Revue AE&S vol.8, n°1,10 juin 2018 : Agronomie et agriculture numérique

Débats et controverses autour des apports de l’agriculture numérique

 

L’agriculture numérique est-elle la réponse aux grands défis du 21ème siècle ?

Big Agri Bug dans l’agro-cloud ? Bulletin de prévisions climato-numériques

 

 


D. LANQUETUIT

agronome, agricultrice, jardinier numérique pour l’Afa,

à mi-temps connectée par nécessité, à mi-temps rustique par essentiel…

Prochainement téléchargeable en pdf


 

Interrogations …

En préparant le débat « Agriculture et révolution numérique : ce qui change pour l’agronomie et les agronomes », les questions des besoins, des alternatives pour y répondre, des impacts sociologiques et des enjeux de pouvoir induits par la trajectoire numérique ont été abordées puis écartées du champ d’un débat court. La revue, avec son temps plus long, est l’occasion de ne pas esquiver ces questions. On aurait tort d’attendre que des impacts négatifs se manifestent alors qu’on pourrait limiter les usages pour ne pas lutter ensuite contre des dérives liées aux pratiques massives.

L’enthousiasme pour le développement des « aides aux décisions » numériques n’est pas unanime. Le contexte actuel est une urgence écologique, alimentaire et démographique pour vivre en paix. La construction sociale « d’un monde digital » peut-elle être une réponse à ces trois enjeux ou bien prépare-t-elle un transfert de coûts et de pouvoirs, un changement d’aléas : moins de produits chimiques (parfois…) mais autant voire plus de coûts de services, en y perdant des savoirs et savoir-faire autonomes, que nous voudrons redécouvrir dans une génération… ?

Regardons comment l’énergie nucléaire a été développée en oubliant de mettre aussi en développement des alternatives plus autonomes comme les éoliennes et le solaire …Regardons combien de temps nous avons laissé filer l’agriculture vers le tout chimique, et le temps long du réapprentissage pour moins de chimie, et la transition vers plus de biologique, avec les aléas de récolte à compenser par une plus grande diversité. La céréaliculture « tous les œufs dans le même panier » présente une autre fragilité que la diversité d’un maraîchage varié… capable de fournir plus de nourriture à surface égale.

Alors, des cultures demain (ou les cultures de demain…), gérées en temps réel par satellite ? (Aujourd’hui un peu, demain beaucoup… trop ?). La complexité ne rend-elle pas d’abord service à ceux qui l’organisent, la maîtrisent, la facturent ? La première conséquence n’est-elle pas déjà de faciliter la gestion automatisée de surfaces de plus en plus grandes par une seule personne ? Au service de quels investisseurs financiers ? Et les SAFER s’affairent… et des paysans s’effraient…

 « Dématérialiser » n’est-il pas un mot inapte (voire inepte !) ? Car le support papier vient de cellulose renouvelable et/ou recyclable, alors que le numérique demande des supports souvent invisibles pour l’utilisateur, mais forts consommateurs de ressources minières non renouvelables, à forts enjeux conflictuels sur le plan environnemental et géopolitique. Le numérique, c’est d’abord du plastique et le lithium des batteries, et des antennes et des ondes et des pluies de données à stocker.

Les données : collectées par qui ? Où ? Qui en est propriétaire ? Traiter un grand nombre d’informations pour une période d’étude, dans un cadre professionnel maîtrisable, valider une hypothèse, pour trouver des indicateurs pertinents, pour les transformer en possibilité de décision autonome, à partir d’observations de terrain, avec nos sens communs n’est-il pas différent de l’équipement « du plus grand nombre » en capteurs électroniques passifs fournissant des informations en continu, transmises à un opérateur éloigné, voire inconnu qui ruminera le tout pour de multiples usages, sans nécessairement en rendre compte aux personnes collectant les données ?

Face au mirage des propositions « BIG DATA », quel est le seuil de tolérance de chacune et chacun d’entre nous ? Jusqu’où un détour numérique donne plus de liberté, en échange de quoi ? Quel est le point de rupture qui rendra durablement dépendant et fragile ?

Pour l’agronome et l’agriculteur, des observations numérisées passant du champ à un opérateur en contrat de service avec l’agriculteur posent la question de l’accès aux données. Les enquêtes de terrain seront-elles encore possibles ?

