Ecophyto R&D (Butault et al., 2010). L’analyse des conséquences de la mise en œuvre d’itinéraires techniques économes en produits phytosanitaires, encore peu mis en œuvre par les agriculteurs français, ou de successions plus diversifiées, ou encore l’application du cahier des charges de l’agriculture biologique à une plus grande proportion de la surface agricole utile française, a été réalisée en tenant compte de la diversité des situations agricoles. La variabilité des potentiels de rendement, la variabilité des pressions parasitaires et la variabilité de l’usage des produits phytosanitaires ont été prises en compte dans la construction de « matrices techniques » déclinées par grande région, et construites par expertise (Jacquet et al., 2011). La France a ainsi été divisée en huit grandes régions, pour lesquelles on suppose une meilleure homogénéité intra-région qu’inter-régions. Cette déclinaison régionale permet de tenir compte des diversités locales dans l’évaluation d’innovations agronomiques encore rares avec des outils économiques, afin d’étudier l’adoption de pratiques innovantes et cohérentes sur le plan agronomique. C’est également la prise en compte de cette diversité locale, pour une large gamme de techniques culturales, qui est à l’origine du développement d’un modèle original, PerSyst (Guichard et al., 2010), paramétré sur la base des connaissances d’experts, et capable de simuler les performances de systèmes de culture très variés, y compris répondant au cahier des charges de l’agriculture biologique, ce que très peu de modèles mécanistes sont capables de faire.

 

C’est face à cette inaptitude des modèles mécanistes à rendre compte de tous les processus en jeu dans des situations agroécologiques que se sont développées des méthodes faisant plus largement appel aux connaissances des acteurs locaux. L’exemple de l’étude Ecophyto R&D, présentée plus haut, s’est basée sur une telle approche, mobilisant les connaissances locales pour rendre compte de la diversité des performances entre régions agricoles, et mobilisant des optimisations économiques pour identifier les innovations les plus performantes (Jacquet et al., 2011). La déclinaison locale de cette méthode à des aires d’alimentation de captages a permis l’intégration des innovations techniques dans les fonctions de production permettant de mettre en débat leur impact économique à l’échelle de l’exploitation, comme leur impact écologique à l’échelle du bassin versant. Elle permet de répondre à la réglementation publique en proposant aux acteurs de bassins versants une méthode mêlant agronomie et économie pour construire les plans d’action visant à améliorer la qualité de l’eau dans les captages. La déclinaison, sur la gamme de types de sols existant localement, des matrices techniques décrivant les pratiques actuelles et innovantes, et leurs performances attendues, permet d’adapter les solutions techniques proposées aux situations locales, et d’identifier, dans chaque situation, les techniques répondant le mieux aux souhaits des acteurs concernés (Gisclard et al., 2013). Ainsi, l’application d’un même modèle économique d’optimisation des choix techniques en fonction des objectifs localement identifiés par les acteurs, a permis de décliner les bases de l’adaptation locale des changements techniques (Chantre et al., 2012).

 

 

Intégrer la diversité des contraintes et objectifs des acteurs dans les modèles technico-économiques

 

La transition agroécologique des systèmes de production agricole a mis en lumière, encore plus que dans la période d’intensification de l’agriculture de la seconde moitié du XXème siècle, une diversité des objectifs que se donnent les agriculteurs, conduisant à une diversité des stratégies qu’ils mettent en œuvre. Cette diversité, qui ne peut être uniquement ramenée à la rationalité économique des acteurs, souvent mise en avant par les économistes comme hypothèse de base des méthodes qu’ils mobilisent, conduit au contraire à des stratégies qui n’apparaissent pas toujours les plus performantes sur le plan économique. Ainsi Nave et al. (2013) ont montré que, au sein d’une petite région, les performances économiques des agriculteurs les plus intensifs dans l’utilisation d’intrants, n’obtenaient ni les meilleurs rendements (cf figure 2), ni les meilleures performances économiques. L’étude a montré que les déterminants de ces choix stratégiques et agronomiques incluent des objectifs individuels (fonction des valeurs que les agriculteurs préfèrent), et des facteurs sociaux (participation à des groupes de développement, responsabilité dans des représentations citoyennes, importance du respect de l’environnement). L’analyse conjointe de la diversité des conduites agronomiques du blé, entre agriculteurs de la région, et des déterminants socio-économiques de ces choix, a permis de mettre en lumière des comportements variés de la part des acteurs, à l’origine de la diversité des pratiques rencontrée.

