Atelier de terrain 2017 Grand-Est Autonomie azotée

Mise à jour 17/08/2017


Atelier agronomique de terrain "vers l’autonomie azotée des exploitations en grandes cultures" 

Nous étions nombreux à Houdilcourt (à 20 km au nord de Reims) le 26 avril 2017.

 

La Chambre Régionale d’Agriculture Grand Est et l'Afa ont organisé  un atelier agronomique sur la recherche d'autonomie vis-à-vis de l'azote de synthèse en terres de craie (Auto'N)

Cet atelier s’appuie sur le programme Auto’N conduit par la Chambre Régionale en lien avec Agro-Transfert Ressources et Territoires. Les choix « techniques »  ont été élaborés par le groupe d’agriculteurs à partir de la méthode COPERNIC et mis en œuvre dans leurs exploitations.

Cet atelier, à l'initiative de Gérard Cattin, membre de l’Afa, s'est déroulé en deux parties.

La matinée à Houdilcourt (à 20 km au nord Reims) avec :

-  la visite de l’exploitation et le témoignage de M. Stéphane Brodeur et de son conseiller, A. Lejeune (GDA du Rethelois) : les pistes qu'il explore et les résultats qu'il obtient dans le cadre d'Auto'N.. 

-  la visite d'une parcelle en agroforesterie


 - un temps d'échange sur les spécificités des sols de craie animé par Hubert Boizard (INRA) et Gérard Cattin autour de profils culturaux.

 L'après-midi s'est déroulé au Centre de Recherche en Environnement et Agriculture (CREA) de Reims avec deux interventions :

 - Bilan des ateliers de conception et l'accompagnement des agriculteurs innovants (Raymond Reau) 
 - Synthèse sur les légumineuses et nouvelle méthode de fertilisation du blé (Marie-Hélène Jeuffroy) 

Télécharger le programme

contact :

Chambre Régionale d'Agriculture Grand Est, 
Complexe Agricole du Mont Bernard
Route de Suippes
51000 Chalons-en-Champagne

 d.geoffroy@champagrica.fr

 

 

Le lieu

Actuellement Stéphane Brodeur exploite 230 ha  dans les Ardennes sur deux sites, il travaille avec son épouse et un salarié. Installé en 2003 sur une centaine d’hectares avec un assolement classique champenois (betteraves, blé, orge d’hiver, luzerne…). En parallèle de l’augmentation de sa surface, il a diversifié son assolement en augmentant l’orge de printemps, le colza  et en introduisant de nouvelles cultures : triticale, chanvre, miscanthus, tournesol, avoine et petit épeautre.

La particularité de son système tient à la présence de 50 ha sur un bassin de captage, surface engagée dans une MAE réduction d’intrants ; à une conversion de 82 ha  en agriculture biologique et à 5.5 ha qui viennent d’être plantés en agroforesterie.

M et Mme Brodeur sont impliqués dans la vie sociale. Mme Brodeur est membre du conseil municipal, présidente du syndicat des eaux et entre 2006 et 2011 elle a été très engagée dans l’organisation du festival éco-citoyen qui au travers d’artistes contemporains traitait de sujets environnementaux : l’eau, l’arbre… M Brodeur quant à lui bénéficie d’une expérience professionnelle hors de l’exploitation. Il a participé à la création  du Geda du Rethelois et en a été le vice président. Aujourd’hui engagé dans le programme Auto’N (programme régional de réduction de la part de l’azote minéral dans les systèmes de culture).


En photos

 

 


Compte-rendu

ATELIER AGRONOMIQUE (26 avril 2017 Houdilcourt 08)

Remerciements

L’Afa tient à remercier chaleureusement :

 - Stéphane Brodeur et son épouse qui nous ont accueillis sur leur exploitation.

  -Claire Cros, responsable du projet Auto’N sans qui l’atelier n’aurait pas existé

  -Adrien Lejeune, conseiller au Geda du Rethélois, et Adrien Balcerowiak, CDA 08

Les intervenants (par ordre d’apparition) :

  -Hubert Boizard (Inra) pour l’analyse du profil cultural des deux fosses.

