Soutenir la transformation du travail en agroécologie
Des collectifs de pairs qui favorisent l’induction et le développement de l’enquête des agricultrices et agriculteurs
Celina Slimi *, Marianne Cerf**, Lorène Prost**, Magali Prost***
* INRAE UERI Gotheron, F-26320 St-Marcel-Lès-Valence
** Université Paris-Saclay, INRAE, AgroParisTech, UMR SAD-APT, 75005, Paris
*** CREAD EA3875, Université de Bretagne Occidentale, Brest, France
Résumé
L’agroécologie modifie considérablement la manière de faire, penser et apprécier le travail agricole. Ces modifications interrogent, en retour, la façon d'accompagner les agriculteurs. Les pouvoirs publics comme la littérature scientifique ont soulevé le rôle important des collectifs de pairs dans le soutien de la transition agroécologique. Nous avons exploré la manière dont les échanges d’expériences influencent l’activité concrète des agriculteurs. Nous montrons par la mobilisation de la théorie de l’enquête au sens de Dewey que c’est lorsque les contenus échangés entre pairs viennent nourrir le processus d’enquête, là où l’agriculteur se trouve dans son cheminement, que ces contenus sont effectivement saisis et deviennent un soutien à la transition. Ce travail propose de penser l’accompagnement et la formation des agriculteurs et de celles et ceux qui les accompagnent au prisme du soutien à l’enquête.
Mots-clé : transition agroécologique, pairs, situation de travail, enquête
Abstract
Agroecology is considerably changing the way of doing, thinking and appreciating agricultural work. These changes question the way we support farmers. Both public authorities and scientific literature have highlighted the important role of peer groups in supporting the agro-ecological transition. Thus, we want to understand the way in which peers experiences exchanges influence the practical work of farmers to help us think about the support that needs to be developed. To grasp what is at stake in the influence of peers, we have mobilised the theory of Inquiry of John Dewey. This theory enables us to understand the process of transforming the farmers’ experience as a process of problematisation rooted in action, actualised through action and also bringing into play values and what the subject holds dear. Through the study of two groups of farmers, we have shown that, by committing themselves to the agro-ecological transition, farmers engage in a series of inquiries into situations that emerge in the course of their work. We also show that it is when the content exchanged between peers feeds into the process of inquiry, at the step where the farmer is on her or his pathway, that this content is effectively grasped and becomes a support for the transition. Peer support is also part of the transaction between the individual and their environment, so that a dialogue is established between potential solutions and the conditions of the work situation by examining the consequences, projected or concrete, and their appreciative or depreciative value, which involves what the individual cares about. This work proposes a framework to think about the support and training of farmers and extension services through the prism of inquiry and its scaffolding.
Keywords : agroecological transition, peers, work situation, inquiry
Contexte de l’étude
L’agroécologie modifie considérablement la manière de faire, penser et apprécier le travail agricole (Girard, 2014; Mayen, 2014; Coquil et al., 2018a; Chizallet et al., 2020a). L’incertitude dans la gestion de tels systèmes agricoles appelle à un changement d’imaginaire afin de passer d’une posture de « maîtrise totale » à celle « de faire avec » (Brugnach et al., 2008; Lémery, 2009; Magda et al., 2021). De fait, favoriser les processus écologiques (Moneyron et Blouet, 2005) peut avoir comme conséquence d’augmenter considérablement la charge cognitive, émotionnelle, conative et corporelle du sujet, de sorte qu’il devient peut-être plus difficile pour le sujet de se constituer des routines pour anticiper et organiser l’action (Cerf and Sebillotte, 1997). De telles modifications interrogent, en cascade, la façon d'accompagner les agriculteurs dans la transformation de leurs activités constamment renouvelées par l’agroécologie.
Les agricultrices et les agriculteurs naviguent dans un système complexe, peu ou pas cloisonné, qui inclut autant leurs façons d’agir et de penser que leurs comportements et valeurs. De nombreux auteurs (Meynard et al., 2012; Chantre et al., 2013; Coquil et al., 2014; Chantre et al., 2015; Chizallet et al., 2020a) pointent que les agriculteurs, en transition vers l’agroécologie doivent être soutenus sur le temps long d’un processus de reconception de leur système de travail. Certains auteurs se sont intéressés à la transition professionnelle de l’agriculteur (Coquil et al., 2017) ou/et à la façon dont les agriculteurs reconçoivent leurs systèmes tout en faisant évoluer ce qui orientent leur action (Chantre et al., 2015 ; Chantre et al. 2013). Si ces travaux comme d’autres (Chantre et al., 2013; Blesh and Wolf, 2014; Cooreman et al., 2018; Mawois et al., 2019; Skaalsveen et al., 2020; Rust et al., 2021) pointent l’importance des collectifs de pairs dans ce processus de reconception et de soutien à la transition agroécologique, ils ne précisent pas la façon dont s’opère un soutien effectif de ces collectifs pour permettre à l’agriculteur d’articuler dans le temps et dans son environnement, les moyens et les fins qu’il se donne.
