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François KOCKMANN

Membre fondateur et au CA depuis les origines jusqu'à mars 2015.

Agronome, directeur de la Chambre d'agriculture de Saône et Loire, après avoir été responsable du Service Agronomie, Gestion de l'Espace et Environnement à la Chambre d'Agriculture de Saône et Loire. En avril 2016, il prépare sa retraite, qui sera effective en août 2016.

Participant fidèle des Entretiens du Pradel, il a participé au comité d'organisation qui a fait émerger l'Afa et au conseil d'administration jusqu'à mars 2015. 

Il y voit un lieu de possibles échanges entre agronomes reliés à différentes sphères professionnelles : recherche-formation-développement mais aussi collectivités territoriales et administrations au sens large.

Exerçant dans le développement, il fait trop souvent le constat que dans le domaine de l'environnement l'agronomie est mal comprise et mal intégrée dans les décisions publiques.

Les référentiels régionaux des agronomes et les savoir faire pratiques des agriculteurs locaux sont trop rarement pris en considération.

Plus largement, l'agronomie se trouve au centre de défis majeurs qui se profilent, dans une perspective de développement durable.

En impliquant des agronomes issus des différentes sphères et exerçant différents métiers, l'Afa contribue à mieux promouvoir l'agronomie.   

Portrait et parcours d'un "Passeur de Savoirs"

 

Un portrait de François Kockmann, directeur de la chambre d’Agriculture de Saône-et-Loire, publié par L'Exploitant Agricole de Saône-et-Loire / Agri71.fr  en  2013

 

Ecosystème de savoirs agricoles

 

Son itinéraire est « un peu un accident », selon ses propres mots. François Kockmann ne se prédestinait pas à devenir directeur de la chambre d’Agriculture de Saône-et-Loire. En effet, âgé de 61 ans, l’homme est agronome de cœur avant tout. De part son cursus premièrement et de part sa carrière. Il fait parti des membres fondateurs de l’Association française d'agronomie (Afa) au « carrefour des métiers concernés par l'agronomie : chercheur, enseignant, conseiller, agriculteur...». Les valeurs sont celle de l’homme : ouverture d’esprit, transfert des connaissances, innovation et indépendance.

 

Au cours de ses  études à l’Isara,  il réalise son mémoire de fin d'études sous la direction de  Michel Sebillote, professeur d'agronomie à AgroParisTech et chercheur à l’Inra. De cette formation initiale, François Kockmann en gardera l’envie de « toujours rester en relation avec la Recherche en assumant une posture d'interface avec le Développement ». Un excellent moyen pour lui d’être « raccordé à l’équipe la plus pertinente sur un sujet donné : prairie, phosphore… ». Après avoir réalisé sa coopération en horticulture-maraichage en 1975 en Algérie, il s'engage sur des travaux de recherches : "l’Intensification fourragère" dans l’Ain, le profil cultural à Agroparistech et la "Rénovation des terres en Friche" dans les Vosges avec l'Inra.

Puis, il s'oriente vers le développement où il confronte les savoirs théoriques à ceux des paysans. En 1979, il dirigera la Cuma Aster, au service du drainage et ce pendant dix années ; parallèlement, il se voit confié la création d’un « secteur agronomie » à la chambre d’Agriculture de Saône-et-Loire. Les choses s’accélèrent alors avec à ses côtés Etienne Lalanne. « On partait de rien à l’époque. Le drainage était une première étape mais pas une garantie de résultats économiques. Il fallait encore valoriser l’investissement en consolidant les bases agronomiques. C'est pourquoi nous avons mis l'accent, avec Yvan Gautronneau (Isara) et Jean-Marie Vinatier (Chambre d’Agriculture de l’Ain) sur le travail du sol, en observant de multiples profils culturaux, en dialoguant avec les agriculteurs ». Avec le recrutement de Françoise Ménégon, la dynamique s’enclenche rapidement avec le programme ministériel "Relance de l'Agronomie" orienté déjà dans le sens de ce que l’on nomme aujourd’hui « agriculture durable », glisse-t-il.

Les actions de terrains s’enchaînent alors : travail sur le chaulage avec l'Isara (Bernard Fabre)  et la coopérative de Verdun (Michel Duvernois) en sols sensibles notamment ; lancement en lien avec la chambre régionale du dispositif Avenir Agro - regroupant une trentaine d’exploitations - base d'un référentiel pour pouvoir diffuser des messages sur le pilotage des itinéraires techniques  et les retombées économiques, un exemple « précurseur de l’agriculture raisonnée » ; lancement des prestation Plan de fumure qui atteindra jusqu’à 500 adhérents ; recyclage des déchets des boues de stations d’épuration aboutissant à la maîtrise des processus… Maurice Convert pour la Cuma Aster puis Jean-Guy D’Amarzit pour la Chambre, tous deux de La Charmée sont pour lui, parmi les responsables agricoles qui, avec Claude Henry se sont « passionnés » « avec rigueur et courage » pendant cette première décennie d’existence. Ce ne sont pas les seuls depuis : Samuel Chanussot, Lionel Borey, Emmanuel Buisset sont les élus actuels mais avant eux, Benoit Regnault , Jean Michel Desmards.

