Les agents de développement face au défi de la transition agroécologique : complexification des métiers dans un contexte brouillé
40 ans de recherche-action et de formation professionnelle par le GERDAL
Claire Ruault*
* GERDAL (Groupe d’expérimentation et de recherche : développement et actions localisées)
Introduction
Engager « massivement » les agriculteurs dans la transition agroécologique, favoriser une évolution en profondeur vers des modes de production respectueux des ressources naturelles et contribuant à la lutte contre le changement climatique…, l’ambition ne manque pas dans les programmes et « projets » (et les appels à projets qui les financent). Ces derniers constituent aujourd’hui majoritairement le cadre de travail dans lesquels chercheurs, techniciens, conseillers et animateurs, ou encore chargés de mission[1], exercent leurs activités. Pour autant, les résultats de ces projets sont rarement à la hauteur des ambitions, et les difficultés auxquelles les agents se heurtent pour atteindre de tels objectifs sont multiples. Elles révèlent souvent les tensions dans lesquelles les agents se trouvent pris, entre l’urgence à agir et l’absence de solutions toutes faites, entre des cadres de projets contraints et des processus d’invention de nouvelles règles d’action présupposant incertitude, durée et souplesse, sans parler de la difficulté à s’y retrouver dans des orientations et dispositifs de politique publique peu articulés, voire contradictoires (Ruault & Hostiou, 2024).
Dans un tel contexte, quels peuvent ou devraient être le rôle et les compétences des agents dans l’appui aux agriculteurs pour les aider à répondre aux demandes, injonctions qui leur sont adressées ? Nous proposons ici une réflexion issue des travaux du Gerdal dans deux domaines :
- Des travaux, menés depuis la création du Gerdal en 1983, de recherche-action (RA) et d’appui à des équipes d’agents de développement et/ou de chercheurs qui interviennent auprès des agriculteurs (et souvent d’autres acteurs : élus locaux, associations, professions en interaction avec l’activité agricole…) dans des contextes et autour d’enjeux très variés. Depuis 2010, la plupart de ces travaux s’inscrivent dans une perspective de transition agroécologique (selon le terme aujourd’hui consacré), qu’il s’agisse de diminuer l’usage des intrants chimiques en lien avec des enjeux de qualité de la ressource en eau, de diminuer l’usage des antibiotiques en santé animale, d’articuler protection de la biodiversité et activité agricole sur des zones protégées, ou de relocaliser l’alimentation en développant les circuits courts[2]…
- La réalisation de formations professionnelles de ces agents, principalement selon deux formats :
- un cycle de formation (2 x 3 jours) proposé au niveau national[3], réunissant des profils de métiers (animateurs, techniciens, conseillers, chargés de mission, chercheurs) et des ancrages institutionnels très variés (Chambres d’agriculture, associations de développement de type Civam, CETA, GAB…, coopératives d’amont-aval, Parcs Naturels régionaux (PNR), syndicats de bassins versants (BV), collectivités territoriales, instituts de recherche (INRAE, Cirad)) ;
- des formations construites à la demande des équipes de terrain, souvent couplées à un appui méthodologique à la conception et la conduite de dispositifs d’action locale[4].
Ces deux types d’activités (de formation et de recherche-action), conduites sur la durée, nous offrent aujourd’hui une vision large – et évolutive - de ce qui est attendu des agents de développement dans le cadre de leurs missions, ainsi que de leurs conditions de travail et de leur positionnement dans des systèmes d’acteurs de plus en plus complexes. L’analyse des questionnements et difficultés qu’ils expriment, ou de ce qu’ils considèrent comme de « bons résultats »[5], met en évidence les multiples dimensions qui, dans un contexte et une situation de travail donnés, interagissent avec le déroulement de l’action. Ces dimensions se traduisent par différents types de questions : des questions relatives à la façon d’organiser l’intervention, aux méthodes et modalités concrètes de conduite de la relation avec les agriculteurs, aux connaissances mobilisées ou à produire, et aux conditions de leur mobilisation ou de leur production ... Mais ces questions de méthode et de dispositif de travail, qui renvoient en amont à des façons de raisonner les processus de changement en agriculture, n’expliquent que partiellement le cours pris par les actions engagées. D’autres facteurs interagissent avec ce que les agents cherchent ou arrivent à faire : la construction institutionnelle de l’action, le cadre et les moyens de travail des agents, les caractéristiques des dynamiques socio professionnelles locales, les positionnements politiques locaux, le contexte réglementaire et les stratégies d’acteurs économiques à différentes échelles ...
Dans cet article, nous rendons compte des difficultés rencontrées par les agents impliqués dans l’appui à la transition agroécologique (TAE), pour dégager ces différentes dimensions en jeu. Et nous les resituons dans le contexte actuel du développement agricole, que nous qualifions de « brouillé » tant sur le plan institutionnel et des politiques publiques, que sur celui des approches en vigueur autour de la question du changement. Sur ce deuxième plan, nous questionnons notamment deux éléments significatifs : l’envahissement des notions d’approche participative, déjà ancienne, et plus récemment de co-conception, co-construction : il n’est pas un programme ou projet qui ne les mette en avant. Mais derrière ce qui est devenu un consensus mou, on constate l’extrême diversité des démarches d’intervention ; et paradoxalement une résurgence d’approches individualisantes et psychologisantes – propres au schéma de pensée diffusionniste -, où les agriculteurs sont saisis individuellement en termes de « freins au changement » ou « d’aptitude au risque ».
C’est au regard de ces difficultés vécues par les agents, et des dimensions en jeu dans un tel contexte, que nous dégageons des types de compétences[6] auxquelles renvoie la maitrise de leurs activités.
Le GERDAL (Groupe d’Expérimentation et de Recherche : Développement et Actions Localisées), de statut associatif, regroupe des sociologues du travail et du développement. Ses recherches portent sur les processus d’innovation en agriculture ; comment les agriculteurs prennent part à la conception et l’évolution de leurs activités, comment s’opère la confrontation des différentes formes de connaissance entre agriculteurs, chercheurs et agents du développement, comment se négocient entre acteurs les solutions pour répondre à des problèmes complexes en lien avec les enjeux de transition. Dans une perspective d’action le Gerdal a mis au point et expérimente, dans de nombreux contextes et autour d’une grande diversité de problématiques, des dispositifs d’intervention et des méthodes fondés sur les dynamiques collectives et sur le dialogue entre acteurs de points de vue différents, afin de renforcer leurs capacités d’initiative et de créer les conditions d’une coopération productive. http://gerdal.fr
Les difficultés des agents dans l’appui à la transition agroécologique : un analyseur des dimensions en jeu
Aborder les métiers d’agronome, conseillers, techniciens et animateurs en appui à la TAE, au travers des difficultés qu’ils rencontrent dans leurs activités auprès des agriculteurs, c’est rentrer par l’exercice pratique de leurs missions. Ancrées dans l’action et formulées sur la base de leur expérience, ces difficultés traduisent les décalages entre les objectifs visés dans des programmes, des « projets », et ce qu'on peut ou arrive à faire dans une situation et un contexte donnés. Au-delà des visées idéologiques et des orientations politiques qui portent ces programmes, elles constituent un analyseur des conditions effectives dans lesquelles les agents exercent leurs activités : des moyens matériels et en temps, des ressources de connaissances et de méthode, des possibilités de collaboration et de soutien, etc. Cela permet de – et oblige à - situer la question des compétences et savoirs faire des agents pour remplir leurs missions, au regard de ces conditions effectives.
