Revue AE&S vol.8, n°2,20 décembre 2018 : Agronomie et design territorial

Des expériences de recherche dans une dynamique de design territorial

Concevoir des systèmes culture-élevage à l’échelle des territoires : une méthode adaptative et participative

 

 

Marc Moraine ?1, Michel Duru2, Olivier Therond3

 

1UMR Innovation, INRA, CIRAD, Montpellier Supagro, 2 Place Pierre Viala, 34060 Montpellier

2 UMR 1248 AGIR, 24 chemin de Borde Rouge, BP52627 31326 Castanet Tolosan

 3UMR 1132 LAE, 28 rue Herrlisheim BP 20507, 68021 Colmar

± Auteur correspondant : marc.moraine@inra.fr


Résumé

Prendre en charge les problématiques environnementales qui s’expriment au niveau du paysage et gérer durablement les ressources naturelles implique d’aborder la conception de systèmes techniques agricoles à l’échelle territoriale. Cet article propose une revue des enjeux liés à la conception de systèmes culture-élevage au niveau du territoire en réponse à la spécialisation des exploitations.

Une méthode de conception participative est proposée, dans laquelle le dispositif de conception est construit autour des enjeux du territoire et des objectifs des acteurs partenaires. Cette méthode vise à répondre aux trois défis de l’intégration culture – élevage : manipuler différentes échelles emboitées, faciliter les coordinations entre acteurs, et décider en situation d’incertitude et d’incomplétude des connaissances. Elle se structure en six étapes de contextualisation, problématisation, diagnostic, conception, évaluation et mise en discussion de scénarios d’intégration culture – élevage.

Deux études de cas, différentes en termes d’échelles et d’objectifs, illustrent la mise en œuvre de cette méthode. L’analyse transversale de ces études de cas montre le caractère générique de la démarche et les adaptations nécessaires. Enfin, nous discutons les implications des choix méthodologiques sur la nature et les performances des systèmes conçus. Cette méthode propose un champ d’exploration singulier dans le design territorial, qui reste limité notamment aux aspects techniques des systèmes de production, plus ou moins spatialisés, mais sans prise en charge des aspects paysagers et des divers écosystèmes dans lesquels ils s’intègrent.

 

Mots-clés : intégration culture – élevage ; agronomie des territoires ; conception participative ; bassin versant ; Occitanie.


Abstract

Design of integrated crop-livestock systems at territory level: an adaptative method focusing on stakeholders’ participation

 

To better deal with the environmental issues that occur at the landscape level and promote the sustainable management of natural resources, many agronomists suggest to design technical systems at the territory level, focusing on complementarity between production systems and spatial organization of land use and practices. This article proposes a review of methodological issues related to the design of systems integrating crop and livestock systems at the territory level, as an alternative to farm and regional specialization.

A participatory design method is proposed on the basis of the existing literature on territory design, in which (i) the design apparatus is built around the issues of the territory, the objectives of the partner actors; (ii) the designed object evolves and becomes more precise during the interactions with the actors, without any initial prejudice.

This method is implemented in two case studies of crop - livestock integration scenario design in South-West France, different in scale and objectives. The transversal analysis of these case studies shows the generic nature of the approach and the necessary adaptations. Finally, we discuss the implications of the methodological choices on the nature and performances of the designed systems, and the consequent changes in the role of the agronomist in the design process.

 

Keywords: Crop-Livestock integration; Landscape agronomy; Participatory design; watershed; South-Western France.


Introduction

 

Les enjeux de durabilité en agriculture nécessitent des évolutions rapides et profondes des manières de produire, pour limiter conjointement l’érosion de la biodiversité, la dégradation des ressources en eau et le réchauffement climatique (Steffen et al., 2015). Pour tenter de répondre à ces défis, les agronomes doivent opérer une « réconciliation des sciences agronomiques, sociales et écologiques », en renouvelant les échelles, objets et postures de recherche (Chevassus-au-Louis, 2006). L’agronomie des territoires s’intéresse à l’interaction entre ressources naturelles, pratiques agricoles et fonctionnement des écosystèmes (Benoit et al., 2012). C’est dans ce champ de recherche que s’inscrivent les travaux sur le développement de l’Intégration Culture-Élevage à l’échelle Territoire (ICET), en lien fort avec les recherches sur l’agroécologie (Martin et al., 2016). Cette approche, qui vise à développer les interactions entre exploitations spécialisées d’une part en culture et d’autre part en élevage, propose une alternative au maintien d’exploitations de polyculture-élevage à petite échelle, en fort déclin, tout en permettant de bénéficier des performances agronomiques des systèmes diversifiés et d’opportunités pour gérer les ressources naturelles à l’échelle du territoire et initier des actions collectives (Lemaire et al., 2014). En matière de conception de nouveaux systèmes, l’ICET soulève de nombreuses questions méthodologiques tant sur l’objet en soi, les objectifs visés que sur les enjeux opérationnels d’accompagnement des porteurs de démarches (Moraine et al. 2017 ; Asai et al. 2018).

