Fruits du G1 Evolutions et Perspectives de l'Agronomie

Le groupe histoire et prospective de l'agronomie a partagé ses réflexions lors de l'Assemblée Générale de mars 2009.

Première production en 2011 : la réalisation d'entretiens filmés pour nous rafraîchir la mémoire.

Le diagnostic fait par le groupe en 2009

Il est utile de mieux connaître l'histoire de l'agronomie et montrer que dans ses fondements, l'objectif était le développement et l'alimentation. Mais quand l'on traite d'agronomie, il est nécessaire de bien distinguer les apports à la recherche et les apports à la société (alimentation, développement)

 

Évolutions avant 1945

Au temps des agronomes Voyageurs (O. De Serres) a succédé le temps de l'idée de faire de la science dans les champs (avec Hénin ), l'enjeu étant de produire plus. La chimie est consubstancielle de cette période de l'agronomie. Bonsinguault l'emporte sur Gasperin pour la chaire d'agronomie (1840).

Il y eut donc un Impact colossal de la chimie (synthèse de l'azote) sur l'agriculture, même s'il ne faut pas ignorer d'autres déterminants sociaux et idéologiques.

 

Depuis 1945

Dans la période qui suit la deuxième guerre, s'exerce une forte influence socio-politique (après guerre, PAC,...). La connexion industrie/agriculture se fait plus forte. D'une manière générale, d'une agronomie de la durée, on est passé à une agronomie de l'urgence, alors qu'autrefois l'agriculture dite "en bon père de famille" dominait.
Ces évolutions marquent l'agronomie:
-  On a trop simplifié et segmenté (colza d'un côté, maïs de l'autre)
-  On constate une forme de blocage de la science dans les champs et dans le même temps au niveau de l'agronomie, il faut constater le changement de l'échelle auquel l'agronomie s'est attaquée: parcelle-exploitation-territoire
-  A cette période, on ne pouvait pas parler d'agriculture biologique
-  On a atteint le terme de l'intensification, il faut explorer de nouvelles voies
-  Au niveau des méthode de recherche, on assiste à l'entrée de la modélisation dans les thématiques (connaissance et simulation).

 

Tendances et influences actuelles

Les tendances actuelles renforcent les tendances passées : besoin d'outils de simulation. Mais de nouveaux besoins s'y ajoutent :

- besoin croissant d'outils et d'innovation, besoin de diversification, adaptation à la spécificité, au changement climatique,

- besoins que l'on peut résumer par le concept d'agriculture durable, agriculture en bon père de famille au niveau de la planète.

Avec un double enjeu l'alimentation, sécurité alimentaire (santé et quantité), et le poids croissant de l'écologie. Les problématiques s'élargissent et se diversifient avec la nécessité d'une vision systémique du territoire (émergence d'une agronomie du territoire) et le passage de l'agriculture aux agricultures (politique comme recherche).


En termes socio-politiques, ces nouveaux défis impliquent:
-  une intégration de la gestion de "biens communs", articulation entre biens privés et biens communs
-  de construire des normes (cf Grenelle de l'environnement) qui heurtent la conception de biens marchands.

Une rupture spécifique de la période actuelle est l'articulation biens communs/publics/biens marchands, ce qui implique de construire des règles collectives intègrant l'intérêt personnel et la gestion des biens communs.
Ces défis demandent, pour trouver des solutions, de s'approprier l'ensemble des innovations.


Comment permettre aux acteurs de terrain d'accéder aux connaissances nécessaires ? Ceci se traduit par le besoin de gérer le complexe (érosion, matière organique, nitrates). Mais il manque de références pour les nouvelles demandes (comme les cultures intermédiaires), le tout dans un contexte social marqué par:
-  une forte évolution du matériel : dynamique du machinisme
-  en France, l'expression d'une demande politique comme la circulaire du ministère qui demande une exploitation bio par département
-  le poids croissant du monde non agricole accompagné d'une démocratisation du débat public, diversification des acteurs.
-  Le poids d'acteurs (comme Unilever) dans la définition des bonnes pratiques.


