Revue AE&S vol.8, n°1,2 juin 2018 : Agronomie et agriculture numérique

Editorial : Agronomie et agriculture numérique : ce qui change pour les agronomes

 

Jean-Pierre Chanet, Yves François, Gilbert Grenier, Jean Noel Paoli, Olivier Réchauchère

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Ce numéro d’AE&S, sur un sujet parvenu en quelques mois en haut de l’agenda des préoccupations du monde agricole et de l’ensemble des structures de recherche et développement qui gravitent autour, montre par son sommaire le caractère ambivalent des perceptions de cette thématique, entre attraction et circonspection.

 

Dans notre appel à contribution, nous avions identifié des grands domaines où la révolution numérique était en train de se manifester : les engins agricoles, classiques ou futuristes et leur informatique embarquée, les capteurs et les réseaux de capteurs depuis la parcelle jusqu’aux satellites, l’aide à la décision des agriculteurs. Le tout reposant sur la collecte et le traitement d’une masse croissante de données. Nous avions alors problématisé comment ces différentes évolutions engendrent des changements conséquents dans l’activité agricole et les différentes composantes de sa durabilité, économique, sociale et environnementale.

 

Nous attendions alors une diversité de textes sur l’état des lieux des changements dans les pratiques, ou sur des scénarios d’évolution dans les activités agricoles ou encore sur le rôle et la place des agronomes des différents métiers dans cette transition numérique.

 

La moisson a été moins abondante et diverse qu’espérée, sans que nous n’en tirions d’enseignement au-delà de ce simple constat. Pour résumer en deux mots, c’est la question des changements dans le processus de décision des agriculteurs qui a été traitée préférentiellement, et les implications de ces changements sur l’activité de conseil et de formation.

 

Par ailleurs, à côté de textes sur l’état des connaissances ou de témoignage sur les pratiques, nous avons reçu des textes de points de vue sur des aspects bien en amont des modalités concrètes de développement du numérique en agriculture et traitant notamment de l’impact du numérique sur la durabilité de l’activité agricole. Cela traduit les espoirs et les craintes que cette révolution numérique suscite dans tous les secteurs d’activité, et il aurait été étonnant que l’agriculture reste à l’écart de ce débat. Nous avons regroupé ces textes en couples de controverses.

 

Le numéro s’ouvre sur un  article de Philippe Jeanneaux qui, à partir d’une mise en contexte historique et économique de l’évolution de l’agriculture depuis les années 1980, se base sur la littérature scientifique et le point de vue d’experts pour analyser les conséquences de la révolution numérique sur le processus de décision des agriculteurs. Après cette mise en contexte approfondie, le témoignage de Gilbert Grenier dresse le panorama des nouvelles méthodes et outils de collecte et de traitement des informations issues des parcelles cultivées, la façon dont ils amènent à repenser les approches de l’agronomie, leur intérêt face au défi de l’agroécologie, les impacts sur le métier des agronomes, pour définir ce qu’il qualifie « d’agriculture mesurée ». Le témoignage d’Yves François vient illustrer ces tendances en montrant comment une organisation collective des agriculteurs au sein d’une CUMA a permis d’accéder à des technologies conduisant à une meilleure efficience des conduites techniques, sans être la solution pour tout et en gardant la préoccupation d’une maitrise des données par ceux qui les produisent.

 

Dans un deuxième temps de ce numéro, et à partir d’une enquête réalisée en 2017 auprès de conseillers viticoles, Nina Lachia, Léo Pichon et Bruno Tisseyre présentent les impacts du numérique sur le conseil en viticulture et les besoins en formation qui en découlent. Le développement du numérique semble renforcer le rôle d’expert du conseiller, qui exprime alors d’importants besoins en formation continue. Reprenant le panorama des grands domaines où la révolution numérique est en train de se manifester, Philippe Prévost et Christian Germain pointet la diversité des avancées des technologies, et l’inégalité d’accès selon les agricultures du monde. Il en tire des enseignements sur le devenir des compétences et des métiers et sur le nécessaire engagement du système de formation dans le numérique. Le témoignage de deux enseignants du lycée d'enseignement général et technologique agricole Charlemagne de Carcassonne, S. Ricard et F. Sanchez vient illustrer pleinement cette dynamique en présentant le projet d'un nouveau module de formation sur l'agriculture « connectée » au service d'une agriculture de haute précision, basé sur des pédagogies innovantes.

 

La troisième partie de ce numéro donne la place à la controverse, arguments à l’appui. En se plaçant d’un point de vue assez général, Hervé Pillaud et Danielle Lanquetuit s’opposent au sujet de l’agriculture numérique : est-elle la réponse aux grands défis du 21ème siècle ? A un niveau d’échelle plus proche du terrain, Vincent Tardieu et Théo Paul Haezebrouck confrontent leurs points de vue respectifs sur le rôle de la technologie et des données dans la décision des agriculteurs : sont-elles des facteurs d’autonomie réduite ou accrue?

 

Enfin, dans l’abondante production de livres sur le sujet, nous avons choisi de rendre compte du livre de Gilbert Grenier, pour l’exhaustivité de son approche des questions agricoles et, de façon complémentaire, de voir comment un groupe de parlementaires conduit par Cédric Villani, abordait le cas de l’agriculture dans un rapport consacré à l’intelligence artificielle.

 

 

Bonne lecture


 

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