Des difficultés pour « mobiliser », engager, de façon « massive » les agriculteurs dans des évolutions de pratiques, sur la base d’objectifs souvent formulés « de l’extérieur »
Cette question de « mobilisation » se décline à la fois en termes de nombre d’agriculteurs « qu’on arrive à toucher » et de profils. Mobiliser un nombre important d’agriculteurs est un objectif porté par tous ceux dont l’intervention vise un impact tangible sur le milieu (qualité de l’eau, préservation de la biodiversité, lutte contre l’érosion…). Or nombre d’agents font le constat d’un nombre réduit d’agriculteurs qui participent aux activités proposées. « Sur les périmètres de captage on veut mobiliser en masse les agriculteurs pour changer les pratiques agricoles et avoir un impact sur la qualité d'eau potable, mais on n’y arrive pas » (Animateur captage).
Qui plus est, ce sont souvent « toujours les mêmes », ou des agriculteurs déjà convaincus. « Il y a des collectifs que j’aimerais créer et des collectifs déjà créés… On s’appuie tout le temps sur les mêmes personnes, du coup est-ce qu’on ne risque pas de tout concentrer sur ces mêmes personnes ? ; de mettre de côté des personnes qui ne sont pas du tout dans ce type de réseau, des agriculteurs plus isolés ? » (Animatrice d’une association de développement).
Un animateur d’un bassin versant (BV) du grand ouest qui compte environ 200 éleveurs, explique qu’après 15 ans d’activité, « on a un noyau d’une quarantaine avec lesquels on a des liens privilégiés, ils sont dans des réseaux, c’est comme une famille ..., et les autres maintenant ça ne bouge pas. Donc on fait du démarchage individuel, je leur propose un diagnostic (financé), par le prestataire de leur choix, avec formulation ensuite d’un plan d’action…. Le problème, c’est que ça ne rentre pas dans l’objectif d’exploitation de l’agriculteur ».
Comment toucher ceux qui ne sont pas déjà dans des réseaux ? Comment travailler avec des collectifs qui ne sont pas déjà constitués ? Ou comment élargir un groupe déjà constitué : « passer d'un petit groupe de huit éleveurs qui construisent ensemble des outils (pour gagner en autonomie fourragère) à une adhésion plus large ? » (Agronome INRAE).
Cette tension autour de « Qui on arrive à mobiliser » va de pair avec un positionnement des agents de développement caractérisé par le fait d’intervenir non pas sur des demandes de conseils ou d’appui formulées par les agriculteurs, mais pour relayer et mettre en actions des objectifs de politique publique, des priorités de financeurs. La notion même de « mobilisation » traduit d’ailleurs ce positionnement. « Le plus souvent les projets n’émanent pas des acteurs agricoles mais d’une contrainte réglementaire ou d’une volonté politique locale extérieure au monde agricole (agronome INRAE, programme de recherche-action en faveur de la qualité de l’eau). Les agents sont alors porteurs de propositions : allongement des rotations, diversification des cultures, promotion du pâturage et des prairies naturelles, agroforesterie, etc., en lien avec des enjeux territoriaux. Or ces propositions, quand bien même elles ont été discutées avec des représentants professionnels ou des agriculteurs « innovants », ne font pas forcément l’adhésion des agriculteurs. « Pour un objectif qui vient de la collectivité, c’est difficile de leur dire de venir s’ils ne se posent pas la question (de la qualité de l'eau) ».
Certains agents parlent aussi d’un « essoufflement » des agriculteurs sur des territoires (Bassins d’Alimentation de Captage, zones protégées …) où se succèdent les programmes depuis des années sans que les résultats en termes d’amélioration de l’état des ressources ne soient au rendez-vous. « Les agriculteurs disent : "on fait tout le temps des efforts et derrière ça ne change pas"... Comment inspirer des agriculteurs défaitistes face aux solutions techniques et contraints par des préoccupations économiques et des verrouillages de filières, dans une position principalement défensive ? » (Animatrice captage). Comment alors « aborder » les agriculteurs, sur la base de quels objectifs, quels contenus thématiques ? Question d’autant plus compliquée qu’il est difficile de faire un lien direct entre des évolutions de pratiques sur les fermes - et les actions menées dans ce sens (expérimentations, formations, échange de pratiques…) - et l’évolution tangible de l’état du milieu.
Une volonté d’articuler des objectifs de politique publique et la prise en compte des préoccupations des agriculteurs, qui s’avère problématique
Pour nombre d’agents, la difficulté de mobilisation renvoie notamment au fait « qu’on ne répond pas à des problèmes que les agriculteurs ont. Ils pensent qu’ils n’auront pas de réponse à leurs questions, parce que lors de réunions passées, ils n’ont pas trouvé leur place, on n’a pas répondu…. Ou qu’ils ont d’autres priorités » (Ingénieur régional Dephy). Le contexte actuel est pourtant à la mise en avant de principes de « concertation », de « co-construction », etc., et il est attendu des agriculteurs qu’ils soient force de proposition. « Dans Ecophyto on nous dit : attention c’est – ça doit être – leur projet, donc je dois les laisser préciser et ce n’est pas à moi de dire la marche à suivre ». De leur côté les agents souhaitent montrer leur volonté d’être « au service des agriculteurs », que « ce soit leur projet » : « je cherche à co-construire au maximum le projet avec eux pour qu’il soit le plus possible adapté à leurs besoins. J’aimerais donc avoir des outils pour qu’ils soient impliqués » (Animatrice d’un groupe maraichage).
Mais un tel objectif est loin d’aller de soi. Un animateur de BV explique que« le point de départ, l’objectif c’est de baisser les intrants, mais sans actions précises ! L’animateur agricole il vient, il dit aux agriculteurs : vous avez des actions à faire (pour améliorer la qualité de l’eau), donc il doit leur faire comprendre que c’est eux qui vont être les acteurs, c’est à eux de modifier (les choses). Sur le principe ils vont être d’accord, mais après concrètement ? ». Dans le cas de programmes liés à des enjeux environnementaux, les agents se sentent souvent perçus d’emblée comme représentants de la réglementation ou d’une cause écologiste « opposée à la production agricole ». Un technicien agricole de Parc naturel régional explique : « Les éleveurs eux leur souci c’est la production. Nous les agents du parc, c’est difficile qu’ils nous perçoivent comme des gens qui ont aussi la préoccupation de l’agriculture… Parce que là, on n’est pas dans le cadre d’un cahier des charges imposé, c’est volontaire. Donc notre but c’est qu’ils échangent entre eux leurs façons de faire, c’est de réfléchir sur des manières de pâturer différentes et en même temps qu’ils prennent en compte la biodiversité. Comment remettre les prairies naturelles dans leur système fourrager ; ils ont dit « nous on ne sait pas faire avec ces prairies, arrêtez de nous casser les pieds ! »
Au fond, ces exemples traduisent un paradoxe entre intervention basée sur un principe de « volontariat » et objectif prédéterminé, qui place les agents en tension, les actions « co construites » avec les agriculteurs devant répondre à cet objectif. Ainsi l’animateur de BV ci-dessus va chercher à faire le lien entre diminution des intrants et intérêt économique. « Diminuer les intrants chimiques, est-ce que ce n’’est pas un gain économique pour l’agriculteur ? Mais il faudrait arriver à ce qu’ils expriment le problème que c’est une perte pour eux, de mettre trop d’intrant ». Dans le cas du Parc, le technicien tente d’engager les éleveurs dans une réflexion qui combine un objectif de production et une entrée environnementale.
