Revue AE&S vol.4, n°2, 17

Quel potentiel de modèles alternatifs d'amélioration des plantes ?

 

Les variétés de soja tolérantes aux herbicides, moteur de la spécialisation agricole dans la région pampéenne argentine.

 

 

 

 

C. Salembier¹*, S. Grosso², J.M. Meynard³

¹ INRA Unité Expérimentale Alénya Roussillon, Domaine du Mas Blanc, 66200 Alénya

² UNL, Faculté de Sciences Agraires, Esperanza (S. Fe), Argentine

³ INRA Département Sciences pour l’Action et le Développement (SAD), Bâtiment EGER, Campus de Grignon, F78850 Thiverval-Grignon

   

*Correspondance : chloe.salembier@supagro.inra.fr 

   

 

 


Résumé

Après une vague de conversion de nombreuses parcelles d’élevage extensif en grande culture au cours du XXème siècle, la production pampéenne se spécialise sur la culture du soja dans les années 1990. Cette période correspond à la mise sur le marché d’un nouveau type variétal de soja tolérant à un herbicide, le glyphosate : le soja RoundUp Ready. Associée au glyphosate et à la pratique du semis direct, la culture du soja est alors très rentable, techniquement très simple et peu risquée. De nombreuses exploitations l’intègrent ou se spécialisent dans cette production. La multiplication des surfaces en soja n’est pas sans impacts sur l’environnement et bouleverse complètement l’organisation des territoires ruraux argentins. Comprendre cette spécialisation agricole et pouvoir la comparer à celle d’autres régions (ex : la « céréalisation » dans le bassin parisien) implique de réfléchir aux conditions qui ont permis son développement, qui en Argentine, résultent d’une libéralisation de l’économie, d’une absence de règlementation de l’accès au foncier, de la mise en œuvre de politiques publiques propices à la spécialisation agricole et de l’évolution des marchés mondiaux.

 

Mots clés : monoculture, Pampa argentine, semis direct, soja RoundUp Ready, spécialisation agricole.


Abstract

The soybean varieties tolerant to herbicides, driving force of the agricultural specialization in the Argentinean Pampa.

 

After a wave of conversion of many fields from extensive cattle farming to cereals or oleaginous crops, in the 90’s, the production of the Pampa got specialized on soybean. This period corresponds to the integration on the market of a new soybean variety resistant to herbicides: the RoundUp Ready soybean. Associated to the use of glyphosate and to the direct sowing practice, soybean production becomes very profitable, technically easy to manage and presents few productive risks (market, climate, pests). Regarding these advantages, a lot of farms integrate this culture in their production range and some get specialized on soybean production. The increasing development of areas dedicated to this crop has negative impacts on the environment (homogeneity of landscapes, sanitation risks, ground degradation…) and affects the organization of the rural territories. This paper aims to highlight the understanding of the process of agricultural specialization of the Pampas and compare it to the agricultural specialization happening in other regions (eg: the specialization on cereals in the Paris Basin), presenting some of the conditions that allowed its development. Some of these conditions lie on the Argentinean economical liberalization, the property/renting deregulation, the development of agricultural policies reinforcing the specialization and on the trends of global markets.

 

 

Key words: monoculture, Argentinean Pampas, direct sowing, RoundUp Ready soybean, agricultural specialization.


 

Durant les dernières décennies, une profonde révolution agricole a transformé et spécialisé les territoires de la région pampéenne (Albaladejo, 2011). Les systèmes de production mixtes ou basés sur l’élevage extensif ont petit à petit cédé la place à des exploitations en polyculture ou en monoculture de céréales ou oléo-protéagineux. L’évolution des marchés mondiaux, la libéralisation de l’économie, la réglementation argentine actuelle, l’orientation de la R&D agricole et les nouvelles technologies ont permis et renforcé ce qui est aujourd’hui appelé le processus d’Agriculturalización de la région pampéenne.