  -Raymond Reau (Inra) pour sa présentation des ateliers de conception et aussi pour son implication dans Auto’N

  -Marie-Hélène Jeuffroy (Inra) pour son intervention sur une nouvelle approche de la fertilisation azotée (présentation de la thèse de Clémence Ravier)

  -Marc Benoît (Inra) en tant que président de l’Afa pour sa présence et son questionnement.

 -Danielle Lanquetuit, Afa pour le reportage

  -Et les nombreux participants

 

 

Déroulement de la journée

 

En s’appuyant sur le projet Auto’N (Améliorer l’autonomie azotée des systèmes de production en terres de craie), l’Afa et la Chambre régionale d’agriculture Grand Est ont proposé un atelier agronomique de terrain basé sur cette thématique. Nous nous sommes retrouvés le 26 avril, à 52 participants dont 28 agriculteurs (plus les 9 intervenants et organisateurs), sur l’exploitation de Mr Stéphane Brodeur à Houdilcourt (08), au nord de Reims. Le programme se déroulait en deux parties : le matin sur l’exploitation avec des visites de terrain, l’après-midi en salle au Centre de recherches agronomiques à Reims pour des exposés de chercheurs.

Projet Auto’N (présenté par Claire Cros, responsable du projet)

Il a été initié en 2012 par la profession agricole et porté par la Chambre régionale d’agriculture Champagne Ardenne, avec l’appui d’Agro-transfert ressources et territoires. Ce projet vise à construire un programme de recherche appliquée pour réduire la dépendance des systèmes de culture à l’azote de synthèse : à cause de l’impact économique, des émissions de GES et de la dépendance extérieure. Les travaux sur l’azote sont abondants, notamment l’expérimentation  concernant la fertilisation, mais l’optimisation de la fertilisation ne suffit pas à réduire de manière significative les apports d’engrais. Il a été décidé de concevoir une approche différente, complémentaire des travaux déjà réalisés,  qui intègre leurs résultats. Cette approche travaille au niveau du système de culture en s’appuyant sur les agriculteurs qui sont acteurs de  l’expérimentation « grandeur réelle ».

Parmi un panel de 36 agriculteurs enquêtés, 7 ont choisi d’entrer dans la démarche et de mettre une partie de leur exploitation dans le projet. Chaque agriculteur est au centre du dispositif, il présente son exploitation et propose ses objectifs à ses pairs qui, au cours d’un atelier de conception (cf intervention de Raymond Reau), imaginent les solutions à mettre en œuvre dans cette situation, l’agriculteur retient ce qui lui convient le mieux et décide de ce qu’il va tester sur ces propres parcelles. Les performances globales des  solutions retenues sont évaluées à priori pour aider l’agriculteur à faire ses choix. Les agriculteurs engagés sont suivis par leurs conseillers (coopérative ou développement), techniciens qui sont impliqués dans l’action.

L’exploitation de Stéphane Brodeur (cf détail article ci-joint)

Agé de 49 ans, marié , 2 enfants, Stéphane exploite 240 ha en polyculture avec son épouse et un salarié. Il a engagé 30 ha dans le programme Auto’N, c’est une démarche qui rejoint sa stratégie dans l’évolution de son exploitation.