La difficulté d’accéder à des préoccupations, des questions précises de travail
Partir des préoccupations, des « besoins » des producteurs est considéré par beaucoup d’agents comme une condition pour proposer un appui adapté. En même temps, ils expriment une difficulté à accéder à ces préoccupations et à en faire des questions précises de travail.Soit que le point de départ est considéré comme biaisé (par des objectifs imposés), et dans ce cas, « comment arriver à faire le lien entre un objectif prédéfini et des préoccupations des agriculteurs : est-ce qu’il faut parler de qualité de l’eau, de biodiversité... ? » ; soit qu’on est sur des sujets (tel que l’usage des pesticides en viticulture dans le Blayais, dans un contexte tendu) délicats à aborder ; soit simplement qu’on ne sait pas comment s’y prendre.
Une conseillère en maraîchage (au sein d’une association), à propos du groupeDephy qu’elle anime : « Le contenu des journées doit avoir un lien avec la gestion des bio-agresseurs. Le groupe a décidé de travailler sur les engrais verts ; j’ai fait deux réunions et une formation là-dessus. Donc on arrive à un point où on a parlé d’engrais verts… maintenant je voudrais répondre à leurs besoins et je n’arrive pas à leur faire exprimer, c’est toujours moi qui propose… Pourtant je vois des choses sur leur ferme, certaines difficultés… et dans les réunions, pas beaucoup d’échanges entre eux. Il faudrait savoir si ça vient de l’intérêt sur le sujet ou de l’animation ».
Une conseillère de Chambre d’agriculture, auprès d’un groupe Dephy d’arboriculteurs : « Ce sont des volontaires ; mais quand on essaye de voir pourquoi ils sont venus, par exemple je leur pose la question sur quoi ils veulent travailler : certains répondent « je veux réduire mes IFT mais je ne sais pas comment », cela reste dans le domaine du flou, je ne sais pas sur quels leviers ils veulent travailler ».
En amont, des questionnements pour savoir comment organiser le travail avec les agriculteurs, à quelle échelle et quelle forme lui donner
Faut-il privilégier le conseil individuel ou collectif ? Beaucoup d’agents souhaitent favoriser le travail en groupe, considérant que l’échange de pratiques entre agriculteurs est un facteur favorable pour se lancer dans des changements, partager des questions et consolider ses connaissances. Pour autant constituer ces groupes, lorsqu’ils n’existent pas déjà, s’avère compliqué : sur quelles bases, selon quels critères, comment « motiver, convaincre, des agriculteurs à y aller ? ». Faut-il s’appuyer sur certains agriculteurs (« agriculteurs innovants », « leaders », représentants professionnels), sur des organismes présents sur le territoire, mais dans ces cas, ne risque-t-on pas d’opérer un tri ?
Une question particulière porte sur les échelles d’intervention : à quelle échelle mobiliser les agriculteurs et organiser des activités de telle sorte que cela favorise une participation importante et une dynamique collective sur la durée ? Un animateur agricole de BV constate que « C’est de plus en plus difficile de s’adresser à tous. Au bout du compte, on se dit : est-ce qu’il faut faire un focus géographique, mobiliser par secteur, plutôt que viser la masse ?». Et dans ce cas, comment délimiter ce « secteur » ? En effet, les périmètres sur lesquels sont identifiés des enjeux environnementaux (échelles hydrologiques, zones protégées, Natura 2000…) ou ceux d’entités administratives et politiques (collectivités territoriales) ne correspondent pas aux échelles d’interconnaissance des agriculteurs, favorables aux échanges entre eux. Par ailleurs la délimitation stricte d’un périmètre d’intervention (par exemple les Zones d’Actions Renforcées (ZAR) où l’Agence de l’eau « veut se centrer »), s’avère contreproductive sur la participation : « entre un agriculteur qui est dedans et pas forcément intéressé par ce qui est proposé, et un autre à l’extérieur qui peut être intéressé mais n’est pas concerné » (Animateur BV).
Une souplesse dans l’échelle de constitution d’un groupe est donc jugée nécessaire, de même que dans sa composition, qui varie dans le temps et suivant les réunions, mais cette souplesse n’est pas toujours compatible avec les cadres de projet ou les critères de financement. Plus largement c’est l’articulation entre un cadre de projet rigide et l’ambition – voire l’injonction- d’innover qui est jugée problématique.
« On travaille avec des structures agricoles qui sont sur du vivant et en face on a des programmes avec des boites normées… On est, on doit être, sur des actions innovantes, on a des idées mais parfois on ne peut pas les mettre en pratique car ça ne correspond pas aux règles du programme… donc au bout du compte est-ce qu’on a les moyens de faire ce qu’on nous demande, avec de grandes ambitions ! » (Animateur BV)
Autant de questions qui se posent pour construire un dispositif de travail ad hoc, en fonction de spécificités des dynamiques socio professionnelles locales. Celaimplique en amont des moyens et capacités d’analyse pour les caractériser : ce sont des formes de relations entre les agriculteurs, et avec les divers acteurs auxquels ils ont affaire dans l’exercice de leurs activités. Ces relations, à des échelles et selon des configurations diverses (plus ou moins formelles : groupes et instances diverses, ou réseaux de dialogue « au quotidien »), sont le support d’interactions et de coopérations sur le plan à la fois matériel et économique (entraide, échanges de services, mutualisation de moyens) et sur le plan des idées. Ce sont autant d’espaces d’échange d’informations, de débat et de confrontation – négociation- des façons d’envisager ce qu’il convient de faire, comment résoudre tel ou tel problème, autrement dit d’élaboration et de transformation des pratiques.
La difficulté à gérer la diversité interne et croissante entre agriculteurs
Face à une diversité de préoccupations et d’attentes, de degrés de connaissance et de maitrise des pratiques par les agriculteurs, les agents qui privilégient le travail de groupe peinent à « trouver des thèmes qui rassemblent » et en même temps à adapter leur intervention aux situations spécifiques de chacun, à conduire les échanges quand les priorités et solutions envisagées varient fortement, quand bien même l’objectif est commun (diminuer les intrants, favoriser la fertilité des sols). « Le but c’est la réduction des phytos mais ils vont aller vers des méthodes différentes. Il faut faire des animations qui prennent en compte les 2 ou 3 chemins différents. On ne peut pas contraindre les agriculteurs sur des choses qu’ils ne veulent pas travailler, et d’autre part il faut essayer d’avoir plus d’échanges » (Ingénieur réseau Dephy). Cette question de gestion de la diversité des agriculteurs et des systèmes de production et de pratiques n’est pas nouvelle mais elle prend aujourd’hui une dimension accrue dans un contexte de distanciation - voire d’opposition - croissante des modèles de production et des conceptions de leurs métiers par les agriculteurs (Le Guen, 2006 ; Hervieu & Purseigle 2013 ; Gasselin et al, 2021 ; Martin, 2022 ; Remy, 2008). Et elle déstabilise fortement les agents pour appréhender le travail en collectif.