 

L’Agriculturalización de la région pampéenne, définie comme « un usage croissant et continu des surfaces occupées par les grandes cultures au détriment de l’élevage » (Manuel Navarrete et al., 2005), s’accompagne de l’émergence de nouvelles pratiques agricoles, dans lesquelles, dès les années 1980, le semis direct occupe une place croissante. Cette révolution agricole prend un nouveau tournant à partir des années 1990, avec la mise sur le marché de variétés de soja tolérantes au glyphosate : le soja RoundUp Ready (RR). Suite à l’arrivée de cette nouvelle technologie, l’agriculturalización se spécialise dans la production de soja, on parle alors de la sojización de la région pampéenne. Ce nouveau type variétal, associé dans un « paquet technologique » au glyphosate et au semis direct, a rapidement été adopté par de nombreux producteurs, certains se spécialisant même dans cette production (les figures 1 et 2 illustrent l’ampleur de ce phénomène).

 

 

 

(SAGPyA, http://www.laargentinaenmapas.com.ar/ ).

 

Cet article se propose de présenter la manière dont le développement d’un nouveau type variétal, le soja RoundUp Ready, a contribué à une évolution profonde des systèmes de culture de la région pampéenne et, par ricochet, a participé à un bouleversement économique et social de l’agriculture et des territoires ruraux argentins. Nous conclurons en comparant le processus de spécialisation agricole en région pampéenne à la spécialisation agricole à l’œuvre dans le bassin parisien.

 

La cohérence agronomique et les impacts des systèmes de culture ultra simplifiés à base de soja

Les raisons du succès du paquet technologique « soja RoundUp Ready, glyphosate, semis direct »

 

Les promoteurs du paquet technologique mettent en avant de nombreux avantages économiques, organisationnels et agronomiques à l’association des trois composantes : soja RoundUp Ready, glyphosate et semis direct.

 

Le soja, une légumineuse particulièrement appréciée pour sa plasticité, s’adapte à des environnements aux disponibilités en eau et nutriments variables (Andrade et Sadras, 2002) et présente peu de problèmes sanitaires susceptibles d’entrainer de fortes chutes de production. Des variétés de soja de précocités et durées de cycle très différentes sont aujourd’hui disponibles et permettent une mise en culture sous différentes latitudes et après différents précédents culturaux. Le soja peut être cultivé (i) en cycle long (culture principale, semée au printemps et récoltée à l’automne) ; (ii) en dérobé (semé juste après un blé, une orge, un colza ), le précédent cultural impacte le rendement du soja dérobé dans la mesure où chaque jour de retard dans la date de semis réduit le rendement potentiel (Monzon et al., 2006), (iii) voire en association avec une céréale (cas du blé ; Caviglia et al., 2004).

 

L’introgression dans la plante d’un transgène « RoundUp Ready » lui permet d’acquérir une résistance au principe actif du glyphosate (N-fosfonometil glicina), un herbicide systémique non sélectif et de large spectre. Le glyphosate remplace le travail du sol ou les « cocktails d’herbicides » pour le contrôle des adventices (Ménard, 2014), ce qui limite les coûts (le travail du sol est coûteux en carburant et main d’œuvre), réduisant la consommation d’énergie fossile et les émissions de gaz à effet de serre, ce qui offre aux promoteurs du paquet technologique un argument de poids, relatif à la réduction des nuisances environnementales.

 

La pratique du semis direct conduit à diminuer le temps de travail passé à l’implantation d’une culture (Gonzales Montaner, 2002). D’un point de vue agronomique, cette pratique permet (i) le maintien d’une couverture du sol par un mulch de résidus de la culture précédente, limitant l’évaporation, améliorant ainsi le bilan hydrique, essentiel pour une culture d’été comme le soja, (ii) de limiter les phénomènes d’érosion en présence de résidus de culture (en terrains pentus ou présentant une mauvaise structure du sol). Elle permet aussi (iii) de limiter les effets de la dégradation physico-chimique du sol et ainsi de mettre en culture des zones de faible aptitude agricole initialement non cultivées (sols sablonneux ou peu profonds), et (iv) d’augmenter par la présence des résidus la biomasse microbienne et la micro et méso faune du sol (Alvarez et Mulin, 2004).