Ces collectifs sont perçus dans la littérature comme des espaces de partage d’expériences et de ressources pour surmonter les incertitudes et les situations problématiques provoquées par l’engagement dans la transition agroécologique (TAE). La manière dont le partage d’expériences agit concrètement dans les TAE des agricultrices et des agriculteurs est en revanche peu étayée par des travaux de recherche. C’est à partir de ce constat que nous avons entrepris d’étudier l’articulation entre les échanges au sein d’un collectif de pairs et la TAE des agriculteurs. Ainsi, nous nous sommes intéressées au soutien des collectifs de pairs en agriculture pour comprendre la manière dont les échanges d’expériences influencent l’activité concrète des agriculteurs. Nous avons entrepris une revue de littérature pour comprendre la manière dont la recherche saisit le rôle du collectif de pairs dans l’accompagnement du changement (Slimi et al., 2021). Les collectifs d'agriculteurs sont étudiés par de multiples approches : de l'analyse structurale des réseaux sociaux (Isaac et al., 2007; Compagnone and Hellec, 2009) à des approches plus qualitatives (Kilpatrick et al., 2003; Kroma, 2006; Ingram, 2010; Morgan, 2011; Lucas et al., 2019). Néanmoins, il reste difficile de comprendre concrètement comment s’opère l’influence des échanges entre pairs dans le cours de la TAE des agriculteurs. L’objectif de notre étude est de saisir autant ce qui est échangé dans les collectifs que la manière dont cela est saisi par l’agricultrice ou l’agriculteur dans sa situation de travail. Cette articulation est au cœur de notre travail. À partir de là s’est posée la question des cadres conceptuels et méthodologiques à construire pour éclairer cette articulation. Notre étude permet d'éclairer ces questions en proposant un cadre méthodologique original qui s’inspire de la philosophie pragmatiste de John Dewey.
Les agricultrices et les agriculteurs enquêtent sur leurs situations de travail
Pour ce faire, nous nous sommes intéressées à la théorie de l’enquête (Dewey, 1938). Cette théorie permet d'abord de considérer le lien étroit entre les individus et leur environnement (matériel, social, agro-écosystémique, familial, économique …) au travers de la notion de “situation”. Utiliser cette notion, c’est revendiquer que ce qui nous intéresse n’est plus uniquement la situation agronomique comprise au travers du système de culture, de l'itinéraire technique ou des caractéristiques de l’exploitation de l’agriculteur, mais à la relation agriculteur-environnement. Cette relation englobe autant l’action de l’agriculteur sur son environnement que l’action de l’environnement sur l’agriculteur au travers de la perception des conséquences de son action. Cette transaction entre l’agriculteur et son environnement façonne le sens qui est donné aux éléments de la situation, la manière dont ces derniers font contrainte ou opportunité et la manière dont ils vont être chargés de sens de sorte à être perçus comme positif ou négatif (ou attractif ou répulsif). Ainsi nous proposons de saisir le travail de l'agriculteur dans le contexte de l’agroécologie au travers de cette notion de situation pour comprendre comment se transforme cette situation et quel rôle les pairs y jouent.
Pour Dewey, la transformation de la situation advient quand un individu est confronté à une situation indéterminée, perturbante, troublante, ambiguë, obscure. Cette indétermination est le fruit de divergences avec la routine de travail ou avec ce qui est considéré comme vrai, d’un manque ou abondance de ressources pour gérer un nouveau phénomène, d’un échec d'adaptation des moyens aux fins et inversement, de conséquences imprédictibles de l’action, etc. Cette indétermination n’est pas purement intellectuelle mais se construit bel et bien dans la transaction entre le sujet et son environnement. Elle engage une activité de “valuation” (Bidet et al., 2011), terme qui rend compte de ce à quoi tient l’agriculteur, ce qu’il désire ou ce qu’il lui fait peur… Cette transformation prend ensuite la forme d’un processus d’enquête c’est-à-dire que les individus entrent en quête de ce qui fait problème et peut faire solution dans la situation. Ils expriment des idées et hypothèses, élaborent des raisonnements par rapport aux conséquences de ces idées de manière concrète… Si la situation est satisfaisante, revient à l’équilibre et atteint une fin désirable et réalisable, alors l’enquête prend fin et l’expérience de l’individu se trouve transformée. Si ce n’est pas le cas, l’enquête se poursuit et c’est ainsi qu’émergent plusieurs boucles d’enquête jusqu’à l’atteinte d’une situation satisfaisante et équilibrée. Ainsi, nous proposons de penser la transformation des situations de travail des agriculteurs et agricultrices dans le contexte de l’agroécologie comme une série d'enquêtes que mène l’agriculteur sur ses situations de travail suite à une indétermination.
