Revue AE&S vol.8, n°2,4 décembre 2018 : Agronomie et design territorial

Le design pour penser l’action dans les territoires

Le design est-il un concept pour les agronomes ?

 

Lorène Prost*

 

*UMR LISIS, INRA, CNRS, ESIEE Paris, UPEM, Université Paris-Est, 77454 Marne-La- Vallée, France, lorene.prost@inra.fr


Résumé

On rencontre de plus en plus souvent en agronomie les termes de « conception », voire de « design ». La tenue des Entretiens du Pradel sur le thème du design territorial en 2017 ainsi que ce numéro d’AE&S qui en reprend les contributions en sont une preuve. A travers une revue des concepts de design, de conception et des travaux des communautés de recherche (les design studies) qui ont pour objet d’étude la conception, cet article discute de l’intérêt de mobiliser en agronomie les questions, apports, outils et méthodes des design studies. Que l’on regarde les agronomes comme des concepteurs ou comme des soutiens à la conception d’agriculteurs (ou d’acteurs des territoires), les design studies peuvent apporter aux agronomes des ressources utiles pour leur permettre d’être encore plus efficaces dans ces activités, mais aussi pour aider l’agronomie à faire face aux défis que rencontre l’agriculture aujourd’hui.

 

Mots clés : conception, design, agronomie, design studies

 


Abstract

We are hearing more and more about “design” in agronomy. This issue of AE&S on territorial design, which includes contributions to the Entretiens du Pradel in 2017 on this theme, is proof of this.  Agronomists have been using the term "design" since the 1980s, first to talk about the design of various decision support tools and then to talk about the design of agricultural production systems, whether cropping managements, cropping systems, livestock systems or farming systems. It is a term that is spreading, in French agronomy as well as internationally. Behind this term of “design”, agronomists engage a number of methods, tools, skills, questions. Agronomy has therefore made its own digestion of the design concept. Nevertheless, it seems useful to me to return to the roots of this concept in order to allow agronomy to grasp design issues even better. To do this, I propose a look at the research communities that take design as their main research object before discussing how this look can be useful to agronomists. Whether we consider agronomists as designers or as supporters of farmers’ design, I explain why I think design studies can provide agronomists with useful resources to enable them to be more effective in these activities, but also to help agronomy to meet the challenges that agriculture is facing today.


L’irruption des termes « design » et « conception » pour parler de l’activité ingénierique des agronomes

 

Qu’est-ce que l’agronomie [1] ? Une science, une technologie, une ingénierie ? Voilà une entrée en matière bien ambitieuse… et une question à laquelle je n’essaierai surtout pas de répondre ! L’épistémologie débat depuis longtemps de ce qu’est la science, les « Sciences Studies » en étudient les activités pratiques depuis plusieurs décennies maintenant, tous ces travaux montrent qu’il n’y pas de réponse univoque à la question de la nature scientifique de l’agronomie. Parmi tout ce qui a pu être débattu, je mentionnerai simplement l’idée que la science ne se préoccupe pas uniquement d’établir des lois et régularités. Elle crée des objets auxquels elle « croit ». Les études sociales des activités scientifiques et de l’innovation montrent également que la création d’objets associés à des connaissances nouvelles repose sur une hybridation forte entre science et technologie. La frontière entre science et technologie s’estompe alors et c’est là que l’agronomie semble se nicher.

 