 

Dans le contexte pédoclimatique favorable de la région pampéenne (sols riches en matière organique, climat tempéré), combiner ce paquet technologique « soja RR, glyphosate, semis direct » à des apports en intrants visant à éviter stress nutritionnels ou sanitaires, assure régulièrement au producteur l’atteinte de rendements annuels satisfaisants (de 3 à 3,5t/ha pour un soja de cycle long). À court terme, le risque pour le producteur apparaît limité, d’autant que le marché international du soja est en pleine expansion (environ 530$/ha pour un soja de cycle long à 3,5t/ha – campagne 2010-11).

 

L’exemple des systèmes de culture spécialisés dans le sud-est de la province de Buenos Aires

 

Le phénomène de sojización est parfois présenté comme un processus de diffusion du paquet technologique qui serait intégré de manière homogène dans les exploitations, mais en réalité cette diffusion fut disparate en Argentine. Dans le nord de la région pampéenne (zona del núcleo agrícola), les surfaces initialement occupées par une diversité de céréales et oléagineux ont petit à petit été remplacées par des monocultures de soja dans de nombreuses exploitations. Le sud-est de la province de Buenos Aires, dans laquelle se trouvaient historiquement des systèmes de production plus diversifiés (culture de la pomme de terre, fermes de polyculture-élevage...), a été investi de manière moins radicale par ce processus. Le système de culture le plus fréquent qui occupe aujourd’hui une grande partie des surfaces cultivables (système dit « dominant » dans la suite de l’article), est caractérisé par une rotation de trois cultures sur deux ans : soja de cycle long la première année (de novembre à mai), une céréale la deuxième année (blé ou orge) suivie la même année d’une culture dérobée de soja de cycle court (de fin décembre-début janvier à mai-juin). Ce système de culture est relativement intensif en intrants. Ainsi, chaque semis de soja de cycle long et de blé (ou orge) est précédé d’une « jachère chimique » durant laquelle sont appliqués 3 traitements herbicide (deux glyphosates et un 2,4D) en quelques mois. Cette pratique, largement répandue dans la région pampéenne, a vocation à limiter la pression adventice avant les semis. En cours de cycle de la céréale, une à deux applications d’herbicides sont réalisées, et une application de fongicide systématique (lutte contre la rouille, le piétin, la septoriose…).

 

La conduite du soja de cycle long comprend une application préventive de leurres hormonaux (contre cloportes et limaces, favorisés par le mulch permanent à la surface du sol), un insecticide (cyperméthrine – lutte contre des chenilles phytophages), et trois applications d’herbicides en cours de cycle (deux applications de glyphosate et une de 2,4DB). Sur le soja de cycle court, seules trois applications de glyphosate sont systématiquement réalisées en cours de cycle. Le soja n’est fertilisé qu’en culture de cycle long, le soja de cycle court bénéficiant des résidus de fertilisation de la céréale qui le précède.

 

Les producteurs ayant adopté ce système soulignent qu’il leur convient parce qu’il permet de maximiser le retour sur investissement à court terme. Pour maintenir cette performance, la rotation peut le cas échéant être modifiée très rapidement. Le remplacement du blé par l’orge ces dernières années, face à la baisse du prix du blé en Argentine, liée aux restrictions d’exportation, révèle bien la souplesse de réajustement de ce système qui évolue au gré des règlementations et du marché.

 

Dans le sud de la province de Buenos Aires, nous avons rencontré ce système de culture ultra simplifié dans différents types de structures de production : (i) dans des entreprises agricoles dont l’origine du capital investi est extérieure au monde agricole et dans lesquelles l’objectif est de maximiser à court terme le rendement du capital investi pour satisfaire les actionnaires ; (ii) dans les exploitations dont une partie des surfaces est louée et qui doivent assumer la couverture des coûts élevés de location de la terre ; (iii) enfin, dans les exploitations dont les producteurs disposent de peu de temps (doubles actifs pour qui l’activité agricole est secondaire) et choisissent alors ce système pour sa simplicité de mise en œuvre.

