Revue AE&S vol.8, n°2,23 décembre 2018 : Agronomie et design territorial

Quand les agronomes faisaient du design sans le savoir…

Le domaine du Pradel, un lieu de design territorial depuis Olivier de Serres

 

P. Prévost* et B. Vidal**

 

* Agreenium, Institut agronomique, vétérinaire et forestier de France

**Institut Olivier de Serres

 

Et avec la participation des étudiants de 3ème année option Agricultures et territoires promotion 2017-2018 de l’ENSAIA Nancy

 

Contact auteurs : philippe.prevost@agreenium.fr 


Introduction

 

L’Association française d’agronomie ayant choisi le thème « Agronomie et design territorial » pour la 9ème édition des Entretiens du Pradel, les organisateurs ont eu envie de faire vivre l’expérience d’un atelier pratique sur le domaine historique d’Olivier de Serres (situé au lieu-dit Le Pradel) et sur son territoire environnant, afin de confronter leur représentation de la notion de design territorial à ce qu’ils pouvaient ressentir en observant in situ la réalité agricole du domaine. Il leur a été donné la consigne de se projeter collectivement pour imaginer ce que pourrait être la ferme en 2030 et de proposer une illustration (dessin, objet, …, en évitant la carte). Auparavant, les 130 participants avaient eu un exposé du directeur de la ferme Olivier de Serres. Et en soirée, le président de l’Institut Olivier de Serres a proposé quelques pistes qui mettaient en lien la pensée et la pratique agricole d’Olivier de Serres et la notion de design territorial.

A partir de là, nous avons considéré qu’il était important de consigner ces différents moments dans un texte, qui montre, une fois encore, qu’Olivier de Serres, par son approche globale et une pensée complexe, associait toujours la science et l’expérience pour la mise en œuvre pragmatique d’innovations dans son domaine, sans pour autant avoir les concepts de l’agronome qui apparaîtront bien plus tard. Et ce domaine historique est encore aujourd’hui un bel exemple de l’adaptation permanente des systèmes agricoles à leur environnement sociétal.

Figure 1 : Le paysage du territoire du Pradel, une expression de la gestion agricole

 

 

Le Pradel à l’époque d’Olivier de Serres : une conception de l’organisation des activités dans l’espace

 

Dans son « Théâtre d’agriculture et Mesnage des champs », Olivier de Serres traite de tous les sujets qui caractérisent le fonctionnement d’un domaine agricole à l’époque de la Renaissance. Les huit chapitres de l’ouvrage (qu’ils nomment lieux) sont : Du devoir du ménager, du labourage des terres à grain, de la culture de la vigne, du bétail à quatre pieds, de la conduite du poulailler, des jardinages, de l’eau et du bois, de l’usage des aliments. Tout au long de l’ouvrage, il s’adresse à l’agriculteur responsable d’un domaine, qu’il nomme « le père de famille », avec la visée de le conseiller dans la conception de son activité agricole.

 

« …C'est donc mon but, de persuader au bon père-de famille de se plaire en sa terre, se contenter de ses naturelles facultés & n'en abhorrer ny en rejeter les incommodités avec tant de mépris & dédain, qu'il laisse à leur occasion de s'efforcer a la rendre avec le temps, par son industrie & continuelle diligence, ou plus fructueuse ou moins incommode…

Car a quel propos se fâcherait-il du lieu auquel il doit passer sa vie ?

Peut-il convertir les montagnes en plaines, & les plaines en montagnes ?

Le Ménager doit savoir ce qu'il a a faire, entendre l'ordre & la coustume des lieux ou il vit, & mettre la main a la besongne en la vraye saison de chaque labeur champestre ».

 

 

 

 

 

 

Figure 2 : Le frontispice de l’édition du « Théâtre d’agriculture et mesnage des champs »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans plusieurs parties de l’ouvrage, nous pouvons observer chez Olivier de Serres une permanence de la réflexion sur la conception des activités agricoles sur le domaine, en lien avec l’environnement local de l’époque, et attachant toujours une place importante aux savoirs d’expérience et à la dimension esthétique de l’action de l’agriculteur. Il serait abusif de parler ici de démarche de design territorial, mais nous pouvons considérer que certains attributs du design existaient déjà à l’époque d’Olivier de Serres. Nous pouvons particulièrement le mettre en exergue dans deux chapitres.

