Paysage et territoire

 

 

 

par Régis Ambroise

voir aussi son intervention en vidéo  lors des Entretiens du Pradel en 2009

Comment après cinquante ans d'oubli les ingénieurs peuvent redécouvrir la notion de paysage

A l'époque des autoroutes, des grands ensembles, de l'électrification des campagnes, la dimension esthétique et paysagère de l'agriculture disparaît des formations agronomiques et de la conscience des agronomes eux-mêmes devenus des ingénieurs de la production agricoles. Mais dans les années 70, la tendance commence à s'inverser d'abord au sein de la société elle-même. La crise qui suit les trente glorieuse et qui touche d'abord l'industrie, le développement des services, de la valeur-ajoutée, une recherche de sens redonne aux paysages en tant que marqueur de l'identité d'une territoire une importance culturelle mais aussi économique. Au travers du parcours de Régis Ambroise, c'est le processus de retour du paysage dans la conscience agronomique, que l'on découvre.

Le paysage retrouvé

Je n'ai pas à l'origine de formation paysagère ni rien dans ma formation qui me préparait particulièrement à me préoccuper des questions de paysage. En effet, j'ai fait l'Agro de Paris entre 1969 et 1972 avec une spécialisation de fin d'étude en agronomie. A dire vrai, j'ai également fait l'Agro par défaut, en quelque sorte. Mon père était officier, je suis né en Algérie et je me suis élevé en milieu urbain. J'ai fait l'Agro essentiellement parce que j'avais des oncles qui travaillaient pour les eaux et forêts.

 

De ma spécialisation, j'ai essentiellement retenu les stages. C'est Michel Sebillotte qui, à l'époque, était en charge de cette spé, et ce dernier poussait à effectuer des travaux d'enquête au niveau des exploitations ou des petites régions. A l'époque c'était plutôt novateur. Sans qu'on l'ait nécessairement désigné ainsi, nous effectuions des diagnostic territoriaux mais toujours avec l'entrée agricole. C'était souvent une exploitation mais positionnée dans un territoire qu'il convenait d'analyser et de comprendre. Et bien sûr, comme il se devait, après une courte enquête, nous avions tout compris et tout de suite ! La prudence n'était pas la principale caractéristique du moment.

 

Cela étant, mis à part cette légère présomption, l'exercice procédait d'une volonté réelle d'élargissement. C'est aussi Michel Sebillotte qui a développé les profil culturel, les tours de plaine, l'ouverture au territoire.

 

Dans la poursuite de ces analyses il y avait aussi l'idée de développer, grâce aux enquêtes, des typologies d'exploitation. J'avoue que je ne suis jamais rentré dans les typologies. Pour tout dire cela me faisait un peu suer. Je trouvais cela compliqué et je n'étais pas trop sûr que cela puisse servir à grand chose, en tout cas selon la forme développée par Sebillotte ou Capillon. C'était des typologies très centrées en fait sur l'optimisation de la production, des typologies très " techniques agricoles " . Or, je ne peux pas dire que j''étais vraiment un agronome fanatique.

 

Là dessus, j'ai fait mon service militaire, et à la sortie il a fallu que je trouve du boulot. J'ai alors travaillé comme stagiaire non déclaré au SEI l'ancêtre du SAD. Stagiaire non déclaré ! Cela voulait dire sans couverture sociale. Nous avons été à l'INRA jusqu'à 10 % à avoir ce statut de hors statut. Quand on y songe, l'administration peut vraiment être un employeur de merde, si l'on me permet cette expression trivial. Il y a même eu un type qui a fini par créer une association nationale des hors statuts. C'est dire que la question du statut des chercheurs ne date pas d'hier. Fermons la parenthèse !

 

Donc, j'arrive chez Deffontaines. Il y avait également Raichon. Or, à l'époque, le SEI travaillait essentiellement sur les zones marginalisées par la modernisation de l'agriculture, comme les marais dans l'Ouest où l'INRA avait d'ailleurs une ferme pilote. Et il se trouvait que l'année d'avant ils étaient allés en Castaniche " la châtaigneraie corse, zone qui avait subi un exode massif " et avaient ramené une masse de données et de doc. Il s'agissait de faire la monographie de deux villages pour comprendre comment s'était passé l'exode rural. Ils étaient notamment parti de l'étude du cadastre. J'ai donc été chargé de traiter les données et au bout de deux mois " la durée de mon contrat " j'ai remis un petit rapport qui montrait combien il était nécessaire de poursuivre le travail, et ainsi de suite durant six mois. En hiver ils ont du retourné sur place et Camille Raichon a dit à Deffontaine : " puisque c'est Régis qui fait une partie du travail, il devrait nous accompagner " . Et je suis donc parti une semaine en Corse

