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  5. 22 -Agriculteurs et agents de développement agricole dans la tempête

Agriculteurs & agents de développement agricole dans la tempête !

Les transformations des métiers et des dynamiques socioprofessionnelles face à des injonctions contradictoires

Compte rendu de la journée d’étude GERDAL - INRAE ACT : Paris, 30 novembre 2023

Claire Ruault*, Nathalie Hostiou**, François Kockmann***

* GERDAL, ** INRAE ACT, *** Association Française d’Agronomie

contact auteurs : c.ruault.gerdal@wanadoo.fr

doi.org/10.54800/das546

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Le département ACT (Sciences pour l’Action, les Transitions et les Territoires) d’INRAE et le GERDAL ont co-organisé une journée d’étude, le 30 novembre 2023, portant sur « Agriculteurs et agents de développement agricoledans la tempête »[1], à l’intention des chercheurs, agents de développement, enseignants et formateurs. L’objectif est d’interroger les transformations en cours dans les métiers et activités des agriculteurs et des agents de développement dans un contexte d’injonctions contradictoires sur les plans environnemental, sociétal, économique. Deux motivations animent les organisateurs : « La volonté de croiser et de réarticuler recherche et développement mais aussi de remettre l’agriculture et les agriculteurs au cœur des travaux en adoptant un regard qui relie les savoirs de la recherche et de l’action ». La journée vise à identifier des pistes de travail pour la recherche et le développement ; elle comprend trois séquences, relatées dans leur ordre chronologique.

Un temps d’exposés, centrés sur les vécus des agriculteurs

L’agriculture se caractérise par des accélérations notoires telles que l’agrandissement des exploitations, plus marqué en élevage qu’en céréales depuis 10 ans ; la tendance à la céréalisation avec en symétrie la régression, voire la disparition de l’élevage dans certains territoires, même si la concentration de l’élevage se poursuit dans d’autres territoires. Le monde agricole est aussi fortement marqué par des mutations sociales du travail : un vieillissement des exploitants, une crise de succession familiale en élevage, l’arrivée de candidats non issus du milieu agricole ; de fortes difficultés génératrices de mal-être voire de suicides. La féminisation, près d’un quart des chefs d’exploitation, ainsi qu’un accroissement du salariat, avec apparition de profils de managers d’exploitations qualifiées de firmes. Ces mutations conduisent à des métiers d’agriculteurs de plus en plus hétérogènes : organisation du travail, réalisation des tâches et leur nature, innovations très diverses (N. Hostiou).

Le contexte est qualifié de « tempétueux » car les agriculteurs sont confrontés à des injonctions politiques, économiques et sociétales peu articulées, voire discordantes selon les différentes échelles auxquelles elles se déclinent : territorialisation d’un côté, pour produire propre et sain ; libéralisation des marchés à l’échelle mondiale avec mise en concurrence et production à bas coûts de l’autre. Ils sont confrontés aussi à des injonctions d’innovation vs encadrement normatif ; confrontés enfin à la transition agroécologique présentée comme un impératif alors qu’il y a un décalage entre objectifs affichés et moyens associés. Outre les conséquences sur la faible visibilité de l’avenir de leurs exploitations et la difficulté à faire des choix stratégiques, les agriculteurs exercent leurs métiers dans une position sociétale globalement fragilisée, doublée d’un sentiment de perte de sens, voire de découragement face aux critiques. Ces difficultés sont vécues très différemment par les agriculteurs selon leurs modes de production, leurs niveaux de revenus, leur degré d’intégration avec les entreprises d’amont et d’aval, leur niveau de formation et leur réseau de relations. Au niveau des dynamiques socioprofessionnelles, certaines tendances se dégagent : la régression de la densité des liens locaux, les inégalités relatives à l’accès à des ressources de conseil, le rôle structurant des opérateurs amont-aval dans la configuration des liens, l’essoufflement des groupes. Toutefois les dynamiques de coopération entre agriculteurs ou avec d’autres acteurs varient singulièrement entre les territoires (C. Ruault).

