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AlimenteTerre 2050

Comment nourrir la France en 2050 

 par Philippe POINTEREAU  SOLAGRO, pour l'AG de l'AFA 

Un scénario pour un système agricole et alimentaire durable : Alimenterre 2050

Le défi alimentaire se pose aussi pour la France en 2050 avec l'introduction des nouveaux défis environnementaux et l'augmentation de la population qui passera à 70 millions d'habitants en 2050 (INSEE).

 

Un système agricole et alimentaire durable peut se définir par son autonomie tant d'un point de vue de l'espace que par sa consommation de ressources non renouvelables et donc épuisables.

L'autonomie en termes d'espace veut dire que les surfaces nécessaires pour produire la biomasse importée (bois ou produits agricoles) soient compensées par une surface équivalente des produits exportés. Cela veut dire aussi réduire au minimum ces échanges dans la mesure du possible, par exemple les tourteaux de soja ou le bois. Il s'agit de mettre en avant une production nationale et ne pas hypothéquer les besoins alimentaires d'autres pays et aussi de réduire l'impact environnemental lié au transport de ces produits. Ce principe est bien sur un parti pris du scénario.

 

En résumé un tel scénario doit décrire comment la France pourrait satisfaire ses besoins alimentaires et en biomasse non alimentaire en 2050 sans dépendre de l'extérieur en dehors de certains flux équilibrés entre produits ne pouvant être produit en France (agrumes, café, thé, chocolat caoutchouc, ) et produits typés de France (vin, fromage, blé).

 

Dans ce scénario, le nouveau défi vient aussi du fait que l'agriculture va devoir répondre aux nouveaux défis environnementaux jusque-là non pris en compte, mais aussi répondre à des demandes non alimentaires  pour remplacer les produits issus des ressources fossiles pour des besoins énergétiques mais aussi chimiques ou de matériaux. Cela veut dire qu'il faudra consacrer d'ici 2050 une part croissante de l'espace agricole à des usages non alimentaires (production d'énergie à partir de la biomasse, chimie verte issue de bioraffinerie, écomatériaux comme le chanvre pour isoler). Cette biomasse non alimentaire proviendra préférentiellement de la forêt et de sous-produits agricoles (paille, déjections d'élevage) mais aussi de cultures propres (agrocarburant première génération, chanvre pour l'isolation).

 

La question des protéines apportées par la pêche en mer et en eau douce doit aussi être intégrée au scénario. En effet, la France est très nettement importatrice nette de produits de la pêche ( 465.000 T en 2005). Dans un contexte de surexploitation des stocks, il est clair que ces protéines devront être remplacées par d'autres sources de protéines en 2050 (viande ou grains).

 

Les défis environnementaux concernent le maintien de la biodiversité, le bon état écologique et chimique des masses d'eau et la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le maintien de la fertilité des sols est en lui-même un élément clef du scénario.

 

Le défi agronomique se résume à produire au moins autant en consommant moins d'intrants. L'agriculture en 2050 devra être à bas niveau d'intrants d'une part parce que ces intrants seront rares et chers (phosphate, pétrole), et parce que ces intrants sont sources de pression sur nos ressources en eau et la biodiversité et génèrent des émissions de GES.

 

Population et surface agricole en 2050

 

L'augmentation de la population de 8 millions d'habitants en France métropolitaine (62,3 millions en 2008 et 70 millions en 2050) va se traduire par une demande accrue en terme alimentaire et en biomasse non alimentaire, mais aussi par une réduction de la surface agricole due à l'artificialisation des sols pour satisfaire les besoins en termes de logement, d'infrastructures de transport ou de loisirs. Cette demande sera d'autant plus importante que l'INSEE prévoit des déplacements de population entre régions comme c'est déjà le cas actuellement.

 

L'artificialisation des sols agricoles a été estimé à 66.000 ha par an entre 1989 et 1999 (Pointereau, 2009). Rien ne permet  aujourd'hui d'envisager une baisse de ce ratio dans les années à venir, aussi la première hypothèse testée est une perte moyenne de 60.000 ha par an (soit une réduction de 9% de la surface agricole de 2008). Cependant il est clair que dans un scénario durable, il faudra étudier la possibilité de réduire cette perte en développant une autre forme d'urbanisation, en limitant nos besoins et en réhabilitant des surfaces non agricoles comme les pelouses ou les terrains en réserve foncière non valorisés.