 

Et là, j'ai vraiment eu un choc. Au printemps et en été, la végétation masque et nivelle les aménagements fonciers, mais l'hiver, rien de tel, tout était entièrement visible. On découvre alors un paysage assez fabuleux. Il faut imaginer jusqu'à mille mètre de terrasses au flanc de la montagne. On a le souffle coupé devant un tel travail de génie paysager qui a permis à cette zone, a priori ingrate, à l'instar des Cévennes, d'être l'une des plus densément peuplée de France. Quand on songe que ces montagnes en moins d'un siècle ont été abandonnée on ne peut s'empêcher de parler de désastre culturel. Quelque soit les faiblesses de ces sociétés, on ne peut nier qu'il s'agissait, au regard de leur ouvrage, de sociétés très sophistiquées. Et intuitivement on sent que c'est un peu de la beauté du pays qui est en train de disparaître. L'île de Beauté était en train de perdre quelque chose.

 

Attention, à l'époque les choses n'était peut-être pas aussi claires que cela pour moi, mais en même temps il y avait quelqu'un comme Deffontaine qui restait capable de lire véritablement ce paysage. D'en comprendre la logique et la structure et l'histoire intime: déjà le triptyque pays-paysan-paysage. C'était la grande idée de Deffontaine que l'évolution du paysage nous permet de comprendre les structures et les systèmes agraires. Il faisait le lien entre le spatial et l'économique. C'est ainsi qu'en Corse nous avons vraiment travaillé sur les systèmes agraires et de fait quelques années plus tard le SEI deviendra le SAD. Ceci dit en Corse nous travaillions sur une situation de déprise aigüe et il fallait avoir du punch pour travailler sur un sujet aussi déprimant.

 

Mais sur ce, j'ai trouvé un poste de conseiller agricole dans le haut Jura. Deffontaine avait bien conscience de la nécessité de créer un poste mais les démarches administratives étaient longues et je suis parti avant que le poste ne soit créé, et finalement c'est Bernard Cristofini avec lequel j'avais fait mes études et que je devais retrouver plus tard sur des questions nouvelles de typologie qui a pris ma place.

 

Le poste que j'ai occupé venait d'être créé. En effet, la politique de la montagne venait de démarrer. En 1972 il y avait eu le colloque de Clermont et à sa suite la reconnaissance de la nécessité d'une politique spécifique et de la mise en place d'aides spécifiques. Donc la chambre du Haut-Jura avait eu l'idée de mettre un conseiller agricole sur les zones hautes. Moi, en 6 mois, j'étais devenu un expert de la montagne, c'est à dire que je connaissais 2 ou 3 phrase qui ont fait Tilt.

 

Il est vrai qu'au niveau de la culture de la chambre, tout cela était nouveau. Mon directeur m'a donné 3 noms de membres de la Chambre qui était du haut en me disant " voilà, il faut tenir le terrain " . La vérité c'est que la Chambre n'avait aucune idée de ce qui se passait là haut.

 

Et me voilà qui débarque dans le Haut, et je découvre un pays magnifique. Vraiment magnifique. D'ailleurs quand je veux énerver les sociologues quand il m'explique que le beau est relatif, je n'hésite pas à parler de " beau absolu " au sujet du Haut-Jura. Bien sûr, je n'en parlais pas à l'époque. Là comme en Corse, je découvre une culture sophistiquée de l'aménagement du territoire. Mais à la différence de la corse le tissu social qui le sous-tend parvenait encore à se maintenir et voulait se maintenir. Il existait bien sûr des signe des déprises, singulièrement les plantations de résineux de l'ONF, mais il y avait une forte résistance sociale, un rejet de ce qui était perçu comme une intrusion. Les gens avaient bien compris que les résineux était l'expression de l'échec à terme de leur société, alors il y avait des paysans qui, la nuit, allaient arracher les résineux. J'ai toujours affirmé aux gendarmes que j'ignorais qui étaient les responsables. Pourtant il y avait des marques de déclin, pas mal de gens qui étaient sur le départ, la disparition d'une quinzaine de fruitières. Toutefois, il y avait également un plan d'aménagement rural, une vitalité dans le secteur industriel et artisanal, un fond de petites entreprises qui faisaient que la montagne n'était pas vide. Il y avait donc plusieurs logiques d'intérêt à l'égard de la montagne. Et justement il fallait concilier ces intérêts, à savoir:

Les forestiers,

Les agriculteurs,

Le tourisme et notamment le ski de fond qui demande une concertation paysagère et territoriale.