Ce postulat nous permet d’envisager les collectifs de pairs au travers du soutien potentiel au processus d’enquête de leur collègue. Ainsi, nous avons abouti à la formulation de deux questions de recherches qui ont guidé notre travail :
- Comment les pairs induisent ou étayent le processus d’enquête de l’agriculteur ?
- Comment l’enquête des agriculteurs évolue et quel rôle effectif y jouent les pairs ?
Construction du corpus de données
Pour répondre à ces questions, nous avons travaillé avec deux groupes d’agriculteurs :
- Le collectif A : fondé en 2015 en association, ce groupe est composé principalement de céréaliculteurs du réseau BASE (Biodiversité Agriculture Sol Environnement) avec environ 15 membres géographiquement dispersés dans trois départements du Centre-Est de la France. Ces derniers sont chefs d’exploitation issus du milieu agricole, seuls ou en GAEC, sur des surfaces allant de 105 à 670 ha et des activités plus au moins diversifiées (atelier d’élevage, atelier de maraîchage, prestation de stockage, etc.). Ce groupe s’est formé autour de l’ambition de « tester toutes les pratiques possibles pour faire de l’agriculture durable » sans a priori technique et tout en maintenant une rentabilité économique. Le groupe organise des journées d’échanges sous forme de visites de fermes des membres ou des journées de travail autour de besoins de formations internes et des projets de montage de filière courte. Les membres du groupe se rencontrent aussi, par proximité géographique et/ou interpersonnelle, pour échanger des semences, faire des démonstrations de matériels, partager du matériel ou s’entraider sur des chantiers (ex. faire les foins).
- Le collectif B : il s’agit d’un groupe WhatsApp (WA) lancé en 2018 par un acteur d’une coopérative agricole pour mettre en lien plusieurs groupes d’agriculteurs et agricultrices engagé⸳s dans le plan ECOPHYTO via le réseau DEPHY et plus tard des Fermes 30 000. Ces agriculteurs ne se connaissent pas nécessairement et sont répartis sur trois départements dans l’ouest français. Ce groupe WA regroupe une centaine de participants : les agricultrices et agriculteurs en grandes cultures et polyculture élevage engagé⸳es dans le plan ECOPHYTO, des conseiller⸳es engagé⸳es ou non dans l’animation de ces groupes, des expert⸳es intervenant lors des formations de ces groupes (des agriculteurs pionniers, des agronomes, des spécialistes de la biodiversité, etc.). Les membres du groupe échangent en publiant des photos ou des vidéos de leurs pratiques intéressantes en lien avec la saisonnalité du travail agricole.
Dans l’objectif de saisir la manière dont les collectifs de pairs soutiennent la transition agroécologique des agriculteurs, nous avons déployé deux dispositifs différents pour les deux groupes pour prendre en compte la singularité des formes d’échanges en jeu. Pour le collectif A, nous avons 1) suivi et enregistré les échanges entre pairs et les avons retranscrits pour effectuer une analyse qualitative, et 2) suivi quatre agriculteurs du collectif en menant des entretiens compréhensifs sur leurs situations de travail et la manière dont ce qui s’échangeait dans le collectif entrait en résonnance avec leur situation. En ce qui concerne le collectif B, nous avons procédé d’abord par un questionnaire sur l’intérêt que rencontraient les membres à l’échange via la plateforme WA, puis nous avons effectué des entretiens avec des conseillers et des agriculteurs pour approfondir ce sujet en intégrant davantage la situation de travail dans laquelle était pris l’agriculteur au moment de l’entretien, et nous avons également extrait les messages du WA pour procéder à une analyse qualitative.