 

Il est considéré que dans un tel scénario, il n'y a plus d'abandon de terres agricoles et que la surface forestière est stabilisée, ou tout au moins que les flux s'équilibrent.

 

La régionalisation du scénario Alimenterre devrait permettre de mieux évaluer les potentialités agronomiques des terres agricoles perdues. Il est clair que celles-ci ont en moyenne un plus grand potentiel agronomique du fait de leur localisation dans les vallées et dans des régions comme l'Ile de France. Une régionalisation offre aussi la possibilité de prendre en compte et favoriser une production alimentaire de proximité.

 

 

L'évolution récente de la production agricole : a-t-on dépassé le pic de production ?

 

Une des questions qui se pose aux agronomes est : peut-on imaginer une augmentation des rendements par rapport à la situation actuelle avec les contraintes mis en avant du scénario ?

 

Sur la base des observations de ces dernières années et des contraintes supplémentaires qui vont s'ajouter comme le réchauffement climatique et la moindre utilisation d'engrais chimiques, de pesticides et d'eau pour l'irrigation, la réponse est non. Un scénario de baisse de rendement doit même être envisagé.

 

On observe en effet ces dernières une stagnation des rendements en France comme dans toute l'Europe pour les principales productions (Bisault, 2008).

 

 

Les hypothèses pour expliquer cette stagnation des rendements moyens à l‘échelle de la France sont diverses : réchauffement climatique, stagnation voir baisse de l'irrigation, contraintes environnementales nécessitant une réduction d'intrants, choix d'objectifs de rendement moins élevés, agriculture biologique.

 

Cette stagnation des rendements couplée à une réduction de la SAU va se traduire par une baisse de la production. Ainsi la production agricole apparaît stable et oscille entre 180 et 230 millions de tonnes (pour une production moyenne de 223) avec des pics (maximum) de production agricole en 1992, 1999, 2003 et 2008. La baisse de production en 2003 a été très importante (40 millions de tonnes) notamment en termes de production fourragère, particulièrement vulnérable à la sécheresse. L'abandon de la jachère depuis 2007 et sa diminution constante depuis 1993 devrait permettre de regagner une petite part de production céréalière (pic de jachère de 1,6 millions d'ha en 1993 contre 800.000 ha en 2008).

 

 

 

 

Mais c'est en 1992 que l'on a atteint le maximum de biomasse agricole par habitant : 3954 kg. Cette production a oscillé entre 3300 et 4000 hors la sécheresse de 2003 où elle est tombée à 3000 kg. Ce maximum de production par habitant sera-t-il à nouveau dépassé dans le futur ? Rien n'est moins sur par le simple fait  de l'augmentation de la population et de la baisse de la SAU qui correspond à environ 0,5 quintal par an.

 

 

 


 

 

 

Le dernier pic de production céréalière date de 2004 malgré une belle récolte en 2008. Le maximum d'oléo-protéagineux a été atteint 1999,  de production fourragère en  2008, de betterave en 1997, de pomme de terre et de légumes en  2004, de fruits en 1992 et de raisin en 1999.

 

Il est cependant clair que ces évolutions de production ne sont pas liées qu'à des questions agronomiques ou climatiques mais sont aussi la résultante du contexte économique (prix des produits et des intrants, PAC, ). Une forte augmentation des prix pousse à une augmentation des rendements et donc de la production.

 

La sommation des productions permet en partie de tenir compte des changements d'affection des sols. L'augmentation des terres labourables est compensée par une perte de prairies.