 

Les impacts environnementaux de ces systèmes de culture

 

Bien que ces systèmes de culture ultra simplifiés présentent des atouts économiques et organisationnels (moindre temps de travail et technicité requise) indéniables au niveau des producteurs, on trouve aujourd’hui dans la littérature et les discours de nombreux acteurs de la filière agricole argentine une remise en question de la « durabilité » de ces systèmes à l’échelle du territoire, tant sur le plan environnemental que social.

 

Le développement des monocultures ou quasi-monocultures engendre une homogénéisation des mosaïques paysagères, et ainsi une diminution de la diversité de la faune et de la flore locales et des services écosystémiques par disparition des variabilités d’habitats (Benton et al., 2003 ; Carreño et Viglizzo, 2010) : le soja, moteur du front pionnier « grande culture », a remplacé des zones préalablement couvertes de prairies permanentes ou pluriannuelles, et parfois de forêts (Viglizzo et al., 2010). La conversion d’espaces naturels ou semi-naturels en champs de céréales et oléagineux, associé à des itinéraires techniques intensifs en intrants, favorise les émissions de gaz à effets de serre (Carreño et al., 2010).

 

Au niveau du sol, les résidus de soja n’assurent pas un apport en matière organique conséquent et des études révèlent qu’à moyen terme en monoculture ou dès lors que le soja est très présent dans la rotation, les taux d’humus du sol diminuent, malgré la pratique du semis direct (Studdert et Echeverria, 2000 ; Studdert et al., 2009). Selon certains experts (chercheurs, conseillers, agriculteurs), la pratique répétée du semis direct sans recours au travail du sol peut engendrer, sur les sols les plus fragiles, des phénomènes de compaction qui ont des répercussions, à terme, sur les rendements. Et les observateurs soulignent que l’érosion n’est pas supprimée : le mulch n’est souvent pas suffisamment épais et réparti de manière homogène pour protéger efficacement les sols contre les départs de terre sous l’effet de pluies parfois violentes.

 

La pollution des sols et eaux souterraines par les pesticides ne fait pas l’objet d’un débat sociétal aussi vif en Argentine qu’en France, mais commence à être mise en évidence par la recherche (Viglizzo et Frank, 2010). L’usage répété (quatre fois par an en moyenne dans le système dominant) du glyphosate engendre le développement de résistances chez certaines adventices (comme par exemple Amarethum sp., Avena fatua, Lolium sp. ou encore Sorghum Halepense sp …., http://www.aapresid.org.ar/rem ). Ces adventices résistantes, qui deviennent impossibles à contrôler par le glyphosate malgré des augmentations de doses, amènent le producteur à recourir à l’usage d’herbicides complémentaires (Caviglia et al., 2004) – comme le 2,4D ou l’atrazine par exemple. Les figures 3 et 4, comparent ce système dominant avec des systèmes plus diversifiés de la même région, mais qui restent très minoritaires (Salembier et Meynard, 2013). Ces figures illustrent bien les limites d’un système basé sur une rotation ultra-simplifiée dans laquelle sont utilisées à répétition les mêmes matières actives : plus la fréquence de soja est importante dans la rotation de culture, plus l’usage de glyphosate est important et plus le risque de développement d’adventices résistantes croît.

 

Sur les figures 3 et 4, les points en forme de cercle, triangle ou losange sont des moyennes (ou une médiane dans le cas de la donnée qualitative « adventices résistantes ») pour plusieurs systèmes de culture ayant des logiques agronomiques très proches. Le point en croix représente le système de culture dominant du sud-est de la province de Buenos Aires. Les points en forme de cercle sont des systèmes présentant des rotations longues, de grande culture principalement (colza, blé, orge, tournesol, maïs, cultures fourragères annuelles, pomme de terre) ; le point en losange, des systèmes proches du système dominant, un peu plus diversifiés (maïs, tournesol), mais ayant néanmoins un recours intensif en intrants chimiques et le point en triangle, des systèmes de culture intégrant à la fois des cultures de diversification et une période de prairie pluriannuelle.