 

Au début, évidemment, je n'avais pas de point de vue. Je me suis contenté de faire le tour des exploitations et d'écouter les gens. D'ailleurs j'aurais eu du mal à leur donner des conseil sur la manière de traire les vaches ! Je me suis alors rendu compte qu'il y avait quand même pas mal de gens qui se posaient la question de rester. En effet dans les villes proches comme St Claude ou Oyonnax, les effets de la crise commençaient à se faire sentir, il y avait moins de boulot qu'avant. J'ai monté des formations à St Claude qui ont permis de faire se rencontrer des jeunes de tout le haut et de partager l'idée qu'il fallait un changement d'échelle pour les actions, que la bonne échelle n'était plus la commune ou les communes proches mais bel et bien le massif dans son ensemble.

De fait, nous avons été servi par une sorte d'embellie due à la conjonction de plusieurs facteurs:

d'une part, comme je l'ai dit le tarissement des emplois urbains qui incitait les jeunes à rester,

le lancement de la politique de montagne avec la reconnaissance du rôle paysager de l'agriculture et la prime à la vache tondeuse.

le fait que nous soyons encore à la fin de la déprise avec donc des terres qui se libéraient donnant des moyens de s'agrandir et de s'installer.

 

Dans ce contexte, il y avait des jeunes pour s'installer. Ils faisaient construire des bâtiments grâce aux plans de développement, plans de financement destiné à aider les agriculteurs à atteindre le revenu moyen de la population. Dans ces bâtiments plus important ils stockaient le foin en vrac, avec séchage en grange. La mécanisation n'affectait pas le paysage et l'on obtenait un foin de qualité. Le principal point à renforcer c'était donc le débouché économique.

 

Avec un collègue, conseiller de massif et dépendant de la DATAR, nous avons mené une politique de renforcement de la transformation/commercialisation, avec renforcement des fruitières afin de les regrouper en unité de taille moyenne suffisamment fortes pour résister. Il fallait trouver des fromagers, valoriser la qualité, relancer l'AOC Bleu de Gex. Cette base économique aura permis à une génération de tenir le territoire.

 

En même temps, nous avons eu à traiter de la question foncière. Il fallait mener une gestion de l'espace disponible. Éviter les tensions foncières et pour cela retenir la forêt. Les hauts pâturages étaient généralement loués par des suisses. Il fallait donc faire un travail foncier pour que le maximum de terres continuent à être cultivées. Il y a donc eu la mise en place de procédures de négociations foncières. Les SDO une ZEP (Zone d'Environnement Protégé, mais qui n'a pas duré longtemps du fait de désaccord entre DDE et DDA). Ce travail et cette coopération avec d'autres administrations ont été l'occasion d'une prise de conscience:

d'une part de l'importance de défendre l'outil de travail des agriculteurs,

mais d'autre part de bien valoriser l'importance qualitative du foncier.

 

Or, de ce point de vue il existe chez les paysans jurassiens une vraie culture paysagère dont témoigne d'ailleurs la toponymie. Un nom comme Belcombe par exemple atteste de la sensibilité au beau. Implicitement il y avait donc un accord sur le fait qu'il y a des choses que l'on ne fait pas. Cet aspect était perceptible chez les maires-agriculteurs. De plus la double activité qui était culturelle (notamment dans la mécanique ou le travail du bois) était en train de se renforcer mais avec un glissement vers le tourisme qui accentuait encore la sensibilité à l'enjeu paysager. Au cours du plan d'aménagement rural il a notamment été fait une étude paysagère, effectué par un cabinet suisse (peut-être n'en avait-on pas alors trouvé en France ? ). Par certain côté ce qu'ils ont décrit pouvait a posteriori être considéré comme des évidences, mais le fait que cela ait été écrit lui donnait une force qui faisait que cela ne pouvait plus être ignoré ou balayé par la suite. Enfin il avait le contre exemple avec la station des Rousses développées sur un modèle alpin et qui s'était traduit par un massacre paysager. Bref tout cela a concouru à m'amener très loin de ma formation initiale d'ingénieur agronome.