 Soyons vigilants sur les rapports de force : quel accès aux données pour l’expertise et le conseil par les agronomes ? Quels impacts sociaux (transfert d’emplois et d’intrants), quelles modifications de l’autonomie de décision individuelle et collective pour les agriculteurs ?

Soyons vigilants sur les impacts économiques : quels coûts et bénéfices pour la production de connaissances agronomiques ? Existe-t-il des modes d'agriculture de précision qui ne favorisent pas l'agrandissement des exploitations ? Existe-t-il des modes d'agriculture de précision accessibles à de petites exploitations ayant peu de moyens financiers ?

Soyons vigilants sur les impacts environnementaux : quels bénéfices pour l’expertise agronomique sur des territoires ?

 

Tour d’horizon documentaire critique

 

La R&D agronomique imagine quatre scénarios…

Une prospective publiée en 2015 et 2016 éclaire 4 scénarios [1] d’évolution des rapports de force entre différentes agricultures : un monde écologique, une Europe agricole, une Europe industrielle, un monde libéral. Chaque scénario propose des rôles au numérique « en 2040 » et des priorités pour la R&D dès à présent :

-          dans un monde écologique, des technologies au service de l’optimisation et des relations entre agriculteurs

-          dans une Europe agricole, l’usage dominant est pour la traçabilité et le contrôle qualité

-          dans une Europe industrielle, la priorité est à la gestion de données pour la compétitivité et la maîtrise des coûts (faut-il entendre « robotisons » ? )

-          dans un monde libéral, la tendance précédente est accentuée, l’agriculture devient une industrie…

Mais on aurait tort de présenter les innovations centrées sur ces technologies comme résultantes de politiques extérieures, car l’invasion technologique peut être un facteur premier de « dérive » vers tel ou tel scénario. Le premier schéma de la synthèse (Fig. 1) révèle cet inconscient collectif déjà convaincu que les innovations technologiques sont du même poids que les phénomènes naturels et la politique… et que les personnes sont soumises « à la base » : agriculteurs, consommateurs et politiques publiques semblent d’avantage des objets que des acteurs. Le second traduit une vision moins hiérarchisée avec un regard centré sur la R&D agricole : les acteurs sont d’avantage présents.

 

Figure 1 : QUEL AVENIR POUR L’AGRICULTURE ET LE SYSTEME DE R&D AGRICOLE FRANCAIS ? Colloque ACTA et APCA du 4 octobre 2016 https://www.gis-relance-agronomique.fr/Prospective-R-D-agricole

 

 

L’Afa avait lancé ces questions lors de son débat de mars 2011 [2] « PAC 2013 : implication de et pour l'agronomie », et c’est la notion d’agronomie de territoire qui émergeait. Lors du débat , Hervé Guyomard évoquait « L'agronomie et la cohérence » en ces termes : « pour des raisons économiques, sociales, et de biodiversité, le premier levier d'action est le territoire. Pour passer à une écologie de territoire, un effort de politique publique est nécessaire car le levier actuel de décision reste l'exploitation. Il y a des expériences sur les façons d'assurer la continuité territoriale entre exploitations, il faut continuer à travailler ces références, sans s'arrêter à 2013, mais en s'inscrivant dans le long terme, pour mieux asseoir les politiques à venir en ayant recours à l'agronomie et aux sciences sociales. »

 

En 2018 en France, une politique publique de transition écologique tendrait donc en théorie vers le scénario 1 décrit en 2016 comme « le monde écologique », et l’échelle territoriale est alors pertinente pour sélectionner dans les applications numériques ce qui pourrait faciliter l’agronomie de territoire, notamment dans des actions de protection de l’eau ou des Plans Alimentaires Territoriaux [3]Revue AE&S vol.8, n°1,10 juin 2018 : Agronomie et agriculture numérique. Cette stratégie peut servir de filtre pour identifier les évolutions numériques sensées pour aider aux décisions collectives, sans être invasives ou robotisantes...

 

La politique européenne privilégie le scénario Europe industrielle : robotiser pour rester compétitif

Trois rapports de synthèse, l’un pour l’assemblée européenne et les deux autres pour le gouvernement français traitent des questions numériques. L’orientation décrite est plus proche des scénarios « Europe industrielle et monde libéral ».