Trois interventions sont ensuite déclinées sur des sujets spécifiques très contextualisés, illustrant certaines transformations du travail (coopération et conflictualité).  Le robot de traite en élevage laitier transforme radicalement la nature du travail, induit des exigences nouvelles de coopération locale et constitue une innovation intégrée en plateau préalpin où le lait est collecté en fruitière. Le robot ne paraît pas envisagé en territoire montagnard où prédomine le pastoralisme, la transformation et la vente à la ferme ; le robot est un révélateur des différences de représentations, normes et valeurs liées au travail entre ces deux espaces géographiques (T. Martin). Le récit de trois situations est focalisé sur l’analyse de la parole des acteurs. L’élevage de veaux sous nourrices revisite la question du bien-être animal où les éleveurs ne sont ni consultés ni considérés comme experts : la parole ne leur est pas donnée. La prédation lupine et les « morsures invisibles » infligées aux éleveurs et à leurs familles : les souffrances sont telles que le silence prime sur la parole. La cohabitation entre apiculteurs et agriculteurs où la parole des apiculteurs est parfois possible alors génératrice d’ajustements de pratiques par les agriculteurs, parfois retenue par crainte d’aggraver les désaccords. Dans ces trois situations, les agriculteurs sont confrontés à des « changements à bas bruits » aux antipodes du vacarme médiatique réservé à ces conflits (S. Petit, L. Dupré, N. Joly). Un autre focus porte sur la prise de parole publique quasi-impossible par les viticulteurs au sujet de l’usage des pesticides : le « piège » qui rend les viticulteurs sans voix, y compris ceux qui sont en bio, tient au constat qu’il leur est impossible de ne pas traiter la vigne. Or la médiatisation du sujet liée à son impact sur la santé ainsi que la gestion publique de l’usage de ces produits et de leurs effets postulant que le risque est contrôlé si les pulvérisations sont effectuées en respectant les « bonnes pratiques » font reporter la responsabilité de la dangerosité des produits sur les utilisateurs finaux, à savoir les agriculteurs et salariés. (J. Candau).

Les agents de développement dans la tempête, sujet d’une table ronde

Multiplicité d’acteurs et de structures intervenant sur ou autour de l’agriculture, plus ou moins coordonnés, voire en concurrence ; polarisation entre organismes, sur la base d’orientations politiques divergentes sur le devenir de l’agriculture ; financement des activités de développement agricole par appel à projet, etc. sont autant d’éléments qui caractérisent un contexte et un cadre de travail qui peuvent s’avérer inconfortables pour les agents de développement. Outre l’insatisfaction de ne plus pouvoir être suffisamment sur le terrain, ils sont confrontés à une tension entre une approche prônant la mise en avant du participatif (co-construction, aspirations des agriculteurs, etc..) et une logique diffusionniste visant à l’alignement des agriculteurs sur « les bonnes pratiques ». Toutefois les expériences capitalisées au GERDAL révèlent de fortes variantes selon les organismes et les dynamiques territoriales (C. Ruault). D’où l’intérêt de réunir autour d’une table ronde cinq agents[2] représentant une diversité de métiers, d’institutions et de territoires avec pour question centrale :  comment travaillez- vous avec les agriculteurs aujourd’hui ?

La synthèse des analyses et des retours sur la pratique, exprimés à plusieurs voix au cours de cette table ronde, conduit à identifier plusieurs idées force.

Une évolution marquante concerne l’arrivée de nouveaux profils d’agriculteurs, porteurs de nouvelles conceptions du métier. Un exemple en Chartreuse illustre deux profils d’éleveurs laitiers, dans l’incompréhension : les uns installés depuis plusieurs générations, souvent seuls après le départ en retraite du père, créateurs d’une coopérative de transformation avec un bon niveau de valorisation, et les autres, nouveaux arrivants, s’installant en couple avec un petit troupeau, en transformation directe sur la ferme sans adhérer à l’outil coopératif alors que sa pérennité est en jeu. Au sein des CUMA, outre les nouveaux profils d’agriculteurs qui ont notamment une conception différente du bénévolat, l’augmentation de la main d’œuvre salariée et l’évolution du rapport au travail conduisent à repenser leur fonctionnement, leur gouvernance et l’organisation des chantiers. La cohabitation entre agriculteurs en place sur des filières longues et nouveaux installés sur de petites surfaces, en maraîchage, petit élevage ou autre (avec souvent des difficultés d’accès au foncier en périurbain) pose la question d’animer le territoire en gardant une cohésion avec la recherche de thèmes fédérateurs. Par ailleurs, au-delà d’une hausse globale du niveau de formation des agriculteurs, un constat partagé : une multiplicité des sources d’informations mais une diversité de fonctionnement des agriculteurs pour aller chercher des informations, échanger sur leurs pratiques, capter des financements...

Une évolution des dynamiques collectives, caractérisée par l’apparition de nouveaux groupes informels et le rejet des groupes institutionnels et par les difficultés à réunir les agriculteurs en collectif sauf exceptions. Pourtant à l’expérience, les agriculteurs gardent une forte capacité à discuter en groupe professionnel. 