J'avais notamment découvert toutes les questions d'urbanisme.

 

Au bout de 5 ans, en 1979, je suis redescendu de la montagne à Paris, et j'ai postulé à un DESS d'aménagement et d'urbanisme. C'était des conditions de travail intéressantes avec de nombreuses conférences de professionnels et j'ai finalement fait un stage sur St Quentin (dans l'Aisne), pour étudier les répercussion de la crise au niveau de la ville qui était très affectée. Le concept de nouvelle pauvreté date, je crois, de cette époque. Nous étions toute une équipe, les uns travaillant sur le scolaire, les populations etc Quant à moi j'ai eu en charge les entreprises et leur transformation. J'ai donc eu à apprendre tout un nouveau langage, celui de l'aménagement et au sortir j'ai trouvé du travail dans une ARIM Association de Réhabilitation Immobilière et Opération Programmée. Le grand débat qui portait à l'époque sur les centres-villes étaient entre les tenants de la rénovation (on détruit tout et on reconstruit du neuf) et de la réhabilitation ( on garde ce qu'il est possible de garder et notamment la trame de la ville et on aide les habitants à réaménager), d'une certaine manière, et heureusement, ce sont les derniers qui l'ont plutôt emporté. Mais au sein des ARIM nous avions aussi une ambition sociale, à savoir de maintenir une certaine mixité sociale et que la réhabilitation des centre-villes ne s'accompagne pas d'un renvoi des populations modestes en périphérie. Et de ce point de vue là ce fut un échec. Nous étions en pleine spéculation immobilière, les masses financières en jeu étaient telles que nous ne faisions pas le poids. C'était très frustrant. Et c'est là que l'on m'a proposé d'aller travailler au sein de la mission paysage.

 

Il est important de souligner que ma trajectoire professionnelle m'avait alors amener à épouser d'autres points de vue que ceux de ma formation initiale. Dès que l'on traite d'urbanisme, on ne peut se limiter au quantitatif. Il faut également travailler sur les formes à porter un jugement qualitatif sur les choses. Et surtout il y a une dimension spatiale à laquelle, en école d'ingénieur on n'est jamais formé. En Corse, dans le Jura j'avais été sensibilisé par choc, c'est à dire en étant confronté à des situations dans lesquelles l'organisation de l'espace est si puissante que sa réalité et sa nécessité s'impose. Puis après cette prise de conscience j'avais été formé au contact des gens de l'urbanisme.

La mission paysage

La mission paysage est née au sein du ministère de l'équipement. Traditionnellement, ce grand ministère avait en charge la politique des sites protégés. C'était donc une politique de " protection " qui se centrait sur la protection de sites remarquables. C'est un dénommé Lucien Chabasson qui était sous directeur des sites à la sous-direction de l'urbanisme et des paysages. Et un jour il s'est dit: " ça n'est pas possible de se limiter aux sites remarquables. Comment avoir un point de vue sur le territoire banal, le territoire du quotidien ?  " . Mais il n'avait pas en interne les compétences pour mener un tel projet, et c'est pourquoi a été mise ne place la mission paysage qui est allée recruter en extérieur des contractuels.

 

Ses premiers animateurs ont été Anne Fortier-Kriegel et Yves Luguinbuhel. Mais assez vite Luguinbuhel est parti et c'est un GREF Alain Riquois qui a pris la suite et qui avait un esprit d'aménageur. Il a pris une urbaniste Anne-Marie Cousin, un économiste Cabanel, une paysagiste, Caroline Stefulesko, et un Agro, Michaud celui là même que j'ai remplacé. J'avais un copain au ministère à la sous-direction de l'aménagement et c'est lui qui m'a proposé de postuler. J'ai vu le type de dossier qu'ils traitaient et j'ai trouvé ça rigolo et j'ai donc quitté l'AMIM.

 

La mission des paysages se caractérisait par une forte culture d'aménageur par rapport à la traditionnelle protection des sites qui étaient fortement imprégné d'une approche culturelle. J'ai hérité de deux dossiers, les terrasses et les arbres d'alignement. Dans le traitement de l'ensemble des dossiers nous avons défendu une certaine approche.

 

Premièrement, il existait bien des théories, mais nous-mêmes nous n'en avions pas et, au fond, c'était bien. Nous évitions le risque classique de projection de la théorie sur le réel et au contraire nous nous nourrissions du réel pour avoir des idées. J'ai eu un chef, Chabanel, qui nous disait: " Si on arrive à avoir une idée nouvelle par an c'est pas mal. Et au bout de quinze ans, quinze idées nouvelles font une théorie " .