Cet article propose, dans une première partie, une revue des enjeux méthodologiques liés à l’ICET, pour définir les étapes d’une méthodologie adaptée. Nous montrons que la conception de systèmes ICET mobilise des échelles spatiales larges : interactions entre exploitations plus ou moins distantes, reconfiguration de l’usage des terres agricoles, gestion de ressources naturelles territorialisées, etc. En cela elle se rapproche des approches de design territorial, dans lesquelles les éléments de paysage et les activités sont envisagés comme un tout à configurer de manière harmonieuse pour répondre à des problématiques situées. Dans une seconde partie, nous déclinons cette méthodologie dans deux études de cas qui illustrent des échelles et objets spécifiques, qui illustrent le caractère adaptable de la méthode de conception d’ICET. Enfin, nous discutons les limites, les proximités et les divergences entre notre méthode et les approches de design territorial.

 

Concevoir les complémentarités culture – élevage à l’échelle territoire, un enjeu de design territorial

 

Trois défis méthodologiques majeurs pour l’ICET

Les défis méthodologiques soulevés par l’ICET recoupent en grande partie la littérature sur la gestion concertée des ressources naturelles : manipuler différentes échelles emboitées, faciliter les coordinations entre acteurs ayant des points de vue et des objectifs différents et décider en situation d’incertitude et d’incomplétude des connaissances.

Wildt-Liesveld et al. (2015) affirment que les transitions vers des systèmes plus durables sont difficiles à mettre en oeuvre puisqu’elles impliquent des systèmes complexes, plus ou moins structurés et des processus dynamiques. Dans le cadre de l’ICET, cela est particulièrement aigu puisqu’il s’agit de reconfigurer des systèmes agricoles existants en vue d’intégrer de nouveaux objectifs (bouclage des cycles des nutriments, gestion des ressources naturelles) sans dégrader significativement les performances techniques des systèmes de production (niveaux de production), en conservant voire en améliorant les performances économiques (Lemaire et al., 2014). Cela passe par le renforcement des interactions temporelles et spatiales entre culture et élevage intra- et inter-exploitation, en vue de boucler les cycles des nutriments, fournir des services écosystémiques (en premier lieu régulation biologique et fertilité des sols) et adapter l’organisation socio-économique (formes d’échange, filières). Ces interactions recquièrent des coordinations efficaces entre acteurs ayant potentiellement des objectifs différents. Elles nécessitent notamment de réaliser des compromis entre objectifs individuels et collectifs (Martin et al., 2016).

L’enjeu premier est donc de mettre en lumière les entités techniques (systèmes de culture et systèmes d’élevage dans leur diversité) et socioéconomiques (groupes professionnels, filières, gestionnaires d’espaces et de ressources du territoire) concernées. Comme présenté par Martin et al. (2016), notre approche consiste plus à spécifier le problème et informer son appréhension par les collectifs concernés qu’à chercher à résoudre un problème existant. La conception d’ICET peut donc être caractérisée par : (i) un objet complexe organisé à différents niveaux de décision et de gestion (parcelle / exploitation / territoire); (ii) un problème construit chemin faisant, qui soulève d’autres questions en cours de résolution et qui aboutit généralement à la recherche d’un compromis. Ces deux caractéristiques l’inscrivent pleinement dans une approche de conception ou design (Falzon, 2005).