Résultats
Les collectifs de pairs soutiennent potentiellement une rupture dans le statu quo du travail de l’agriculteur et de l’agricultrice
Un premier axe de travail, développé sur les données collectées auprès du collectif B, a concerné la façon dont les échanges entre pairs sont susceptibles d’initier l’enquête. Comme les échanges sur fil WhatsApp sont assez courts et centrés sur une photo, nous avons cherché à savoir non pas comment ces échanges soutiennent une enquête sur la situation de travail, mais comment ils soutiennent une indétermination ou une rupture dans le statu quo de la situation de travail. Pour ce faire, nous nous sommes inspirées d’Hutter et Farías (2017) qui ont mobilisé la théorie de l’enquête pour réfléchir à la manière d’induire l’indétermination dans le domaine culturel. Au travers de notre étude, nous avons identifié trois moteurs potentiels pour induire de l’indétermination dans les situations de travail des agriculteurs (Slimi et al., 2023) :
- Configurer un espace qui abrite des opportunités de rupture : la manière dont se structure socialement un espace peut participer à ouvrir une opportunité pour les agriculteurs de se confronter à autrui (différents profils, différents engagements dans la TAE, différents rapports à l’expérimentation). Il agit aussi comme un artefact intermédiaire au travers du partage instantané de contenu et participe à construire ou maintenir, suite aux formations notamment, des liens avec certains objets auxquels sont exposés les agriculteurs du fil. Par exemple, des agriculteurs qui partagent des photos autour de la macération de plantes suite à une formation sur le sujet ont suscité un intérêt d’autres agriculteurs pour suivre la même formation. Ce cadre est aussi construit de sorte à regrouper un écosystème d’accompagnement avec autant les conseiller⸳es des agriculteurs que les expert⸳es qui interviennent dans leur formation. Cette configuration participe à la réassurance des agriculteurs par rapport au risque du changement mais aussi à créer un continuum entre les formations et le conseil individuel sur les fermes par l’intermédiaire du WhatsApp. Ici l’animateur joue un rôle important dans la configuration sociale du groupe mais aussi en impulsant une dynamique autour du partage instantané de contenus.
- Donner accès à la variabilité des pratiques “innovantes” et des significations nouvelles : au travers de ce qui est partagé, le groupe participe à montrer à l’agriculteur la variabilité des opérations, des modalités spatio-temporelles, des contextes de culture, etc. pour donner à voir les différents possibles de conduite culturale. Cette variabilité participe à impulser potentiellement des remises en question de ses manières de penser la conduite d’une culture pour engager un « désirable » qui s’inscrit dans la TAE. Ce partage de contenu participe aussi à montrer comment certains objets agronomiques peuvent être perçus positivement et ainsi montrer différentes significations que peuvent englober certains objets. Dans notre cas, les couverts végétaux sont perçus négativement par certains agriculteurs et leur sens renvoie à une contrainte liée à la réglementation sur les nitrates. Alors que dans le fil WA, les couverts végétaux sont considérés comme un atout agronomique pour améliorer les problèmes d’érosion et de fertilité des sols, ce qui participe à ouvrir l’horizon de significations de certains objets agronomiques.
- Proposer un récit pour la profession agricole en cohérence avec la TAE : en mobilisant un ensemble d’interprétations et de justifications « alternatives » du travail agricole, l’animateur permet de promouvoir de nouvelles valeurs et règles de travail sans pour autant interdire l’expression des valeurs et règles pratiquées “actuellement” par les agriculteurs. Ce discours permet ainsi de soutenir les désarticulations en cours dans la profession agricole qui peuvent être source de blocage du fait de l’inconnu et des risques pour l’activité productive que peut signifier la TAE. Parmi ces éléments qu’on retrouve dans le discours de l’animateur, il y a : l’accent sur la convergence entre améliorations des performances économiques et transition agroécologique, l’importance de la formation et de l’expérimentation dans le processus de transition, l’amélioration de la structure des sols comme axe de travail central, la valorisation de la diversité des systèmes et des stratégies agricoles : agriculture de conservation, agriculture biologique, polyculture-élevage, etc.
Se poser la question du potentiel d’indétermination porté par le collectif est une voie qui peut se révéler intéressante pour élargir notre vision du soutien du collectif, au-delà de la vision diffusionniste de solutions innovantes. L’animateur du collectif B participe à entretenir, dans la durée, une tension structurante qui a pour objectif de stimuler l’indétermination dans les situations des agriculteurs tout en maintenant une forme de continuité avec l’existant pour que cette tension reste soutenable. Ce travail de stimulation de l’indétermination est intimement lié au soutien d’une appréciation positive et attrayante de la TAE. Ainsi, il s’agit d’investir davantage le débat de valeurs en jeu dans la TAE des agricultrices et agriculteurs dans l’accompagnement proposé par l’animateur.