Un souci d’efficacité dans l’appui aux agriculteurs en collectif : « arriver à du concret », mais dans des situations complexes où on n’a pas les solutions à l’avance
Pour les agents, le souci que « ça avance », « que le groupe soit productif », est permanent, c’est-à-dire « que les agriculteurs trouvent des réponses », qu’on arrive à « des solutions concrètes » et, au final, que « cela se traduise par des changements de pratiques dans les fermes », mais sans pour autant pouvoir proposer de solutions miracle. Beaucoup considèrent que la mise en place et la maitrise de pratiques agroécologiques, en replaçant les interactions nature - activités humaines au cœur du métier d’agriculteur, relève d’un raisonnement complexe et multifactoriel, à l’inverse d’un schéma basé sur la diffusion de « bonnes pratiques » ou d’itinéraires techniques prédéfinis. La nécessité de construire ce raisonnement au cas par cas, avec les agriculteurs, auxquels s’ajoutent les incertitudes liées aux aléas climatiques, bouleversent les repères.
« Sur l’impact du changement climatique (sécheresse sur les pâturages, irrégularité de plus en plus forte), comment on répond à ces évolutions ? Pour les agriculteurs, ce sont des angoisses : comment je nourris mes animaux ? Et là on est vraiment démunis, la difficulté c’est d’avoir des solutions crédibles... Nous on pense qu’il y a des solutions locales, aller chercher de la ressource spontanée. Eux ils ont des solutions techniques : augmenter les stocks fourragers, par exemple en ray grass, mais là on crée un paysage banal, avec une seule espèce (opposé à la richesse de la biodiversité ». Pour ce technicien agricole d’un parc naturel régional, il est donc difficile de trouver des solutions pertinentes à la fois pour le Parc et pour les éleveurs.
Dans un contexte où les agriculteurs font l’objet de pressions croissantes pour changer de système, les agents se trouvent ainsi pris dans une tension entre les résultats attendus (notamment de la part de ceux qui les financent) et l’absence de solutions toutes faites. Cette tension est d’autant plus forte que les agriculteurs peuvent être dans une posture d’attente de telles solutions. Il s’agit alors de « faire accepter que nous n’allons pas leur donner de solution clé en main » explique un chercheur INRAE sur un territoire d’expérimentation zéro phyto.
C’est donc le positionnement respectif des agents (et chercheurs) et des agriculteurs vis-à-vis du processus dans lequel les premiers souhaitent engager les seconds qui pose question. Les agents y voient une démarche évolutive dans le temps et mobilisant différentes ressources, dont des contributions actives des agriculteurs. Ces derniers, outre le fait que les objectifs de départ, formulés pas d’autres, ne sont pas immédiatement traduisibles en problèmes traitables, n’ont pas – tout comme les techniciens-, de solutions toutes faites. Au fond, derrière le leitmotiv du participatif, de la co-conception ou co-construction, la traduction en modalités pratiques de conduite des activités avec les agriculteurs, qu’il s’agisse de conseil individuel ou collectif, est loin d’être évidente. En attestent les difficultés que soulèvent les agents, à commencer par celle, déjà évoquée, d’accéder aux préoccupations des agriculteurs et d’en tirer des questions précises de travail.
- Comment impliquer plus activement les agriculteurs dans la construction des solutions ?
- Comment rester en phase avec l’évolution des questionnements des agriculteurs, lesquels varient aussi suivant les situations de chacun d’entre eux ? « On part de problèmes au départ, mais forcément ça ramène d’autres difficultés, donc comment on fait pour intégrer ces nouvelles difficultés dans la durée et suivant les situations des agriculteurs qui sont différentes ? »
Apporter des connaissances, de l’expertise, ça peut être utile, mais comment garder en même temps une place importante à la production d’idées, l’échange de savoirs, entre agriculteurs ?
Pour certains agents, il y aurait une opposition entre apporter des connaissances, de l’expertise, qu’ils associent à la figure de « technicien », et favoriser la production des idées, l’échange de pratiques, de savoirs entre agriculteurs, qui correspondrait à la figure « d’animateur ». Mais cette opposition les place en tension dès lors qu’ils considèrent que les apports de connaissances, de leur part ou d’un intervenant, peuvent « quand même » être utiles pour avancer. Et de fait elle nous semble relever avant tout d’une posture idéologique qui fige des rôles - le conseil, l’apport de connaissances serait forcément descendant -, aux dépens d’une réflexion méthodologique sur ce que peut signifier en pratique co-construire avec les agriculteurs.
Pour d’autres, il s’agit de combiner les deux, mais comment « trouver un équilibre entre ce que je peux apporter et ce qu’ils peuvent apporter », les aider à mettre sur la table toutes leurs connaissances et expériences ? « Sur les trois jours (raconte un animateur de l’Atelier paysan, à propos d’une formation sur la conception et l’auto construction d’un bâtiment), il y a des moments d’apports sur tel ou tel point technique et des moments d’échange … Ils ont plein d’expériences, mais ils ne vont pas le mettre en avant. Moi j’ai fait 5 ans d’étude, plus des expériences de terrain ». Un équilibre qui pose aussi la question de l’accès à la parole, dans des situations marquées par une asymétrie de positions sociales.
Par ailleurs le souhait de ne pas influencer les solutions, « d’apporter une certaine neutralité », est souvent mis en avant, comme l’explique cette conseillère en Chambre d’agriculture. « A la base je suis plutôt technicienne… Est-ce qu'on a un rôle de transfert de connaissance, je pense que oui, à certains moments ils n’ont pas forcément les connaissances, donc apporter cet apport théorique… Mais j’ai l’impression de biaiser les agriculteurs. La difficulté c’est de ne pas influencer les pistes de travail qui pourraient se dégager des échanges avec les agriculteurs, qu’ils soient force de proposition ».
Dans les faits, quels que soient les organismes d’appartenance des agents de développement, on constate un recoursquasi systématique à de la formation (favorisé sans doute par les modes de financement), mais qui apparait parfois décalé des dynamiques à l’œuvre chez les agriculteurs. « Dans les formations, on fait venir un intervenant spécialiste des couverts végétaux. On a eu beaucoup de monde au départ et d’un coup plus personne… il y a une saturation de trop d’informations, intéressantes mais décalées par rapport à ce qui se met en place (dans les fermes) » (Animatrice- association de développement).
Ces questionnements invitent donc à une réflexion de fond sur la place respective de la connaissance scientifique et technique, et de la connaissance des praticiens, dans la mise au point de nouvelles pratiques, et sur comment mener concrètement le travail de mise à contribution de ces deux types de connaissances.
La difficulté de rendre utile des outils d’ingénieurs (collecte de données, analyses / diagnostic, protocoles expérimentaux…) dans le cadre de l’appui aux agriculteurs
La collecte de données et le diagnostic (de l’état biologique d’un sol, de durabilité des pratiques, de l’état sanitaire d’un troupeau, etc.) font partie des outils habituels de l’ingénieur. Mais du diagnostic à l’action, comment s’y prendre : comment restituer les résultats, comment en tirer des pistes de travail pour les agriculteurs, autant de questions qui reviennent régulièrement.
Un agronome de l’Observatoire français des sols vivants (OFSV) : « on réalise des prélèvements de sols, mis en place avec les agriculteurs, on organise la réception des échantillons par les chercheurs, puis on s’occupe de la traduction - vulgarisation des données (microbiologie, nématodes, vers de terre) qui seront transmises aux agriculteurs. Je voudrais améliorer la restitution de nos résultats pour réussir à déboucher sur la construction de plans d’action concrets. … Et que ça serve aussi aux agents qui accompagnent les agriculteurs ».