 

Les disponibilités par habitant

 

On disposait en 2008  par habitant et par an de :

 

- 1,6 T de fourrage soit de quoi nourrir deux moutons ou 1/3 de vache à viande

- 229 kg de céréales pour la consommation humaine

- 846 kg de céréales et oléoprotéagineux pour l'alimentation animale et pour des usages non alimentaires soit de quoi produire 210 kg de poids vif de porc ou de volaille ou 300 litres d'éthanol

- 116 kg de PdT  

- 53 kg de fruits

- 96 kg de légumes

- 91 kg de raisin (majoritairement transformé en vin)

- 9kg de tabac et plantes à fibre

- 9kg de poisson (pêche en mer et aquaculture marine et en eau douce)

 

Le potentiel de production en biomasse forestière peut être estimé à 600kg par habitant. Mais aujourd'hui seulement 60% de ce potentiel est exploité, le reste se capitalise dans le stock de bois sur pied.

 

La fin de l'extension forestière

 

Pour la première fois en 2008, la forêt a arrêté de s'étendre en France. Il s'agit là d'un solde net ce qui veut dire que l'extension de la forêt dans certaines régions est aujourd'hui compensée entièrement par des défrichements dans d'autres.

 

Ce phénomène est historique dans la mesure où la forêt n'a cessé de s'étendre depuis le milieu de XIXème siècle passant de près de 9 millions d'ha en 1845 à 15,2 millions d'ha en 2007 (Teruti/Lucas). Mais si l'on prend en compte l'ensemble des espaces boisés en ajoutant aux forêts les bosquets (bois de moins de 0,5 ha) et les arbres des haies, alignements et épars. Les espaces boisés ont reculé de 34.000 ha entre 2006 et 2008, alors qu'ils ont augmenté de 68.000 ha entre 1982 et 2003. 

 

L'abandon de terres agricoles est devenu marginal en France moins de 30.000 ha pour la période 1989/1999 et ne touche réellement que la zone viticole languedocienne. Cet abandon est très dispersé sur le territoire. Il continuera d'exister dans certaines régions mais d'une façon marginale, certains agriculteurs abandonnant quelques parcelles éloignées ou difficiles à exploiter. Ce faible abandon a été masqué dans certains départements par l'achat de terres agricoles par des ruraux non-agriculteurs pour des objectifs de loisir (1 ou plusieurs hectares autour de la maison à la campagne).

 

Une ferme France tournée vers la production de viande et de lait

 

82% de la SAU française était utilisée en 1996 pour la production de viande et de lait. 50% de la SAU française est consacrée à la production d'herbe utilisée uniquement par les ruminants qui consomment aussi des céréales et tourteaux notamment les  vaches laitières.

 

 

La production de volailles, de porc et d'Å“ufs consomme une part importante de nos céréales, l'ensemble des tourteaux produits et de nombreux sous-produits.

 

En 2006 les usages non alimentaires représentaient 1% de la SAU mais plus de 3% en 2008 du fait du développement des agro-carburants (850.000 ha en 2008). Il faudrait aussi tenir compte de la balance des échanges. La France importe en effet du coton et du caoutchouc.

 

Ces animaux sont importants en terme agronomique. Le fumier assure un transfert de fertilité des prairies de fauche vers les cultures (principe indispensable en cas de non-utilisation d'engrais chimiques). Les bovins et les ovins valorisent les prairies artificielles à base de légumineuses qui contribuent à l'autonomie en azote. Ils sont les seuls à pouvoir valoriser les prairies permanentes qui ne sont pas labourables (alpages, parcours, causses, zones pentues, zones inondables, marais, prés-salés). Les porcs valorisent de nombreux sous-produits comme les tourteaux, les mélasses ou les déchets de minoterie que l'homme ne peut consommer.

 

Les prairies, particulièrement les prairies permanentes, contribuent fortement à la protection des sols, à la qualité de l'eau et au maintien de la biodiversité.

 

Les défis environnementaux

 

La mise en place depuis une vingtaine d'années de réseaux de mesure, d'enquêtes et d'indicateurs (IFEN, OCDE, AEE) permet aujourd'hui de mieux apprécier les évolutions et la situation actuelle.

 

Ces suivis ont mis en évidence une porte contamination des masses d'eau souterraines et superficielles par les nitrates et les pesticides, ainsi que des débits d'étiage trop faibles dans certaines rivières du Grand Ouest liés à des prélèvements trop importants de l'irrigation. Les 3 premiers programmes liés à la Directive Nitrate n'ont pas encore permis d'atteindre les objectifs et un 4ème programme vient de démarrer. On sait d'ores et déjà que les objectifs de la DCE ne seront pas atteints en 2015 comme ils devraient l'être.