Les collectifs de pairs : un soutien possible mais jamais garanti de l’enquête de leurs collègues
Grâce au travail réalisé sur les données collectées dans le collectif A, nous montrons que ce soutien de l’enquête s’inscrit dans un échange sur la situation de travail de l’agriculteur et à partir d’éléments des situations de travail de chaque agriculteur, c’est le partage d’expériences. Nous avons développé un cadre d’analyse original pour rendre compte de la manière dont les pairs soutiennent l’enquête d’un agriculteur (Slimi et al., 2022) au prisme de la notion d’étayage (Bruner, 1983). L’étayage, notion initialement développée dans des situations de tutorat (Wood et al., 1976), est définie comme l’ensemble des moyens que met en œuvre un individu pour guider un autre individu dans la réalisation d’une tâche, que ce dernier n’aurait pu réussir seul (Bruner, 1983). Ainsi, l’étayage est mis en place pour réduire la charge cognitive de l’individu réalisant la tâche. Mayen (2002) par exemple s’intéresse en particulier au rôle des autres dans l’étayage de l’activité d’un sujet comme une aide à “l’identification du but à atteindre et des anticipations à opérer, à la sélection des informations pertinentes et à leur catégorisation, au réglage de la conduite par la validation ou la présentation de règles d’action, de prise de l’information ou de contrôle, au réglage des raisonnements” (p. 97).
En nous inspirant de ces travaux, nous proposons d’analyser cet étayage au travers de trois aides pour soutenir l’enquête. Nous nous appuyons sur l’exemple de Michel qui a soumis sa situation problématique à ses pairs lors d’une visite de ferme chez lui. Sa situation problématique est liée au début d’une activité d’élevage de brebis pour la vente d’agneaux au cours de laquelle Michel est confronté à une difficulté de les nourrir. Pour lui, il ne peut nourrir ses moutons qu’avec les couverts d’interculture pour ne pas diminuer ses surfaces de culture de rente mais cela reste insuffisant.
Le tableau 1 permet d’illustrer les trois aides identifiées au travers des propositions des collègues de Michel.
Le type d’aide | Description | Exemple pour la situation problématique de Michel |
Une aide à la problématisation | c’est aider à comprendre ce qui fait problème en donnant des pistes pour répondre à pourquoi la situation est perturbante, trouble, ambiguë. | “C'est compliqué à mettre en place le système en plein air, il te faut de la bouffe d'avance... en sec, du foin quelque chose. Un mois de neige, il faudra bien les nourrir” |
Une aide à la résolution | proposer des idées qui pourraient résoudre la situation problématique en donnant des pistes sur ce qui peut débloquer, résoudre et permettre de retrouver une situation satisfaisante. | “Après il faut que tu refasses de la culture d'été pour avoir des couverts au printemps… ” |
Une aide à la structuration de la situation | structurer ce qui est proposé avec l’existant en intégrant ce qui est proposé comme données du problème ou idées de solutions dans la situation de travail de l’agriculteur telle qu’elle est perçue. | “ Si tu veux réduire ta surface de prairies temporaires pour faire des cultures d'été, parce que tes couverts peuvent aller loin jusqu'au mois de mai. ” |
Tableau 1 : l’étayage de l’enquête par les pairs au travers de trois types d’aide.
Il y a dans l’étayage de l’enquête l’idée de s’inscrire dans la situation de l’agriculteur là où l’enquête est en suspens. Étudier l’étayage des pairs à l’enquête de leurs collègues permet de rendre compte de la manière dont les différents éléments de la situation sont manipulés pour construire ce qui fait problème ou ce qui fait solution.Néanmoins, cet étayage n’est potentiellement « efficace » que lorsqu’il vient s’inscrire dans la relation agriculteur - environnement en établissant des liens entre ce qui est présent et absent de la situation de travail. Dans notre cas d’étude, Michel approuve l’idée de rallonger les cycles de couverts en mettant en place des cultures d’été comme le tournesol ou le soja. Il prend conscience également qu’il a négligé la question de la constitution de stocks de fourrage en amont, ce qui a permis d’élargir la définition du problème réduite à la question des couverts végétaux. D’autres idées ont été partagées lors de la visite comme l’idée de mettre en place plus de prairies de luzerne. Néanmoins, elles n’ont pas été prises en compte par Michel comme elle ne correspondait pas à la manière dont il pense sa situation (contrainte liée au maintien de ses surfaces de cultures de rente) et in fine la manière de penser ce qui fait problème ou solution.
Le soutien des pairs est effectif quand il s’inscrit dans l’enquête de l’agriculteur
Pour terminer, nous avons cherché à retracer finement comment les échanges alimentent l’enquête en cours d’agriculteurs et participent à la transformation de la situation de travail.