 


Figure 2. Diversité des performances agronomiques et économiques des producteurs de blé d’Eure et Loir (rendement et coûts de production par ha de blé moyen par producteur)

 

La transition agroécologique répond également à une diversité d’objectifs, souhaités par une grande diversité d’acteurs, qui sont directement concernés par l’évolution de l’agriculture. Qu’ils soient agriculteurs, collecteurs, conseillers, ingénieurs du développement contribuant à l’encadrement de l’activité agricole, responsables de la fourniture d’eau au sein de leurs communes, représentants des pouvoirs publics, buveurs d’eau dans une aire d’alimentation de captage, consommateurs de produits agricoles ou simples citoyens, chaque acteur peut légitimement contribuer à préciser les performances souhaitées des activités agricoles. Ainsi, dans l’exemple d’une aire d’alimentation de captage, interrogés sur les objectifs qu’ils fixent aux activités agricoles de leur territoire, les acteurs expriment une grande diversité de réponses (cf figure 3). Certains privilégient des performances économiques élevées, d’autres la conservation de la biodiversité, d’autres encore la gestion des ressources et les impacts environnementaux, ou encore la qualité de l’eau du captage alimenté par les parcelles du bassin (Ravier et al., 2014). Or, pour construire une agriculture durable, il est essentiel de tenir compte de cette diversité d’objectifs, et de maximiser les chances de les atteindre, sous peine de ne pas satisfaire une partie des acteurs, qui pourraient alors être amenés à contester les pratiques.

 

 

Figure 3. Diversité des objectifs attendus par les acteurs présents dans une aire d’alimentation de captage et

 

 

Plusieurs manières permettent de prendre en compte cette diversité de fonctions d’utilité pour la construction des politiques publiques (ici la construction des plans d’action dans les aires d’alimentation de captage). L’une, souvent employée, consiste à construire collectivement les objectifs de production à atteindre, résultant de compromis de la part de certains acteurs. Ces objectifs peuvent alors directement être entrés dans un modèle économique d’optimisation sous contraintes, tel que la méthode Co-click’eau le propose (Chantre et al., 2012). L’analyse, avec l’ensemble des acteurs, des résultats de l’optimisation permet éventuellement de modifier les objectifs fixés, afin de tester d’autres scénarios, plus conformes aux attentes des parties prenantes. Cette itération dans la construction-évaluation de scénarios permet d’aboutir à un scénario jugé satisfaisant pour tous les acteurs. Cependant, ces compromis peuvent laisser une partie des acteurs insatisfaits car ayant le sentiment d’avoir renoncé à leurs propres valeurs. Cette démarche a permis d’évaluer plus facilement des innovations agronomiques de rupture et rarement mises en œuvre sur le terrain avec des modèles économiques, de tenir compte d’une diversité de situations (représentée par les gammes de conditions pédo-climatiques des matrices techniques) et d’intégrer une diversité d’objectifs et contraintes des acteurs dans une démarche économique classique. Une autre méthode, à l’inverse, consiste à identifier et conserver la diversité des objectifs souhaités et à évaluer la capacité des solutions techniques envisagées à satisfaire l’ensemble. C’est ce que proposent Ravier et al. (2014) avec succès : parmi les systèmes de culture candidats, certains apparaissent satisfaire l’ensemble des acteurs, ce qui facilite leur acceptation collective.

 