 


 

À l’échelle du territoire, l’homogénéisation des mosaïques paysagères est propice à une propagation rapide de pathogènes et ravageurs et augmente les risques sanitaires à grande échelle. Pour se prémunir contre ces problèmes, de nombreux producteurs optent pour des solutions chimiques préventives et systématiques contre les principaux bio agresseurs du soja. À l’échelle de la parcelle, le maintien d’un mulch sur le sol peut favoriser le développement de maladies et de ravageurs dont les plus nuisibles aujourd’hui sont le cloporte (Armadillidium vulgare, Latreille 1804) et la limace (Arion hortensis, Férussac 1819) (Garavano et al., 2011 ; Saluso et al., 2005).

 

Face aux risques sanitaires croissants, une partie de la R&D agricole continue ses investigations pour trouver des solutions, mais qui restent centrées sur des logiques de substitution, plus que de re-conception. L’une des dernières biotechnologies de Monsanto en est un bon exemple. L’entreprise a récemment mis sur le marché une nouvelle variété de soja « doublement-résistante », le soja INTACTA RR2 PRO, contenant les transgènes RoundUp Ready et Bacillus thuringiensis (Cry1AC). Cette variété est promue comme plus productive que le soja RoundUp Ready, et, en plus d’être tolérante au glyphosate, elle est aussi résistante aux attaques de différentes chenilles défoliatrices (Anticarsia gemmatalis, Rachiplusia nu, Crocidosema aporema…).

 

Les transformations des structures de production et leurs impacts à l’échelle du territoire

Le processus de sojización a engendré non seulement une évolution des espèces cultivées et des pratiques agricoles, mais aussi une reconfiguration des organisations socio-productives des exploitations, et une évolution des acteurs du secteur agricole : de nouveaux acteurs prennent part à l’activité productive alors que d’autres sont évincés.

 

Une transformation des modes de production et l’apparition de nouveaux acteurs dans la production agricole argentine

 

L’attractivité économique de ces systèmes de culture et la libéralisation économique en Argentine ont favorisé l’apparition de nouveaux acteurs dans le secteur agricole. Les « pools de culture » (Grosso, 2009 ; Guilbert et al., 2011) sont les nouvelles figures emblématiques de ce phénomène, ce sont des fonds d’investissement nationaux ou étrangers regroupant les capitaux nécessaires à la mise en culture du soja sur une campagne agricole. Inscrits dans une logique productive de rentabilité économique à court terme, certains répartissent les risques productifs (liés au climat) en investissant leurs capitaux dans différentes zones géographiques de la région pampéenne. Ces nouvelles entités mobilisent tous les avantages de ces nouveaux systèmes de production dans la situation politico-économique à l’œuvre : (i) ils louent des surfaces de plusieurs milliers d’hectares à des rentiers sur une ou deux campagnes pour y cultiver des grandes cultures, où le soja est majoritaire ; (ii) ils s’assurent les services de prestataires pour réaliser les tâches agricoles et n’emploient qu’un administrateur de champ réalisant le conseil et l’expertise technique de la production. Le nombre de ces prestataires de service (les contratistas) a crû avec le développement de ces nouveaux systèmes de production. Ces entrepreneurs possèdent en général l’ensemble du parc de machines nécessaires à la réalisation des tâches agricoles, ce sont souvent d’anciens producteurs ou fils de producteurs ayant délaissé l’activité agricole pour se concentrer sur la prestation de services, ou des producteurs possédant leurs machines et ayant une capacité opérative disponible.

 

Le foncier, facteur clé du développement de ces systèmes de culture

 

La gestion du foncier en Argentine est un facteur déterminant de l’expansion des systèmes de culture ultra simplifiés de la région pampéenne. Les baux de location peuvent être très courts, la réglementation offre la possibilité à un propriétaire de louer ses terres, pour une campagne agricole, à tout individu, issu ou non du secteur agricole. De grandes entreprises (dont les pools de culture) ayant des capitaux rapidement disponibles et en recherche d’extension peuvent ainsi cultiver de très grandes surfaces (d’au moins 10 000ha) sur une ou deux campagnes. Cette concentration des terres agricoles a eu des impacts directs sur les prix du foncier dans la région pampéenne, multipliés par 2 à 6 selon les zones de 1990 à 2011 (Márgenes Agropecuarios, 2011). Cette précarité des contrats arrange les pools de culture, qui visent essentiellement le résultat à court terme, et n’ont pas de projet de gestion de la fertilité des sols (ni au plan physico-chimique, ni au plan sanitaire) à long terme. Ces baux très courts favorisent la rotation annuelle ou bisannuelle des locataires sur la parcelle et ainsi l’impossibilité de la construction d’une cohérence agronomique durable des rotations de culture. Dans certains cas, l’historique de la parcelle n’est pas pris en considération et l’administrateur de champ se prémunit contre tout risque sanitaire en utilisant des intrants chimiques en préventif.