Ces questions autour de l’utilité des données issues de ces outils renvoient là encore à celle de la place respective, dans un processus de recherche de solutions, de différentes manières d’appréhender la réalité : description, objectivation des situations par des outils scientifiques de diagnostic, mesures et observations, d’un côté, formulation de problèmes selon une analyse évaluative et située d’un point de vue donné, propre à l’action, de l’autre.
Travailler en partenariat avec les autres intervenants agricoles sur le territoire, un idéal difficile à atteindre, une position fragile dans le système d’acteurs amont-aval
Nombre d’agents considèrent qu’ils ne peuvent plus aujourd’hui travailler isolément. Face à la multiplicité d’intervenants auprès des agriculteurs sur un même territoire, à la disjonction de leurs modalités et contenus respectifs d’intervention, ils cherchent à nouer des partenariats institutionnels.Il en vade la lisibilité et de la cohérence, pour les agriculteurs, de ce qui est attendu d’eux, et de l’impact des actions menées. Pour autant, entre leur souhait de collaboration pour « aller tous dans le même sens » et la réalité, il y a réel écart. Les agents d’organismes de développement (Chambre d’agriculture, Civam, associations diverses…) ainsi que les agents salariés de collectivités territoriales (CT), considèrent souvent rester en marge des interactions habituelles des agriculteurs avec les entreprises d’amont et aval (coopératives et négoces, organismes de service : contrôle laitier, gestion, santé animale, etc.).
« Des caves coop sont dans une situation favorable économiquement, n’ont pas besoin de se préoccuper d’environnement. Certaines commencent à dire : l’environnement, y’en a marre. D’autres disent on sait qu’on va devoir limiter les pesticides et herbicides, ils sont d’accord pour qu’on fasse des choses avec les viticulteurs, mais ne veulent pas s’en occuper au niveau de la cave. … Or avec des caves, tu touches plein de gens. L’idée, ce serait d’intégrer des pratiques culturales dans le cahier des charges… Je sais que dans chaque cave, il y a des viticulteurs intéressés et qui font déjà des choses. C’est plus sur un projet collectif… on ne peut pas monter un tel projet sans passer par les Coop. »(Technicien d’une Fédération d’IGP (Indication Géographique Protégée)).
Dans le cadre des programmes pilotés par les « acteurs de l’eau », des partenariats avec ces entreprises d’amont et aval peuvent être actés dans les documents de contrats de BV. Mais cela ne se traduit pas forcément en pratique. « On est face à une coopérative agricole qui ne joue pas son rôle » (chercheuse animatrice sur un BV). Souvent les agents de terrain considèrent qu’entre techniciens, « il n’y aurait pas trop de difficulté pour travailler ensemble », mais pour aller plus loin « créer une dynamique de réflexion commune avec les différents partenaires … il y a quand même des aspects stratégiques et de concurrence qui interviennent…», et sur lesquels le seul agent n’a pas prise (Animateur agricole d’un programme de protection de la ressource en eau).
Ce sont donc des difficultés de positionnement, de reconnaissance auprès du monde agricole et au sein du système d’acteurs autour de l’agriculture, sur un territoire donné, que traduisent ces expériences ; un peu comme s’il y avait d’un côté le monde de la production agricole et de la mise en marché, structuré par un ensemble d’acteurs des filières et des services marchands[7], et de l’autre celui des projets de développement et de préservation des biens communs ; chacun de ces deux mondes offrant leurs services aux agriculteurs.
Des métiers en tension dans un contexte brouillé
L’analyse des difficultés et questionnements rapportés ci-dessus, notamment de la part celles et ceux qui interviennent avec une visée de transition agroécologique, mettent en évidence différentes dimensions en jeu dans leur métier, qui interagissent avec les processus qu’ils entendent favoriser.
- Des questions de méthode pour conduire pratiquement les activités avec les agriculteurs, qui renvoient à des manières d’appréhender la question du changement en agriculture ;
- Un cadre et des conditions institutionnelles de travail, ainsi qu’un positionnement, sur un territoire donné, dans des systèmes de relations et d’acteurs complexes, qui déterminent des marges de manœuvre et des capacités d’agir.
Des questions de méthode sur fond de brouillage conceptuel
Comment réunir les agriculteurs, à quelle échelle, sur quelle base ? Comment toucher des agriculteurs qu’on ne voit jamais et sortir de nos réseaux habituels ? Comment animer une réunion de façon « efficace » pour arriver à résoudre des problèmes complexes ? Comment favoriser des échanges de pratiques, de savoirs entre agriculteurs, partager leurs résultats d’expérimentation ? Quelle place de l’expertise scientifique et technique pour aider les agriculteurs à mettre au point des nouvelles pratiques ? Ces questions ne sont pas nouvelles dans les métiers du développement agricole, notamment celle relative aux bénéficiaires des actions de développement, jugés trop peu nombreux, voire minoritaires et souvent les mieux dotés économiquement et culturellement. Dès les années 80 en France, dans la suite des Etats Généraux du développement agricole qui voient l’organisation du développement agricole fondée sur le modèle diffusionniste remise en cause, notamment au regard de ses effets sélectifs (Rémy, 1982 ; Mundler et al, 2006), de nombreux travaux et réflexions questionnent le rôle du conseiller (Jollivet, 1987 ; revue Pour, 1984 ; Darré et Le Guen, 1986), conçu jusqu’alors en termes de transfert de connaissances de la sphère scientifique et technique vers les agriculteurs. Ces réflexions vont s’accompagner de l’expérimentation de nouveaux modes d’intervention visant à élargir le public du développement et à donner davantage de place aux agriculteurs dans la définition des problèmes à traiter et dans l’élaboration des solutions, en reconnaissant la pertinence des savoirs paysans[8] et les capacités d’invention des agriculteurs. C’est dans ce contexte que le Gerdal a proposé d’expérimenter un dispositif d’action locale, basé sur une redéfinition du rôle des conseillers – animateurs en termes d’aide à la réflexion et à la production de connaissances (Darré et Le Guen, 1986 ; Ruault, 1994). Depuis, les dispositifs d’intervention et les missions attribuées aux conseillers et autres agents de développement, n’ont cessé d’évoluer au fil des orientations fluctuantes de politique agricole et des recompositions du champ professionnel du conseil, redéfinissant constamment les profils, les rôles et compétences correspondants, les outils mis à leur disposition (Germain et al, 2006 ; Remy et al, 2006 ; Vedel, 2006 ; Petit et al, 2011 ; Kockmann et Pouzet, 2022). Mais dans un contexte marqué par un processus continu d’éclatement et d’instabilité de ces métiers[9] (Lémery, 1995 ; Cerf et al, 2013 ; Le Guen 2008), allant de pair avec le remplacement progressif d’une culture de métier par une culture de gestion de projets, les questions relatives à la manière de raisonner le travail avec les agriculteurs, aux pratiques d’intervention et aux difficultés rencontrées, peinent à être traitées de façon approfondie et sur la durée : peu d’espaces de travail pour cela, peu d’accumulation et d’intégration des enseignements tirés de travaux d’analyse, pourtant nombreux, des démarches antérieures et de leurs effets.
Et aujourd’hui ces questions de méthode pâtissent d’un brouillage et d’un déficit conceptuels pour penser la relation aux agriculteurs et la situer dans un contexte donné, et au fond pour raisonner les processus de « changement de pratiques » et le rôle des agents dans ces processus.