 

L’organisation spatiale du domaine

Olivier de Serres considère que la répartition des cultures dans l’espace doit prendre en compte la situation des parcelles et dans le chapitre « Du labourage des terres à grains », il écrit :

« Que le domaine soit posé en bon et salutaire air, en terroir plaisant et fécond, pourvu de douces et saines eaux, tout uni, et joint en une seule pièce, …

…prés de bons voisins, et non esloignés d'un grand et profitable chemin…

…Divisé en montaigne, coustau et plaine.

La montaigne, ayant en dos la bise, regardant le midi ; revêtue d'herbages pour la nourriture du bestail, et de bois de toutes sortes, pour le chauffage et bâtiment.

Le coustau, en semblable aspect, au dessous de la montaigne, pour, par elle estre en abri : en fonds propre à vignoble, jardin, verger, et semblables gentillesses.

La plaine, non trop plate, ainsi un peu pendante pour vider les eaux de la pluie ; large, de terroir gras et fertile, doux et facile à labourer : arrosée d'eau douce et fructifiante, venant de haut, pour estre départie par tous les endroits du domaine ; afin d'y accommoder des prairies, viviers, estangs, arbres aquatiques : la plaine départie en deux, l'une a ces usages-la, et l'autre a la culture de la terre-a-grain. Qu'en quelque endroit du domaine, y ait des carrières et pierrières, afin d'y tirer de la pierre pour bastir : de celle qui est bonne pour la chaux: et d'autre pour le plastre : aussi qu'il s'y trouve de la terre propre a faire des tuiles, pour les couvertures des logis ; a ce qu'on ne soit en peine d'aller chercher loin ces tant nécessaires matières ».

 

L’importance des jardins et de son organisation

Dans le chapitre « Des jardinages », Olivier de Serres va très loin dans ses propositions d’organisation et de conception des activités de jardinage.

« Ce sont les jardinages, qui fournissent à l'ornement utile de nostre mesnage, innumérables espèces de racines, d'herbes, de fleurs, de fruicts, avec beaucoup de merveille…

…Le jardinage se distingue en quatre espèces, à savoir, en potager, bouquetier, médicinal, fruictier…

…Tous lesquels jardins, contigus et unis ensemble, seront enfermés dans un clos, entre eux divisés par allées descouvertes ou couvertes en treillages, plats ou voutoyés, ou autrement, ainsi qu'on les voudra disposer…

Plus grand sera le seul jardin potager, que les bouquetier et médecinal ensemble, estant en cest endroit plus requis le profit, que la simple délectation. Son estendue ne se peut bonnement restraindre à certaine mesure, icelle ne procédant d'ailleurs, que du seul profit…

Le bouquetier se taillera aux revenus et plaisirs du seigneur, car puis qu'il est destiné pour le seul contentement, est raisonnable que ce Soient ces deux-là, qui y plantent les limites…

Le médecinal joindra d'un costé le bouquetier. Il sera petit, puis que peu d'estendue peut suffire à ce en quoi il est destiné…

Quant au fruictier ou verger en quelque part que Soiez assis, ne doubtés d'excéder, en grandeur : car trop ample ne pourroit-il estre (moyennant que les arbres se plaisent en vostre lieu) pour y loger abondance de toutes sortes d'arbres… »

 

Il attache une attention particulière au jardin médicinal, en particulier en proposant une organisation des plantes selon une disposition en montagnette, qui peut rappeler ce qui est aujourd’hui préconisé en permaculture :

Figure 3 : L’extrait du « Théâtre d’agriculture » avec la représentation de la « montagnette » destinées à la culture des plantes médicinales

 

« …Or pour dresser tel jardin ainsi qu'il appartient, afin de le rendre capable de recevoir et nourrir toutes sortes de plantes médecinales, domestiques et estrangères… il est nécessaire d'y faire grande despence…

 L'artifice en sera une montaignete relevée de terre portée, laquelle composée d'argile et de sablon, engraissée par fumiers, sera appropriée aux plantes qu'on y voudra loger, chacune selon son particulier naturel :

de mesme touchant le solage, puis que le relèvement de la montaignete fournit les quatre aspects du ciel, desquels aurez à choisir.