Il résulte des évolutions marquantes précitées la nécessité pour les agents de bien identifier les besoins auxquels les collectifs doivent répondre. En CUMA, le collectif répond à l’accès à du matériel adapté et performant mais aussi aux aspirations à partager les difficultés et à construire de nouvelles connaissances. La démarche d’accompagnement repose sur une approche globale et sur le long terme de l’exploitation, impliquant une diversité de profils de compétences et d’expertises, en partenariat avec les autres acteurs du territoire.  Toutefois les difficultés à mobiliser en collectif, à toucher au-delà des mêmes agriculteurs, à gérer la diversité au sein des groupes posent les questions des vecteurs de communication pour inciter les agriculteurs à se réunir. Elles soulignent aussi l’intérêt de mixer conseil individuel et accompagnement collectif, stratégie pertinente notamment pour mieux répondre à l’hétérogénéité des agriculteurs (profils, préoccupations, niveaux d’information, etc..). Quant au financement, si le conseil collectif est finançable dans le cadre des appels à projets, il est parfois difficile d’être en adéquation entre les exigences du financeur et les attentes locales des agriculteurs. Le conseil individuel, objet d’une prestation marchande, trouve ses limites avec les capacités de financement des agriculteurs. 

D’autres difficultés aggravent la tempête. Le turn-over des agents, repéré dans toutes les structures, impacte la qualité de la relation à instaurer dans la durée avec les agriculteurs, remet en cause la construction d’une équipe avec des conseillers chevronnés épaulant les plus jeunes et altère la capitalisation des expériences. Par ailleurs, le financement par Appels à projets (AAP) constitue un modèle économique inadapté pour pérenniser un dispositif de recherche de références sur la durée. La charge administrative de plus en plus lourde est assumée dans des conditions stressantes liées aux incertitudes des règles du jeu et du financement de certaines mesures, à la conscience de l’absurdité de certaines réglementations, au désarroi vécu par certains agriculteurs en réelle souffrance par rapport au travail administratif et aux contrôles très compliqués. Un fossé se creuse au niveau du développement des politiques territoriales entre les collectivités dotées d’ingénierie financière en capacité de répondre aux AAP et de mobiliser des fonds, telles que les Parcs régionaux, et les structures plus modestes, démunies, à l’image des petites Communautés de communes. La difficulté à faire reconnaître le métier d’animateur en opposition aux métiers d’expertises apparaît récurrente. La multiplicité des acteurs sur un même territoire, sans interconnaissances et sans articulations conduit les organismes agricoles à travailler avec les collectivités territoriales notamment, mais pose plus largement la recherche d’une cohérence globale d’intervention. Des exemples de démarches concluantes visant déjà à mieux connaître les intervenants sur le territoire, à avoir des temps d’échange de pratiques et de questionnements, voire animer une équipe pluri-institutionnelle, ont été exposés ; ces initiatives sont aujourd’hui encouragées par certains financeurs. Toutefois, les interactions avec les acteurs économiques d’amont et aval restent particulièrement difficiles alors que l’évolution des pratiques agricoles est en partie conditionnée à la valorisation des produits et aux débouchés.

Des questions et pistes de travail pour la recherche et le développement

En croisant les exposés initiaux, les échanges de la table ronde et les réflexions en petits groupes, - objet d’une troisième séquence, sept axes d’exploration et de coopération pour la recherche et le développement dans ce contexte « tempétueux » sont identifiés, repris ici avec concision :

1. Evolution et hétérogénéité des profils d’agriculteurs et des modèles de production, avec augmentation des écarts de richesse, polarisation et nouveau clivages … : mieux comprendre comment cela opère sur les territoires ;

2. Des questions spécifiques autour des responsables professionnels agricoles et de leur rôle dans la gouvernance des organisations et dans les orientations de l’agriculture ;

3. Place des travailleurs agricoles (chefs d’exploitation ou salariés) dans le débat public et dans des dispositifs pluri-acteurs, conditions d’un « débat de société » sur l’agriculture ;

4. Compétences, dispositifs et méthodes d’intervention, position des agents de développement : comment ces derniers arrivent à travailler avec la diversité, à prendre en compte les évolutions à l’œuvre ?

5. Explorer les liens – plutôt la difficulté à établir des liens - entre monde du développement agricole (ONVAR, Chambres d’agriculture) et acteurs économiques des filières. Le rôle déterminant des acteurs amont / aval dans les dynamiques agricoles : mieux comprendre les stratégies des firmes et leurs logiques d’intervention sur le terrain et analyser le rôle de la transition agroécologique pour conforter ou pour transformer le modèle agro-industriel ?

