Revue AE&S vol.4, n°2, 21

Notes de lecture

 

La palme des controverses - Palmier à huile et enjeux de développement. Par A. Rival et P. Lelang, Editions QUAE, 2013.

 

 Thierry Doré

 

 

 

 

 

 



Cet ouvrage petit par le volume mais grand par la qualité des informations qu'il contient a été rédigé par deux spécialistes du palmier à huile. Leurs expertises combinées permettent de comprendre les phénomènes biologiques et les jeux d'acteurs qui alimentent la controverse sur l'huile de palme. Si cette controverse demeure, expliquent les auteurs, c'est bien parce que des acteurs y défendent des intérêts divergents, mais aussi parce que l'élaéiculture a de fait des conséquences ambivalentes : facteur de développement potentiel et approvisionnement mondial performant en huile végétale d'un côté, mais culture dont les modes de mise en place sont parfois générateurs de drames sociaux, et de dégâts écologiques et environnementaux, de l'autre.

Une certitude semble se dégager de l'ouvrage, celle que la production d'huile de palme va se poursuivre, quelles que soient les campagnes d'opinion qui la visent dans les pays du Nord - qui ne consomment que 15% de la production mondiale. L'adoption la plus rapide possible de modes d’implantation, de production, de transformation et de distribution respectueux de critères sociaux et environnementaux est donc un impératif. Les auteurs montrent que cette adoption passe par des mesures politiques et réglementaires fortes, au niveau international, ainsi qu'au niveau des Etats producteurs, mais aussi par des avancées sur le plan technique.

Quelle peut être la contribution de l'agronomie et de l'amélioration variétale à la transformation des modes de production ? Si on suit A. Rival et P. Levang, les objectifs sont triples. Tout d’abord il faut accompagner le maintien et l'évolution des systèmes agroforestiers à palmier qui perdurent sous des formes très variées, en particulier dans la région d'origine de la plante et de la culture, à savoir le bassin du Congo. Par ailleurs, il faut parvenir à accroître le rendement des plantations existantes, sans engendrer d'externalité environnementale négative, afin de faire face à l'augmentation de la demande en huiles végétales sans trop contribuer à la défriche de forêts primaires. Enfin, si des plantations de défriche doivent avoir lieu, il s'agit de déterminer à quels endroits elles doivent être mises en place, et selon quelles structures paysagères, pour produire tout en préservant au maximum la biodiversité. Si cette dernière finalité concerne a priori peu les interactions entre l'amélioration des plantes et l'agronomie, ce n'est à l'évidence pas le cas pour les deux premières.

Les deux auteurs (mais ce n'était pas leur objet) sont peu diserts sur cette interaction entre agronomie et amélioration des plantes. C'est dommage pour nous, car on est donc sur une production présentant des facettes multiples, et pour laquelle les objectifs varient selon les régions et les types de plantation ; avec en face une recherche en amélioration des plantes structurée en réseau international et appuyée sur les biotechnologies (clonage en particulier). On comprend que cette structuration est très fructueuse pour traiter la question de l'adaptation des variétés aux problématiques locales, quand il s'agit de mettre en commun le matériel génétique pour contrer les principaux problèmes sanitaires, différents en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud. La mise en commun permet ainsi de disposer d’un arsenal de gènes de résistance plus vaste, débouchant sur des assemblages plus efficaces. Mais cette structuration l'est-elle également quand il s'agit de contribuer à satisfaire des objectifs locaux contrastés - intensification de palmeraies monospécifiques versus maintien de caractéristiques favorables aux systèmes agroforestiers paysans ? La question est d'autant plus intéressante que le palmier à huile est une plante pérenne, et que les programmes de sélection doivent tenir compte de cette dimension temporelle.

Mais on ne saurait reprocher aux auteurs, dont l'ouvrage synthétique embrasse très large, de ne pas s'être focalisé sur cette question ! Leur production est d'une manière générale très éclairante, et sur la problématique des interactions agronomie/amélioration des plantes, aiguise heureusement la curiosité.

 

   


 

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