-          En septembre 2016 paraît un rapport de 274 p. sur l’agriculture de précision [4], commandité par le parlement européen pour orienter son travail législatif et règlementaire. Un collègue de notre réseau d'agronomes, en fait cette synthèse :

« Les auteurs sont tous proches de l’université de Wageningen, ce qui donne à ce rapport une faible pluralité de points de vue pour éclairer un parlement représentatif de l’ensemble des agricultures présentes sur l’espace européen. L’introduction du rapport évoque une agriculture à la croisée des chemins, l’Europe première puissance exportatrice mondiale agricole, ayant à faire face à un vieillissement et une raréfaction de la main d’œuvre disponible, dans un contexte de demande alimentaire mondiale en forte hausse (augmentation de la population) avec une demande intérieure qui plafonne, donc avec l’obligation d’exporter pour « avancer ». D’où la nécessité de robotiser pour rester compétitifs et lutter contre la diminution de la force de travail. Apparemment le chômage actuel et l’augmentation de la population mondiale ne suffisent pas à résoudre le problème. La réduction des intrants est évoquée comme un contexte de l’étude mais non un but en soi. »

 

 

 

-          Fin 2016, la politique française emboîte le pas et mise sur les robots sauveurs… avec le rapport « Alim’agri : la révolution numérique » du Ministère de l’Agriculture [5] fait un remarquable tour des possibilités en développement.

 

-          En janvier 2017, l’Association francophone d’informatique en agriculture (Afia) conduit deux débats [6] et rappelle que « le développement de la robotique agricole constitue une des recommandations de la Mission « Innovation Agriculture 2025 [7]» réalisée à la demande de plusieurs ministères et présentée fin 2015-début 2016. La robotique constitue en effet une voie technologique de rupture pour permettre le changement des pratiques agricoles conciliant les dimensions économique, sociale et environnementale. »

Le titre du rapport de la mission : « #AgricultureInnovation2025 : 30 projets pour une agriculture compétitive & respectueuse de l’environnement ne semble évoquer qu’une forme d’agriculture, et non la diversité des agricultures existantes selon la diversité des territoires et les stratégies de leurs habitants. L’orientation des programmes ne fait pas de place à des formes d’agricultures plus naturelles, décarbonées, dépétrolées et plus autonomes.

Ce rapport a débouché sur 4 programmes de recherche sur des thématiques prioritaires : « Sols – Eau – Climat » : mobiliser les sols pour atténuer le changement climatique et renforcer la sécurité alimentaire, « Capteurs – Risques sanitaires », « Technologies robotiques et Numérique pour l’agriculture », « Produire autrement en actionnant les leviers de la biologie des systèmes et de synthèse, les biotechnologies et le bio-contrôle ».

Il vise notamment à permettre le plein développement des nouvelles technologies dans l’agriculture, structurer la recherche sur le numérique en agriculture et accélérer la recherche et le développement en robotique agricole.

L’industrie digitale impose ses solutions, aromatisées de responsabilité et d’environnement !

En 2015, le rapport d'un think tank « de la société numérique » [8] créé en 2014 élabore 16 propositions pour les politiques publiques. Ce lobby réunit une trentaine d’adhérents (2/3 sont des entreprises dont La Poste, Orange, SAP, Google, Facebook, BNP Paribas, Microsoft France, La Française des Jeux).

En septembre 2017, le salon Agritechnica réunit en Allemagne 2800 firmes de 53 pays et présente « Green Future – Smart Technology » les toutes dernières technologies et tendances pour relever ce défi : augmenter la productivité tout en préservant l’environnement et les ressources. Ceci inclut les développements dans le domaine de la protection des cultures tels que drones et robots, modèles de prévisions, technologie des buses et contrôles par GPS. Le mot d’ordre est « Stay Connect ! ».

En octobre 2017, l’ESA d’ANGERS et la Chaire Mutations Agricoles affichent aussi un seul scénario : « Observation et surveillance, diagnostic, décision sont-elles encore des activités qui nécessitent l’intervention humaine ? »[9]

En marge des Etats Généraux de l’Alimentation, une conférence est organisée pour la presse et les parlementaires par les porteurs du nouvel Eldorado numérique pour répandre les bienfaits escomptés d’une agriculture de précision [10] : le 29 novembre 2017, à la Maison de la chimie, l’agriculture 2.0 est à l’affiche avec une interrogation « comment faire du « precision farming » un atout pour la biodiversité ? ». Le Green Washing est à l’œuvre.

