Revue AE&S vol.5, n°2, 19

Innovations agricoles : quelle place pour l’agronomie et les agronomes ?

Annexe                                                                                                                                                         

Appel à contributions pour le numéro 5.2, décembre 2015


Introduction

Depuis qu’elle existe, l’agriculture innove : afin de s’adapter à des besoins et conditions en constante évolution, de nouvelles façons de produire et de nouveaux modes d’organisation apparaissent, tandis que d’autres disparaissent. Nous proposons, dans ce numéro, de nous intéresser à ces processus d’innovation, dans toute leur diversité et leur complexité, dans le milieu agricole, au nord comme au Sud. Loin de se conformer au modèle classique descendant selon lequel une innovation naît dans la recherche, est portée par le développement et est diffusée aux agriculteurs qui l’acceptent ou non, l’innovation émerge partout et rarement sous une forme prévisible. Comme dans d’autres secteurs d’activité, des inventions prometteuses sont restées confidentielles alors que d’autres, conçues par et pour un groupe local et restreint, se sont diffusées largement. Les études sur l’innovation ont permis de montrer que l’émergence et l’adoption de nouvelles façons de faire dépendaient d’un système d’interactions complexe. Eclairer de tels processus à travers la place qu’y prennent l’agronomie et les agronomes est un enjeu fort dans les domaines de l’agriculture et des filières agricoles.

Intentions

L’objectif poursuivi est d’éclairer la diversité des processus d’innovation en agriculture en adoptant trois angles d’attaque qui constitueront les trois parties de ce numéro. Il s’agira (1) d’analyser l’innovation en agriculture à partir de la description d’exemples, (2) d’essayer de mettre en évidence quels rôles y jouent les agronomes, et (3) d’étudier en retour comment les innovations questionnent les agronomes et les amènent à remettre en cause leurs démarches, leurs pratiques, leurs outils voire les concepts qu’ils utilisent ou construisent. Des contributions qui considéreraient l’ensemble de ces angles sont également bienvenues.

Ce numéro s’inscrit dans le prolongement des entretiens du Pradel de 2004, qui avaient abordé l question des rapports des agronomes à l’innovation. Reprendre ce thème 10 ans après nous semble pertinent : de nombreux éléments du contexte agricole ont changé, que ce soit sur le plan environnemental, socio-économique ou technologique et de nombreuses innovations se développent en réponse à cette forte évolution du contexte. Savoir comment ces innovations sont susceptibles de remettre en cause les agronomes et l’agronomie est un aspect resté peu abordé lors de ces entretiens du Pradel.

Pas plus qu’ils n’ont le monopole de l’innovation en agriculture, les agronomes n’ont le monopole sur la façon de l’analyser et d’en rendre compte : en cohérence avec les intentions de ce numéro, l’ensemble des acteurs (agriculteurs, agents du conseil et du développement, semenciers, entreprises qui produisent des solutions techniques, chercheurs, liste non exhaustive) qui participent à l’innovation sont invités à y contribuer, dans une diversité de types de texte qui sont précisés à la fin de cet appel à contribution. Dans le même esprit, la revue souhaite pouvoir réunir des contributions s’appuyant sur des expériences les plus diverses, venues autant de pays du Sud que du Nord.

Organisation du numéro

Première partie : des récits d’innovation en agriculture

Les contributions de cette partie présenteront des processus d’innovations (techniques, organisationnelles ou sociales) ayant déjà une certaine ancienneté (à partir de 4-5 ans), en France, en Europe ou dans les pays du Sud, que ce soit à l’échelle micro-locale et/ou à des échelles plus larges. Elles s’attacheront à mettre en récit le processus d’innovation dans sa dimension dynamique (émergence, prise d’ampleur, diffusion, impact) avec ses échecs et ses réussites, et à montrer quels sont les rôles respectifs et interactifs des acteurs directs (les agriculteurs et leurs organisations), des divers professionnels du secteur agricole ou non agricole à l’échelle du territoire et des filières ou plus institutionnels, de la recherche agronomique, etc. Le format privilégié est l’étude de cas, mais les contributions pourront également adopter une approche comparative, ou éventuellement un point de vue d’emblée plus théorique. Des témoignages sur des aspects précis sont également attendus.

Deuxième partie : Quel est le rôle des agronomes et quelle place pour l’agronomie dans le processus d’innovation ?

Les contributions de cette partie du numéro éclaireront les formes d’implication des agronomes dans les processus d’innovation, depuis l’ analyse a posteriori des évolutions passées ou en cours, en passant par la proposition de solutions à des problèmes issus de la pratique, l’accompagnement des acteurs de l’innovation, jusqu’à l’ anticipation des impasses et des futurs cahiers des charges des systèmes agricoles via la mise au point d’innovations en rupture avec les pratiques actuelles.

L’échelle privilégiée va du système de culture ou de production, à des niveaux plus englobants du territoire et de la petite région, ainsi que les filières. Outre l’intérêt porté à la diversité des niveaux d’intervention, il s’agit aussi et surtout d’explorer comment la diversité des métiers (recherche, développement, conseil, enseignement, agriculteur ; etc.) mobilisée dans les processus d’innovation. Le métier d’agriculteur est bien présent dans cette liste, à la fois pour sa centralité dans les processus d’innovation et pour l’importance du « retour du raisonnement agronomique » dans la vision et les pratiques des agriculteurs.

Troisième partie : Quelles conséquences sur les concepts et les modes d’intervention des agronomes et sur l’agronomie ?

Cette troisième partie propose aux contributeurs de se pencher sur l’effet « en retour » des processus d’innovation sur l’agronomie. Comment la diversité des innovations et des processus d’innovation en agriculture remet elle en question les modes d’intervention des agronomes, selon qu’ils opèrent dans le domaine du conseil, de la formation, ou de la recherche ? Est-elle dans certains cas susceptible de remettre en cause les concepts et les démarches des agronomes, ou du moins d’amener à les amender ou les compléter pour les rendre plus pertinents face à ces évolutions, dans des approches interdisciplinaires et multi-acteurs ?

Membres du comité de numéro :

Jean Boiffin (INRA), Denis Gaboriau (RAD – FNCIVAM), Pierre-Yves Le Gal (CIRAD, UMR Innovation), Lorène Prost (INRA, Unité Sciences en Société), Olivier Réchauchère (AFA, rédacteur en chef de la revue), Caroline Surleau (Agrotransfert), Stéphane de Tourdonnet (Supagro Montpellier), Bernard Triomphe (CIRAD, UMR Innovation).

 

 

 



 

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