Il en va de la multiplication de méthodes « participatives » sans fondements clairement explicités. Derrière cette notion, mise à l’honneur dès les années 90 et devenue un mot « valise » (Chauveau et Lavigne Delville, 2022), ou celles aujourd’hui de co-conception, co-construction, etc., que cherche-t-on à faire avec les agriculteurs, sur quelle lecture des situations dans lesquelles on intervient, des interactions agriculteurs - agents de développement, sont-elles fondées ? Ces questions sont rarement approfondies, alors même que des réflexions critiques ont émergé très tôt face à des démarches considérées comme une nouvelle forme de pédagogie remettant peu en cause les rapports de domination des formes de connaissances entre conseillers ou chercheurs, et agriculteurs (Darré, 2006), ou à des principes participatifs devenus des procédures normatives (Chauveau et Lavigne Delville, 2022). Cette pauvreté conceptuelle laisse la porte ouverte à l’envahissement de méthodes issues de la psychosociologie, du développement personnel, ou de l’animation socio-culturelle[10]. Brise-glace, jeux et techniques diverses (post-it, world café, etc.) pour « dynamiser » un groupe, accent mis sur l’ambiance et la dimension émotionnelle, prennent le pas sur la dimension productive et cognitive du travail à mener. Sans que les liens entre les buts poursuivis et les méthodes retenues soient raisonnés, ces méthodes tendent à s’autonomiser et à se reproduire pour elles-mêmes, réduisant le travail avec les agriculteurs à des techniques et des outils d’animation.
Ensuite, derrière la notion « d’accompagnement au changement » qui a remplacé celle de développement agricole, se voulant par-là marquer une rupture avec les « vieilles » approches diffusionnistes des années d’après-guerre basées sur la transmission « descendante » des connaissances scientifiques et la diffusion d’itinéraires techniques vers les agriculteurs, on constate de nombreux paradoxes. A la lecture des documents de projets, ainsi que des demandes adressées au Gerdal, les postulats qui fondent les approches en vigueur se résument souvent à l’idée suivante : les agriculteurs ont des « aversions au changement », ou une « aversion au risque ». L’intervention de développement y est abordée en termes de « lever les freins au changement » ou « les résistances au changement », de travailler sur les « peurs » (du risque, du regard des voisins, etc.).
Premier paradoxe, cette terminologie repose sur l’idée implicite d’un monde agricole immobile. Or force est de constater que les systèmes de production et les pratiques agricoles, et donc les agriculteurs, évoluent en permanence et même ces dernières années à une vitesse accélérée ;certes dans un sens qui, selon le point de vue d’où on les regarde, n’est pas forcément considéré comme souhaitable. Formuler les choses en termes de « freins au changement » empêche de regarder ces évolutions, de prendre la mesure des dynamiques agricoles à l’œuvre et, par là même, de se situer vis-à-vis de ces dynamiques.
Par ailleurs, derrière ces démarches qui se veulent alternatives on constate la résurgence d’une grille de lecture selon un registre psychologisant et individualisant, propre au schéma diffusionniste. On voit ainsi réapparaître des études débouchant sur des typologies d’agriculteurs classés en : plus ou moins « dynamiques », plus ou moins « ouverts », plus ou moins « enclins au risque » ou plus ou moins « avancés » dans la transition, classement censé rendre compte de leur disposition à adopter les « bonnes pratiques ». Le changement serait donc une histoire de motivation ou de disposition individuelle pour s’engager dans la TAE. Une telle approche, là encore, fait abstraction des dynamiques sociales dans lesquelles s’insèrent les agriculteurs, ainsi que des conditions d’exercice, sur les plans technique et économique, de leurs métiers, en interaction avec des stratégies de filières, des orientations et des mesures de politique publique, des « programmes » et « projets » de développement... Elle place alors les agents dans une impasse.
Dans ces conditions il n’est pas inutile de réinterroger les grilles de lecture qui orientent la manière d’analyser les dynamiques agricoles, ainsi que de questionner en profondeur ce qu’implique se dégager d’une logique diffusionniste et scientiste du développement.
Des cadres d’intervention (par projet) et un positionnement dans les systèmes d’acteurs autour de l’agriculture qui fragilisent les agents de développement et bousculent le sens du métier
En amont des questions de méthode, émergent de plus en plus des difficultés des agents de développement pour se positionner et assoir leur légitimité dans un ensemble d’acteurs toujours plus nombreux à s’occuper d’agriculture mais peu coordonnés - voire concurrents (Le Guen, 2008 ; Compagnone et al, 2013), sur fond de disjonction entre des logiques de filière et des logiques de développement territorial, ou entre des programmes pensés autour d’enjeux locaux et des mesures de politique publique à des échelles plus larges.
Ces difficultés ne sont pas sans lien avec des cadres d’intervention de plus en plus normés et rigides qui placent les agents en tension sur le sens même de leur action avec et auprès des agriculteurs. Alors qu’est mise en avant une injonction permanente à l’innovation, ce qui implique des dispositifs de travail pensé de façon ad hoc, les activités des agents se trouvent encadrées par une logique de projet, avec tout ce que cela signifie de bureaucratie : réponse à des appels à projets, fourniture de documents de suivi et de rapports selon des procédures et des critères d’évaluation prédéterminés, sans parler des conditions de durée, d’échelle de travail et de moyens en temps.
Ce sont aussi les diverses mesures incitatives et contractuelles en direction des agriculteurs (Mesures agroenvironnementales et climatiques (MAEC), paiement pour services environnementaux (PSE), subventions européennes ou plus locales, cahiers des charges et mesures « zonées » autour d’enjeux spécifiques) avec lesquelles il faut composer, et dont on attend souvent des agents qu’ils en favorisent le déploiement. Un animateur agricole de BV parle de « millefeuille au niveau du montage politico administratif entre Natura 2000, PNR, captage prioritaire » et s’interroge sur comment les agriculteurs peuvent s’y retrouver ; « c’est un grandflou !». L’instabilité de ces mesures de politique publique (dont on ne compte plus les changements depuis la mise en place des Plans de Développement durable (PDD) en 1993, suivis par les Contrats Territoriaux d’Exploitation (CTE) en 1997, puis les Contrats d’Agriculture Durable (CAD) en 2003, les GIEE en 2015, etc. ), leur caractère dispersé et leur fonctionnement en silos[11], la multiplication de dispositifs spécifiques qui y sont associés, qui s’ajoutent au cadre d’intervention par projet, tendent à accentuer la dimension purement procédurale des métiers d’agent de développement. Autant d’éléments qui rendent particulièrement difficile la mise en place d’actions pensées sur la durée, en prise avec les dynamiques agricoles locales.
Par ailleurs la volonté des agents d’engager une réflexion de fond avec les agriculteurs autour des dimensions agronomique, du travail, des impacts coûts-bénéfices, d’une évolution de leurs modes de production, se heurte à des critères de raisonnement des agriculteurs qui, à l’heure de faire des choix, peuvent mettre de côté ces dimensions, au profit de logiques de guichet et d’arbitrages parfois hasardeux entre différentes aides et subventions.
Au final, ces conditions d’intervention apparaissent fortement restrictives au regard de ce que les agents considèrent qu’il faudrait faire pour passer des « grandes ambitions » affichées de la TAE à des actions concrètes. Dans un tel contexte, que nous qualifions d’absence de contrat social clair, ce qui s’exprime alors, c’est le sentiment que la portée de leur intervention, indépendamment de leurs compétences, est réduite par rapport à d’autres facteurs déterminants des choix des agriculteurs, que « les choses se jouent ailleurs » que dans le cadre de ce qu’ils cherchent à expérimenter, à mettre en discussion ou démontrer, au travers de leurs activités.