Sur  240 ha, 80 ha sont en agriculture biologique depuis 2011, conversion réalisée grâce à la possibilité de faire de la luzerne bio à une époque où les prix de la luzerne conventionnelle chutaient. Cet engagement lui a fait découvrir l’intérêt de ce mode de production qui correspond bien à son état d’esprit. Il envisage de convertir progressivement la totalité de son exploitation. Dans cette logique, il a déjà entamé des modifications importantes dans son assolement en le diversifiant (au moins 10 cultures) et en introduisant des productions peu exigeantes en intrants : tournesol, chanvre, triticale, épeautre. Une parcelle de 8 ha a été plantée en agroforesterie, elle a fait partie de la visite. Il accorde une place importante aux légumineuses, tant en cultures principales (luzerne, pois) que dans les couverts d’intercultures. A terme il supprimera le colza car trop difficile à conduire sans produits phytosanitaires et peut être la betterave, car pour l’instant on ne peut pas trouver de débouché en bio. Il a également commencé à réduire les intrants sur le reste de l’exploitation notamment grâce à une MAE baisse des intrants sur le captage d’eau (50 ha), MAE qui se termine. Le projet Auto’N est un vecteur d’apprentissage « pas à pas » qui l’aide dans sa stratégie globale de réduction des intrants..

Les parcelles Auto’N

A l’origine 11 ha étaient engagés pour atteindre aujourd’hui 30 ha. L’objectif de Stéphane est d’arriver à 0 azote de synthèse mais dans un premier temps il se  limite à 90 unités dans le système Auto’N (agriculture conventionnelle).  Suite à l’atelier de conception et aux discussions avec son technicien, il  agit sur 3 leviers : la rotation, la conduite de l’interculture et les apports organiques (achat de compost et échange paille fumier)

 

Stéphane gère quasiment ses cultures intermédiaires comme des cultures principales et cherche à obtenir une forte biomasse, ce qui est le cas de tous les  agriculteurs engagés dans Auto’N. A titre d’exemple sur la parcelle où sont creusées les fosses pédologiques il a réalisé un semis au 17 aout avec un mélange multi espèces (lin, moutarde, pois, phacélie, sarazin, trèfle blanc, radis) et il a obtenu 4.7 t/ha de matière sèche avec 96 unités d’azote « piégées ». Destruction mécanique au 30 novembre.

 

Visites de terrain (divisées en 2 groupes)

La parcelle en agroforesterie (cf article ci-joint)

Implantée en agroforesterie en 2016, cette parcelle comporte des lignées d’arbres tous les 30 m,  chaque arbre est espacé de 6 m avec la présence de 10 espèces  dont 50 % de bois d’œuvre. Cette année il vient de planter des espèces buissonnantes entre les arbres pour augmenter la biodiversité et va réaliser un paillage avec du miscanthus (il possède une parcelle de 5.6 ha de cette culture). Il prévoit à court terme d’entourer cette parcelle d’une haie toujours pour favoriser la biodiversité.

 Plusieurs objectifs sont recherchés en agroforesterie : augmenter la biodiversité et favoriser les auxiliaires, agir sur la fertilité du sol ; les racines vont en profondeur rechercher les éléments fertilisants azote et phosphore qui seront restitués par les feuilles.  

L’agriculteur souhaite augmenter les surfaces en agroforesterie et il réfléchit à un projet avec des fruitiers ce qui permettrait de développer une nouvelle activité.

 La parcelle de triticale implantée dans du trèfle.

Cette parcelle est conduite sur le principe de l’ agriculture de conservation avec un trèfle blanc  semé sous couvert de tournesol lors du deuxième binage (8 juin 2016), puis le triticale a été implanté en semis direct dans le trèfle après un passage de déchaumeur pour le ralentir et casser les résidus de tournesol . Après la récolte du triticale le trèfle sera laissé en place et régulé mécaniquement pour implanter une autre culture 

 

 Les sols de craie

Trois fosses ont été ouvertes dans une parcelle, deux ont été observées, d’une part au niveau pédologique, d’autre part au niveau du profil cultural.