La plupart des réglementations publiques sont basées sur des mesures à obligations de moyens. Ainsi, les Mesures Agro-Environnementales (MAE) sont devenues le moyen le plus mobilisé par la Politique Agricole européenne pour promouvoir des pratiques écologiques depuis les années 1980. Ces mesures offrent une compensation financière aux agriculteurs volontaires qui s’engagent à mettre en œuvre certaines pratiques, a priori connues pour atteindre des performances environnementales plus élevées que les pratiques classiques. Malgré le faible impact observé de ces mesures sur les problèmes environnementaux liés aux pratiques agricoles, le maintien de telles mesures est majoritairement expliqué par la plus grande facilité de contrôle à mettre en œuvre par les Pouvoirs Publics, pour vérifier la bonne utilisation des soutiens publics. Pour un agronome, l’obligation de moyens, qui se présente le plus souvent sous la forme de ‘bonnes pratiques agricoles’ à respecter, constitue en effet un contresens, pour les raisons déjà évoquées précédemment : (i) les pratiques recommandées sont standardisées, contraignant parfois fortement les capacités des agriculteurs à s’adapter à la diversité des sols, des climats et des situations agricoles ; (ii) elles sont codifiées au niveau de la technique agricole élémentaire, alors que les impacts environnementaux dépendent le plus souvent d'interactions entre plusieurs techniques ; (iii) les recommandations sont vécues comme des contraintes, dévalorisant ainsi aux yeux des agriculteurs la protection de l’environnement. Or, plusieurs études ont montré, au contraire, l’efficacité de mesures à obligation de résultats (Sabatier et al., 2012 ; de Sainte Marie, 2014). Celles-ci permettent en particulier aux agriculteurs de mettre en œuvre des pratiques innovantes efficaces à la fois sur le plan environnemental et économique. Par ailleurs, elles autorisent une plus grande flexibilité dans les modifications du système de culture à mettre en œuvre pour atteindre les objectifs affichés, et apparaissent donc mieux adaptées à la diversité des exploitations agricoles, des conditions locales et des variations climatiques (Sabatier et al., 2012). Ce faisant, l’obligation de résultat, basée sur un indicateur de résultat écologique accessible aux agriculteurs, permet à ceux-ci de porter des diagnostics lucides sur leur situation, favorise la mise en œuvre de boucles d’amélioration vertueuses, et stimule les apprentissages des agriculteurs.

 

Analyser ensemble le verrouillage technologique et proposer des politiques publiques favorables au déverrouillage

 

Les techniques agricoles sont mises en œuvre par les agriculteurs : ce sont bien eux les décideurs finaux, ceux qui sont visés en priorité par les politiques publiques. Mais leur décision est influencée (souvent indirectement) par les activités de nombreux autres acteurs : collecteurs, conseillers, vendeurs d’intrants, développeurs des entreprises de sélection, transformateurs des filières, etc. Pour modifier les pratiques, de manière à atteindre des performances renouvelées, il ne suffit donc pas d’agir auprès des seuls agriculteurs : si les règlementations ou les conseils ne sont pas cohérents avec les objectifs des autres acteurs de la filière ou du territoire, ils ne seront pas appliqués. En revanche, il faut agir sur l’ensemble des acteurs simultanément, en identifiant des moyens efficaces par une analyse agronomique et économique croisée de leur influence ou de leurs moyens d’actions et de leurs évolutions possibles. Pour illustrer notre propos, nous prendrons l’exemple de l’étude sur les « freins et leviers à la diversification des cultures » (Meynard et al., 2013). L’analyse des successions dominantes, peu diversifiées, montre que l’ensemble des acteurs ont organisé leurs stratégies autour d’un petit nombre de grandes espèces : pour des raisons organisationnelles ou logistiques, pour répondre à l’offre ou à la demande de leurs partenaires économiques, ou enfin pour réaliser des économies d’échelle ou pour réduire les coûts de transaction. Ainsi, sur l’exemple du pois, de nombreuses raisons expliquent la réduction drastique des surfaces cultivées, depuis 1993 : (1) la sélection a moins investi que pour des espèces plus cultivées, conduisant à un progrès génétique moins rapide que sur les espèces majeures, (2) les produits phytosanitaires homologués pour la maîtrise de la culture sont parfois peu efficaces, et les produits efficaces ne sont pas toujours homologués, (3) on observe un accès souvent difficile au conseil technique et à des références locales, (4) les agriculteurs ne priorisent pas les ressources de l’exploitation, en quantité limitée (sol, main d’œuvre, matériel, stockage, eau…) sur cette culture, (5) on observe une difficulté à identifier l’intérêt économique pour l’agriculteur: pas toujours de débouché rémunérateur, difficulté d’appréhender les intérêts de la diversification à moyen terme… dans un contexte très fluctuant à court terme, (6) les références techniques sont moins abondantes que sur les espèces dominantes : les effets 'précédent' souvent évoqués ne sont pas toujours quantifiés, enfin (7) les références économiques annuelles sont beaucoup plus fréquentes que les références pluri-annuelles, ne tenant pas compte d’effets majeurs de ces espèces, par ailleurs toujours favorables à la diversification quand ils sont analysés. On est devant un cas de mécanismes d’auto-renforcement interconnectés, caractéristiques d’un verrouillage technologique (Vanloqueren & Baret, 2008).