 

Certains propriétaires terriens, extérieurs au monde agricole, participent à l’amplification de ce phénomène en cherchant à maximiser la rente dégagée par le loyer, au détriment du maintien de la qualité de leurs sols (Qüesta, 2011). Ils proposent ainsi des loyers équivalents pour toutes les cultures (il existait initialement une distinction de loyer selon la rentabilité de l’espèce mise en culture) et incitent donc au semis du soja, culture la plus rentable, chaque année.

 

Les répercussions sociales de la spécialisation des territoires agricoles

 

Lors du processus d’agriculturalización, la mécanisation, la simplification des tâches agricoles et le recul ou l’intensification des activités d’élevage ont engendré une vague de licenciement des travailleurs ruraux dans la région pampéenne. Les campagnes argentines se sont, petit à petit, désertifiées : migration vers les villes des ruraux sans emploi ; départ, suite à la mise en location de leurs terres, des propriétaires qui résidaient encore sur place. Le peu d’investissements publics dans les infrastructures dans ces zones (coût d’électrification très élevé, routes endommagées,…) et la privatisation des transports ferroviaires (dont les voies sont aujourd’hui surtout utilisées par de grandes entreprises pour le transport de grains) renforce ce phénomène et rend de moins en moins attractive la vie en zone rurale. Les populations se concentrent aujourd’hui dans des « agrovilles », où se trouvent toutes les commodités et services agricoles (banques, écoles, service technique, commerces,...) (Albaladejo, 2011).

 

Ces systèmes de production très compétitifs et simples à mettre en œuvre à grande échelle ont évincé une frange de petits producteurs ; d’une part, les petites surfaces ne permettent ni de renouveler un parc de machines agricoles devenu obsolète, ni d’assumer une dépendance à des prestataires de service qui priorisent les grandes exploitations. D’autre part, face à la flambée des prix du foncier, de nombreux petits propriétaires ont abandonné l’activité agricole, au profit du faire-valoir indirect.

 

Avec cette frange de producteurs disparaissent de nombreux savoirs non écrits du monde agricole. De nombreuses exploitations perdent l’identité, les valeurs - le capital culturel et symbolique - des campagnes pampéennes au profit d’une culture « agroproductiviste » (Hernandez et al., 2007). Face au développement croissant des statuts entrepreneuriaux de types « pools de culture », l’agriculture argentine est parfois qualifiée « d’agriculture sans agriculteurs » (Hernandez, 2009) : une agriculture dans laquelle le capital, la force de travail et la prise de décision sur le champ sont complètement dissociés et éclatés aux mains d’acteurs très différents.

 

Les conditions sociopolitiques de développement de la sojización

La diffusion du paquet technologique coordonnée par différents acteurs du secteur agricole

 

La diffusion à grande échelle du paquet technologique « soja RR-glyphosate-semis direct » s’effectue au travers de la coordination des acteurs publics et privés, du monde associatif, institutionnel, entrepreneurial et politique. Les entreprises d’agrofourniture apparaissent comme des acteurs centraux de cette révolution, en endossant de multiples rôles : (i) pourvoi de produits phytosanitaires et semences, (ii) conseil technique sur les nouvelles pratiques liées au semis-direct et (iii) octroi de crédits commerciaux favorisant l’accès à tous les éléments du paquet technologique. Au-delà des services proposés, ces entreprises ont développé une démarche de propagation verticale en infiltrant les réseaux sociaux, associations et institutions étatiques, pour diffuser le matériel pédagogique nécessaire à l’adoption de ce paquet technologique (Goulet, Hernandez, 2011). L’Association de producteurs AAPRESID[1], créée dans les années 1980, est instrumentalisée par ces entreprises en vue de promouvoir le semis direct et ses vertus en termes de respect de l’environnement (fertilité du sol, limitation de l’érosion...) (Goulet, Hernandez, 2011). Cette promotion par les producteurs eux-mêmes, confortée par les experts et la recherche agricole (notamment l’INTA[2]), constitue un contre-feu à la contestation, pour des raisons environnementales, de l’usage de semences transgéniques, intimement liées à l’emploi des pesticides.