L’entreprise BASF est présente : c’est l’une de celles qui préparent un transfert de services : moins de chimie, autant de charges numériques. Qui seront les réels gagnants, sur les plans écologique, sociologique, économiques ? Et L’auteur du livre « marketing de la peur » [11] y trouve une nouvelle tribune. Ce discours vise à minimiser toutes questions sur les impacts négatifs de l’invasion des technologies. Il est notamment critiqué par des écologistes [12] et des scientifiques [13].

Un bref aperçu de l’écosystème financier des BIG DATA des Agri-Clouds qui montent à l’horizon…

Les lobbys sont à l’œuvre : création en janvier 2018 du cercle des technologies du futur par un « cabinet indépendant », ouvertement influenceur [14] dont « les membres se réunissent une fois par mois à Paris à l’occasion d’un évènement exclusif (petit-déjeuner, afterwork, etc.) autour d’un décideur européen pour des échanges informels et la création de relations institutionnelles. Les sujets abordés sont les services générés par l’économie de la donnée, l’IoT et l’IA, en passant par l’économie des Biotechs et Nanotechs et la bioéthique, les sujets abordés sont aussi larges que les opportunités qu’offrent les technologies du futur. »

 

Prévision climato-numérique : transition chimérique …

 

Allons-nous échapper à la ritournelle « créer de la confiance pour provoquer l’acceptation » ? [15]Revue AE&S vol.8, n°1,10 juin 2018 : Agronomie et agriculture numérique De mon point de vue, ce sera surtout un transfert d’intrants du chimique au numérique, une voie de « transition chimérique », dont on peut pronostiquer des hics et des couacs en terme de perte d’autonomie, à la lumière des transformations subies en 10 ans par les travailleurs sur les plateformes logistiques.

Quel est notre point de rupture, notre tolérance au numérique, ce qui nous ferait dire « dans ce métier numérisé, je ne me reconnais plus »…j’ai laissé ma liberté de penser et de choisir, je me sens « Homo numericus manipulus » ?

Il y a 20 ans des éleveurs ont perdu du pouvoir en devenant exécutants des fabricants d’aliment calculant pour chaque âge des poulets en batterie hors sol le parfait équilibre alimentaire des granulés et en gérant à leur place le marché et ses marges financières par des contrats de vente des poulets « finis ». L’exploitant exploité… pris dans des contrats d’aval et d’amont de « l’élevage intégré » : vous signez ? Agriculteur, agronome pris dans la nasse des données qui vous échappent : vous signez ?

Un autre exemple, partiellement numérisé, illustre que la collecte de données centralisées ne produit pas d’aide aux décisions autonomes : depuis que l’état français collecte la redevance sur les produits phytosanitaires, on n’a rien gagné en outils de prévision et de gestion de risques au niveau local, alors qu’une gestion collective sur le terrain était en émergence. L’objectif environnemental est devenu un résultat fiscal. Les capteurs d’informations intermédiaires sont ici les distributeurs de produits phytosanitaires. Ni eux ni les agriculteurs ne reçoivent en échange des « aides aux décisions » issues des « datas » collectées.

Prévoir cette borne entre l’acceptable et l’inacceptable, c’est pouvoir définir des stratégies individuelles et collectives pour contenir les usages, anticiper. Le cas du robot de binage en maraîchage est un exemple à méditer : certains le pensent très numérique, d’autres le veulent mécanique et réparable sur le champ…

 

Des alternatives de moins en moins silencieuses, à amplifier 

 

Il faut d’abord affirmer un choix de société adapté aux enjeux humains parmi les 4 scénarios décrit par la R&D. La question éthique, celle du sens, est première. Le scénario « monde écologique » est cohérent avec l’agro-écologie mise en bannière par S. Le Foll en décembre 2012 [16].

Les aperçus de l’actualité déjà cités montrent un récit envahissant d’une voie « numérunique ». Des bornes entre l’acceptable et l’inacceptable sont à poser pour développer des alternatives entre dépression numérique et anti-cyclone organique…

Les 23èmes controverses européennes de Marciac, organisées par la Mission Agrobiosciences de l’Inra en juillet 2017 situent les enjeux d’une transition à réussir en 30 ans vers l’agroécologie éthique solidaire et responsable. Deux interventions évoquent la dépendance de l’agriculture à la mécanisation [17], et le fait que toutes les solutions ne sont pas biotech [18], sans s’attarder explicitement sur les impacts du numérique.