En placant la conception à l’échelle supra-exploitation, l’ICET permet de prendre en compte des enjeux de gestion de ressources naturelles, comme la distribution spatiale de l’eau (Murgue et al. 2015) ou la conservation de la biodiversité (Berthet et al., 2012). La définition du problème chemin faisant peut permettre d’introduire dans les objectifs de conception des enjeux liés indirectement aux interactions culture – élevage, comme la protection d’espèces naturelles liées à des habitats particuliers, soit par l’élargissement des questions des acteurs, soit par l’introduction dans le dispositif d’acteurs non agricoles, comme dans les démarches de modélisation d’accompagnement spécialisées dans la gestion de ressources naturelles (Etienne, 2012).

Enfin, la coordination des acteurs autour des pratiques d’intégration culture – élevage est un volet essentiel des dispositifs de conception d’ICET. Cela nécessite des apprentissages mutuels et l’élaboration de compromis, qui s’inscrivent dans la durée, ce qui est possible dans les méthodes de conception engageant un changement dynamique et adaptatif (Berthet et al., 2012). En effet, les méthodes de conception comme celles issues de la théorie Concept – Knowledge ou relevant de dispositifs de concertation (Lardon et al., 2010 ; Pahl Wostl et Hare, 2004) mobilisent des phases d’échanges entre acteurs à différents stades du processus : pour la construction d’une question commune, d’options de changement, de critères d’évaluation et enfin pour la discussion des résultats. Cette dernière phase est particulièrement importante pour donner à voir les compromis entre performances qui s’expriment souvent entre les différents niveaux, par exemple entre exploitations et groupes d’exploitations. Ces phases d’échanges peuvent servir à confronter des points de vue différents, à faire connaitre aux différentes parties prenantes les objectifs et valeurs de chacun (Wildt-Liesveld et al. 2015). Dans certains cas, elles permettent la prise de conscience d’interdépendances (Mathevet et al., 2011), ou dans un autre registre révéler des asymétries fortes de pouvoir entre acteurs propres à freiner le développement d’une action collective (Barnaud, 2013).

Le design territorial peut être appréhendé comme une démarche visant en premier lieu à faire coïncider les activités du territoire avec les ressources disponibles, puis à articuler les activités entre elles pour valoriser leurs complémentarités. Il croise donc des objets techniques, écologiques et socioéconomiques autour d’enjeux de conception à des échelles emboitées. Ces croisements nécessitent d’articuler des points de vue d’acteurs différents, et impliquent des compromis et prises de décision en situation d’incertitude : sur les processus écologiques et notamment les interactions et rétroactions au sein des écosystèmes, sur l’état des ressources, etc. En cela, l’ICET peut être considérée comme une composante du design territorial, qui emprunte largement aux méthodes de gestion des ressources naturelles et de conception innovante.

 

Une proposition méthodologique en 6 étapes structurantes

Dans les démarches existantes de conception participative à l’échelle du territoire, des cycles d’interaction peuvent être mis en évidence, alternant partage d’informations en collectif et travail des chercheurs en laboratoire pour analyser et retranscrire les informations échangées. Ces démarches présentent une forte dimension itérative et invitent à réinterroger en cours de processus les questions initiales, les objectifs à atteindre et les propositions explorées.

De manière générique, nous proposons six grandes phases pour structurer le processus de conception (Figure 1) :

Figure 1. Phases du processus de conception et éléments de connaissance du système ICET. 

Figure 1. Phases of the design process and knowkedge development on Crop-Livestock Territorial System.

 

A – La phase de contextualisation consiste pour les chercheurs à rassembler des éléments de connaissances indispensables au processus, à réaliser un premier ciblage de l'espace géographique et des acteurs clés à impliquer dans le processus, autrement dit des contours du système socio-écologique concerné. Dans notre cas, il s’agit d’identifier les zones concernées par l’ICET, les enjeux de durabilité locaux et les acteurs de l’agriculture et de l’environnement sur le territoire.  

B – La phase de problématisation consiste à travailler avec les acteurs de terrain à la définition des problèmes à traiter, des objectifs à atteindre. La diversité des acteurs impliqués influence fortement le choix de ces objectifs, et doit donc être raisonnée pour couvrir différents domaines des enjeux de durabilité, du local comme la préservation d’espèces patrimoniales ou le maintien d’une activité sur le territoire, au global comme la lutte contre le changement climatique. Le collectif d’acteurs impliqués dans la conception doit cependant partager un socle commun d’objectifs, voire de valeurs (Lang et al., 2012) ou au moins s’accorder sur une pluralité d’objectifs à atteindre, avec des priorités pouvant être différentes selon les acteurs. Les chercheurs sont également impliqués dans la définition de ces enjeux, et jouent un rôle dans l’élaboration de la question à traiter (Barcellini et al., 2015). Problématiser nécessite de détailler la « scène » de conception : quels acteurs sont concernés ? Quels objets doivent être pris en compte (Lang et al., 2012) ? Par exemple, Benett et al. (2015) identifient trois grandes questions pour améliorer la gestion des services écosystémiques dans un espace donné : d’où viennent les services ? A qui bénéficient-ils ? Comment organiser la gouvernance autour de ces services ?