Nous avons proposé un cadre d’analyse permettant de comprendre comment des éléments qui ont émergé pendant les échanges entre pairs ont été intégrés au processus d’enquête d’un des agriculteurs du collectif A, Michel, avec sa problématique sur l’alimentation des brebis. Le cadre, schématisé dans la figure 1, propose de suivre le dialogue que construit l’agriculteur entre les conditions de sa situation (le pôle expérientiel) et les idées envisagées comme solution (le pôle idéel), et la manière dont il procède à l’appréciation de cette relation à travers l’induction des significations et des conséquences des idées explorées dans son enquête. Le tableau 2 décrit davantage ces différentes composantes.
Catégories | Définition | Exemples |
Le pôle expérientiel | Ce pôle se compose des éléments caractérisant la situation, les connaissances et les expériences antérieures du sujet. | « Avant dans mon système, les couverts il fallait qu’ils soient détruits au 15 février, parce que je revenais avec des cultures » |
Le pôle idéel | Ce pôle se compose des suggestions, hypothèses, projections que fait le sujet ou ses pairs pour lever l’indétermination de sa situation. | « En faisant, une culture de tournesol, que tu ne sèmes pas avant le 20 avril […], tu dois allonger trois cycles de couverts » |
Signification et conséquences
| Les objets sont chargés de sens en lien avec des faits observés, des moyens ou des conséquences d’une action. Celles-ci peuvent être projetées ou effectives, elles résultent de la conduite des objets pris comme moyens pour lever l’indétermination de la situation. | « C’était mission impossible de faire du soja chez moi, par rapport au sol [....] il faut recouper la parcelle et dans le reste tu fais autre chose, ça bouleverse quand même l’assolement » |
L’appréciation (ou dépréciation) immédiate | Attitude liée à la reconnaissance des caractéristiques d’un objet et à l’anticipation des conséquences d’une conduite. Elle engage le sujet dans une « action » de priser, désirer, chérir, etc. ou leur contraire, donnant à voir ce à quoi il tient. | “J’ai essayé le trèfle incarnat et il repousse de ça, et ça fait une pauvre tige et ce n’est pas assez pour nourrir les moutons” |
Fin-en-vue | La formulation d’une direction à atteindre (ce qu’on souhaite voir advenir avec la situation) qui met en jeu un désir lorsqu’émerge quelque chose qui fait question. Les moyens de l’action entrent dans la constitution même des éléments de la fin-en-vue. | “ L’idée ça serait de faire un sarrasin en deuxième culture, à l’automne je sèmerai beaucoup de méteil, je fais l’enrubanné. Le sarrasin je peux le semer entre 20 avril et le 25 mai, ça me laisse un mois pour faire la récolte de l’enrubanné.” |
Tableau 2. Description des composantes conceptuelles permettant de décrire le dialogue que construit l’agriculteur entre le pôle idéel et le pôle expérientiel lors d’une enquête.
Nous illustrons l’analyse que nous avons réalisée par la figure 2. L’analyse montre que bien que les pairs n’aient pas pris directement part à la délibération, nous retrouvons dans le pôle expérientiel des éléments d’échanges avec les pairs (antérieurs au travail de suivi du groupe dans l’étude actuelle) qui ont pris sens dans la situation problématique de Michel pour orienter sa délibération (ex. mettre en place une culture de luzerne pour maîtriser les repousses de sarrasin). Ce point montre combien le soutien des pairs est à comprendre dans la manière dont se saisit l’agriculteur des éléments échangés au cours de son enquête. La contribution des pairs n’est pas transposée directement à la situation de Michel, les objets acquièrent à chaque fois une signification renouvelée au regard de la situation de Michel. Les échanges entre pairs participent à cette dynamique en contribuant au pôle idéel (ex. proposition de mettre en place des cultures d’été) ou expérientiel (ex. expérience sur la culture du tournesol d’un collègue), ainsi qu’à l’induction de significations et conséquences (ex. les associations de culture comme une couverture optimale et adaptative du sol). L’analyse de ces mouvements est une manière de saisir ce qui fait “environnement” pour l’agriculteur au moment de la re-configuration de sa situation à travers la re-qualification des objets de sa situation. Les significations données aux objets, initiées par l’échange entre pairs, sont ainsi actualisées à travers d’autres caractéristiques ou informations issues de la transformation de la situation. Dans notre cas, la signification des couverts végétaux a évolué au cours de l’enquête : d’un objet agronomique utile à la structure des sols, à une source d’alimentation pour les brebis puis à un objet central dans la répartition spatio-temporelle des cultures.