Quels récits d’alternatives sont audibles et relayés ? J’en retiens deux, l’un porté par des agriculteurs (Inpact), l’autre par une étude européenne qui fait place au doute vis-à-vis du numérique.

Pas d’agroécologie sans souveraineté technologique des paysans 

Le réseau InPact Revue AE&S vol.8, n°1,10 juin 2018 : Agronomie et agriculture numérique[19] « Initiatives Pour une Agriculture Citoyenne et Territoriale » est une plateforme associative issue du rapprochement de réseaux associatifs agricoles : l’InterAFOCG, la FADEAR, le Réseau CIVAM , Accueil Paysan, le MRJC, Terre de Liens, L’Atelier Paysan, Nature et Progrès, le MIRAMAP et Solidarité Paysans. Il dit représenter 10% des agriculteurs, porte des agricultures alternatives et publie un plaidoyer [20] qui demande de repenser l’allocation d’une partie des 10 Milliards d’euros du plan « Agriculture et Innovation 2025 » : « même si les nouvelles technologies numériques, robotiques ou les biotechnologies apparaissent comme des investissements financiers intéressants à moyen terme, elles ne constituent pas pour autant une réponse aux problématiques agricoles du XXIème siècle. » De leur point de vue, « l’innovation techniciste est une course à l’endettement en agriculture. Ils ne veulent pas d’agroécologie sans souveraineté technologique des paysans ».

Le réseau InPact est présent à Bruxelles par Nature et Progrès [21].

Et le doute fait son chemin en Europe aussi …

« Une agriculture coûteuse, requérant des moyens financiers importants et un accompagnement pour l'utilisation des outils, apparaît déjà aux auteurs comme une source d’inégalités entre acteurs et entre pays », telle est la conclusion de l’étude « L'agriculture de précision en Europe vue sous un angle juridique, social et éthique », publiée en novembre 2017 par l’EPRS (European Parliamentary Research Service), le think tank du Parlement européen [22].

Ce tour d’horizon documentaire montre que mes interrogations sur les nécessaires limitations du numérique sont portées par certains acteurs et déjà documentées : il faut limiter dès l’amont les usages utiles en définissant d’abord nos choix de société, et observer en aval pour anticiper les impacts négatifs involontaires.

 

Je vous laisse, les champs m’appellent…et je n’ai pas connecté mon téléphone à internet…

Figure 2 : BIG AGRI BUG dans l’Agro-Cloud



Pour aller plus loin

Des acteurs agricoles remarqués

Colloque open data Inra en septembre 2015 https://colloque.inra.fr/opendata-et-agriculture/Programme-diaporamas

La chaire Agrotic de Montpellier, inaugurée le 16/11/2016 http://agrotic.org/chaire/ dont les objectifs sont ici www.agrotic.org/blog/wp-content/uploads/2016/10/Enjeux_agriculture_numerique_challenge.pdf

Irstea, chaire industrielle, http://www.elsa-pact.fr/tag/veronique-bellon-maurel/),

Un colloque de l’Inra, https://colloque.inra.fr/opendata-et-agriculture/Captations-video).

Une fiche publiée par la CRAL www.cra-lorraine.fr/fichiers/plaquette_agriculture_precision_ALPA.pdf

Le big data au service de l’exploitation agricole http://www.hautsdefrance.chambres-agriculture.fr/recherche-innovations/ferme-30/

 InVivo a installé un incubateur agro-digital à Montpellier en 2016 http://www.agrotic.org/blog/tag/big-data/ . Thierry Blandinières, directeur, déclare « On va cesser de parler de moins de pesticides, moins d’engrais, moins de ceci ou de cela pour parler agriculture numérique » http://www.lesechos.fr/industrie-services/conso-distribution/0211410645722-invivo-va-lancer-un-reseau-de-1000-fermes-numeriques-2036316.php?XFYykH2lKwQTjkaS.99

SMAG http://www.smag-group.com/fr/notre-histoire fédère les deux éditeurs historiques Maferme et Neotic, spécialistes de l’informatique agricole depuis 2000 et se présente comme éditeur référent de la « Smart Agriculture », symbole d’une agriculture en pleine mutation, communicante, connectée et intelligente, et sponsorise les travaux de la chaire agrotic. La société est basée à Châlons en Champagne http://www.agreo-solution.com/mentions-legales . La collecte de données agronomiques avec http://www.agreo-solution.com/ ne s’adresse pas explicitement aux agronomes !