Dans le cas de l’ICET, la problématisation revient souvent à se demander comment organiser au mieux l’autonomie en intrants à l’échelle du territoire, en favorisant la diversité de l’usage des sols et des pratiques.

C – La phase de diagnostic des systèmes en place consiste à élaborer une analyse précise de la situation actuelle en lien avec la thématique, en vue notamment de caractériser finement la situation initiale. Elle s’opère par la collecte d’informations par le chercheur.

D – La phase de conception des options de changement consiste à explorer avec les acteurs ad hoc des nouvelles pratiques et formes d’organisation. C’est une phase de réflexion structurée qui peut prendre différentes formes et mobiliser des outils pour faciliter la réflexion à différentes échelles. Le rôle de facilitateur est particulièrement important, pour intégrer les idées et cadrer la réflexion (Etienne, 2012). Un premier cycle d’évaluation des idées émises via l’expertise collective « à chaud » permet de sélectionner les idées les plus prometteuses. L’articulation de différentes options de changement, leur spécification en termes de périmètre spatial, de degrés ou de temporalité de changement de pratiques, permettent d’élaborer un scénario de changement cohérent et de donner à voir une ou plusieurs images de futurs du territoire.

E – L’évaluation du ou des scénarios retenus consiste à simuler les effets des changements imaginés et des nouveaux systèmes conçus sur les critères de performance de durabilité construits lors de la phase de problématisation. Pour cela, il peut être nécessaire d’émettre des hypothèses sur le fonctionnement des systèmes, les conditions de mise en œuvre, etc., pour chaque point incertain. Ces hypothèses pourront être discutées, ajustées, pour construire des références au sein du collectif.

F – La phase de discussion des résultats et d’élaboration d’un plan d’action consiste en une mise à l’épreuve du scénario conçu. Le scénario peut alors évoluer et être réorienté. Cette phase permet de tester la capacité de mobilisation du scénario, d’identifier des acteurs relais potentiellement impliqués dans la mise en œuvre du scénario. Elle peut donner lieu à l’identification de phases de transition, d’effets de seuil pour passer d’un état du système à un autre jugé plus souhaitable.

En résumé, la démarche de conception vise à articuler la diversité des enjeux à prendre en compte, qui dépend des acteurs impliqués, et la mobilisation d’expertise locale ou générique. Selon les objectifs fixés, l’échelle de conception peut varier, et les outils pour appuyer la démarche doivent être adaptés (Fig. 2). Par exemple, un Système d’Information Géographique sera plus adapté pour la gestion de problématiques à l’échelle paysage avec une dimension spatiale continue.

Dans la conception d’ICET, la notion de « territoire » varie en termes de périmètre, de continuité / discontinuité du territoire, en fonction des objectifs des acteurs et des enjeux considérés.

Figure 2: Cadre méthodologique du dispositif de conception. 

Figure 2: Methodological framework of the design process.

 

Mise en œuvre de la méthode dans deux études de cas contrastées

 

Présentation des études de cas et déclinaison de la méthode

Les deux études de cas présentées ci-après s’inscrivent dans le bassin versant de l’Aveyron, caractérisé par la concentration de surfaces en prairies temporaires et permanentes sur les parties amont et médiane du bassin, dominées par l’élevage de ruminants, tandis que l’aval est dominé par des surfaces de grande culture : maïs, céréales et tournesol, mais également des systèmes d’arboriculture. Cette juxtaposition, au sein du bassin, d’une zone spécialisée en élevage et d’une zone dominée par les grandes cultures est représentative de nombreuses situations plaine / coteaux.