Ainsi en la montaignete se trouvera tout ce qu'on désire en cest endroit, assavoir, fonds du tout propre pour chacune plante, à ce expressément et sans sujection accommodé : et air, chaud, froid, tempéré, selon les quatre parties du ciel, esquels la montaignete diversement regardera par son relèvement.

Les plantes chaudes seront posées à l'aspect du midi, à l'abri de la bise, pour lesquelles mieux garantir des froidures, en seront parées en hyver, par couvertures qui avec beaucoup d'aisance, seront dressées. Les froides, à celui du septentrion. Les tempérées, de l'orient et occident. Les humides, en lieu arrousé par le moyen de la fontaine sourdant au coupeau de la montaignete, dont l'eau se deschargera où en sera le besoin. Les sèches, en lieu sec, laissé sans arrousement.

 

Ces quelques extraits du « Théâtre d’agriculture » montrent toute l’importance qu’attachait Olivier de Serres à une conception méthodique de ses systèmes de culture, en lien avec les besoins de la famille et en prenant en compte le contexte local, ce qui rappelle ce qu’on entend aujourd’hui par des démarches de design territorial.

 

Le Pradel au 20ème siècle : d’un domaine agricole à un centre multifonctionnel ouvert au public

 

Racheté par l’Etat en 1922, le domaine Olivier de Serres est depuis cette date à la fois un centre de formation et une exploitation agricole. De nombreuses évolutions ont eu lieu depuis lors, sous l’impulsion des politiques publiques sur l’agriculture et la formation professionnelle, mais également des acteurs locaux.

Après avoir été une école pratique, puis un centre de formation professionnelle pour les jeunes, et enfin un centre de formation professionnelle pour adultes à partir des années 1970, le site du Pradel a été rattaché au lycée agricole d’Aubenas au moment de la loi sur l’agriculture de 1984, créant les établissements publics locaux d’enseignement et de formation professionnelle agricole (EPLEFPA), avec 5 puis 6 missions : formation initiale, formation continue, expérimentation et développement agricole, animation rurale, coopération internationale, et insertion sociale et professionnelle.

Depuis 1984, le domaine Olivier de Serres est ainsi une antenne de l’EPLEFPA Olivier de Serres, piloté par le directeur du lycée agricole situé à Aubenas. Et au gré des rénovations du Domaine à partir des années 90 par le Conseil régional Rhône-Alpes, ce domaine représente aujourd’hui 3 des 4 centres de l’EPLEFPA d’Ardèche : le CFPPA (Centre de formation professionnelle et de promotion agricole), la station expérimentale caprine (ferme régionale caprine) et la ferme Olivier de Serres (multifonctionnelle, avec les ateliers de production viticole, d’accueil pédagogique et culturel et de chantier d’insertion), l’autre centre étant le lycée agricole à Aubenas (environ 400 élèves et étudiants). Par ailleurs, le domaine du Pradel accueille plusieurs partenaires, dont des associations comme le CIVAM [1] d’Ardèche, le plus important en activités étant le CERMOSEM [2] (Université Grenoble-Alpes), plateforme de développement territorial associant des actions de recherche (UMR PACTE [3]), des actions de formation (en particulier par la présence de deux licences professionnelles en continu sur le site du Pradel) et des actions de recherche-développement.

Le site du Pradel se situant sur le plan géographique entre les contreforts sud du massif volcanique du Coiron et les monts de Berg, il est installé sur une superficie de 60 ha (200 ha à l’époque d’Olivier de Serres), dans une plaine vallonnée offrant des conditions d’activité agricole plutôt satisfaisantes, au regard de son environnement proche (cf figures 1 et 4), en particulier pour l’usage d’engins mécaniques.