 

« Le nez dans le micro ». Répercussions du travail sous commande vocale dans les entrepôts de la grande distribution alimentaire par David Gaborieau (2017)

http://journals.openedition.org/nrt/240

Dans les entrepôts de la grande distribution alimentaire, l’introduction d’un nouvel outil de travail, le guidage par commande vocale, a considérablement modifié le travail des préparateurs de commande. Auparavant caractérisée par l’absence d’enchaînement et la possibilité de prendre de l’avance, l’activité de préparation a évolué vers une temporalité restrictive comparable à celle d’un ouvrier sur chaîne. Sous guidage vocal, « le nez dans le micro », le savoir-faire des préparateurs est réduit à un engagement physique. L’usage du corps constitue alors une ressource en tant mode d’appropriation du sens au travail, mais également un rempart lorsque des pathologies font apparaître les limites de l’intensification.

L’introduction de la commande vocale a entraîné une perte de savoir-faire. […]Contraint de céder au rythme qui s’est emparé de lui, le corps signale que l’intensification atteint ses limites.

Le travail est donc de nouveau scruté, mesuré et chronométré, non plus afin de le rationaliser mais cette fois afin d’en limiter l’impact sur le corps. Dans les entrepôts, les chronométreurs de Taylor sont désormais accompagnés d’experts de la santé et de médecins du travail qui s’efforcent de limiter les répercussions d’une activité devenue pathogène.

Ces préoccupations étaient documentées dès 2009 par une étude de l’inrs :

La préparation de commandes en logistique. Mutations technologiques et évolution des risques professionnels

http://www.inrs.fr/media.html?refINRS=ND%202302

 

En 2016, on constate une augmentation de + de 30 % des maladies professionnelles des troubles musculaires squelettiques, et quand on robotise certains postes pour "soulager" des caristes, c'est le mental qui flanche. C’est insupportable d'avoir une oreillette toute la journée avec une voix synthétique qui confirme les n° de commandes sur les colis ![1] Alors oui, quand la numérisation fabrique des boulots où l'être est vidé de sa capacité de décision, on crée le besoin de robotiser complétement un poste rendu insupportable. Mais cela concentre le pouvoir technologique à un nombre restreint d’acteurs.

 

 

Le numérique nous fait-il perdre la mémoire ?

23.10.2014, par Philippe Testard-Vaillant

https://lejournal.cnrs.fr/articles/le-numerique-nous-fait-il-perdre-la-memoire

Vivre dans un monde toujours plus rempli d’informations de surface, comme celles que l’on trouve en surfant sur Internet, « stimule une mémoire du passé immédiat ou, dans le meilleur des cas, une mémoire de travail surdimensionnée capable de traiter simultanément de multiples informations (textes, images, sons…), commente Francis Eustache. Ce type de mémoire à court terme s’exerce au détriment d’une réflexion sur notre passé et notre futur, sur notre relation aux autres, sur le sens de la vie… Or les travaux en neurosciences cognitives montrent que l’un de nos réseaux cérébraux (le réseau par défaut), indispensable à notre équilibre psychique, s’active lorsque nous nous tournons vers nos pensées internes, que nous nous abandonnons à la rêverie, à l’introspection, ce que ne favorise pas le recours intensif à des béquilles mnésiques



Notes

[1] L’avenir du système de recherche et développement agricole français à l’horizon 2025, Acta et Gis Relance Agronomique, 2015 https://www.gis-relance-agronomique.fr/content/download/3736/36122/version/1/file/Bulletin%20d%27information%20n%C2%B02%20-%20prospective%20Syst%C3%A8me%20R%26D%20agricole.pdf

[2]  http://agronomie.asso.fr/carrefour-inter-professionnel/evenements-de-lafa/debats-lors-des-ag/pac-2013-implication-de-et-pour-lagronomie/#c950

[3] Les projets alimentaires territoriaux (PAT) http://agriculture.gouv.fr/comment-construire-son-projet-alimentaire-territorial

[4] Precision Agriculture, what is it and how can it affect farming in Europe? https://epthinktank.eu/2016/09/26/precision-agriculture-what-is-it-and-how-can-it-affect-farming-in-europe-a-new-study/  

[5] http://agriculture.gouv.fr/alimagri-la-revolution-numerique

[6] Robotisation en agriculture : état des lieux et évolution – 25 janvier 2017 – Paris  http://www.informatique-agricole.org/robotisation-en-agriculture-etat-des-lieux-et-evolution/

Vers quels systèmes d’information pour l’agriculture allons-nous ? – 26 janvier 2017 – Paris http://www.informatique-agricole.org/vers-quels-systemes-dinformation-pour-lagriculture-allons-nous-26-janvier-paris/).