La mise en place des périmètres de captage d'eau potable sur plus de 700.000 ha en France, va se traduire par des contraintes de plus en plus fortes sur les pratiques agricoles.

 

La directive pesticides et le Grenelle de l'environnement affichent des objectifs ambitieux mais nécessaires de réduction de l'usage des pesticides (-50% d'ici 2018).

 

Dans le domaine de la biodiversité, la plupart des travaux réalisés aboutissent au même constat : une perte de biodiversité dans l'espace agricole. L'évaluation réalisée en 2008 sur l'état de conservation des habitats agricoles de la Directive Habitat montre que 80% de ceux-ci sont dans un mauvais état de conservation. Les surfaces agricoles classées en haute valeur naturelle (HVN) ont perdu 14,4 millions d'ha entre 1970 et 2000 (Pointereau, 2009). L'indicateur STOC sur le suivi temporel des oiseaux communs spécialistes des espaces agricoles a reculé de 20% depuis 1989. Ces tendances sont les mêmes pour les papillons inféodés aux prairies et pour un certain nombre d'espèces emblématiques comme l'outarde canepetière ou le râle des genets. Les plantes adventices de nos cultures reculent aussi fortement tant en nombre d'espèces qu'en densité. Certaines comme les messicoles (liées aux céréales à paille) sont devenus tellement rares qu'elles sont pour la plupart classées sur les listes rouges et font l'objet d'un deuxième plan national de conservation.

 

Cette perte importante de biodiversité malgré la mise en place de politiques de conservation (Parcs nationaux, Natura 2000, réserves naturelles, conservatoires du littoral et des espaces naturels), peut à terme être une menace pour la production agricole. La forte mortalité constatée sur nos abeilles domestiques qui sont d'importants pollinisateurs, est un bon indicateur.  Mais on peut parler aussi de la surpêche ( cf l'évolution de l'indicateur trophique marin) ou des problèmes auxquels est confrontée l'ostréiculture.

 

L'agriculture est aussi responsable de 19% des émissions de GES mais en fait plus proche de 23% si l'on tient compte de la fabrication des engrais (imputées au secteur industriel) et des importations de soja (imputées aux pays exportateurs). Ces émissions de GES sont dues pour 1/3 à la consommation d'énergie (CO2), 1/3 aux émissions de N2O liées à une mauvaise gestion de l'azote et 1/3 aux émissions de méthane des ruminants (essentiellement les bovins). La réduction d'un facteur 4 des émissions de GES de la France (soit limiter nos émissions à 34 MTEC) constitue un défi majeur pour l'agriculture du fait de son importante contribution à ces émissions.

 

 

La mise en place du scénario

 

La dépense en biomasse de la France

 

Contrairement à l'idée toujours répandue que la France nourrit une partie du monde grâce à ses exportations, la France est déficitaire depuis de nombreuses années en termes d'équivalent surface. En 2006, le déficit était de 1,4 millions d'ha. Ce déficit pourrait être entièrement compensé si l'on exploitait plus fortement nos forêts, ce qui est théoriquement possible sans exploiter le capital.

 

Tableau 1 : Bilan import-export surfaces en France en 2005

 

Produits importés

(solde balance)

Equivalent surface en ha

 

Equivalent massique (1 000 T)

Produits exportés

(solde balance)

Equivalent surface en ha

 

Equivalent massique (1 000 T)

Bois, pâte à papier, papier, meuble*

3 583 795

42%

9 892

Blé, orge, maïs et autres céréales

4 271 121

61%

30 531

Soja, manioc et autres

1 554 493

18%

3 990

Sucre

299 578

4%

14 688

Café, cacao, thé et tabac

1 092 896

13%

677

Vin et alcool

153 468

2%

820

Coton, laine, lin, fleurs

49 727

1%

180

Viande (bovin, volaille, lapin, porc)

1 764 233

25%

1 427

Caoutchouc

255 529

3%

238

Produits laitiers

556 983

8%

5 013

Fruits, légumes et épices

1 430 007

17%

5 151

 

 

 

 

Viande (ovin, cheval)

495 373

6%

159

 

 

 

 

Total importations

8 461 820

 

20 287

Total exportations

7 045 383

 

52 478

* La France n'exploite aujourd'hui que 69% de son accroissement en bois estimé à 103 millions de m3 en 2005 et ses importations représentent l'équivalent de 13 Mm3 d'équivalent bois rond

 

On peut, comme hypothèse de départ, considérer qu'hors bois et produits de la pêche, nos exportations compensent nos importations en termes de surface.