L’organisation territoriale de l’activité agricole et des autres fonctions du Domaine a connu plusieurs étapes d’évolution pendant le 20ème siècle, qui permettent de nous interroger sur la notion de design territorial :

- Jusque dans les années 1960, les bâtiments sont ceux du corps de ferme et de la bastide hérités du 17ème siècle. Mais ils sont suffisamment grands pour héberger, en dehors des bâtiments agricoles, le centre de formation qui ne reçoit que quelques dizaines d’élèves/an, et depuis 1936, un espace musée dans une des salles de la bastide ;

- dans les années 1960, un bâtiment important (2 étages sur plus de 500 m² au sol) est construit pour héberger les activités de formation dans des conditions plus fonctionnelles ;

- en 1980 est construit un nouveau bâtiment d’élevage au nord-ouest de la bastide lors de la création de la station expérimentale régionale caprine, avec l’arrivée de 120 chèvres (réparties en deux lots pour les expérimentations), nouvel atelier d’élevage qui s’ajoute à un atelier d’élevage ovin (environ 40 mères brebis) et un atelier d’élevage de petit gibier ;

- en 1994 est décidée la rénovation de l’ensemble du domaine Olivier de Serres, avec la rénovation de la bastide et des bâtiments de formation, et la création d’une cave viticole expérimentale, de gîtes pour accueillir élèves et stagiaires, ainsi que la création d’un espace muséal sur l’œuvre d’Olivier de Serres. Et en même temps est décidé l’accueil du CERMOSEM, occupant une partie importante de la Bastide ;

- en 1996, un projet de relance d’une filière technologique soie en France, avec des financements publics, permet la construction d’un bâtiment au sud-est de la Bastide, « la station de grainage », visant à produire toute l’année des œufs de vers à soie certifiés pour leur qualité de production de soie. Mais des difficultés financières de la société responsable du projet libèrent ce bâtiment en 1999 et le bâtiment permet alors l’accueil de nouvelles associations, et surtout d’étudiants en formation au Cermosem ;

- à partir de 1997, le domaine accueille chaque année un artiste plasticien qui installe une œuvre Art-Nature dans un des lieux du domaine permettant de créer un sentier artistique sur la partie sud du domaine ;

- en 2000, une station du train touristique est créée aux abords du domaine pour permettre l’accueil plus nombreux de touristes (mais le train s’arrêtera de fonctionner en 2006).

- en 2003, la restitution des espaces de jardins fait l’objet d’un concours de maîtrise d’œuvre et deux jardins, l’un plus conceptuel s’appuyant sur les fouilles archéologiques des années 1995, l’autre productif et pédagogique, sont créés et jouxte la Bastide au sud des bâtiments ;

- en 2018 sont décidés la rénovation de la station caprine régionale et l’abandon des élevages ovin et de petit gibier.

L’organisation du domaine est représentée dans la figure 4.

 

 

Figure 4 : le domaine Olivier de Serres au Pradel, un site associant formation, recherche, production agricole et accueil touristique et culturel

 

Ces différentes étapes de réorganisation du territoire du Domaine interrogent le mode de gouvernance, entre conception méthodique et saisie d’opportunités, entre dynamique de territoire et gestion de contraintes de toutes sortes, et entre visions d’avenir et gestion au quotidien.

Pour ce qui concerne le projet global sur le domaine, une cohérence s’est progressivement construite pour que les missions de formation, de production agricole et de recherche-développement s’affirment, tout en permettant un accueil de plus en plus nombreux sur le domaine, dans le cadre de la mission touristique et culturelle. Cette dernière mission, qui est restée sous la responsabilité de l’EPLEFPA, malgré des contraintes à gérer pour faire fonctionner ce type de mission dans un établissement public, connaît des limitations fortes car il y a risque de conflits d’usage du territoire du domaine. Le besoin de concilier les missions entre elles reste ainsi le fil conducteur du pilotage des projets du domaine.

