Résumé

Plusieurs dimensions liées au travail peuvent limiter l’adoption et la mise en œuvre de pratiques alternatives visant à réduire l'utilisation des pesticides dans les exploitations laitières, soumises à de fortes contraintes de travail, notamment de travail d’astreinte. Les changements de pratiques peuvent perturber l'organisation du travail, nécessiter des connaissances et des compétences supplémentaires et augmenter la charge physique et mentale de travail. Neuf entretiens avec des experts bretons des pratiques phytosanitaires et des systèmes bovins laitiers (conseillers, animateurs de groupes d'agriculteurs, experts d'instituts techniques) ont été conduits pour appréhender leur perception des difficultés liées à la mise en œuvre des pratiques alternatives et de l’efficacité de ces pratiques. L'utilisation de variétés résistantes, le désherbage mécanique et l’allongement des rotations ont plus spécifiquement été analysés. Les experts reconnaissent le travail comme un facteur limitant les changements de pratiques et soulignent les spécificités des exploitations laitières pour réduire l'utilisation des pesticides, les systèmes de culture ne pouvant être modifiés sans intégrer le système d'élevage. Les trois pratiques requièrent différents niveaux de compétences et de connaissances. L'accès à des informations précises au moment opportun est crucial pour introduire des variétés résistantes, tandis que le désherbage mécanique exige une formation, un investissement et/ou la délégation. Reconcevoir des rotations plus longues nécessite des ressources, du temps et de l’autonomie. Il semble essentiel de tenir compte, dans le conseil comme dans les politiques publiques, de ces différentes dimensions de travail pour réduire l’utilisation des pesticides dans les exploitations laitières.

Mots-clés : réduction des pesticides, élevages laitiers, organisation du travail, compétences, charge mentale