Les sols de craie ont pour origine des dépôts marins, principalement des algues carbonatées (coccolithes). Dépôts formés pendant l’aire secondaire entre -100 et -65 millions d’années, à la fin du secondaire la mer s’est retirée et la craie a été érodée. C’est plus récemment lors de la dernière période glacière (- 100000 à – 10000 ans) que la craie a été altérée par les périodes de gel-dégel  et a formé la matrice de nos sols actuels. Ces différents phénomènes ont donné plusieurs types de sol, les plus caractéristiques sont les rendzines sur craie gélifractée caractérisées par l’absence d’obstacles à l’enracinement et une très bonne réserve en eau (200 à 260 mm sur 90cm, selon la culture), et par un taux d’argile vrai  faible (8 à 12 %) ; les rendzines sur graveluches, constituées de graviers de craie plus ou moins compacts avec un matériau dense qui retient moins l’eau et qui limite l’enracinement  avec comme conséquence une faible réserve en eau (130 à 150 mm). Une troisième catégorie bien représentée dans la plaine au sud de Châlons mais observée également dans la parcelle de triticale, il s’agit des rendzines  à poches de cryoturbation. Ce type de sol correspond à des poches de graviers de craie compactés dans une matrice de craie, les racines ne pouvant explorer le sous sol que par les « cheminées » de craie avec une très forte variabilité selon l’importance des poches. On trouve également des colluvions sur craie et des alluvions.

Chez Stéphane on a observé une fosse de colluvions sur alluvions de craie et une rendzine sur alluvions d’apports successifs. Dans les deux cas il n’y a pas d’obstacle à l’enracinement inhérent à la nature du sol mais il faut regarder au niveau de la couche travaillée : c’est l’analyse du profil cultural réalisé par Hubert Boizard (Inra).

Il a profité de l’observation de ces deux fosses pour nous montrer l’application du nouveau guide méthodique de description du profil cultural (en cours de publication). La première étape  consiste à faire une partition latérale et verticale du sol avec repérage des passages de roues. Chaque horizon identifié est marqué par une marche  (escalier) pour être analysé sur différents critères de cohésion. La deuxième étape s’applique à la description de la structure du sol selon la méthode Manichon (mode d’assemblage des mottes et type de porosité) et sur un nouvel indice pour décrire la porosité biologique liée aux vers de terre, aux racines…

Selon cette méthode Hubert Boizard a montré dans les colluvions que ce profil présente globalement un sol ouvert avec un assemblage de mottes présentant une bonne porosité sauf au niveau d’un passage de roue clairement marqué avec une structure lamellaire qui est un obstacle à l’enracinement. Après explication de l’agriculteur, cette situation est liée au passage pour le désherbage mécanique en conditions humides. Selon Hubert Boizard  compte tenu du poids relativement faible des outils le problème aurait été évité par une diminution de la pression de gonflage (800 gr). Les colluvions sont plus riches en argile et en limons que les rendzines donc plus sensibles au tassement que ces dernières. D’ailleurs le phénomène n’a pas été retrouvé dans l’autre profil mais il faut être vigilant avec l’augmentation continue du poids du matériel.

 

 

Séance de l’après midi

L’après-midi a été consacrée à la présentation de deux exposés : l’un de Raymond Reau (Inra Grignon) sur les ateliers de conception et l’autre de Marie-Hélène Jeuffroy (directrice de recherche, Inra Grignon) sur une nouvelle approche de la fertilisation azotée appliquée au blé. Enfin la journée a été clôturée par Marc Benoit président de l’Afa.

Les ateliers de conception appliqués à l’agriculture.

Nous avons vu lors de la présentation d’Auto’N par Claire Cros que les solutions proposées à Stéphane Brodeur pour atteindre ses objectifs ont été élaborées au sein d’un groupe de travail fonctionnant sur le principe des ateliers de conception, ateliers conçus pour trouver des voies nouvelles. Il y a deux modes de conception : la conception réglée et la conception innovante. La première part d’objectifs clairement définis à l’avance, elle est basée sur l’optimisation avec des méthodes de validation éprouvées : c’est le mode de construction de l’agriculture moderne. La seconde attachée à l’innovation est moins cadrée, les objectifs sont moins définis et s’adaptent en chemin. Elle demande l’acquisition de nouvelles connaissances et permet de sortir du cadre existant : c’est cette méthode qui est utilisée dans les ateliers de conception.