Par ailleurs, la considération de la valuation au travers l’appréciation des conséquences nous permet d’avoir des éléments sur ce à quoi tient l’agriculteur. La valuation permet de comprendre pourquoi dans certains cas les échanges entre pairs ne sont pas propices à produire un soutien effectif dans la situation. Ces résultats invitent ainsi plus largement à considérer la capacité d’enquête des agriculteurs. L’engagement de l’agriculteur dans un processus d’enquête n’est pas que le fait de sa volonté mais d’un ensemble de conditions qu’il est nécessaire de conscientiser dans un processus d’accompagnement.
Des pistes concrètes pour construire un accompagnement des agricultrices et agriculteurs dans leur travail
Notre travail complète les études concernant le rôle des groupes de pairs dans la transformation du travail et l’acquisition de nouvelles expériences. Comme étudié dans Slimi et al., (2021), la plupart des travaux peinent à construire une articulation entre l’étude des transitions agroécologiques à l’échelle individuelle et les dynamiques collectives notamment celles d’échange d’expériences. Notre travail est donc une proposition conceptuelle et méthodologique pour amorcer d’autres travaux de recherche-action pour comprendre et transformer les situations des agricultrices et agriculteurs en s’appuyant sur le sujet et le collectif, ensemble.
Le cadre de l’enquête pour construire une démarche d’accompagnement global du travail
Notre recherche appuie l’idée qu’élaborer l’accompagnement des agricultrices et agriculteurs au travers du partage de solutions ou de pratiques dites innovantes n’est pas suffisant. L’accompagnement à construire est dans le soutien d’une enquête en cours ou à induire et cela implique de saisir où l’agriculteur se situe dans son cheminement. Accompagner ce cheminement, c’est accompagner le travail en transition de l’agriculteur pour parvenir à ses fins dans un environnement avec lequel il doit composer de façon renouvelée pour les atteindre. Nous pensons que cela définit une compétence clé pour les conseiller⸳es. Il s’agit par exemple de développer un questionnement des situations de travail en cours de l’agriculteur afin d’expliciter ses préoccupations, le sens qu’il construit des éléments de son environnement et la manière dont cela influence ses façons d’agir. Ce point de vue permet de décaler le/la conseiller⸳e d’un rapport strictement technique et analytique centré sur le système agricole vers un point de vue centré sur le vécu par l’agriculteur de sa situation de travail. Par ailleurs, la mobilisation de la théorie de l’enquête nous pousse à pointer l’intérêt d’une démarche qui mêle accompagnement collectif et individuel. La mobilisation du collectif pour une visite de ferme ou une réunion sur une question spécifique reste un moment ponctuel par rapport à un processus d’enquête. Ainsi il nous semble important de proposer plusieurs espaces d’étayage de l’enquête pour donner l’opportunité aux agriculteurs d’être soutenus là où ils se trouvent dans leur cheminement. C’est un changement de paradigme car il s’agit de penser l’accompagnement depuis le vécu de l’agriculteur et ce qu’il retient des situations, ou dit autrement depuis les situations de travail qui engagent une enquête des agriculteurs et non depuis les solutions et innovations agricoles à diffuser.
Comprendre et analyser le travail à partir de la situation de l’agricultrice et de l’agriculteur
Notre travail participe à construire des approches des situations de travail qui s’émancipent de catégories forgées par les agronomes (ex. système de culture en agronomie) pour étudier la situation du point de vue du/de la professionnel⸳le. Cette approche du travail permet d’embarquer plusieurs dimensions du travail (organisation, sens, rapport à la nature et au temps …) de sorte à soutenir l’agriculteur dans leur articulation sous l’effet de la transaction du/de la professionnel⸳le et de son environnement agroécosystémique, social, matériel et économique. Ainsi, nous proposons de penser la transition agroécologique comme un processus d’enquête au travers duquel se transforme la situation de travail, et in fine l’expérience de l’agricultrice et de l’agriculteur. En effet, au travers de l’enquête de Michel, l’action comme le sens donné aux objets de la situation (ex. couverts, élevage, association, etc.) et la manière dont il les apprécie sont en reconfiguration. Ce processus est ainsi un moment propice dans le cours du travail de l’agriculteur pour renouveler ce qui fait environnement pour lui en induisant de nouvelles significations pour les objets, et in fine transformer la situation de travail. Ainsi, il y a un enjeu pour l’agronomie et plus largement pour le développement agricole à disposer d’un cadre qui lui permette d’avoir une compréhension de la transformation des situations de travail c’est-à-dire la reconfiguration systémique des différentes dimensions du travail. Le cadre de l’enquête pointe que la situation de travail est un ensemble organisé par la transaction du/ de la professionel⸳e et de son environnement et ce à quoi il ou elle tient. Il met donc en lumière comment travailler les objets agronomiques (ex. couverts, cultures, troupeau de brebis, etc.) du point de vue de cette transaction.