Oui, l’agronomie a un caractère ingénierique, une proximité à l’action, comme d’autres disciplines scientifiques d’ailleurs, l’ergonomie, la gestion, la médecine, etc. Beaucoup d’agronomes, y compris dans le champ de la recherche, ne travaillent pas uniquement à comprendre ce qui se passe dans les champs. Ils travaillent aussi avec l’idée qu’ils peuvent accompagner, équiper, outiller les agriculteurs qui cultivent ces champs ou plus largement les acteurs du monde agricole au sens large qui agissent sur le champ et dans le champ.  Ce qui me semble intéressant, c’est de chercher à comprendre en quoi ce caractère ingénierique rend l’agronomie spécifique, dans ses objets de travail, ses méthodes et les connaissances qu’elle établit. Cette question passionne les chercheurs agronomes français depuis longtemps déjà (Hénin, 1945 ; Sebillotte, 1974), elle est investiguée aussi par les chercheurs en sciences sociales qui ont produit des éclairages sur l’agronomie (e.g. Cerf, 1996a). Et c’est là, il me semble, que les travaux relatifs au design, ou à la conception pour utiliser le terme français [2], peuvent être utiles, pour outiller les agronomes dans leur ambition de pratiquer une science de l’action. On peut en effet choisir de considérer les agronomes - chercheurs et non chercheurs - comme des concepteurs ou des personnes qui ont pour vocation de soutenir la conception d’autres acteurs. Concepteurs de systèmes de production agricole, d’outils d’aide à la décision, de variétés, de races animales, d’expérimentations etc. Soutiens à la conception par les agriculteurs de leurs systèmes de production. C’est, de fait, une piste qui est de plus en plus empruntée par les agronomes de la recherche et du développement. Ils utilisent le terme de « conception » depuis les années 80, au début pour parler de conception de divers outils d’aide à la décision puis pour évoquer la conception de systèmes de production agricoles, que ce soit des itinéraires techniques, des systèmes de culture, systèmes d’élevage ou systèmes d’exploitation (Capillon and Fleury, 1986 ; Cerf, 1996b ; Meynard et al., 2000, 2006 ; Loyce and Wery, 2006). A l’international également, on a pu voir se renforcer l’utilisation du terme « design » dans des travaux d’agronomie au sens large : au sujet de la conception de modèles agronomiques (autour des grands modèles : australiens, américains, européens…) et d’outils d’aide à la décision (Cox, 1996 ; McCown, 2001 ; Prost et al., 2012) ou dans les travaux sur le Reflexive Interactive Design (e.g. Bos et al., 2009) par exemple. S’est ainsi constituée une communauté « Farming Systems Design » depuis 2007. L’usage du terme de design ou de conception s’est encore amplifié avec la montée en puissance des discours sur l’agroécologie et le besoin pour l’agriculture de repenser sa place et son impact dans la société. Les enjeux auxquels l’agriculture fait face nécessiteraient de déployer de la conception innovante (Meynard et al., 2006 ; Berthet, 2014) pour la réinventer en profondeur. Les termes de design ou de conception s’imposent donc de plus en plus. Mais on peut également relire a posteriori l’histoire de l’agronomie à travers ce prisme du design et de la conception. C’est ce dont témoigne par exemple le travail de Chloé Salembier qui propose une relecture d’un large pan de l’histoire de l’agronomie française pour étayer l’idée que les agronomes ont toujours mis en œuvre des raisonnements de conception, aux propriétés spécifiques (Salembier et al., 2018).

 

Derrière ces termes de conception ou de design, les agronomes engagent un certain nombre de compétences, outils, étapes, savoir-faire, postures. Ils ont développé leurs propres méthodes de rationalisation de cette activité qui consiste à produire des artefacts matériels ou immatériels : diagnostic, outils d’évaluation, conception participative, modélisation, expérimentation, prototypage, conception de novo et conception pas à pas, etc. L’agronomie a donc fait sa propre digestion du concept de conception. Néanmoins il me semble utile de revenir aux sources de ce concept pour permettre à l’agronomie de se saisir encore mieux des questions de conception. Pour cela, je propose un détour par les communautés de recherche qui prennent la conception et le design comme leurs principaux objets de recherche avant de discuter de la façon dont ce détour peut être utile aux agronomes.

 

A quoi se réfère-t-on quand on parle de conception ou de design ?

 

Conception ou design ?

Vous le voyez depuis le début de cet article : en France, une première difficulté à lever pour débattre de la notion de design, c’est de décider si l’on parle de « design » - en français [3]- ou de « conception ». Il y a évidemment une vraie filiation entre ces deux termes mais chacun porte une connotation spécifique. Les auteurs français qui parlent de « conception » se relient à Vitruve et à son traité De Architectura qui constitue le premier témoignage écrit analysant une activité organisée pour faire naître un objet qui n’existait pas. Ce sont plutôt des auteurs qui ont une vision ingénierique du design. Les auteurs français qui utilisent le terme de « design », quant à eux, ont tendance à relier l’émergence de cette notion à l’essor des arts décoratifs et donc au « design industriel » du XIXème siècle : il s’agit du moment où des artistes ont décidé d’investir la production industrielle. Ce sont plutôt des auteurs qui ont une acception artistique et esthétique de la notion de design. Mais d’autres chercheurs expliquent que l’assimilation du design au design industriel ne représente qu’un moment de l’histoire du concept. L’histoire du terme « design » remonterait en réalité à la Renaissance italienne, au moment où se discute le concept de disegno, concept qui englobe à la fois le dessein (but, intention, visée) et le dessin (figure, image, croquis) (voir Vial, 2015). Les notions de disegno en italien comme celle de design en anglais portent bien cette double acception d’idéation [4] et de réalisation qu’on a du mal à traduire en français (comme en témoigne le fait d’avoir gardé les deux termes de dessein et dessin).