 

Le déficit en produits de la pêche est de 465.000 T, pourrait être remplacé par 465.000 T de viande bovine qui nécessiterait plus d'1 million d'ha.

 

 

Réduire nos échanges

 

L'enjeu important est ici de réduire notre déficit en protéines et notamment en soja. La mise en place d'un plan national protéines qu'elles soient à graines ou fourragères permettrait de réduire à la fois nos importations de tourteaux de soja mais aussi notre consommation d'engrais azoté chimique grâce à la fixation symbiotique.

 

Un premier chiffrage a été réalisé par le Ministère de l'écologie.

 

Filière

scénario

Economie de soja en T

Besoins supplémentaires en céréales en T

Besoins en pois et en luzerne en T

Besoins en tourteaux de colza en T

Avicole

Allongement de la durée d'élevage

-79.316

+330.057

 

 

 

Elargissement des seuils d'incorporation des céréales et pois

-99.052

-297.157

+396.210 de pois

 

Porcine

Elargissement des seuils d'incorporation des céréales et pois

-820.000

-940.000

 

+1.117.000

Bovine

Ration mixte hivernale

-300.073

-1 MT de maïs ensilage et -350.000 T de RG

+403.789

+1.300.317 de luzerne

 

 

Recours au colza

-389.936

 

 

+584.904

 

Recours au pois

-88.380

-163.499

+251.538

 

 

Au total la mise en place d'un plan Protéines permettrait d'économiser 1,8 MT de soja, 1 MT de maïs ensilage, 676.000 T de céréales et 350.000 T de RG mais nécessiterait 1,8 MT de légumineuses graines (pois), 1,2 MT de tourteaux de colza et 1,3MT de luzerne.

 

Tableau 6: Bilan en terme d'oléo-protéagineux en 2003 en 1000 T (source SCEES)

 

Import

Export

Balance export-import

Graines oléagineuses

1.231

2.055

+ 824

Tourteaux

5.633

255

- 5.378

Huiles végétales

1.100

550

-550

Total

7.964

2.860

- 5.104

 

Le développement de 3 millions  d'ha de légumineuses  supplémentaires permettrait une économie de 7,4 MteCo2 et une économie  de 1.074 Ktep.

 

 

Réduire la consommation d'intrants

 

Un objectif a été affiché pour les pesticides (-50% d'ici 2018). L'objectif du scénario Alimenterre est d'aller jusqu'à 75%.

 

La consommation d'azote chimique pourrait être réduite de 50% avec une économie de 1,2 millions de tonnes liée à une meilleure gestion de l'azote et au redéploiement des légumineuses (cf plan Protéines).

 

Rappelons que les surfaces en légumineuses sont passées par un maximum de 6.753.000 ha en 1958 à 3,176.000 ha en 2008.

 

 

 

 

La consommation d'eau pour l'irrigation devra aussi être réduite d'une part pour compenser les déficits chroniques actuels et d'autre part pour anticiper sur le réchauffement climatique. Cette baisse de consommation devrait entraîner une baisse de la production de maïs grain.

 

Concernant le maintien de la biodiversité les objectifs sont :

-    Le bon état de conservation des espèces et des habitats des directives Oiseaux et habitat qui se traduit par la mise en place de pratiques plus extensives

-    Le maintien des zones agricoles à haute valeur naturelle

-    Le maintien des surfaces en prairies naturelles  et de l'ensemble des zones humides

-    10% de la SAU en infrastructures agroécologiques par exploitation

-    La mise en place de la trame verte et bleue (TVB)

 

Ces différents objectifs se croisent entre eux  et se trouvent renforcés par la réduction des intrants (pesticides, nitrates).