Les pairs peuvent être un soutien, plus ou moins direct, à la transformation des situations de travail, en faisant part des significations dont sont chargés les objets de leurs situations respectives. Dans ce sens, la situation est autant la finalité que le moyen par lequel se construit l’échange. C’est une finalité car les agriculteurs, par l’échange, tentent de construire un sens à la situation (observée ou racontée). C’est aussi un moyen, car l’échange se construit à partir du sens élaboré par l’agriculteur dans sa situation singulière. Ce n’est pas uniquement une recherche de solutions pour résoudre un problème énoncé par un des agriculteurs mais un processus d’analyse et d’élaboration collective du sens pour construire ce qui fait problème ou peut faire solution. Aussi dans l’animation de ces groupes de pairs, nous pensons qu’il est important de faciliter l’explicitation de la manière dont les agriculteurs conçoivent la situation de l’autre à partir de leur propre situation de travail et non uniquement de la situation agronomique. Il y a ici aussi une compétence à développer de la part de l’animateur pour préciser ce qui est dit et chercher à l’ancrer dans le travail : ce qui est bon/mauvais, ce qui est à changer, ce qui ne peut pas changer, quel impact sur quoi, quelle est la contrainte/opportunité et par rapport à quoi … plutôt que dans un discours type, cliché ou idéologique sur les réglementations par exemple. Il y a aussi un enjeu à s’inscrire dans une forme de continuité avec la situation de l’agriculteur pour soutenir son enquête et à s’appuyer dans l’échange sur des convergences « limitées » (Lorino, 2018) qui, potentiellement, aboutiront à des actions plurielles et situées. Dans le cas de Michel, l’échange entre pairs a soutenu la mise en place de couverts permanents dans les cultures d’hiver, de méteils en amont des cultures d’été et le pâturage ou l’enrubannage des méteils.
Développer une habitude d’enquête, une compétence à construire pour soutenir le travail en transition des agricultrices et agriculteurs ?
Plus largement, le monde de l’accompagnement des agriculteurs a produit énormément d’outils et de démarches dans l’objectif de soutenir les processus de transition des agriculteurs. Nous constatons néanmoins une forme de cristallisation autour de la forme de cet accompagnement, au travers d’ateliers de conception (Lacombe, 2018; Jeuffroy et al., 2022), jeux sérieux (Etienne et al., 2023), chronique du changement (Chizallet et al., 2020b), outils d'évaluation (Craheix et al., 2012), outils pour accompagner l’organisation du travail (Petit-Delecourt, 2018), etc. Loin de remettre en question l’utilité et l'efficacité de ces différents formats d'accompagnement, nous suggérons qu’il y a également une réflexion conceptuelle à mener sur le fond en interrogeant la manière dont ces outils contribuent à la transformation des situations des agriculteurs. Pour ce faire, nous proposons d’interroger la manière dont ces formats participent à construire une habitude de l’enquête (Bousbaci, 2020) c’est-à-dire une habitude de penser ancrée dans l’action qui consiste à douter, problématiser, rechercher des idées, construire un raisonnement vis-à-vis des conséquences et moyens de réalisation, définir des fins désirables et réalisables, etc. Entretenir une habitude d’enquête est d’autant plus importante que certaines autrices (Duval et al., 2021) ont montré que les agriculteurs qui ont adopté des pratiques agroécologiques ont peu anticipé les changements sur leurs conditions de travail. Ainsi, nous pensons qu’en plus des outils et démarches développées, il y a un enjeu à inscrire les différentes formes d’accompagnement dans une logique du soutien à l’enquête de l’agriculteur qui pourrait prendre place dans un processus long et itératif de conception pas-à-pas telle que développé par Meynard et al., (2023). Inscrire ce processus de conception pas-à-pas dans une logique d’enquête c’est choisir de resituer la façon d’envisager des solutions techniques à mettre en place, non seulement dans une évaluation de leur pertinence agronomique au vu de l’évolution de l’agroécosystème, mais aussi dans une démarche de construction par l’agricultrice et l’agriculteur du sens qu’il donne à la situation de travail pour atteindre une fin désirable et réalisable
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