 

On voit ici le travers -ou du moins le risque- à utiliser le terme de conception pour traduire les termes de disegno ou de design en français : il pourrait donner l’impression qu’on met davantage l’accent sur la dimension « idéation » que sur la dimension « réalisation ». Le terme de design serait donc plus englobant que celui de conception si on revient à ses origines mais il a été très connoté par sa dimension esthétique. C’est en train de changer dans les communautés de travail sur le design où ce terme redevient plus large. Des revues comme Sciences du Design, qui problématisent le terme de design bien au-delà de la thématique du design industriel, en témoignent. Les agronomes français se sont emparés du terme de conception, moins de celui de design, sans doute car ils se sentent plus proches de la lignée « engineering » que de celle de l’esthétisme, j’y reviendrai ! Dans la suite, je vais jongler entre les deux termes sachant que j’entends derrière ces deux termes l’acception design-disegno, c’est-à-dire une acception qui articule l’idéation à la réalisation, le dessein et le dessin, et qui ne focalise pas uniquement sur la dimension « raisonnement » de l’activité de conception.

 

Vers une définition du design ?

Il existe un réel foisonnement de définitions du terme de design car l’objet est complexe et se laisse mal définir. Jones (1970), dans son ouvrage de référence « Design Methods »,  avait fait un premier constat précoce de la diversité de ces définitions . Love, près de 30 ans après, s’est de nouveau penché en détail sur cette diversité et a étudié près de 400 textes proposant des définitions de design. Il en a tiré près de 400 versions différentes (Love, 1998, 2002)… Face à ce foisonnement, j’extrais quelques définitions. Tout d’abord celles que Simon a proposées dans son ouvrage de 1969, souvent identifié comme fondateur des travaux académiques sur le design (Simon, 1969). Il définit le design de deux façons différentes. Dans le premier cas, il écrit « The designer is concerned with how things ought to be, how they ought to be in order to attain goals, and to function » (p.5), définition reprise plus loin de façon presque identique : “Design is concerned with how things ought to be, with devising artifacts to attain goals”. (p.114). L’autre définition est «Everyone designs who devises courses of action aimed at changing existing situations into preferred ones” (p.111). Ces définitions, qui ont depuis été jugées très larges, sont clé par l’accent qu’elles mettent sur le caractère intentionnel de la conception. En écho à la discussion sur la double acception idéation et réalisation que je mets derrière le terme de conception, on peut également citer la définition de Reswick (cité par Jones, 1970): « bringing into being something new and useful that has not existed previously» ainsi que celle de Nelson et Stolterman (2003) : « when we create these new things – tools, organizations, processes, symbols and systems- we engage in design. To come up with an idea, and give form, structure and function to that idea, is at the core of design as a human activity”. Ce sont ces définitions que je retiens pour la suite de cet article.

 

Quelles sont les grandes questions que la communauté de recherche des design studies s’est posée au cours de son histoire ?

Il existe aujourd’hui plusieurs synthèses qui retracent l’histoire des travaux qui ont porté sur la conception (e.g. Bayazit, 2004 ; Cross, 2007 ; Choulier, 2008 ; Dorst, 2008 ; Vial, 2015 ; Papalambros, 2015). J’en propose ici une synthèse très partielle.

 