 

L’association AAPRESID diffuse à grande échelle, au travers de divers médias (journaux, radios), l’image du nouveau producteur modèle, au statut plus « d’entrepreneur » que « d’agriculteur ». Dans ce contexte, le terme « d’entreteneur innovant » caractérise les individus dont le succès provient de l’adoption de nouvelles technologies (Hernandez, 2009). L’orientation du conseil agricole privé a suivi et renforcé ce mouvement, en s’adaptant à la demande des producteurs en quête de rentabilité et d’un conseil « efficace », laissant de moins en moins place aux diagnostics agronomiques basés sur l’hybridation des savoirs empiriques des agriculteurs et technico-scientifiques des conseillers, au profit de logiques rapides et sûres basées sur l’usage de pesticides (Grosso et Albaladejo, 2013). De nouveaux profils de conseil émergent, intimement connectés à la vente d’intrants chimiques, c’est le cas « des conseillers en vente » ; les indicateurs de réussite de leur travail ne priorisent plus la satisfaction du producteur, mais se focalisent sur le succès de leurs ventes (Grosso et Albaladejo, 2013).

 

Des politiques agricoles publiques renforçant le phénomène de sojización

 

Les politiques agricoles argentines ont fait l’objet de plusieurs remaniements ces dernières décennies. Le gouvernement a mis en place en 2006 une politique de restriction aux exportations, suivie en 2012 de restrictions aux importations qui visaient à maintenir la souveraineté alimentaire du pays, relancer l’industrie nationale et équilibrer la balance commerciale. Les restrictions quantitatives à l’exportation, régies par les ROE[3] vert et rouge, s’appliquent à plusieurs productions : (i) les exportations de blé sont limitées, pour être commercialisées localement aux moulins et ainsi maintenir bas le prix du pain pour la population argentine ; (ii) les restrictions aux exportations de viande sont menées dans la même optique pour maintenir des prix bas pour la consommation locale ; (iii) dans l’optique de développer les filières avicole et porcine, les exportations de maïs sont aussi limitées pour favoriser une utilisation locale. Ces évolutions politiques placent le producteur dans une position précaire dans laquelle sa perspective à long terme est obérée par une incapacité d’anticipation sécurisée pour mettre en place des cultures de diversification, ce qui oriente la production nationale vers la culture la plus sécurisée : le soja. Le gouvernement argentin n’est pas neutre dans la spécialisation des systèmes de culture et tire profit de l’expansion du soja, dont les produits exportés sont taxés à environ 35%, recettes qui couvrent aujourd’hui une part importante des dépenses de la politique publique argentine.

 

Conclusion

L’exemple du processus de sojización de la région pampéenne illustre les impacts multiples que peut avoir l’adoption massive d’une nouvelle technologie, ici les variétés de soja RoundUp Ready, à l’échelle d’un territoire. Cet exemple peut rappeler des processus à l’œuvre dans certaines parties du bassin parisien, où s’est aussi opérée, depuis les années 1970, une spécialisation vers la « céréalisation », un raccourcissement des rotations (avec des retours de plus en plus fréquents du blé et du colza ; Schott et al., 2010) et un développement de l’utilisation de pesticides.

 

Comme dans le cas argentin, cette spécialisation résulte d’une combinaison de facteurs propres au contexte agricole français : (i) soutien direct puis indirect du prix des céréales via la Politique Agricole Commune, (ii) recherche d’un accroissement de la productivité du travail par la spécialisation, (iii) concentration géographique de l’appareil agro-industriel, (iv) évolution du conseil technique attaché à la vente d’intrants, priorisant les solutions chimiques, accompagné (v) d’une spécialisation des chercheurs, la céréaliculture et l’élevage spécialisé faisant l’objet de beaucoup plus de travaux que la polyculture élevage (Meynard, 2012).