 

Ces objectifs sont compatibles avec la mise en place d'une agriculture plus extensive et plus écologique. L'objectif du scénario est bien de rendre compatibles l'agriculture et le maintien de la biodiversité, mais cela se traduira nécessairement par la mise en place d'une agriculture à faible niveau d'intrants et la mise en place de pratiques agro-écologiques.

 

Un besoin accru en biomasse pour des utilisations non alimentaires

 

Le scénario alimenterre est couplé au scénario énergétique Négawatt de sortie du nucléaire et de baisse importante des consommations d'énergies fossiles. Ce scénario prévoit des besoins en cultures énergétiques de 3,5 millions d'ha en 2050.

 

Aucun scénario n'est actuellement encore disponible en termes de besoins en biomasse pour la chimie verte (10 millions de TEP sont utilisés par an par la chimie) et pour des matériaux écologiques.

 

Les disponibilités forestières supplémentaires restent faibles si l'on considère  que la France est importatrice nette et qu'elle doit déjà compenser ses importations.

 

Il est clair que si l'on doit se passer de pétrole, plusieurs millions d'ha de terres agricoles seront nécessaires.

 

Le scénario tendanciel

Le scénario à 2050 est un scénario tendanciel : même assolement et même rendement, 60.000 ha de terres agricoles perdues par an et 70 millions d'habitants (données INSEE). La baisse de la SAU et l'augmentation du nombre d'habitants représentent une perte de production de 19% et d'au moins 20% pour les produits de la pêche.

 

 

 

Ce scénario tendanciel suppose que l'on soit capable de maintenir les rendements avec des pratiques agroécologiques à bas niveaux d'intrants.

 

Mais du fait de la baisse de 19% de la production, de la réduction des produits de la pêche et des besoins en biomasse non alimentaire, la seule solution consiste, si l'on ne souhaite pas importer, à réduire nos consommations de viande et de lait, nos consommations en général (en énergie, en espace, en matériaux) et les pertes de la filière alimentaire.

 

 

Evolution de la consommation de viande

 

Elle a baissé de 6,7 % par habitant depuis 2000 après un grand plateau entre 1990 et 2000. Le maximum ayant été atteint en 1990. Comme on consomme à peu près 100 kg de viande, cela fait une baisse d'environ 6,7kg/habitant entre 2000 et 2008. C'est le mouton et la triperie qui ont le plus baissé. Alors que les préparations à base de viande ont continué de grimper. 

 

 

Un déficit européen important

- Pour le poisson entre 2 et 2,8 MT-an

- pour les fruits et légumes entre 12 et 14 MT

- pour les oléagineux entre 15 et 20 MT (çà inclut le soja?-

-  Pour la viande bovine, on est à nouveau légèrement excédentaire de 50.000 à 300.000 T

- En ovins déficitaire de 200.000T

- volaille déficitaire de . mais tendance à l'équilibre

- Céréales déficitaires sauf en 2002, 2004 et 2007. Avec un important solde négatif de 16 et 14 MT en 2000 et 2009

- Sucre à l'équilibre tendance avec fort solde positif  ces 3 dernières années

 

 

La question est donc de combien de kg devront nous baisser notre consommation de viandes et de quelles viandes. La réduction devra prioritairement porter aux viandes qui consomment des terres labourables (maïs ensilage, maïs grain, orges).

 

 

Le défi agronomique : produire autant voir plus en consommant moins d'intrants

 

Le défi agronomique est immense. Il consiste à développer des pratiques agro-écologiques en remplacement des pratiques basées sur l'utilisation des intrants chimiques.

 

Ces pratiques concernent :

- l'allongement des rotations

- L'introduction d'une part plus importante de légumineuses à graine et fourragère

- Les mélanges de variétés et d'espèces

- La réintroduction de l'arbre dans les systèmes de production autour des parcelles ou en complentation

- L'utilisation de variétés adaptées

- la mise en place de techniques de lutte biologique

- la généralisation des couverts et cultures intercalaires

- les pratiques simplifiées de travail du sol