Si les activités de conception sont documentées depuis longtemps, la « scientifisation » de la conception arrive, elle, au cours du XXème siècle et notamment après la seconde guerre mondiale. En architecture, il faut reconstruire vite, en étant plus systématique et plus efficace. Sur le volet ingénierique également, les nouvelles méthodes et techniques qui ont été utilisées pour concevoir et développer les armes et équipements de guerre se répandent, notamment dans le champ de l’engineering design. Cela se concrétise par l’émergence de ce qu’on appelle le mouvement des Design Methods dans les années 1950. Il s’agit de «rationnaliser le travail créatif, réduire la probabilité d’oublier quelque chose d’important, permettre au design d’être enseigné et transmis, faciliter la planification, améliorer la communication entre disciplines travaillant sur le design » (Gericke and Blessing, 2011 notre traduction). Dans les années 1970, cette rationalisation est contestée, des chercheurs s’insurgent contre la « tentative continuelle de fixer l’ensemble de la vie à l’intérieur d’un cadre logique » (Jones cité par Cross, 2007). Ils prônent des approches plus phénoménologiques du design. C’est la seconde génération des Design methods, celle qui voit Rittel qualifier les problèmes de conception de wicked problems, souvent traduits en français comme des problèmes « flous [5]» dont la formulation n’est pas donnée, ou pour lesquelles toute tentative de formulation du problème induit une formulation de la solution ce qui nécessite d’être extrêmement attentif à la façon de poser le problème initial de conception. En conséquence Rittel va plaider pour que ces wicked problems soient traités avec les différentes parties prenantes qui sont légitimes à participer à leur formulation et, bien sûr, à celle de leurs solutions. Ainsi la seconde génération des Design methods pose les premières pierres des approches de conception participative qui vont prendre de l’essor dans les années 1970 en Scandinavie. Les chercheurs de la seconde génération des Design methods vont contester les approches systématiques, comportementalistes, qui assimilent le comportement humain à un traitement de l’information. Ce faisant, ils dessinent une ligne d’opposition qui va marquer les travaux sur le design et qui perdure dans la communauté des design studies depuis cette époque.


D’une part les travaux sur les méthodes de conception se poursuivent, plutôt du côté des ingénieurs. La rationalisation du processus de conception et son séquencement permettent d’identifier des métiers, des filières, des compétences à mobiliser tout au long du processus. Ce sont de ces travaux qu’émergeront par exemple dans les années 1980 les approches allemandes
(e.g. Pahl and Beitz, 2013) qui continuent aujourd’hui à faire référence en engineering design.


D’autre part des travaux cherchant à développer une meilleure compréhension de l’activité de conception telle qu’elle se pratique réellement émergent, en revendiquant une approche plus constructiviste et relativiste dans laquelle la conception est travaillée comme un processus social et situé. On trouve dans ce courant les travaux de Bucciarelli, Coyne et Schön
(Schön, 1994) qui vont marquer les Design Studies. Schön décrit ainsi les concepteurs comme des praticiens réflexifs qui apprennent en cours d’action, en « conversant » avec la situation et il développe une « épistémologie de la pratique » qu’il oppose à un modèle de rationalité technique.


Entre ces deux lignes vont se développer un grand nombre de travaux en psychologie et ergonomie cognitives. Ils poussent plus loin le questionnement sur la spécificité des problèmes de conception
(Visser, 2009) voire même contestent que l’activité de conception ne soit qu’une activité de résolution de problème (Hatchuel, 2001). Ils ont fortement développé les questionnements sur la part créative de l’activité de conception (Crilly and Cardoso, 2017). Ils ont également intégré la dimension collective de cette activité en ouvrant des champs de recherche sur la collaboration dans la conception et l’analyse des processus collectifs à l’œuvre dans les réunions de conception (Détienne, 2006). Ce sont des travaux assez proches des approches situées évoquées plus haut, si ce n’est qu’ils privilégient un point de vue résolument cognitif sur la conception.

Depuis les années 2000, on assiste à une extension de la littérature qui s’intéresse au design. On parle de design social, design de services, design d’interaction, écodesign, design organisationnel, etc. Les trois lignes de travaux décrites précédemment restent actives : celle sur les méthodes de conception et l’organisation des processus de conception d’une part, celle sur l’analyse fine des pratiques de conception d’autre part, celle sur les activités cognitives de la conception (avec un fort essor des travaux sur la créativité) enfin. Mais deux nouvelles lignes de travaux émergent. La première marque le retour de travaux cherchant à établir une théorie générique du design c’est-à-dire qui relierait tous les domaines où on parle de design. C’est là qu’apparaissent les travaux sur la théorie CK qui commencent à être identifiés par les agronomes (Le Masson et al., 2006). La seconde apparaît en réaction à la récession des années 1990 qui s’articule avec la mondialisation et le développement des technologies de l’information.  Cela occasionne une crise du design qui va moins se centrer sur les objets créés (les artefacts) et plus sur le sens que construisent les produits de la conception. Les concepteurs prennent conscience de l’impact de ce qu’ils proposent dans le monde social, dans la construction des sociétés, au-delà des objets qu’ils créent et ils cherchent à réintégrer une réflexion sur le sens et la responsabilité dans leurs travaux sur la conception (Papanek, 1995; Krippendorff, 2005; Findeli and Bousbaci, 2005).

