Revue AE&S vol.8, n°1,5 juin 2018 : Agronomie et agriculture numérique

Témoignage de la CUMA de la Plaine de Faverges utilisant des technologies numériques


Yves François*

*Agriculteur, vice-président de l’Afa

Prochainement téléchargeable en pdf


Introduction

La CUMA de la Plaine de Faverges a été créée en juin 1991 par huit membres fondateurs, pour la majorité céréaliers. Dans ses décisions d’achat de matériel, la CUMA a immédiatement opté pour des outils intégrant les technologies du numérique, dont on trouvera ici quelques exemples pour diverses opérations culturales. Les membres de la CUMA s’étaient tous équipés de téléphones portables (très basiques à l’époque), ce qui a permis de peaufiner, de rendre efficace une organisation du travail et une gestion des imprévus.

Epandage du lisier


Dès sa constitution en 1991, la CUMA s’est dotée, sur une tonne à lisier, d’un ordinateur de gestion d’azote qui permettait, après avoir effectué une analyse du lisier, de pouvoir rentrer ces informations dans l’ordinateur et de pouvoir réaliser un épandage précis de ce fertilisant organique. Pour être encore plus performant, cette utilisation s’est appuyée sur des plans de fumure réalisés dans les exploitations par la Chambre d’Agriculture de l’Isère.

Figure 1 : Troisième et dernière tonne à lisier acquise par la CUMA, connectée au tracteur muni d’un GPS pour une précision optimum d’épandage – C’est un peu notre fil rouge depuis la création de la CUMA.

(Caractéristiques : 16000 litres avec ordinateur de gestion d’azote et rampe pendillards de 12 mètres. Tracteur de 170cv)

 

Traitements phytosanitaires

Le pulvérisateur (appareil de traitement phytosanitaire) est également équipé d’un ordinateur et d’un GPS (satellite) relié à une borne terrestre RTK ; cela permet une très grande précision d’épandage en litres/hectares. Comme il est aussi doté de coupures de tronçons instantanés, il est impossible d’épandre chez le voisin, ni de faire des doublons sur la parcelle traitée. Nous l’avons également équipé d’une station météo embarquée qui nous donne la température, l’hygrométrie et la vitesse du vent pour être informé en temps réel des conditions météo.                          

Nous avons la possibilité sur cet appareil, comme sur tous ceux qui sont pourvus de GPS, de retrouver les travaux effectués pour chaque exploitation qui possède un espace dédié                                                                      dans l’ordinateur de chaque tracteur (nous en avons 7). Nous n’avons pas encore de carnet de culture électronique, mais il serait tout à fait possible de transmettre l’ensemble des données enregistrées par l’ordinateur des tracteurs sur ce dernier.

Figure 2 : Pulvérisateur équipé de GPS et station météo embarquée.

 

Travail du sol

L’utilisation des GPS s’applique à toutes sortes de travaux, que ce soit pour l’épandage du lisier, le travail du sol (stripTill), la préparation des semis, les semis. Pour le stripTill - qui est un travail du sol en bandes de 20 cm qui remplace le labour - cet équipement est indispensable quand on vient semer ensuite avec un semoir en ligne (type semoir à maïs). Cela permet de se positionner de façon très précise sur le passage du stripTill enregistré par le GPS.

Pour les travaux classiques comme le hersage ou le passage du vibroculteur, qui sont des outils larges (6 m), la précision du GPS/RTK est de l’ordre de 3 cm, ce qui optimise le débit de chantier et évite tout manque par écart du volant, puisque ce dernier est asservi et auto guidé par le GPS. Au début de leur utilisation, le plus dur était de s’abstenir de toucher le volant, ce qui avait pour effet de remettre le système en manuel.

Le semis

Etant multiplicateurs de semences, nous avons besoin d’avoir des semis d’une grande précision et d’éviter le moindre manque. Le réglage et le suivi de la densité en direct, mais aussi les manques, sont suivis sur un écran depuis la cabine du tracteur. C’est pour le semis de maïs semence que l’économie est immédiate et la plus visible. Auparavant, il était nécessaire de mettre deux tracteurs en batterie. Pour respecter les protocoles de semis décalés, il faut semer une planche sur deux. Cela implique d’avoir un tracteur qui sème et un autre qui suit avec un système de traceurs pour pouvoir sauter la planche. Avec le GPS, on peut sauter autant de planches que l’on veut, toujours avec la précision de 3 cm. On économise ainsi un chauffeur, un tracteur, le carburant qui va avec, etc.

La fertilisation

Nous avons aussi investi dans le système Farmstar pour l’épandage d’engrais (azote). Tout d’abord, nos parcelles sont photographiées par satellite, ce qui donne un état du développement de la biomasse. Le paramétrage du logiciel permet ensuite de déterminer un rendement à l’instant de la photo. Des conseils sont ensuite donnés par un technicien de la Coopérative Dauphinoise, avec laquelle nous avons passé un contrat sur cette activité. Le semoir à engrais est à la fois connecté au tracteur avec son GPS, et donc au logiciel qui permet lors du dernier épandage fractionné d’azote, de moduler la dose en intra parcellaire en dosant en fonction de la biomasse détectée et donc du rendement potentiel.

L’irrigation

Nous utilisons aussi le numérique pour l’irrigation. La Coopérative Dauphinoise a investi dans des sondes tensiométriques qui permettent de connaître en temps réel le taux d’hygrométrie des sols à différentes profondeurs. Ces sondes étant radio-connectées, nous pouvons les consulter autant que de besoin sur nos smartphone pour déclencher l’irrigation, moduler la pluviométrie ou l’arrêter.

Organisation du travail

Nous avons aussi tenté l’expérience de l’outil « My CUMA planning » développé par la FNCUMA. Ce logiciel permet de retenir en ligne le matériel que l’on souhaite utiliser, tout en tenant compte des réservations déjà effectuées par d’autres. Pour que les choses se passent bien, il faut un responsable qui a la main pour valider chaque réservation. Il est possible de transférer les données saisies et validées (temps d’utilisation, consommation, hectares travaillés) directement sur la comptabilité « CUMA net », logiciel de comptabilité-gestion développé, lui aussi, par la FNCUMA. La possibilité supplémentaire est de s’équiper avec le système « KARNOT », un boitier embarqué sur chaque outil, qui géolocalise l’outil et enregistre automatiquement les hectares et les heures travaillées. Là, Big Brother n’est plus très loin…

Conclusion

Toutes ces applications citées ne sont que des outils pour augmenter les débits de chantiers, être plus précis et faire des économies. Il est utile de continuer à les développer en veillant à garder une maitrise de nos données. Je ne crois cependant pas que l’avenir de l’agriculture passera uniquement par ce créneau. Je pense qu’il faut en même temps, et de façon très urgente, investir massivement dans la connaissance du sol vivant et de la microbiologie des sols.

Autrement dit, ces techniques doivent être au service de l’Agronomie, qui doit redevenir la base fondamentale de notre Agriculture.


 

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