Comment alors se positionner vis-à-vis d’acteurs économiques, politiques et institutionnels, trouver une marge de manœuvre au sein d’un enchevêtrement de dispositifs et face à des donneurs d’ordre multiples ? Avec qui travailler et nouer des collaborations, susceptibles d’augmenter la lisibilité et la crédibilité de l’intervention pour les agriculteurs ?
En conclusion
Les agents de développement qui interviennent dans le cadre d’un appui aux transitions agroécologiques expriment majoritairement une forte motivation, voire un engagement, au nom de leurs valeurs et d’une adhésion à des objectifs, qui tels que formulés (promotion de l’agroécologie, démarche inclusive, prise en compte des préoccupations et besoins des agriculteurs, mise en avant de ces derniers comme « acteurs de leur propre développement »), font écho à ces valeurs. Mais ils sont souvent ensuite confrontés à une réalité vis-à-vis de laquelle ils peinent à s’y retrouver ; le fort turn over dans ces métiers en est une des manifestations les plus marquantes. Un cadre institutionnel de travail peu structurant, une position d’expert remise en cause, dans un contexte fortement concurrentiel (et alors que les agriculteurs ont de plus en plus recours à de l’expertise privée), et lorsque les agents – nombreux- revendiquent plutôt une posture d’animation, un rôle peu reconnu ; un déclassement social (au regard de leurs ainés, connus et reconnus des agriculteurs sur leur secteur d’intervention, certains étant de véritables notables locaux), une position fragile dans les systèmes d’acteurs économiques et politiques de l’agriculture de leur territoire…, autant d’éléments qui caractérisent un métier en tension.
Quand bien même ils sont moins sur le terrain que leurs ainés, ils sont en première ligne vis-à-vis des agriculteurs. A l’interface entre le monde agricole et ceux qui financent et portent les dispositifs de politiques publiques qu’ils doivent mettre en œuvre, ces agents de développement prennent alors de plein fouet les paradoxes et injonctions contradictoires dans lesquelles les agriculteurs se trouvent aujourd’hui pris (Ruault & Hostiou, 2024). On peut s’interroger sur : en quoi ce rôle d’interface est-il nouveau et pourquoi il est aujourd’hui souvent inconfortable ? Le rôle des conseillers et animateurs de groupes de développement a longtemps été celui de « relais » des connaissances et messages techniques élaborés depuis la recherche agronomique. Et déjà ce rôle pouvait occasionner sur le terrain, un positionnement difficile à trouver vis-à-vis des agriculteurs, entre porteur de la bonne parole, expert technique, médiateur entre des mondes sociaux différents (Lemery, 1994). Mais les objectifs et les contenus techniques dont ils se réclamaient (qu’on approuve ou non aujourd’hui le modèle qu’il s’agissait de promouvoir) s’inscrivaient dans un ensemble relativement cohérent entre objectifs de politique publique et moyens correspondants. Par ailleurs leur proximité sociale avec les agriculteurs, l’échelle locale d’intervention et leur forte insertion dans des systèmes d’acteurs locaux structurés autour de la seule profession agricole, tranchent radicalement avec ce qui constitue aujourd’hui les situations d’intervention des agents de développement, particulièrement floues et difficiles à saisir, et cela sur fond de débat politique clivé sur l’avenir de l‘agriculture. Comprendre ces situations : caractériser les systèmes d’acteurs qui interviennent sur et autour de l’agriculture sur un territoire donné, comprendre les débats en cours, les relier avec la diversité d’agricultures et d’agriculteurs sur ce territoire et les évolutions en cours, etc., sont des conditions indispensables pour situer son intervention- et son rôle - dans la réalité des situations et cerner comment ce qu’on propose ,- des acteurs à mobiliser, des contenus thématiques de discussion et des formes de travail, va pouvoir interagir avec les dimensions ci-dessus.
Cela amène à s’interroger sur les compétences à maitriser et les conditions à réunir pour que les agents puissent exercer leur mission sans être dans un écart permanent entre les objectifs formulés et les résultats attendus d’un côté, et ce qu’ils arrivent à faire, de l’autre. Et il nous semble que les formations professionnelles proposées aux agents – ce à quoi s’attachent les formations au Gerdal[12]- doivent mettre l’accent sur deux types de compétences qu’il faut pouvoir articuler.
- Des capacités et moyens d’analyse pour comprendre les situations : se donner une grille de lecture des processus de changement en agriculture, des dimensions en jeu et de comment elles se traduisent concrètement sur un territoire et dans un contexte donné ; raisonner les interactions entre intervention (projets) de développement et dynamiques agricoles locales ;
- Des compétences de méthode pour, à partir de la compréhension des situations et en lien avec des enjeux de transition spécifiques, organiser et conduire concrètement le travail avec les agriculteurs (et autres acteurs) ; cela dans une perspective de recherche co-active de solutions (Darré, 2006), qui place les agriculteurs au cœur du processus de formulation et de résolution des problèmes.
Ces compétences sont complémentaires de connaissances dans un ou plusieurs domaines spécialisés (agronomie, zootechnie, économie, etc.), ainsi que d’une bonne compréhension des métiers de la production agricole, dès lors qu’il s’agit d’intervenir avec une visée de transformation de ces métiers.
[1] Que nous désignerons dans la suite par le terme agents, même s’il est un peu réducteur.
[2] A titre d’exemples : projets Otoveil et Synergie coordonnés par l’ITAB sur l’évolution des pratiques de santé animale en lien avec le programme Ecoantibio ; les programmes Prospective agricole locale et dynamiques urbaines en Pays de Loire (PALDU) ou Durabilité des agricultures en méditerranée (DAUME), sur le maintien de l’agriculture en périurbain ; l’appui à des programmes « d’actions sur l’eau » dans le cadre de contrats de bassins versants; et leur analyse sociologique en Normandie, Bretagne, Pays de Loire pour l’Association des Chambres d’agriculture de l’arc atlantique ; l’appui à des collectivités territoriales autour du développement des circuits courts et du renouvellement des agriculteurs sur leur territoire …
[3] D’abord réalisée au centre d’Etcharry dans le cadre de la « formation au métier » des conseillers de Chambre d’agriculture, et depuis 2011 organisée avec le réseau Civam et ouverte à tous publics (plus de 180 personnes).
[4] Par exemple avec : l’équipe Agronomie- environnement de la Chambre d’agriculture de Saône et Loire ; l’équipe Territoire de la Chambre d’agriculture de l’Isère ; l’équipe agriculture (pluri institutionnelle) du PNR Caps et Marais d’Opale ; des conseillers et animateurs agricoles de BV en Bretagne, Yonne, Nouvelle Aquitaine ; des conseillers et animateurs de groupes d’agriculteurs dans le cadre du programme Ecophyto …
[5] Lors des formations, comme dans le cas d’activités de recherche action, un temps important est consacré à l’analyse des situations de travail des participants et des difficultés qu’ils rencontrent, à la fois pour comprendre à quoi renvoient ces difficultés et pour élaborer des pistes de solutions.
[6] Ces compétences et les contenus de formation correspondant sont développés dans un deuxième article, dans ce même numéro : « Appuyer les transitions agricoles : des compétences de méthode et des capacités d’analyse ».
[7] Conseil de gestion, accès aux prêts bancaires, services vétérinaires et sanitaires, insémination artificielle et conseil génétique, plans de fumure, biosécurité, etc.