 

Qu’est-ce que le design peut apporter aux agronomes ?

 

Je l’ai dit précédemment, les agronomes ont développé leurs propres rationalisations de l’activité de conception en agronomie, notamment sur l’objet « conception de systèmes de culture » (Jeuffroy and Meynard, 2018). Que peut donc apporter le design aux agronomes ? Ma proposition ici - à débattre - c’est d’une part que les agronomes peuvent trouver dans les travaux sur le design des ressources pour gagner encore en efficacité sur la partie ingénierique de leur activité et d’autre part que les travaux sur la conception peuvent les aider à traiter de l’enjeu de la transition agroécologique. Ce sont les deux points que j’aborde dans la suite.

 

Un soutien aux agronomes pour gagner en efficacité sur leur activité ingénierique

A partir du moment où des agronomes s’engagent dans un travail ingénierique orienté vers l’action), alors on peut faire l’hypothèse que ce travail peut être rendu plus efficace, plus efficient, en mobilisant les travaux sur la conception, ceux des design studies. On en a l’illustration dans deux exemples : celui de la conception d’outils d’aide à la décision (OAD) et celui de la conception de systèmes de culture.

 

La conception d’OAD dans le domaine agricole est très largement perfectible, la littérature discute depuis longtemps des nombreux échecs qu’ont essuyé ces outils et des raisons de ces échecs (e.g. Cox, 1996 ; McCown et al., 2002; Cerf and Meynard, 2006). Parmi les raisons pointées, les méthodes de conception de ces outils. En réponse, le principe d’impliquer les futurs utilisateurs dans des processus de conception plus participatifs s’impose progressivement (e.g. Jakku and Thorburn, 2010 ; Cerf et al., 2012) mais les agronomes peuvent  se sentir démunis face à ces démarches. Or les design studies ont produit un grand nombre de travaux, depuis ceux de Rittel dans les années 1970, sur le participatory design (e.g. Schuler and Namioka, 1993), le co-design (Sanders and Stappers, 2008) et l’open design (e.g. Boisseau et al., 2018). En cohérence avec les travaux de sociologie des techniques (ceux de Madeleine Akrich notamment), il s’agit de considérer que les concepteurs d’outils inscrivent dans les objets qu’ils conçoivent des représentations des usages et des usagers auxquels ils destinent ces objets. L’enjeu de la conception est alors de se rapprocher au mieux de l’usage et des usagers réels selon plusieurs stratégies (Béguin and Cerf, 2004) : avoir la vision la plus juste possible des usages potentiels, concevoir un objet suffisamment plastique pour qu’il puisse se conformer aux usages réels, laisser les usagers terminer la conception d’un objet non fini pour qu’ils puissent s’en saisir, etc. La question de la méthode de conception et de l’inclusion d’un travail sur l’usage potentiel de l’outil en cours de conception devient alors déterminante. Dans l’article Cerf et al. (2012), nous avons détaillé deux types de ressources inspirés des méthodes des design studies et notamment de l’ergonomie de conception : le diagnostic des usages et la simulation de l’usage futur de l’outil en cours de conception. Il en existe d’autres qui pourraient inspirer les agronomes et les aider à mieux concevoir des OAD.

 

La conception de systèmes de culture, quant à elle, a connu un essor important au cours des années 2000. Plusieurs propositions méthodologiques - on pourrait parler d’outils de conception - ont été faites : modélisation (e.g. Bergez et al., 2010), expérimentation (e.g. Debaeke et al., 2009 ; Silva and Tchamitchian, 2018), prototypage (e.g. Vereijken, 1997; Lançon et al., 2007). Ces trois types d’outils sont aujourd’hui largement panachés et cohabitent sous un terme de « prototypage » devenu presque un terme générique pour décrire la conception de systèmes de culture. Il décrit finalement le fait de prendre le temps de construire un prototype théorique autour duquel un collectif a défini des objectifs. La méthode initiale proposée par Vereijken finalement assez peu prescriptive laisse beaucoup de place à des ajustements. Elle s’est ainsi largement enrichie par l’utilisation de modèles qui viennent alimenter la phase de génération de prototypes, par un travail d’ajustement des prototypages à une gamme d’indicateurs d’évaluation déployés ex ante (avant implémentation) ou ex post (au fur et à mesure du test du système de culture) et par l’élargissement du cercle d’acteurs invités à l’une ou l’autre des étapes de la méthode.