 

Deuxièmement, Riquois a fortement orienté la mission en insistant sur l'idée que la question du paysage concerne tout le territoire et tout le monde. Il affirmait qu'il n'y avait pas de raison que les ingénieurs n'aient pas un point de vue sur l'espace. Or, généralement, les ingénieurs ne voulaient pas s'engager. Ils acceptaient de protéger des arbres " c'est à dire d'éviter de les couper " mais quand il s'agissait de replanter c'était une autre affaire. En général ils se rétractaient en disant: " ça n'est pas notre boulot d'avoir une opinion " et lui disait " Si, vous devez avoir une opinion " .

 

C'est là un point crucial sur laquelle il est intéressant de s'arrêter parce qu'il peut nous aider à terme à opérer les changements nécessaires chez les ingénieurs agronomes pour légitimer professionnellement la prise en compte du paysage. Je vais prendre l'exemple des arbres d'alignement.

 

Au début nous étions en peine de produire un discours convaincant. Pourquoi faut-il replanter des arbres ? Pourquoi est-ce beau ? Pourquoi les ingénieurs doivent-ils et sont-ils légitimes à s'intéresser au beau ? Dans les dossiers de financement nous développions même des arguments économiques. On expliquait que les arbres d'alignement pouvaient combler 5 à 10 % du déficit de la filière bois. On n'osait pas dire qu'il était légitime d'investir dans du beau. Alors, on cherchait des justification économique annexes.

 

De manière générale les deux entrées étaient le technique et l'économique. Il y avait également le problème écologique, mais il avait été résolu par le compromis suivant: on replanterait les délaissés en arbres et comme parfois le nombre d'arbre replantés dépassaient largement le nombre d'arbres coupés, tout le monde était contents. Mais les alignements continuaient de disparaître.

 

Le déclic est venue d'une idée de Chabanel qui nous a dit un jour: " Il faut travailler avec les archivistes et les historiens " . Et il faut bien dire que les archivistes et les historiens sont toujours enchantés de coopérer parce que cela donne du sens à leur travail. Nous nous sommes alors rendu compte de l'ancienneté des débats sur les thèmes sur lesquels nous bossions. Nous avons alors mis en évidence que quand ont été mis en place les alignements il y a toujours eu une triple justification:

1)un argumentaire économique (mats de navires, affût des canons, bois énergie)

2)un argumentaire technique: tenir le bord des routes, éviter les bourbiers,

3)un argumentaire d'agrément, ou de symbolique, le plaisir des voyageurs.

 

Nous pouvions donc revendiquer de travailler selon ces trois dimensions. Nous sommes allés un peu plus loin lorsque lors d'un voyage en Angleterre, nous nous sommes rendus compte que les arbres de bord des routes n'étaient pas plantés de manière rectiligne. Nous avons alors découvert qu'en France, les routes avaient sous l'ancien régime été interprétée comme les " allées du royaume " , ces routes étaient en continuité avec les jardins à la française qui entouraient les châteaux où siégeait le pouvoir. On retrouvait la même structure symbolique avec les arbres qui manifestaient en même temps la richesse. La structure paysagère était donc intégrée au projet politique. La république a repris cette notion et elle a esquissé un projet paysager qui manifeste l'ordre nouveau à tel point qu'on a pu parler de " marseillaise paysagère " .

Nous avons alors réalisé que les paysages n'étaient pas réductible à la résultante quasi involontaire des activité économiques, mais qu'ils résultaient généralement d'un projet politique, il était l'expression la manifestation voulue d'un projet politique. Derrière les paysages il y a des intentions. On retrouve des travaux d'ingénieurs qui expriment et par là revendiquent d'avoir un projet paysager, mais un projet intégré à un projet global, un projet d'aménagement du territoire.

 

On retrouve exactement la même chose dans ce qu'on appelait d'ailleurs de manière explicite les ouvrages d'art. Ils sont également des manifestes du pouvoir. Et en replongeant dans le passé, en montrant de manière évidente que le paysage avait fait l'objet d'une préoccupation consciente des ingénieurs du passé, nous avons été en mesure de re-légitimer le fait que les ingénieurs aient dans leur mission d'intégrer la dimension paysagère dans les projets d'aménagement. Nous avons organisé pour cela des expositions à la conciergerie.

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