L’aval du bassin est fortement spécialisé en grande culture, avec une prédominance de la monoculture de maïs irrigué sur les sols alluviaux et des rotations céréalières courtes (tournesol / blé) sur les coteaux argilo-calcaires. Ces systèmes de culture sont conduits de manière intensive avec un recours important aux engrais et pesticides et des prélèvements importants en eau. Des problèmes d’érosion des sols sont identifiés par les techniciens de la zone, ainsi qu’un déclin global de la fertilité des sols. Ces systèmes de production présentent de fortes rentabilités à court terme, notamment dans les zones dédiées à la production de semences de maïs. La coopérative locale est très impliquée dans l’amélioration de la durabilité des systèmes de production, notamment au niveau de la gestion de la fertilité des sols mais aussi de l’impact sur les ressources en eau (pilotage d’une MAE réduction de phytosanitaires et d’un groupe Ecophyto). Elle encourage des stratégies de diversification des assolements et a développé une collaboration avec la coopérative d’élevage de l’amont pour l’approvisionnement local en céréales. La tendance actuelle reste toutefois l’agrandissement des exploitations et la simplification des paysages, les ateliers d’élevage sont abandonnés et les prairies mises en culture. 

Le réseau d’agriculteurs bio de la zone aval rassemble des producteurs présentant des systèmes très diversifiés, dont beaucoup de polyculteurs – éleveurs ayant souhaité maintenir de petites structures et qui se sont convertis à l’AB pour améliorer la valorisation des productions. Une dynamique d’installation de jeunes hors cadre familial est aussi observée, dans des systèmes parfois très simplifiés, notamment en élevage de volailles bio. Les systèmes en AB sont caractérisés par une recherche de pratiques innovantes, dans des réseaux d’échanges de pratiques spécialisés par type de production. L’isolement peut être une difficulté rencontrée par ces agriculteurs lorsqu’ils sont peu intégrés dans le tissu professionnel local. Les principaux enjeux sont donc le renforcement des échanges techniques et sociaux et de la viabilité économique des exploitations, souvent orientées vers les circuits courts de commercialisation et sensibles aux fluctuations des prix de l’approvisionnement (aliments dans les systèmes d’élevage, fertilisants dans les systèmes de grande culture).

Le premier cas d’étude, nommé „filière territorialisée”, aborde l’intégration culture – élevage à grande échelle, entre les systèmes spécialisés de l’amont et l’aval, autour des coopératives intéressées pour collaborer et créer de nouvelles filières plus locales. La démarche de conception vise à reconnecter des petites régions spécialisées au sein du territoire du bassin de l’Aveyron. Les enjeux environnementaux les plus structurants sont la gestion de l’eau, la réduction des intrants et la fertilité des sols. Les objectifs des acteurs partenaires sont le maintien de systèmes de production à forte valeur ajoutée, la réduction de l’utilisation des intrants et le dynamisme des filières locales.

Le second, nommé „Collectif bio”, s’intéresse à un groupe de l’association des agriculteurs bio du Tarn-et-Garonne, rassemblant des céréaliers et des éleveurs volontaires pour échanger des produits en direct. L’échelle de conception est celle d’un collectif d’exploitations, disséminées sur le territoire. Les enjeux pris en charge sont relatifs au maintien de systèmes en agriculture biologique notamment en élevage, l’installation de nouveaux agriculteurs en AB, le développement de circuits courts. Les objectifs spécifiques à ces partenaires sont la gestion agronomique des systèmes de production sans intrants chimiques, la réduction des coûts d’approvisionnement pour les éleveurs, et le développement d’un réseau social plus actif autour de l’agriculture biologique.

Ces deux cas d’étude présentent des caractéristiques bien contrastées (Tableau 1) qui nécessitent un dispositif de conception adapté.

Considérant les caractéristiques des études de cas, nous avons adapté la mise en œuvre des étapes de notre méthodologie, en termes d’échelle de conception, d’enjeux et de type d’outils mobilisés (Tableau 2).

 

Filière territorialisée

Collectif bio

Echelle de conception

Sub-régionale
Continue

Locale
Discontinue

Enjeux du territoire

Eau (quantité – qualité)
Fertilité des sols

Eau (quantité – qualité)
Fertilité des sols
Maintien de l’élevage
Développement de l’agriculture Bio
Circuits courts de proximité

Objectifs des acteurs porteurs

Dynamique des filières
Durabilité des systèmes de production

Réseau social entre agriculteurs
Gestion de la fertilité des sols et des bioagresseurs en AB
Réduction des coûts d’approvisionnement et sécurisation

 

Tableau 1: Caractéristiques des études de cas structurant le dispositif de conception.