On pourrait appliquer à la conception de systèmes de culture les mêmes réflexions que celles évoquées plus haut sur la conception d’OAD : plaider pour une conception qui se fasse beaucoup plus avec les agriculteurs eux-mêmes dans des formes de participation renouvelées, les outiller pour aller jusqu’à une mise en place dans les champs et pour ajuster constamment les systèmes de culture déployés sur le terrain dans une approche de conception pas-à-pas
(Meynard et al., 2012). Pour cela l’agronomie mobilise aujourd’hui des indicateurs, de la modélisation, des simulations d’accompagnement, autant d’objets intermédiaires qui articulent agronomes et agriculteurs dans une activité de conception commune. Les apports des travaux sur le design pourraient aider à les mobiliser de façon toujours plus efficace mais aussi à imaginer d’autres outils.


Une autre façon de penser l’apport du design à la conception de systèmes de culture, c’est de proposer de considérer les agriculteurs comme les concepteurs de ces systèmes de culture qui font partie de leurs systèmes de travail, et que le rôle des agronomes est de les outiller dans la conduite de cette activité de conception dont les agriculteurs n’ont pas forcément conscience. Cette activité de conception des agriculteurs peut se penser à l’échelle de la parcelle, des systèmes de culture, des systèmes d’exploitation jusqu’à l’échelle des territoires. Mais dans tous les cas, ce sont tous les travaux décrivant la nature de la conception comme un processus « dialogique » qui peuvent être utiles aux agronomes. S’il existe une grande variété de façons de décrire et prescrire la conception, une grande majorité des travaux sur le design insiste en effet sur le double mouvement qui a lieu dans la conception et qui fait écho au double sens du mot design, entre dessein et dessin. La conception est un processus qui nécessite d’articuler la formulation d’un « problème de conception », d’une « volonté relative au futur »
(Daniellou, 2004), d’un « projet », à la formulation de solutions à ce « projet ». Dit autrement, la formulation du « projet » n’est pas donnée d’entrée de jeu, il faut la construire et elle est susceptible d’évaluer au fil du processus en lien avec les solutions qui vont être envisagées. En conséquence de quoi l’agronome qui cherche à soutenir la conception d’un agriculteur doit être attentif à trois niveaux : 1) donner du temps et de la matière à la formulation de la volonté relative au futur que se donne l’agriculteur dans son projet de conception, 2) contribuer à explorer des solutions innovantes qui viendront contribuer à ce projet et 3) assurer les itérations entre formulation du projet et formulation des solutions. Les design studies fournissent aux agronomes des points d’attention sur ces trois niveaux : comment alimenter le processus de conception en connaissances pour construire une représentation partagée du problème de conception et un projet partagé qui prenne du sens pour les acteurs concernés, comment garantir une exploration innovante des solutions possibles, comment donner à voir ce qui se passe lors de l’implémentation pour permettre à l’agriculteur d’ajuster sa conception (voir par exemple Prost et al., 2018). Ainsi là encore, les travaux sur le design peuvent être une ressource pour alimenter les travaux des agronomes. Ils aident à penser la contribution de l’agronome à l’activité de conception des agriculteurs : pas uniquement un animateur de cette activité mais bien un contributeur, avec ses connaissances, méthodes, outils, postures spécifiques.

 

On voit donc un premier intérêt des travaux sur le design pour les agronomes qui participent à des processus de conception. Mais il me semble que cet intérêt est encore plus particulièrement vrai et fort dans le contexte actuel de remise en question du régime dominant en agriculture.