 

« Ce n’était pas évident de dire d’épandre des boues recyclées. Tout comme initier des actions sur la protection des ressources d’eau. Avec Claude Henry, et Jean Guy D'Amarzit, l’opération "Cultivons l’eau potable en Val de Saône "(labélisée Fertimieux) fonctionnait déjà avec un comité de pilotage multiacteurs (Conseil général, Etat, Syndicats des eaux, coopératives, instituts techniques, Inra...) ». Précurseur, l’observatoire de l’environnement prend de l’ampleur dans le cadre de la Directive Nitrate avec identification de trois zones vulnérables (Val de Loire, Autunois, Saône-Doubs). En plaine alluviale de la Saône, sur 13 parcelles, avec le technicien Grandes Cultures, Antoine Villard, en coopération avec Marc Benoît (INRA), des bougies poreuses furent installées pour évaluer les fuites de nitrate sous racines selon les cultures et selon les climats. Les résultats sont significatifs et font l’objet de publications scientifiques, « permettant le transfert des travaux afin de valoriser l’argent public et d'être reconnus ». Toujours dans sa volonté de passeur de sciences, avec Carole Lemasson, ensemble – avec l’Inra -, ils initient un travail sur l’herbe, au niveau régional, où « le soutien financier du Conseil régional a toujours été constant et  déterminant ». Avec Etienne Lalanne, il se penche sur  les énergies renouvelables.

 

Tout au long de son parcours, François Kockmann préfère « encadrer un collectif d’agriculteurs pour qu’ils puissent faire émerger des initiatives et partagent  leurs expériences ». En d’autres termes : « ce n’est pas en faisant des injonctions qu’on change les pratiques » a-t-il pour principe. L’expérimentation entre pairs créé « une boucle de progrès » : « on diagnostique, on corrige les points noirs, on évalue, on repart ».

 

En agronome expérimenté, il sait qu’en  agriculture, il faut composer avec le temps saisonnier mais aussi intégrer le temps long, plurianuel ! « Le temps n’est jamais fini ». Vérification avec l’actuel travail sur la Sorme, où ses services travaillent de concert avec la CCM (Communauté de Communes de Montceau), l'Inra et les éleveurs pour rechercher « avec pragmatisme » des solutions pour limiter les flux de phosphore arrivant au lac à l'origine de l'eutrophisation.

 

« Chaque compartiment a sa réglementation. Cela devient infernal. Il faut donc une démarche prospective avec les élus, les Maires, les équipes… ». Lorsque Christian Decerle, le précédent et actuel président de la Chambre d’Agriculture de Saône-et-Loire lui propose le poste de directeur de la chambre consulaire, François Kokmann voit alors là une opportunité unique de mettre en pratique son travail sur "les Innovations organisationnelles à promouvoir dans les Chambres d'agriculture", étude réalisée avec l'INRA Dijon, à mi-temps de 2008 à 2011 avec Pascale Moretty. L’organisation « matricielle » est prônée pour sa réactivité, sous réserve de « trouver des lieux et temps de coordination ». Une illustration en Saône et Loire , avec le double réseau  en place avec des conseillers de secteur garant de la proximité et des conseillers spécialisés, plus sur la R&D pour des prestations approfondies. Cette adaptation des chambres est un défi qui cache d’autres enjeux tels que la « réactivation des groupes locaux pour avoir un bon maillage sur les territoires », pour partager, échanger collectivement et « capter l’innovation locale ».

 

Avec l’expérience accumulée, il sait qu’en  agriculture il faut faire des choix entre l’urgence du présent et les impératifs sur le long terme, exigence qui « demande beaucoup d’humilité » dans des environnements changeants quotidiennement.

 

L’occasion d’avoir sa vision de l’avenir, sans défaitisme : « la raréfaction des ressources de phosphore, la hausse du pétrole et donc de l’azote, l’augmentation des populations mondiales, les problèmes environnementaux (qualité eau), le processus de réchauffement climatique… les enjeux des 30 prochaines années donnent le vertige pour tout agronome. Je fais partie de ceux qui croient en la nécessité d’un changement de paradigme. Le modèle agrochimique a des limites et il nous faut mettre en avant le nouveau moteur de la biodiversité, notamment celle des sols (avec l’Inra Dijon). La difficulté, c'est que le terme  agroécologie est chargé de clichés ». Certainement, la faute a de précédentes guerres de communication entre agriculture et écologie, alors que l’un ne peut aller sans l’autre en France.

 

François Kockmann, lors de son agrément officiel comme directeur, par l'APCA, a pris la mesure de  « l’importance du binôme président/directeur ». Avec son président, il met en place un conseil stratégique, « lieu de transversalité », pour cimenter  une équipe d’élus , les uns expérimentés et les autres en premier mandat. Les Synergies sont partout recherchées.