Table 1: Main characteristics of case studies structuring the design process.

 

 

 

Filière territorialisée

Collectif bio

Etape A Contexte

Entretiens auprès de 3 experts, zonage à dires d’acteurs

Entretiens auprès de 2 animateurs de l’association et participation à une réunion collective

Etape B Problématisation

1 atelier collectif

2 ateliers collectifs

Etape C Diagnostic

Bases de données systèmes d’élevage
SIG
Typologie des fermes de la zone aval
Validation des données par des experts

Questionnaire productions par mail
Enquêtes individuelles sur les fermes

Etape D Conception

1 atelier collectif

1 réunion petit groupe + 1 atelier

Etape E Evaluation

SIG
Modélisation des systèmes

Projection des scénarios sur chaque système individuellement

Etape F
Mise en discussion

Etude de faisabilité  / coûts d’investissements usine et transports

Ajustement des scénarios, configuration en petits groupes et plans d’action pour les premiers échanges

 

Tableau 2: Adaptation de la méthode dans chaque étude de cas.

Table 2: Adaptation of the methodology in the two case studies.

 

Scénarios ICET imaginés

Nous présentons ici le scénario produit à partir de l’étape D de la méthode, en particulier les aspects qui concernent l’utilisation de l’espace et les pratiques agricoles, sans présenter les dimensions organisationnelles d’agencement logistique et marchand des échanges ni les dynamiques sociales autour de l’échange de connaissances, qui structurent néanmoins les démarches et résultats de conception. Ce choix vise à mettre en lumière les éléments d’utilisation et d’organisation de l’espace, les connexions entre activités qui sont visées à travers l’ICET, et qui font écho à l’approche de design territorial.  

 

Un territoire "avec luzerne”, plus diversifié, moins exigeant en eau

Dans l’étude Filière territorialisée, la principale option envisagée est d’introduire de la luzerne dans les rotations culturales, en alternative à la monoculture du maïs en zone irriguée et dans les rotations de céréales (majoritairement tournesol - blé) conduites en sec. En respectant les conditions de sols, de structure d’exploitation et de pratiques culturales discutées en atelier avec les agriculteurs Tarn-et-Garonnais, un plafond de 10 ha de luzerne par exploitation a été retenu, distribués selon une répartition spatiale visant prioritairement les terrasses de l’Aveyron, puis les coteaux (Moraine et al. 2016a).

L’évaluation de ce scénario (étape E) a montré que la demande en eau d’irrigation serait fortement restreinte puisque la luzerne serait irriguée seulement secondairement et servirait donc de «tampon» les années sèches, ce qui permettrait de sécuriser l’irrigation de la sole réduite de maïs. Ainsi, plus d’un million de mètres cubes d’eau seraient économisés chaque année dans les conditions imaginées de mise en place de la luzerne. De même, des économies significatives d’intrants azote et pesticides pourraient être réalisées, la luzerne permettant de limiter la fertilisation azotée sur les cultures suivantes et, potentiellement, de réguler les adventices et ravageurs des cultures annuelles concernées. En termes d’infrastructures, l’investissement dans un séchoir et une unité de granulation qui seraient localisés au centre de la zone, en périphérie de Montauban, a été envisagé.

 

Un maillage d’échanges de cultures et de matières dans une mosaïque territoriale dessinée par le collectif bio

Dans l’étude collectif bio, trois pistes d’échanges se dégagent (Moraine et al. 2016b).

• l’échange de luzerne : malgré ses avantages agronomiques, les céréaliers sont réticents à l’implantation de luzerne par manque de débouché stable. De leur côté, les éleveurs de ruminants voient la luzerne comme une source de protéines locales, qui permet de réduire la part de concentrés distribués. D’autres avantages (coloration et qualité de la viande, meilleure fromageabilité du lait) font de la luzerne un bon levier pour l’autonomie.

• l’échange de méteil : des déclinaisons d’associations céréales – légumineuses ont été envisagées, variables selon les parcelles et les objectifs des céréaliers (étouffer les adventices avec un mélange couvrant, enrichir le sol en azote avec un mélange propice au développement des légumineuses, etc.). Pour les éleveurs, récolté en grain, ensilé ou enrubanné, le méteil est un bon aliment protéique et énergétique. 