L’atelier de conception est proposé lorsque le système de culture pratiqué par l’agriculteur ne correspond plus à ses attentes et que ce dernier a la volonté de le changer. L’agriculteur constitue le point central du dispositif : il présente son exploitation et ses objectifs à ses pairs et ceux-ci vont proposer des pistes pour atteindre le but fixé. Tout cela se fait avec l’aide d’un animateur qui joue un rôle central et qui doit permettre une libre expression (toutes les idées sont acceptées, il faut éviter l’autocensure). Pour que les propositions ne s’influencent pas entre elles, elles sont d’abord écrites sur des post it puis affichées au tableau. Elles sont ensuite proposées à l’agriculteur qui réagit, questionne, c’est seulement à ce stade que les techniciens présents peuvent intervenir avec toujours en tête le respect des objectifs de l’agriculteur. Celui-ci retient les propositions qui semblent lui convenir, c’est lui qui a le dernier mot et fait la synthèse des pistes qu’il a envie de tester en lien avec sa propre expérience. Tout un travail doit se faire ensuite pour confronter ces pistes techniques avec l’état des connaissances et établir un protocole de mise en œuvre et les modalités du suivi et de l’évaluation des pratiques testées.

C’est sur ce schéma que les 7 agriculteurs et leurs conseillers techniques ont élaboré leur programme avec une cible commune : diminuer la part de l’azote de synthèse dans leur système. Mais ils ont pris des chemins différents, chemins adaptés à leur niveau d’autonomie recherché et à leur exploitation. Ils y a donc plusieurs routes pour atteindre un même but.

Témoignages

Il faut apprendre à gérer la parole, mais j’ai été surpris par le nombre d’idées qui pouvait ressortir de ces ateliers avec des attentes différentes ce qui fait la richesse du groupe.

J’ai eu du mal au début, un peu déroutant car nous cherchons tout de suite une réponse des techniciens, on a appris énormément et les solutions sont dans le groupe.

Pour un technicien c’est difficile de ne pas donner une réponse immédiate car on a été formé  pour cela : un problème implique une solution et au départ c’est ce qu’attendent les agriculteurs. Il faut fixer les règles du jeu et avoir un bon relationnel.

 

 

Nouvelle approche de la fertilisation azotée (thèse de Clémence Ravier, présentée par Marie Hélène Jeuffroy, voir le pdf ci-joint)

La fertilisation azotée raisonnée utilise, dans la majorité des situations, la méthode des bilans. Ce fut une révolution lors de son apparition dans les années 70 avec un fort développement dans les années 2000. A partir d’une mesure d’azote dans le sol sortie hiver, on calcule une dose prévisionnelle qui tient compte de l’objectif de rendement et des fournitures potentielles pendant la période sortie hiver- fin de cycle… Les règles de fractionnement sont calées sur les stades et, depuis une vingtaine d’années, le dernier apport est éventuellement ajusté par un outil de pilotage. Le principe est de maintenir non limitante la nutrition azotée de la culture tout au long du cycle. Cependant on constate toujours des problèmes environnementaux liés aux nitrates et de fortes émissions de GES : il y a une difficulté à concilier enjeux environnementaux et rendements élevés. Or des connaissances récentes permettant d’améliorer l’efficience de l’engrais ne sont pas valorisées dans cette méthode : elles portent notamment sur le lien entre efficience d’utilisation de l’engrais et vitesse de croissance de la culture au moment de l’apport, et le fait que certaines périodes de carences en azote ne sont pas préjudiciables à l’élaboration du rendement.

L’objet de la thèse de Clémence Ravier était de reconcevoir une méthode de raisonnement de la fertilisation azotée qui réponde aux enjeux parfois contradictoires autour de l’azote et qui valorise au mieux l’état des connaissances.