 

Dans la loi d’Avenir agricole en préparation, l’objectif est de concilier les enjeux à long terme avec ceux à court terme (rendement/productivité). La R&D est mobilisée et les GIEE doivent permettre de progresser avec le concours des agriculteurs. Lucide, François Kockmann sait qu’avec les multiples réglementations, visant notamment à limiter les phytosanitaires,  les agriculteurs sont dans une phase de « rejet et d’attente ». Il conclut : « On a la mémoire courte. La majorité des agriculteurs ont fait des progrès spectaculaires, en conjuguant volontariat, incitation et réglementation.  Les pouvoirs publics viennent presque sanctionner désormais cette dynamique en se focalisant sur le réglementaire ».

 

Sur les orientations agroécologiques décidées par le Ministre de l’Agriculture, François Kockmann revient plus globalement : « la raréfaction des terres, des ressources de phosphore, la hausse du pétrole et donc de l’azote, l’augmentation des populations mondiales, les problèmes environnementaux (qualité eau), le processus de réchauffement climatique… les enjeux des 30 prochaines années donnent le vertige pour tout agronome ». « Je fais partie de ceux qui croient en la nécessité d’un changement de paradigme. Le modèle agrochimique a des limites et il nous faut mettre en avant le nouveau moteur de la biodiversité, notamment celle des sols (avec l’Inra Dijon) ». « Stéphane Le Foll a raison de mettre l’accent sur ces problèmes. La difficulté, c'est que le terme  agroécologie est chargé de clichés ». Dans la loi d’Avenir agricole en préparation, l’objectif est de concilier les enjeux à long terme avec ceux à court terme (rendement/productivité). La R&D est mobilisée et les GIEE doivent permettre de progresser avec le concours des agriculteurs.

 

Ambiguïté "dé" conseillers

Avec Pascale Moretty, François Kockmann a de 2008 à 2011 réfléchi sur « les innovations organisationnelles  à promouvoir dans les chambres d’agriculture » au sein de l’Inra Dijon, avec Bruno Lemery, Claude Compagnone et Sandrine Petit. Propre à son habitude, le nouveau directeur de la chambre s’intéresse d’abord à l’humain à la base des services : les conseillers. Selon un bilan établi en 2008, la diversité des  métiers exercés au sein des Chambres d'agriculture conduit à un « manque de reconnaissance entre agents » alors qu'ils sont complémentaires. Il faut donc lever « les oppositions entre conseillers "terrain/Mâcon" » en les faisant « travailler ensemble » plus fréquemment afin de « valoriser tous les acteurs ».

 

Mais c’est aussi une mutation dans l’ère du temps que s’apprête à vivre les conseillers. « Durant les 30 glorieuses, le conseiller avait alors un rôle très proche de l'instituteur » mais aujourd’hui, elles et ils sont appelés à « co-construire avec chaque agriculteur la solution ou le compromis les plus adaptés à sa situation » en étant un « expert pour établir des diagnostics » tout en sachant « intégrer les multiples normes et réglementations » avec « de nouveaux opérateurs (agences de l'eau, Pays...) qui ont leur propre stratégie ». Des compétences et missions accrues nécessitant basiquement du temps, difficilement conciliable avec une logique d’économie, imposée pourtant par les crises. Se rajoute à ce panorama déjà complexe, le fait que les gouvernements successifs ont changé les règles de financement et demandent aux Chambres consulaires de toujours plus « développer des prestations marchandes » alors que « les agents n’ont pas choisi de travailler pour des motivations commerciales ». Une sorte d’ambiguïté entre offre mercantile et conseil impartial. En plus, contradictoire, « l’État somme les conseillers d’appliquer la réglementation, donc normalisation, alors que le même État nous incite à prôner l’innovation, le contraire des normes en sorte ». Un État-Europe schizophrène en quelque sorte…

 

Anticiper, innover, gérer

C’est le slogan du SAGE, le service "Agronomie environnement" de la chambre d’Agriculture, créé en 1997 avec Jean Guy D'amarzit. C’est toujours le crédo de François Kockmann qui depuis janvier 2013 l’applique pour innover en terme d’organisation des équipes et services. « Extrêmement vigilant sur la synergie entre Élus et collaborateurs », lui comme son président, Christian Decerle forment désormais un duo pour « aligner l'architecture sur le schéma cible proposé par l'APCA (le réseau des chambres, NDLR), tout en identifiant un service Formation & Innovation », correspondant à la volonté politique en Saône-et-Loire.

 

Source de valeur ajoutée indéniable pour « des exploitations reconnues dans leurs diversités », des "Carrefours de l'Innovation" en interne entre agents permettraient d’accroître les « inter-connaissances » pour des « prescriptions croisées » aux agriculteurs. Un test a d’ailleurs été effectué sur l'arrondissement de Charolles par David Bichet, l’élu responsable du service Formation & Innovation avec son chef de service, Christophe Masson.

 

Un exemple parmi d’autres des « belles ambitions » qu’affiche le collectif d'élus qu'anime Christian Decerle. « L’enjeu important est bien d'être acteur sur les Territoires en revivifiant l'animation locale ». Place maintenant aux agriculteurs et viticulteurs de ce département pour faire leur, le slogan « Anticiper, innover, gérer », individuellement et collectivement.