Sur le plan de l’organisation spatiale des activités agricoles, la répartition du territoire s’est faite entre les deux structures agricoles, la partie nord ayant été destinée à l’atelier caprin, et la partie sud répartie entre les élevages ovin et gibier et le vignoble. Mais l’abandon en cours des élevages ovin et gibier va engendrer une nouvelle recomposition, au profit de l’atelier caprin essentiellement.

 

Et que sera le Pradel en 2030 ? Les résultats d’un atelier de design territorial

 

L’atelier de design territorial a été réparti en 6 groupes qui ont abordé cette question à une échelle (exploitation ou territoire) et selon une perspective (ambition décarbonée, alimentaire ou agroécologique) différentes.

Chaque groupe a ainsi construit une projection de ce que pourrait être le domaine agricole Olivier de Serres en 2030, à la fois sous forme de commentaire écrit et sous forme d’une représentation matérielle (cf encadrés 1 et 2, ainsi que les figures 5, 6 et 7).

Cette construction s’est faite en 3 temps : (i) en premier lieu, un témoin local a donné quelques informations sur la situation locale, (ii) puis les participants du groupe, avec l’aide d’un animateur, ont exprimé chacun leur point de vue sur la situation et sur ce qu’elle pourrait être en 2030, et (iii) le groupe a proposé de construire un point de vue collectif par une représentation matérielle. Cette représentation (cf figures 5, 6 et 7) n’a pas véritablement pris la forme de maquette réaliste, compte tenu du faible temps imparti et du peu de matériel à disposition (choix des organisateurs pour permettre au maximum de libérer la créativité), mais les groupes ont tout de même produit des résultats très différents.

La production des groupes, si elle n’est pas représentative d’un véritable travail de design territorial, parce que les participants ne pouvaient avoir qu’une vision très superficielle du territoire qu’ils ne connaissaient pas au départ, et compte tenu du temps imparti à l’exercice, reste tout de même intéressante, parce qu’elle expérimente comment un collectif de citoyens pourrait contribuer à la conception d’un projet, chacun avec ses représentations, ses valeurs, ses intérêts, dans la perspective d’un développement local partagé.

 

Encadré 1 [4] : Projection du groupe de design d’une exploitation de manière à l'intégrer dans une transition territoriale

« Suite à ces observations, l'ensemble du groupe de travail s'est scindé en trois sous-groupes : le premier travaillant sur la trame verte, le second sur la trame bleue et le dernier sur la gestion des sols. Chacun des sous-groupes a travaillé sur l'élaboration de cartes schématiques représentatives de ces trois niveaux d'étude de façon à pouvoir par la suite les concilier de la meilleure façon possible.

Concernant les sols, certains terrains plus sensibles à l'érosion ont été mis en évidence. Il a également été noté que la plupart des sols étaient difficiles pour l'implantation de cultures réellement productives. De plus, face à la nécessité de continuer à entretenir et nourrir ces sols, le maintien de l'atelier d'élevage pour valoriser les prairies est apparu nécessaire. D'un commun accord, l'ensemble du groupe a choisi de maintenir l'aspect éducatif relatif à l'atelier caprin existant à l'heure actuelle.

Concernant l'atelier trame bleue, il a été décidé de mettre en place des baissières, c'est-à-dire des ouvrages de terrassement au niveau des zones de pente, suivant les lignes de niveau. Cela permettrait de capter l'eau et de favoriser la mise en place de réserves dans le sol. Autour de ces axes de baissière seront implantés des arbres fruitiers ou fourragers tels que les muriers, ce qui permettrait de gagner en autonomie alimentaire pour le troupeau caprin.

Un système de pâturage tournant sera mis en place entre ce linéaire arboré, toujours dans l'optique d'optimiser la ressource en fourrage du site.

De plus, un nouvel atelier de potager en permaculture sera mis en place à proximité du bâti existant, ce qui permettra d'y faciliter le travail et rajoutera un aspect éducatif supplémentaire ».