• l’échange de matière organique : les éleveurs sont peu enclins à céder le fumier, qui garantit le renouvellement de la fertilité de leurs prairies et parcelles en culture. Cependant, dans une logique „donnant-donnant”, certains éleveurs ont accepté de céder une partie de leur fumier. Ceci a impliqué de définir, chez les céréaliers, des parcelles et cultures prioritaires pour recevoir ces matières fertilisantes.

Une fois la nature des produits à échanger déterminée, un travail a été mené pour définir les liens entre producteurs, en fonction des proximités géographiques et de la complémentarité offre / demande. Le travail de conception n’a pas été jusqu’à proposer des réorientations de l’usage des espaces suite à la mise en place des échanges. En effet, si des systèmes de culture alternatifs étaient définis pour les céréaliers, de même que les rations pour les éleveurs, la possibilité pour les éleveurs de reconvertir des parcelles en fourrages, en prairies pâturées ou fauchées n’a pas été travaillée.

Le scénario du collectif bio a donc permis de construire un scénario de „maillage territorial” d’agriculteurs bio mettant en place des systèmes très diversifiés, mais cette mosaïque ne couvre qu’une petite partie du territoire et ne permet pas d’assurer une continuité entre les espaces.

 

Intérêts et limites de la mobilisation du design territorial

 

Les grands principes du « landscape design » identifiés par Sayer et al. (2012) sont la prise en compte explicite des dynamiques d’apprentissage, des enjeux des différents acteurs, et la mise en œuvre d’un processus transparent de discussion des changements visés. Dans notre démarche de conception de systèmes ICET, nous avons focalisé sur les deux derniers principes (pluralité des enjeux, transparence du processus), car le suivi et l’évaluation des dynamiques d’apprentissage nécessite une méthodologie spécifique que nous n’avons pas pu mobiliser.

Les modalités techniques, organisationnelles et de gouvernance ont été réfléchies, constituant ainsi les supports d’une dynamique collective dans le territoire. Cependant, plusieurs limites à notre approche peuvent être identifiées, qui pourraient être renforcées en s’inspirant d’outils mobilisés en design territorial.

 

Elargir les collectifs de travail aux acteurs de l’aménagement du territoire

Il a été envisagé, pour renforcer la dynamique autour des scénarios d’ICET, d’intégrer à la démarche des acteurs de l’aménagement local, consultés pour la problématisation des enjeux du territoire mais non mobilisés par la suite. Ces acteurs auraient pu porter d’autres objectifs complémentaires, comme la possibilité d’approvisionner des cantines en produits locaux, ou la protection de certaines zones à enjeu biodiversité avec des mesures particulières, et ainsi renforcer les enjeux liés aux scénarios. Le travail étant mené dans le cadre d’une thèse en agronomie (Moraine, 2015), la priorité a été donnée à la construction et l’évaluation des systèmes techniques.

Ainsi, les dimensions spatiales, voire paysagères, du design territorial n’ont pas été prioritaires dans la démarche, mais ce travail ouvre des perspectives dans ce sens : comment favoriser au mieux la biodiversité à travers les changements de pratiques ? Comment la luzerne implantée dans la « filière territorialisée » s’intègre-t-elle dans le paysage ? Peut-on construire, sur la base de ces scénarios, des mosaïques paysagères assurant les continuités écologiques souhaitées dans le paysage des exploitations agricoles ?

 

Conception dans l’action, design territorial chemin faisant

Cerf et Thiery (2009) rappellent que les dispositifs de conception participative sont éprouvés lors de la mise en œuvre concrète des options imaginées. Le design territorial s’inscrit dans cette logique par le principe « d’apprendre en faisant ».

Dans notre étude, l’engagement auprès des acteurs s’arrêtait à la production d’un scénario d’ICET et des résultats d’évaluation. Il s’agissait de fournir un accompagnement méthodologique pour tracer la voie sur la base des préférences exprimées par les partenaires de terrain. L’intérêt des acteurs partenaires dans les dispositifs Filière territorialisée et Collectif bio a été vif jusqu’à la fin du dispositif, ce qui témoigne d’une certaine pertinence de la démarche. Cependant à ce jour il semble peu probable que les scénarios soient, en l’état, mis en pratique un jour.