 

La collaboration étroite entre agronomes et économistes, dans cette étude, a permis d’identifier des voies coordonnées de déverrouillage, et de proposer une combinaison de politiques publiques originales, à différents maillons de la chaine de l’amont à l’aval, pour favoriser la diversification des cultures. En effet, l’analyse de quelques succès dans le développement de cultures de diversification (lin oléagineux et chanvre, par exemple) montre qu’une action systémique est indispensable. Il apparaît nécessaire d’agir simultanément et de manière coordonnée en plusieurs endroits du système sociotechnique pour réussir à le faire évoluer : la recherche et développement pour construire et favoriser des innovations techniques, aussi bien au niveau de la production (nouvelles variétés, itinéraires techniques optimisés, insertion des nouvelles cultures dans les rotations) qu’à celui de la transformation (process de transformation connus et maitrisés) ; les débouchés, afin d’identifier des sources de valeur ajoutée par la différenciation sur la qualité ; la coordination entre acteurs, afin de favoriser des partenariats garants d’une pérennité de l’intérêt pour ces cultures. Ce sont des politiques publiques coordonnées et de long terme qu’il est nécessaire de construire pour favoriser la mise en œuvre d’innovations technologiques, agronomiques et organisationnelles. Là encore, une collaboration entre agronomes et économistes est indispensable pour un tel enjeu.

 

Conclusion 

 

Les différents exemples sur lesquels je me suis appuyée pour illustrer l’intérêt et l’efficacité d’une alliance entre agronomes et économistes pour identifier des solutions face aux enjeux de durabilité en agriculture montrent le caractère indispensable d’une approche systémique des problèmes et des solutions envisagées. Ceci implique de concevoir des politiques publiques coordonnées et valorisant la diversité des situations agricoles et des comportements des acteurs.

 

Le renouvellement et la multiplicité des enjeux fixés pour l’agriculture (nourrir une population croissante, être compétitive et source d’emplois, réduire sa dépendance à l’énergie fossile et aux intrants, maîtriser ses impacts sur l’environnement, s’adapter au changement climatique, …) obligent à une évolution majeure dans les objectifs fixés à la production agricole. Il est indispensable d’innover pour faire évoluer les systèmes de culture vers plus de durabilité, et les politiques publiques doivent favoriser ces évolutions, en jouant sur la diversité des acteurs concernés par l’agriculture.

 

Les agronomes ont, depuis longtemps, étudié, proposé ou identifié des innovations localement. Or, les enjeux actuels dépassent l’échelle de la parcelle et même de l’exploitation agricole et nécessitent un changement d’échelle pour favoriser la généralisation des innovations agronomiques les plus prometteuses, tout en tenant compte de la diversité des situations et des interactions entre milieux et techniques et de la diversité des points de vue des acteurs. Il devient même indispensable de mieux caractériser les impacts de l’agriculture à l’échelle globale, afin d’identifier les adaptations des techniques agricoles nécessaires pour leur amélioration : ce challenge renouvelle la recherche en agronomie et contribue au développement d’un nouveau champ de recherche en agronomie globale (Makowski et al., 2014). Une évolution de l’agriculture, à l’échelle mondiale, est indispensable, et les conditions de ce changement ne pourront être étudiées que par des collaborations étroites entre agronomes et économistes, afin d’en identifier les opportunités et les risques.

 

Les nouveaux enjeux fixés à l’agriculture renouvellent également l’évaluation des choix techniques. Leur seul effet sur la production ne suffit plus, il est maintenant clairement établi que, pour évaluer la contribution de l’agriculture au développement durable, une diversité de critères doit être prise en compte simultanément pour appréhender les conséquences des choix techniques. Cette diversité se caractérise par la prise en compte d’échelles temporelles variées dans l’évaluation (Craheix et al., 2012), faisant référence à des objectifs à court terme (par exemple, la rentabilité), à moyen terme (par exemple les risques pour la santé) ainsi qu’à long terme (par exemple les conséquences sur le changement climatique). Les critères d’évaluation doivent également tenir compte des attentes et préoccupations associées à différents niveaux d’organisation socio-économiques : agriculteurs, filières, société (Craheix et al., 2012). Les agronomes ont déjà proposé des méthodes et outils permettant cette approche intégrée de la durabilité (Sadok et al., 2009). Les méthodes mises au point et mobilisées par les économistes à des échelles nouvelles pour les agronomes doivent aider les agronomes à cette approche globale. La collaboration apparaît ici souhaitable pour évaluer à large échelle et pour des niveaux d’organisations socio-économiques divers, les innovations agronomiques tout en appréhendant leur caractère systémique et la variabilité de leurs effets en fonction des conditions locales.