 

Un soutien pour que l’agronomie relève les défis actuels du monde agricole

Je vois un deuxième registre d’intérêt à mobiliser les travaux sur le design en agronomie : ces travaux sont des ressources pour penser les défis que traverse l’agriculture. A un moment où de nombreux acteurs plaident pour un changement de modèle agricole, on peut penser, comme plusieurs auteurs (e.g. Chevassus-au-Louis, 2006 ; Barbier and Goulet, 2013 ; Cohen, 2017 ; Salembier et al., 2018), que cela passe aussi par un renouvellement de l’agronomie et une réflexivité sur ce qui la constitue. Les travaux sur le design peuvent y aider si l’on réinterprète ce changement de paradigme comme l’expression d’un besoin de « générativité », c’est-à-dire de génération d’idées radicalement nouvelles. L’agronomie aurait alors besoin d’activer des processus de conception « radicale », « non routinière », « créative » ou « innovante ». Ces termes un peu différents partagent tous l’idée que de tels processus de conception ont vocation à défricher des directions de conception particulièrement innovantes. Ma proposition est donc que les enjeux de transformation de l’agriculture, au moins en France, et très probablement dans une large partie des pays développés, confrontent l’agronomie et l’agriculture à un besoin de conception innovante (j’emploie ici ce terme comme synonyme de « radicale », « non routinière », « créative ») (Prost et al., 2017).

 

Dans quelle direction orienter cette conception innovante ? Je propose de partir de l’hypothèse que l’enjeu est de passer à une agriculture qui mise sur les régulations biologiques, un modèle d’agroécologie donc, si l’on veut bien adopter cette définition assez générale. Mais les travaux relatifs à la conception innovante pourraient sans doute aussi permettre d’explorer d’autres modèles d’agriculture. Dans l’espace d’une agriculture plus agroécologique, les challenges en termes de conception sont nombreux : enjeux relatifs aux échelles spatiales et temporelles à considérer dans la conception, enjeux relatifs aux collectifs qui sont légitimes à concevoir, enjeux relatifs au niveau de plasticité et d’adaptativité que requièreraient des processus de conception de systèmes agroécologiques dans un contexte d’incertitudes croissantes, aussi bien climatiques qu’économiques. Cette liste reste à compléter (Prost et al., 2018). Une partie de ces enjeux se posent en termes de diminution de l’artificialité des conditions de production et ils font d’ailleurs écho à des enjeux plus larges qu’affrontent les designers. Ainsi Gero (cité dans Papalambros, 2015) formule ainsi « today, we inhabit a world that is increasingly designed and where the natural component of our world continues to decrease”. Comment penser une conception qui redonne une place au non-maîtrisable et au non-connaissable qui émergent en lien avec notre travail sur du vivant ?

 

Les apports que l’on peut attendre des travaux sur la conception sont de plusieurs ordres.
Au niveau des raisonnements à mettre en œuvre, les travaux sur les formes les plus innovantes de conception encouragent à se pencher sur la générativité des raisonnements à déployer pour parvenir à innover. Il y a ainsi une réelle plus-value à tirer profit de tout ce que les design studies ont pu écrire autour de la créativité.  Beaucoup de littérature a été publiée sur ce sujet
(Crilly and Cardoso, 2017) : des techniques, méthodes, outils permettant de « défixer » des concepteurs. Cela peut inspirer les agronomes pour conduire leurs travaux avec d’autres acteurs, par exemple dans le cadre d’ « ateliers de conception » (e.g. Reau et al., 2012 ; Berthet et al., 2016). Les agronomes peuvent également mobiliser ces outils de créativité sur leurs propres travaux, pour faire apparaître le champ des questions qu’ils explorent et celles qu’ils laissent de côté (e.g. Vourc’h et al., 2018) et ainsi organiser leurs travaux dans des directions innovantes.


Ensuite, via sa double acception qui combine « idéation » et « réalisation », la conception propose une vision de la façon dont s’articulent « volonté relative au futur » et « confrontation au réel ». Aider à penser ce couplage peut s’avérer clé pour faire advenir une agriculture agroécologique qu’on présente souvent comme une agriculture où chaque agriculteur doit terminer la conception par lui-même, à partir de son contexte et de son projet. C’est une ressource pour réfléchir la place de l’agronomie et de l’agronome dans une telle forme d’agriculture.


Les travaux sur la conception peuvent ensuite encourager à revenir à une réflexion sur le sens du projet agroécologique. J’ai mentionné plus haut tous les débats relatifs au rôle du design pour construire du sens. Ces travaux rappellent que toute conception embarque un projet « politique » et que les designers ont une responsabilité quant à ce qu’ils font advenir à travers les objets qu’ils conçoivent. Cela oblige, il me semble, à embarquer dans la réflexion des agronomes sur les modèles agricoles à défendre ou à articuler cette dimension politique qui reconnaît à tous le droit de participer à la construction de ce qui fait projet, collectivement, pour l’agriculture et pour l’agronomie.