Pour l’étude Filière territorialisée, une étude de dimensionnement économique d’une unité de déshydratation de luzerne a été lancée. Cependant les coûts ont été jugés trop importants pour la coopérative portant le projet. Pour l’étude Collectif bio, des échanges devaient être initiés entre les agriculteurs sur la base du scénario construit, qui a été prolongé par une déclinaison locale dans un groupe plus restreint (Ryschawy et al., 2017). Des problèmes logistiques, de suivi des commandes passées, et d’animation du groupe ont entrainé un arrêt du projet d’échanges céréaliers-éleveurs, restreint à quelques échanges entre agriculteurs proches (Moraine et al., 2017). Ces coûts de transaction à la mise en oeuvre sont caractérisés par  Asai et al. (2018). Dans leur analyse, le travail réalisé pour concevoir des systèmes ICET correspond aux phases de collecte d’information et de décision collective. La phase d’opérationnalisation et la phase de suivi ne sont pas réalisées, l’accompagnement par la recherche et la temporalité d’un travail de thèse ne l’ayant pas rendu possible. A nouveau, la mise en oeuvre d’outils d’accompagnement provenant du design territorial pourrait compléter, dans un projet de ce type, l’accompagnement dans l’action pour concrétiser les scénarios conçus.

Dans les dispositifs de terrain, la phase d’évaluation a pris des formes différentes selon le type de scénario évalué et l’échelle de travail. Dans les dispositifs Filière territorialisée et Collectif bio, la volonté de prendre en compte les objectifs des acteurs a amené à spécifier les critères de la grille. Certains de ces critères sont convergents entre les deux dispositifs : les performances techniques (intrants, rendements), l’impact sur le travail et la rentabilité des systèmes, la durabilité agronomique des systèmes de production (érosion, fertilité).

Les autres critères diffèrent significativement et traduisent, selon le dispositif, des manières différentes d’aborder les enjeux et le « projet sociotechnique » sous-jacent.

Dans le dispositif Filière territorialisée, les enjeux prioritaires sont la gestion de l’eau, en volume et qualité, et le dynamisme des filières : le scénario doit garantir le niveau global de production de denrées agricoles et créer de nouvelles filières issues de la diversification des cultures. Les enjeux de filière sont donc d’emblée intégrés dans le scénario, la filière étant perçue comme un levier organisationnel au changement de pratiques et une ressource économique pour le territoire.

Dans le dispositif Collectif bio, l’enjeu principal est le développement de filières courtes de commercialisation, qui participe à la viabilité des exploitations, et in fine au maintien de systèmes de production correspondant aux attentes de la société en termes de paysage, de bien-être animal, de qualité des produits. Les enjeux environnementaux, sociaux et économiques sont donc synthétisés dans un projet qui s’adresse plus aux consommateurs et aux collectivités locales qu’aux filières.

La grille d’évaluation multicritère déclinée dans les différents dispositifs constitue donc un support d’articulation des points de vue et connaissances de chercheurs et d’acteurs locaux. Elle permet d’estimer la capacité des scénarios à répondre aux objectifs du groupe, et donne en creux une image des défauts des systèmes actuels.

L’analyse des différentes priorités exprimées par les acteurs des dispositifs de terrain met aussi en évidence des lignes de controverse possibles entre groupes d’acteurs portant des visions différentes des enjeux de durabilité à l’échelle du territoire et des modèles agricoles à développer pour y faire face.

 

Conclusion

 

La conception de scénarios d’ICET implique pour les agronomes la prise en compte conjointe de l’utilisation de l’espace, des pratiques techniques et des flux de produits entre systèmes de production. La place du territoire est centrale, pour imaginer les complémentarités, les options d’organisation collective et inscrire l’ICET dans un projet de territoire. Des limites importantes ont été rencontrées pour mettre en œuvre une approche relevant du design territorial : la difficulté à intégrer les aspects paysagers et d’organisation des espaces autour de continuités entre structures écologiques, la difficulté à intégrer des acteurs de l’aménagement territorial dans la démarche et à aborder le territoire de manière plus globale et pas seulement sous l’angle des systèmes techniques et organisationnels agricoles, la difficulté à tester concrètement les propositions d’ICET pour améliorer leur conception dans l’action. Des défis méthodologiques et thématiques demeurent donc pour prolonger notre approche et mieux croiser agronomie des interactions culture – élevage et design territorial.

 


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