 

L’évaluation des performances économiques des innovations est un point incontournable préalable à leur généralisation. Si les agronomes ont souvent raisonné sur des critères simples (marge brute, marge semi-nette), estimés en moyenne, la volatilité importante des prix des produits récoltés et des intrants nécessite une véritable analyse des risques économiques à choisir telle solution technique. Des scénarios économiques sont parfois mobilisés (Loyce et al., 2012) pour analyser la fluctuation des performances face à des scénarios de prix. Par ailleurs, les agronomes ont, le plus souvent, décliné ces indicateurs à l’échelle de la parcelle, alors que l’échelle économique pertinente est plutôt celle de l’exploitation agricole. Des indicateurs économiques existent déjà à cette échelle (Zahm et al., 2008), mais l’enrichissement de nouveaux critères par les économistes pour évaluer les performances économiques des innovations, intégrant les opportunités de nouveaux débouchés, et respectant la diversité des performances en fonction des situations de production, apparaît indispensable.

 

Par les méthodes et les objets qu’ils ont l’habitude d’étudier, les économistes peuvent aider les agronomes à se saisir d’un nouvel objet de recherche pour eux : les politiques publiques. Ainsi, il s’agit de repenser les activités agricoles les plus opportunes en fonction de la hiérarchie des enjeux à couvrir, des problématiques environnementales locales, et non plus en fonction de la seule efficience économique des activités agricoles. De nombreux exemples montrent clairement les dégâts environnementaux et sociaux que ce type de raisonnement exclusivement centré sur la rentabilité économique de la production : le soja en Amérique latine, le porc en Bretagne, le blé et le colza dans le grand bassin parisien, etc., avec à chaque fois, toutes les conséquences environnementales et sociales négatives connues. Apparaît donc clairement un enjeu pour l’économie de l’environnement : analyser les effets des politiques publiques sur les changements de pratiques et les performances (économiques, environnementales, et sociales), au lieu de s’attacher majoritairement à analyser les consentements à payer pour de nouvelles pratiques, sans appréhension des dommages à l’environnement liés à différentes politiques.

 

Deux champs de recherche s’ouvrent aux agronomes pour l’avenir et nécessitent une collaboration étroite avec les économistes :

 

(1) Se ressaisir de l’échelle de l’exploitation agricole

La construction des politiques publiques, qui s’adressent en premier lieu aux agriculteurs, doit prendre en compte la diversité des techniques culturales, cohérente avec la diversité des caractéristiques des exploitations agricoles. Ainsi, par exemple, l’évolution des techniques culturales est en partie induite par l’évolution des caractéristiques structurelles des exploitations. Par exemple, on voit se développer la culture du colza en semis direct dans les exploitations agricoles de grande taille, avec des conséquences économiques et environnementales peu favorables, conduisant à une faible efficience d’utilisation des intrants (Schmidt et al., 2010). De nouvelles modalités de couplage entre des modèles agronomiques renouvelés et des modèles économiques doivent être mises au point pour analyser l’intérêt d’innovations techniques (les systèmes de culture innovants, par exemple) au sein des exploitations agricoles.

 

 (2) Quelle agriculture écologique au niveau du globe ?

Comment résoudre le hiatus apparent entre accroissement nécessaire de la production alimentaire et réduction indispensable des nuisances environnementales ? Comment passer de l’agronomie locale à l’agronomie globale ? De nouvelles questions se posent relatives aux changements d’échelles, ou à la manière de prendre en compte la diversité des situations et des réponses aux intrants dans l’intégration. Comment connecter économie internationale et agronomie globale ? Plusieurs voies sont déjà proposées mais restent en grande partie à explorer : (i) incorporer davantage de connaissance agronomique, sans renoncer à la prise en compte de la diversité des situations et des réponses aux techniques, dans les modèles d’usage des sols, (ii) développer des méthodes de méta-analyse en agronomie, permettant de fournir des synthèses sur les réponses aux techniques, et les déterminants de leur variabilité. Enfin, la transition agroécologique n’est envisageable qu’à condition d’un renouveau des débouchés, des utilisations des produits issus de l’agriculture, et des régimes alimentaires des habitants de la planète : c’est une véritable remise en cause des systèmes alimentaires qu’il faut envisager, et non plus seulement des systèmes agricoles uniquement. Ce nouvel objet de recherche devrait également motiver une collaboration entre agronomes et économistes, accompagnés des technologues et des sciences sociales, pour travailler à l’émergence de nouveaux systèmes plus durables.

 

   


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