 

Cette évolution a elle aussi eu des répercussions négatives à différentes échelles : perte d’autonomie des exploitations et sensibilité accrue aux fluctuations du marché, gaspillage de ressources non renouvelables (peu de recyclage de N, P, K…), pollutions des eaux par les pesticides et nitrates, réduction de l’hétérogénéité des mosaïques paysagères,... Comme en Argentine, l’évolution de l’offre variétale est cohérente avec ces changements de systèmes de culture : la sélection se concentre sur les espèces majeures (blé dur, blé tendre, colza, maïs, pour les grandes cultures en France), qui assurent aux sélectionneurs privés un meilleur retour sur investissement. En parallèle, les variétés multi-résistantes aux maladies, qui permettraient de réduire notablement l’usage des pesticides (Meynard et al., 2009) restent un marché minoritaire. La recherche publique s’investit sur la sélection de variétés de blé multi-résistantes, mais abandonne au début des années 2000 la sélection de nombreuses espèces de diversification. Cette convergence suggère que ce n’est pas tant le caractère transgénique des variétés de soja (ni même un rôle de « deus ex machina » de Monsanto) qui a poussé la sojización de la Pampa, que la cohérence entre la disponibilité de variétés tolérantes au glyphosate et les dynamiques sociotechniques à l’œuvre dans le pays.

 

Cependant, des différences importantes existent entre les deux pays, qui empêchent encore l’agriculture du Bassin Parisien de rejoindre la région pampéenne dans certaines évolutions radicales. Dans le contexte argentin, l’absence de règlementations concernant l’accès au foncier et la libéralisation de l’économie ont permis à de nouveaux acteurs extérieurs au monde agricole (les pools de culture) de spéculer sur l’activité agricole, non plus au travers des marchés financiers, mais en contrôlant directement la production. En France, cette évolution est aujourd’hui encore freinée par le maintien de réglementations restreignant l’accès au foncier, limitant ainsi le développement de logiques productivistes à court terme (signature d’un bail agricole pour une durée d’au moins 9 ans - sauf dérogation -, et imposition de différentes démarches administratives pour être autorisé à exploiter la terre). Les producteurs restent des agriculteurs de métier, qui, en majorité, connaissent les risques liés aux rotations très courtes et aux monocultures ainsi que les effets des stratégies de désherbage basées sur une seule molécule sur l’apparition de populations d’adventices résistantes. Dans le cas du bassin parisien, les politiques publiques ont joué un rôle incontestable dans la spécialisation des productions, en focalisant les aides sur certaines cultures de rente et en soutenant certaines filières (par exemple, colza et blé pour les biocarburants).

 

Cependant, on assiste depuis quelques années à un infléchissement des politiques publiques et la société française, qui finance directement une partie de l’activité agricole par les aides, revendique le développement de pratiques plus durables. En Argentine, encore peu d’études sont réalisées sur les impacts environnementaux de l’agriculture, les notions « d’agriculture intégrée », « d’agriculture biologique » ou encore de « pratiques économes en intrants » restent encore marginales. À l’inverse de son homologue français, le producteur argentin ne reçoit pas d’aides et est taxé sur les produits qu’il exporte, cette source de financement contribuant directement à la mise en œuvre de la politique sociale du gouvernement, et limite ainsi la légitimité de la société argentine à revendiquer l’évolution des pratiques.

 


[1] Association Argentine de Producteurs en Semis Direct.

[2] Institut national argentin de recherche agronomique.

[3] Registro de Declaraciones Juradas de Ventas al Exterior de productos agrícolas.

   


Bibliographie

Albaladejo C., 2011. Les transformations de l’espace rural pampéen face à la mondialisation. Annales de Géographie, Juillet-Août 2012, 387-409.

 

Alvarez C., Mulin E. 2004. El gran libro de la siembra directa, Buenos Aires, Clarín Rural.

 

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