Enfin, sur les terrains les plus pentus et les plus propices à la viticulture, les rangées de vignes seront replantées de façon à être perpendiculaires à la pente et ainsi limiter l'effet de ruissellement et l’érosion des sols.

 

Figure 5 : représentation schématique de la projection de l’exploitation en 2030 (réalisation collective d’un groupe de participants aux Entretiens du Pradel 2017)

 

 

Encadré 2 : projection du groupe de design de l’agriculture dans le projet de territoire de la communauté de communes

« A quoi ressemblera ce territoire dans 30 ans ? Pour tenter d’imaginer un scénario, le groupe s’est séparé en deux équipes afin d’obtenir une plus grande diversité de points de vue. Après discussion ces deux équipes se sont réunies pour la création d’une maquette, l’idée étant de représenter le paysage en grand format à partir du support choisi : une nappe en papier. La base fut dessinée puis tout le groupe était invité à ajouter des éléments, notamment grâce à des post-it. Des galets étaient utilisés pour représenter des villes et du fil de fer pour le vélo rail. L’idée principale était, avec l’hypothèse que les conditions extérieures ne seraient que très peu modifiées d’ici 30 ans (climat, politique, etc…), la redynamisation des filières locales comme la castanéiculture, la production du fromage AOP Picodon mais aussi la culture d’amande, ceci grâce notamment à l’agro-tourisme. Pour cela le groupe a imaginé un système agronomique sur plusieurs niveaux : cultures de céréales et prairies dans la vallée, culture de lavande sur le plateau puis arboriculture en pré vergers sur le talus, permettant notamment la redynamisation des filières châtaigne et amande ainsi que le maintien et développement de l’AOP Picodon avec un pâturage principalement caprin mais aussi ovin. L’agro-tourisme était aussi visé, notamment grâce au développement du vélo rail, puisque ce tourisme permettrait d’impliquer directement les consommateurs à l’amont de la filière avec la cueillette chez le producteur. Enfin, l’implantation d’usines de transformation locale fut aussi imaginée afin de valoriser les produits au niveau du territoire ».

                                           

 

 

Figure 6 : autre représentation schématique de la projection du territoire len 2030

(Réalisation collective d’un groupe de participants aux Entretiens du Pradel 2017)

Figure 7 : une maquette de la projection du territoire en 2030

(Réalisation collective d’un groupe de participants aux Entretiens du Pradel 2017)

 

Conclusion

Il ressort de cet atelier que l’ensemble des groupes mettent en avant les atouts du territoire (la beauté du paysage, la diversité des productions agricoles, l’attrait touristique) et les handicaps (ressources en eau, pentes, éloignement des villes) et voient le Domaine Olivier de Serres être en 2030 une ferme encore plus écologique et accueillant un public plus nombreux, dans un territoire où la diversité des productions serait encore plus grande, en particulier par le développement de cultures maraîchères et fruitières.

Le vœu des participants est donc que la diversité agricole du territoire et la multifonctionnalité du Domaine du Pradel se renforcent. Il serait intéressant de mener ce type d’atelier avec les habitants du territoire, pour vérifier si le regard de la population locale s’identifie à celui des participants aux Entretiens du Pradel, venant de toute la France et représentant une diversité d’acteurs intéressés par la thématique « Agronomie et design territorial ».

Car ces propositions, si elles étaient mises en œuvre, rapprocheraient le système de production à venir du Domaine du système de production à l’époque d’Olivier de Serres. Comme quoi, le lieu inspire une organisation territoriale particulière !

 

De toute évidence, le rendez-vous est donc donné en 2030 !


Notes

[1] CIVAM : Centre d’Initiatives pour Valoriser l’Agriculture et le Milieu rural

[2] CERMOSEM : Centres d’Etudes sur les Montagnes Sèches Méditerranéennes

[3] UMR PACTE : https://www.pacte-grenoble.fr/

[4] Les textes des encadrés ont été rédigés par des élèves-ingénieurs de l’ENSAIA de Nancy, participant aux Entretiens du Pradel.


 

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