En terme de recherche, on redécouvre les besoins d'agronomie des sciences dans les champs, l'utilisation des interactions (développer des cultures intermédiaires). Il s'agit d'une interpellation de l'agronomie par l'écologie. Comment peut-on :
-  mesurer la dégradation ou l'amélioration du territoire (érosion...) ?
-  connaître le lien entre énergie et travail du sol ?
-  mesurer la chute de la matière organique ?


On voit également s'exercer une influence d'autres secteurs de recherche (microbiologie des sols) ou influence de la biologie moléculaire. Ceci se traduit par la nécessité d'intégrer des disciplines, de trouver la place des agronomes dans les systèmes intégrés, dans l'agroécologie. Les chercheurs ne sont d'ailleurs pas seuls, il existe une innovation qui vient des acteurs de terrain (agriculteurs).


En terme de solutions proposées à la société, se profile un conflit entre agronomie, solutions industrielles et d'autres solutions scientifiques. Il existe également un impact croissant de l'innovation hors de nos frontières (comme le non-travail du sol au Brésil).

 

Et l'agronomie ?

Face à ce constat, quel est l'état de l'agronomie ? Elle fait face à la complexité, à la question des échelles, à la modélisation, à l'intégration des marges (agricultures alternatives ou traditionnelles) ainsi qu'à la rupture dans les années 80 autour des questions de société (éthique, scientifique...). On constate une sur-segmentation de l'agronomie actuelle, pression du temps (aller vite et beaucoup) marquée par la difficulté des agronomes à avoir une approche globale. On assiste à une production phénoménale de modèles mathématiques. Qu'apportent-ils ? En outre, il existe une réelle difficulté pour valider ces modèles et crédibiliser leurs sorties (vis à vis des agriculteurs et décideurs) Face aux nombreux enjeux multiples, il faut effectuer un constat d'impasse par certains aspects en dépit des nombreux outils.
Face à ces mutations, les agronomes manquent d'outils d'analyse critique de leur pratique : Les agronomes sont incultes de leur histoire, il s'en suit le besoin d'une épistémologie fondée sur l'histoire (des théories), les agronomes doivent connaître leurs racines.

Les projets du groupe pour l'Afa

-  en matière d'épistémologie, reprendre le flambeau de livres de synthèse ou relancer des projets et expliquer l'histoire et la contribution de l'agronomie au grand public (définir les publics cibles). Analyser les déterminants sociaux, techniques, scientifiques des différentes ruptures passées. Analyse des constantes (homme/nature, processus d'artificialisation). Tension entre réduction et intégration constante de l'agronomie. L'Histoire de l'agronomie permet d'éclairer la rupture actuelle à la lumière du passé, de doter les agronomes d'Outils de compréhension des phénomènes, outils donnant des leviers d'action.


-  Faciliter le lien de coopération entre agronomie et agriculture. Bien étudier le lien agriculture et agronomie. Créer des lieux. Construire le dialogue écologie-agronomie


-  Préciser le périmètre de l'agronomie, les acteurs (sociologie) et les écosystèmes.  Etre ouvert aux marginaux de l'agronomie pour les comprendre.

-  Mener une réflexion sur les objectifs hiérarchisés de l'agronomie.

-  Mener un travail d'agronomie comparée avec les tendances des agronomes des autres continents.

-  Mesurer la contribution de l'agronomie à la recherche. L'agronomie est-elle une science/discipline universitaire à part entière ? Ou une science intégrative : une intégration de disciplines (chimie, géographie,...) ? Agronomie science de l'accompagnement d'évolution. Agronomie outil (diagnostic...)

-  Définir les contour d'une nouvelle agronomie face aux nouveaux enjeux (Agronomie et gouvernance pour un développement durable)

- Eclairer le besoin en outils par rapport aux enjeux de l'avenir, l'entrée par la biodiversité étant vue comme très fédératrice sur l'agronomie.


Les entretiens filmés

François SIGAUT : depuis les Romains...

Pierre MORLON : de jachère en jachères...

Michel JOURNET et l'Elevage

Georges TOUTAIN, agro-écologue

Régis AMBROISE : à propos des paysages

François PAPY : les Révolutions Agricoles

Frédéric THOMAS  : Histoire de la génétique et de l'amélioration des plantes

Fabien LIAGRE et l'Agroforesterie