Enfin, une autre dimension familière aux designers pourrait être utile aux agronomes dans leur quête de renouvellement, celle de la dimension sensible des objets conçus. Je l’ai évoqué plus haut, le design embarque une dimension esthétique, qui ne doit pas prédominer sur toutes les autres mais qui existe bien. Or c’est une dimension qu’on a peu considérée en agronomie. Du moins en a-t-on trop peu parlé dans le champ de la recherche et du développement. S’intéresser aux apports potentiels du design pour l’agronomie peut être une occasion de re-problématiser le rapport sensible, aussi bien esthétique qu’identitaire que l’on peut avoir avec les objets agronomiques. Le champ, le paysage, le territoire sont marqués par les choix d’espèces ou de races, d’architecture de plantes pérennes, d’aménagements hydrauliques ou fonciers et ceux, moins visibles, qui en découlent (sol, flore et faune sauvages, etc). Les arrangements créés par ces objets sont complexes et parfois malmenés par les évolutions de l’agriculture. La dimension  sensible fait partie de cette complexité et reste à redécouvrir, on en voit des traces dans la permaculture par exemple
(e.g. Ferguson and Lovell, 2014).

 

Un des endroits où l’on peut voir l’hybridation entre design et agronomie fonctionner et aider à affronter des questions nouvelles (ou, tout du moins, plus vives qu’elles ne l’étaient auparavant), c’est dans le design territorial qui fait l’objet de ce numéro spécial. Pour certains, le territoire est un objet spécifique à concevoir, c’est l’échelle à laquelle se déploie le processus de conception (e.g. Lardon, 2013 ; Audouin et al., 2018) notamment en matière d’innovations agroécologiques qui débordent souvent de l’échelle du champ ou de l’exploitation. Pour d’autres, il est présent dès lors que l’on se pose la question de concevoir un système de culture ou il apparaît dès lors que les enjeux dont découle ce nouveau système de culture sont territoriaux (e.g. Boiffin et al., 2014 ; Chantre et al., 2016 ; Prost et al., 2018). Les textes de ce numéro donneront à voir la diversité des façons dont l’agronomie mais aussi d’autres disciplines se sont saisis de ce concept de design territorial. Dans tous les cas, le territoire est un des objets privilégiés pour faire vivre les questions vives dont je parlais plus haut : comment faire émerger un projet collectif, comment ouvrir et embarquer l’ensemble des dimensions que recouvre le territoire, y compris ses dimensions sensibles, comment être génératif à l’échelle du territoire, comment entremêler une vision relative au futur au réel des territoires, etc.

 

Perspectives

 

Tirer des parallèles entre design et agronomie, cela peut sembler…folklorique. J’espère avoir montré dans cet article, par quelques exemples, que cela a au contraire un sens et une utilité, au vu de la nature ingénierique de l’agronomie, c’est-à-dire son engagement dans l’action, au vu également des challenges auxquels l’agronomie et l’agriculture font face aujourd’hui. Les travaux sur le design constituent une source de réflexion pour les agronomes à s’approprier. C’est le pari fait par de plus en plus d’agronomes, notamment au sein du réseau IDEAS (Initiative for Design in Agrifood Systems[1]), dans le RMT Systèmes de culture Innovants et dans bien d’autres collectifs encore. D’autant qu’il ne s’agit pas que de penser uniquement ce que le design peut apporter à l’agronomie. L’agronomie peut également contribuer aux travaux sur le design : nos cas d’étude et nos objets d’intérêt ont des particularités qui sont susceptibles d’enrichir des travaux souvent construits à partir du monde industriel. C’est là un challenge – de plus – à relever !

 


[1] Pour plus de détails, voir le site https://www6.inra.fr/ideas-agrifood qui sera opérationnel début 2019 ou me contacter.


Notes

[1] Ma formation d’agronomie ainsi que les terrains sur lesquels j’ai pu travailler font que je limite mon propos à l’agronomie au sens strict. Pour autant, il me semble que la zootechnie est susceptible de trouver un intérêt au design au même titre que l’agronomie.

[2] Je reviendrai dans la partie suivante sur la définition du terme de design et de conception et les nuances qu’on peut faire entre ces termes.

[3] Pour distinguer le mot français design et le mot anglais, je mettrai dans la suite le terme design en italique lorsque je ferai référence au mot anglais.

[4] Formation de l’idée, but, intention, visée

[5] Une traduction plus proche du terme anglais serait de parler de problèmes « malicieux » !


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