La méthode est basée sur le suivi du statut azoté de la culture, entre sortie hiver et gonflement, par une estimation de l’INN (indice de nutrition azotée) : le principe est de se rapprocher, mais de ne pas franchir, une trajectoire minimum de l’INN permettant de ne pas avoir de pertes de rendement. Dès qu’on se rapproche de la trajectoire minimale, ou qu’il y a un risque qu’on  la franchisse avant le prochain jour où on aura des conditions favorables de valorisation de l’engrais azoté (sol humide ou pluie), on déclenche un apport d’engrais. La trajectoire minimale a été élaborée pour le blé à partir d’essais azote réalisés pendant 9 ans. Puis des abaques ont été construites pour déterminer les doses à apporter en fonction de l’INN (on ne tient plus compte de l’objectif de rendement toujours compliqué à déterminer). Les périodes d’apports sont choisies pour maximiser l’efficience de l’engrais : calquées sur les conditions hydriques du sol et la météo (pluie annoncée).On ne tient pas compte du stade et on accepte d’éventuelles carences temporaires. L’ensemble de la méthode a été testée au champ et par simulation, avec des résultats encourageants. L’évaluation expérimentale doit se poursuivre…

Sur le secteur de cet atelier des essais sont mis en place notamment au niveau de la Ferme 112. Cette approche ouvre des perspectives notamment où nous manquons de références avec la méthode du bilan : apports organiques, agriculture de conservation…

Réactions  de la salle

S’il ne pleut pas, est ce que ça marche ? On manque de recul, on verra cette année (grandes périodes de sec) mais normalement la méthode anticipe et tient compte de ces éventuelles périodes de sec.

Pour les sols sensibles à l’humidité, s’il pleut longtemps on peut avoir des difficultés pour entrer dans des parcelles. Importance de réaliser les apports avant l’annonce d’une période pluvieuse, si l’INN indique un besoin.

Est-ce qu’un agriculteur aura le temps et la volonté de suivre toutes les parcelles ? On réfléchit à des clés d’extrapolation entre parcelles (en fonction du précédent, par exemple), mais le suivi n’est pas si long !

Problème avec la réglementation qui se base sur la méthode du bilan. Au départ elle n’en voyait pas l’intérêt elle avait fixé des règles…Aujourd’hui avec les résultats positifs, elle est plus à l’écoute. De toute façon, cette nouvelle méthode tend à réduire la dose, donc on sera dans les clous de la réglementation, sauf qu’il faudra continuer à faire des reliquats pour le prouver, tant que la réglementation n’aura pas changé.

Est-ce que la méthode marche sur tout type de travail du sol ? Oui, elle est encore plus précise que la méthode des bilans, surtout pour le semis direct.

Conclusion Marc Benoit (président de l’Afa)

Cette journée est une parfaite illustration des ateliers de terrain tels que nous les apprécions à l’association française d’agronomie :

-      Des échanges riches sur un sujet où se reconstruisent les connaissances et compétences d’agronomes, ici la maîtrise des flux azotés au sein d’un territoire d’exploitation où un agriculteur vise à en accroître l’autonomie azotée,

-      Des échanges vraiment inter-professionnels, en particulier entre agriculteurs, merci d’être venus si nombreux et d’être ce jour la profession la plus présente, des conseillers agricoles qui portent de projet Auto’N au sein de petits groupes d’agriculteurs curieux et inventifs, et des chercheurs qui ont eu l’occasion de présenter et d’échanger sur les derniers acquis, tant en matière de fertilisation du blé, qu’en méthode de conception de nouveaux systèmes de culture, et qu’en lecture de profils culturaux.

-      Des temps de discussion au sein des champs (devant les profils culturaux, les arbres des parcelles agro-forestières, des couverts mixtes)  permettant de se confronter aux faits agricoles pour élaborer ensemble des raisonnements agronomiques, des questionnements et calibrer nos incertitudes communes.

 

Enfin, la réussite de cet atelier de terrain est aussi liée à l’ambiance chaleureuse des cafés et repas, encore merci aux organisateurs Claire Cros et Gérard Cattin ainsi qu’à Stéphane Brodeur, et au soleil qui se montra aussi généreux !

 

 


En vidéos

Glaneur d'images Danielle Lanquetuit

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