[7]  http://agriculture.gouv.fr/agriculture-innovation-2025-des-orientations-pour-une-agriculture-innovante-et-durable

[8]  http://www.renaissancenumerique.org/publications/les-defis-de-l-agriculture-connectee-dans-une-societe-numerique

[9]   https://www.chaire-mutations-agricoles.com/evenements/esaconnect-2017/

[10]  https://www.academie-agriculture.fr/actualites/agriculture-alimentation-environnement/agriculture-et-alimentation-un-nouveau-modele

[11]  https://www.eyrolles.com/Loisirs/Livre/le-marketing-de-la-peur-9782212560190

[12]  http://biosphere.blog.lemonde.fr/2015/01/13/le-marketing-de-la-peur-un-livre-de-serge-michels/

[13] La technologie de la vie et ses conséquences. Les technosciences en démocratie, janvier 2018 avec Ricardo Petrella (économiste politologue), Anthony Laurent et Edouard Piely (revue Sciences Critiques) et Jacques Testard (biologiste, fondation Sciences Citoyennes)

https://www.france-libertes.org/wp-content/uploads/2017/10/programme-de-luniversite-du-bien-commun.pdf

[14] http://www.cercle-technologies-futur.eu/  Répertorié dans le Transparency Register http://ec.europa.eu/transparencyregister/public/consultation/searchControllerPager.do?declaration=Cercle+Europe+et+technologies+du+Futur&search=search

[15] Intelligence artificielle : quels enjeux ? Marie-Cécile Damave, février 2018 https://www.agridees.com/intelligence-artificielle-enjeux/ et la SAF débat au Salon le 2/3/2018 https://www.agridees.com/evenement/agriculture-science-fiction-lhumanite-a-table/ sous le titre « Agriculture et science-fiction : l’humanité à table », avec la http://www.lafermedigitale.fr/

[16] http://agriculture.gouv.fr/conference-nationale-stephane-le-foll-presente-son-projet-agro-ecologique

[17] http://controverses-de-marciac.eu/les-contributions/les-contributions-2017/ Intervention de Philippe Cousinié animateur du réseau thématique «Agronomie-Ecophyto» de l’enseignement agricole, ingénieur des Ponts Eaux et Forêts et agroéconomiste fait une intervention très documentée sur « les effets des relations homme-nature-technique sur l’agriculture et l’alimentation de demain »

[18]  http://controverses-de-marciac.eu/blog/2018/01/22/forum-biotechs-uberisation-et-robots-agricoles-en-debats/ Intervention de Sylvain Doublet, lors du forum « biotechs, ubérisation et robots agricoles en débats ». Co-auteur du scénario Afterre 2050, il défend l’idée  d’une  « agriculture agroécologique gourmande en matière grise, qui a besoin d’une recherche proche du terrain, d’ingénieurs agronomes et de conseillers techniques en capacité d’apporter un conseil agronomie, et pas seulement des solutions biotech. »

[19] http://www.agricultures-alternatives.org

[20] http://www.latelierpaysan.org/PLAIDOYER-InPACT-Pour-une-souverainete-technologique-des-paysans

[21] InPact est répertorié aussi dans le Transparency Register  http://ec.europa.eu/transparencyregister/public/consultation/searchControllerPager.do?declaration=inpact&search=search

[22] L'agriculture de précision en Europe vue sous un angle juridique, social et éthique, http://www.europarl.europa.eu/thinktank/en/document.html?reference=EPRS_STU%282017%29603207

Commentée par le Centre d’études et de Prospective du Ministère de l’Agriculture en janvier 2018 http://veilleagri.hautetfort.com/archive/2018/01/15/l-agriculture-de-precision-en-europe-vue-sous-un-angle-jurid-6018355.html

 



 

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