[8] Réflexions alimentées aussi par les mouvements qui, dans ces mêmes années 80, se développent dans les pays du Sud en réaction au modèle techniciste de modernisation de l’agriculture imposé depuis l’occident, et qui promeuvent la revalorisation des savoirs paysans comme base d’un développement plus autonome et inclusif.
[9] Surtout dans les organismes de développement (Chambres d’agriculture et ONVAR), plus que dans les entreprises amont aval et de services marchands, et qui se traduit par un très fort turn over.
[10] Envahissement que l’on retrouve dans tous les domaines de la société.
[11] par exemple les mesures d’aide à l’investissement pensées indépendamment de celles visant des réductions d’intrants ; les politiques de l’eau d’un côté, portées par des acteurs spécifiques (AE, syndicats de BV, service spécifique dans les Régions), les politiques agricoles de l’autre, portées par d’autres acteurs (Chambre d’agriculture, associations de développement agricole, service dédié à la Région) ; ou portées respectivement par des services différents au sein d’une même institution (économie entreprise Vs environnement - territoire …)
[12] Ces compétences sont développées dans un deuxième article dans ce même numéro.
Références bibliographiques
Cerf M., Compagnone C., Labarthe P., 2013. « Introduction. Conseiller en agriculture : acteurs, marchés, mutations », Économie rurale
, 337 | 2013, 4-6. URL: journals.openedition.org/economierurale/4068; DOI :
https://doi.org/10.4000/economierurale.4068Chauveau J.-P., Lavigne Delville P., 2022. Développement participatif. In G. Petit, L. Blondiaux, I. Casillo, J.-M. Fourniau, G. Gourgues, S. Hayat, R. Lefebvre, S. Rui, S. Wojcik, & J. Zetlaoui-Léger (Éds.), Dictionnaire critique et interdisciplinaire de la Participation, DicoPart (2ème édition). GIS Démocratie et Participation. https://www.dicopart.fr/developpement-participatif-2022
Compagnone C., Lemery B., Petit S., Kockmann F., Moretty P., 2013. Forme et réforme organisationnelles des chambres d’agriculture. Une lecture à partir des régimes d’action des conseillers. Économie rurale, 337, 41-58.
Darré J.P., Le Guen R. (coord.), 1986. L’élaboration des modèles de vie et de travail en agriculture. Les recherches du GERDAL. Collectif Gerdal, Agriscope n°7, 1986, Editions Groupe ESA
Darré J.P., 1986. Dialogues entre agriculteurs et discours scientifiques. Cahiers du Gerdal n°8 Ed. GERDAL, 43p.
Darré J.-P., 1994. Pairs et experts dans l’agriculture. Dialogues et production de connaissances pour l’action, TIP (Technologies Idéologies Pratiques) vol XII, n° 1 Éditions Ères, 227 p.
Darré J.-P., 2006. La Recherche co-active de solutions entre agents de développement et agriculteurs, Ed. Gret-Gerdal-Supagro IRC, 112 p.
Darré J.-P., Le Guen R., Lemery B., 1989. Changement technique et structure professionnelle locale en agriculture. Économie rurale, 192-193, 115-122.
Gasselin P., Lardon S., Cerdan C., Loudiyi S. & Sautier D. (Ed.), 2021. Coexistence et confrontation des modèles agricoles et alimentaires : un nouveau paradigme du développement territorial ? Éditions Quae. 396 p.
Germain P., Le Guen R., Thareau B., 2006. La reterritorialisation du développement agricole : le cas de l’agriculture péri-urbaine d’Angers. Revue d'Économie Régionale & Urbaine, 2006/3 août, p. 373-392.
Hervieu B., Purseigle F., 2013. Sociologie des mondes agricoles. Ed Armand Colin.320p.
Jollivet M. 1987. 20 ans après : questions de recherche actuelles sur le Développement Agricole. Actes du colloque « sciences sociales et développement agricole ». Cahiers du GERDAL n°11, 1987. pp. 7-16.
Kockmann F., Pouzet A., 2022. Contribution du système de développement agricole à la dynamique de l’agronomie. In : La Fabrique de l’agronomie. De 1945 à nos jours. Boiffin J., Doré T., Kockmann F., Papy F., Prévost P., coord., Éditions Quæ, Versailles, p. 363-408
Le Guen R., 2008. Du système aux acteurs. Dans : L’univers des organisations professionnelles agricoles. POUR n° 196-197, Mars 2008, pp 85-100.
Le Guen R., 2006. Les relations employeurs-employés : des affinités électives à la prise de distance. In : Conseiller en agriculture (Rémy J., Brives H., Lémery B., coord.), Educagri Éditions/Quæ, 71-82.
Lémery B., 1986. Problématique de technicien, problématique d’agriculteurs. Agriscope n°7, 1986, pp 78-87
Lémery B., 1994. Une position d’expert incertaine, les conseillers techniques en agriculture. In : Pairs et experts dans l’agriculture. (Darré J.P., Coord.) Éditions Erès, Revue TIP, pp. 49-87.
Lémery B., 1995. La profession de conseiller agricole. Un point de vue de sociologue. Travaux et innovations, n° 16, Mars 1995, pp 62-65.
Martin T., 2022. La mise en débat du travail dans les collectifs : le cas du robot en AOP Reblochon. Rencontres Nationales Travail en Agriculture, RMT Travail en agriculture, Novembre 2022, Clermont-Ferrand.
Mundler P, Labarthe P, Laurent C, 2006. Les disparités d'accès au conseil. Le cas de la région Rhône-Alpes. Economie Rurale 291 : 26-41.
Petit S, Compagnone C, Lémery B, Kockmann F, Moretty P, 2011. Les chambres d'agriculture françaises face à la marchandisation du conseil aux agriculteurs. Cahiers Agricultures 20 : 406-12.
POUR n°93, 1984. Le développement agricole et rural : un tournant ? Janvier-février 1984
Rémy J., 1982. Distinction, promotion, sélection des agriculteurs sarthois : le rôle des organismes de développement. Economie rurale n° 152, 1982.pp 67-71
Rémy J., 2008. La diversité croissante des métiers et des cultures professionnelles. Revue POUR n ° 196-197. L’univers des organisations professionnelles agricoles.
Rémy J., Brives H., Lémery B. (coord.), 2006. Conseiller en agriculture. Educagri éditions/ Inra éditions, Dijon, Paris, 272 p.
Ruault C., 1994. L'aide à la production de connaissance dans les groupes de pairs, un nouveau rôle pour le technicien. In : Pairs et experts dans l'agriculture. J.P. Darré (dir.), éditions Erès, TIP, pp. 155-171.
Ruault C., 1996 : L'invention collective de l'action. Initiatives de groupes d'agriculteurs et développement local. Paris, L'Harmattan, 240 pages.
Ruault C., Hostiou N. 2024. « Les agriculteurs et agents de développement dans la tempête ».Compte rendu de la journée d’étude Gerdal – INRAE ACT– UMR Territoires à Paris, 30 novembre 2023 https://uca.hal.science/hal-04627046
Vedel G., 2008. Développement agricole : la fin du modèle à la française ? POUR (2008), pp199-207.
Les articles sont publiés sous la licence Creative Commons (CC BY-NC-ND 2.0)
Pour la citation et la reproduction de cet article, mentionner obligatoirement le titre de l'article, le nom de tous les auteurs, la mention de sa publication dans la revue AES et de son URL, la date de publication.

