Revue AE&S vol.5, n°1, 11

Changement climatique et agriculture : comprendre et anticiper , ici et ailleurs.

S’adapter au changement climatique et en atténuer les effets

Retour sur le colloque final du projet ADAPT’EAU

 


Noémie Schaller

 

Contact auteur : noemie.schaller04@aptalumni.org

 

 

 

 

 


Le 15 octobre 2015 s’est tenu à Bordeaux le colloque final « Adapt’eau[1]». Ce projet de recherche et de prospective, coordonné par Denis Salles de l’Irstea, portait sur « les variations des régimes hydrologiques (crues et étiages) de l’environnement fluvio-estuarien de la Garonne-Gironde ». Il avait pour but de faire émerger des stratégies d’adaptation innovantes en réponse aux défis des changements globaux, dont principalement le changement climatique.

 

Pour cela, trois années de recherches disciplinaires (climatologie, hydrologie, géochimie, écologie, sociologie, anthropologie…) ont d’abord permis de caractériser le fonctionnement du système dans toutes ses dimensions, et d’établir un diagnostic des tendances passées et possibilités d’adaptation. Puis, afin d’agréger et faire tenir ensemble ces résultats, une année de travaux interdisciplinaires a été consacrée à la construction de scénarios d’évolution du continuum Garonne-Gironde à l’horizon 2050. Les scénarios ont été élaborés suivant la méthode éponyme : quatre composantes ont été retenues (forçage externe dû au changement climatique ; fonctionnement de l’écosystème ; dynamiques sociales et territoriales ; gouvernance de l’eau). Des micro-scénarios ont été imaginés pour chaque composante, puis ils ont été combinés pour aboutir à quatre scénarios qualitatifs, cohérents et contrastés. Les quatre trajectoires envisagées sont les suivantes :

S1 : « tout bouge mais rien ne change », une adaptation par ajustement. Dans ce scénario tendanciel, les étiages sont sévères, on réalise des aménagements pour des besoins croissants en eau et des conflits entre urbain et rural apparaissent.

S2 : « puisqu’il faut de l’eau », une adaptation par développement de l’offre en eau. Ici, c’est le développement agro-industriel qui fait le territoire et impose les dynamiques territoriales. Le lobbying est important et plaide pour le développement d’aménagement de stockage et de prélèvement de l’eau, afin de satisfaire les usages.

S3 : « l’environnement fluvio-estuarien apprivoisé par et pour ses métropoles », une adaptation par l’économie verte. Le moteur principal est la métropolisation, dans un contexte très interventionniste qui limite fortement les prélèvements et permet d’enrayer la baisse des débits du fleuve et de maintenir la biodiversité.

S4 : « une voix pour l’écosystème », une adaptation par les pratiques alternatives. De nouveaux modes de vie, de production et de consommation apparaissent, avec une importante maîtrise de l’offre et des besoins en eau, et des innovations adaptatives. La qualité de l’eau reste toutefois préoccupante et les débits diminuent en dents de scie.

 

Bien que ce projet ANR[2] n’ait pas comporté de volet agronomique, il pourra intéresser les agronomes pour sa démarche méthodologique, ainsi que pour les visions contrastées qu’il propose du monde agricole à l’horizon 2050 : dans S1, on a une agriculture intensive avec des prélèvements en eau conséquents. Dans S2, la priorité politique est donnée aux surfaces agricoles irriguées, les acteurs de la filière agro-industrielle dominent les dispositifs de gouvernance de l’eau, et les enjeux quantita­tifs monopolisent la question de l’adaptation au changement climatique. Dans S3 au contraire, les contraintes sont fortes sur les usages, et les prélèvements agricoles diminuent. La place de l’agriculture régresse dans un contexte de coexistence de métropoles avec des espaces de nature aménagés artificiellement. Dans S4, les pratiques alternatives se développent (ex : semis sous couvert, agroforesterie), les surfaces irriguées reculent, la pression foncière diminue. Les bourgs ruraux deviennent attractifs et une agriculture de proximité se développe.

 

A l’issue des présentations, une animation originale sous forme de « débat mouvant[3] » a permis aux participants de s’exprimer sur les scénarios qu’ils jugeaient les plus probables et les plus souhaitables. S1 et S3 sont ainsi ressortis comme les plus probables, car marqués par la métropolisation, tendance jugée lourde par les participants. A l’inverse, S2 et S4 ont été estimés les moins probables, du fait de leur coût prohibitif et d’une gestion qui devrait demain plutôt se faire par la demande pour S2, et du fait des difficultés à mettre en œuvre collectivement des alternatives pour S4. Ce scénario alternatif fait en revanche consensus comme étant le plus souhaitable, car évalué le plus durable et laissant le plus de place aux initiatives locales. S2 a joué le rôle de repoussoir à cause de la place importante faite aux lobbys, de même que S1 à cause de l’inaction, et des conséquences négatives que ces deux scénarios induisent.

           

Ainsi le projet Adapt’eau a permis de proposer des options d’adaptation aux variations des régimes hydrologiques de la Garonne-Gironde, et de les mettre en discussion avec les acteurs des territoires. La valorisation doit se poursuivre en 2016 avec l’édition d’un ouvrage consacré aux résultats.

 

 

Pour plus d’informations, voir : http://www.adapteau.fr/valorisations/colloque-final-adapteau 

______

[1] http://www.adapteau.fr/

[2] Agence Nationale pour la Recherche

[3] http://www.scoplepave.org/pour-discuter


 

   Les articles sont publiés sous la licence Creative Commons (CC BY-NC-ND 2.0)

http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/fr/Pour la citation et la reproduction de cet article, mentionner obligatoirement le titre de l'article, le nom de tous les auteurs, la mention de sa publication dans la revue AES et de son URL, la date de publication.