6. Questionner la place et le rôle des élus locaux des collectivités territoriales. Comment peuvent-ils avoir un rôle plus important dans le portage politique, dans la mise en action et la cohérence, des politiques publiques agricoles ?

7. Des modes de financement et des cadres d‘intervention des agents à revoir. La prédominance de la « logique de projet par réponse à appel d’offre (AAP) » pour financer les actions de développement et d’appui aux transitions pose de nombreux problèmes : fragilisation des structures et précarisation de l’emploi ; bureaucratisation des métiers ; pression sur les résultats avec une temporalité inadaptée à la complexité et à la résolution de problèmes sur le terrain.  Pour évoluer vers des financements « structurels » compatibles avec les exigences de l’appui aux transitions, deux pistes : construire collectivement un plaidoyer ; mener une réflexion de fond avec les institutionnels. 

Conclusion à deux voix de la journée d’étude

Pour C. Soulard (INRAE, chef du département ACT), les débats invitent la recherche à poursuivre la caractérisation des mutations liées à la diversification des publics agricoles et aux relations entretenues avec le conseil ; il souligne que si les agriculteurs non issus du milieu agricole sont beaucoup étudiés, les recherches sur les logiques de firme, le développement du salariat ou la féminisation de l’agriculture se font plus rares.

Quant à la « transition agroécologique », elle revêt des ambivalences à mieux cerner ; de nombreux travaux sont finalisés sur des systèmes de production agroécologique spécifiques ou minoritaires mais moins sur les systèmes dominants, majoritaires, soumis à des contraintes telles qu’un engagement vers la transition est difficile. La transition agroécologique suppose de réinventer des formes de coopération entre agriculteurs, chercheurs et acteurs du développement. Dans la mesure où la dépendance au contexte local de l’agroécologie est forte, comment tirer parti de savoirs multiples au-delà des seules références ? quelles connaissances scientifiques produire dans des contextes situés pour les remobiliser ailleurs ? Quels dispositifs ? Quelles modalités pour coopérer sur du temps long ?

R. Le Guen (Président du GERDAL) conforte l’intérêt de travailler sur le triptyque agriculteurs-chercheurs-agents de développement en imaginant une manière de conduire des recherches favorisant l’articulation de ce triptyque. Il relève que la journée a réuni une partie du monde du développement agricole sans associer le monde de l’industrie et des services marchands aux agriculteurs, or il est peut- être le principal ? Comment intégrer ces acteurs à nos discussions ?

Un autre axe : poursuivre les travaux de terrain sur les réseaux professionnels, explorer les nouvelles formes de liens et de production de connaissances au regard des évolutions sensibles évoquées, en particulier les échanges avec le numérique entre agriculteurs à des échelles multiples en marge des groupes de pairs (voisins, entraide).

Le contexte incite à valoriser les acquis méthodologiques du GERDAL relatifs aux démarches d’aide à la résolution de problèmes, de coproduction de connaissances avec les agriculteurs, en collaboration avec le développement et la recherche. Là aussi, compte tenu des mutations du monde agricole évoquées, il convient de poursuivre l’expérimentation de ces démarches qui font référence à des fondements sociologiques. Le GERDAL, créé voilà 40 ans, se trouve dans une situation de transition : il est important que le capital de connaissances, les expériences accumulées, puissent continuer d’être appropriées, discutées, transformées par les générations à venir.

C. Soulard et R. Le Guen retiennent la perspective de trouver des formes de coopération pour poursuivre la dynamique initiée.

Cette journée, remarquablement construite et prémonitoire de la crise agricole de février 2024, explicite avec pertinence la situation des « Agriculteurs et des agents dedéveloppement dans la tempête ». Le collectif réuni en carrefour interprofessionnel identifie des pistes fort intéressantes à explorer notamment au sujet du développement territorial et de l’agroécologie.  Dans quelle mesure l’Association française d’agronomie pourrait-t-elle s’inscrire et s’impliquer dans la perspective évoquée par les co-organisateurs ?


[1] Le compte rendu de la journée d’étude est disponible sur le lien https://uca.hal.science/hal-04627046

[2] E. Lacour (Parc Naturel Régional/ Hauts de France), G. Peylet (Chambre d’Agriculture Gironde), L. Fillon (CA Isère, détaché au PNR Chartreuse), A. Garcia Velasco (FR CUMA Ouest) et-P. Coupart (Union des CUMA de la Sarthe).

Les articles sont publiés sous la licence Creative Commons (CC BY-NC-ND 2.0)

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