La grande consultation des agriculteurs Rapport d’étude du Shift project (décembre 2024) par A.S Tricaud, K. Blin et H. Lepetit
Note de lecture par François Kockmann*
François Kockmann*
* Ex-directeur de la chambre d’agriculture de Saône et Loire
Email contact auteur : francois.kockmann@wanadoo.fr
Dans le cadre du programme mené par The Shift Project finalisé sur « une agriculture bas carbone,résiliente et prospère », « La Grande Consultation des Agriculteurs » (CGA) a été initiée afin de connaître leurs préoccupations, freins et attentes sur l’avenir de leur secteur, en transitions, et par là, renforcer la pertinence et la solidité du rapport avec des retours du terrain. L’initiative vise aussi à massifier le portage des travaux du Shift Project auprès des agriculteurs et des acteurs du monde agricole pour établir un dialogue constructif sur les transformations à mener.
La méthodologie retenue
L’étude repose sur une enquête qualitative auprès de 70 agriculteurs pour construire un questionnaire en ligne relayé ensuite notamment par près d’une centaine d’organisations agricoles (chambres d’agriculture, syndicats, filières, associations, entreprises, collectifs, etc.). L’enquête quantitative a recueilli l’avis de 7 711 agriculteurs et agricultrices entre juin et octobre 2024 en France métropolitaine. Un redressement des données a été opéré en référence au RGA 2020 sur trois critères : quotas régions croisés par surface agricole utile et agriculture biologique, autres signes d’identification de la qualité et de l’origine (Siqo), productions principales. Au final, l’échantillon de la GCA est représentatif de la structure des exploitations agricoles selon les critères régions, SAU, Siqo ; il est proche de la structure de la population des exploitants agricoles, avec toutefois certains écarts, dans la mesure où les répondants sont en moyenne plus jeunes, plus diplômés et installés depuis moins longtemps, ces trois facteurs étant liés entre eux. La structure de l’échantillon de la GCA reflète donc un peu plus celle de la nouvelle génération d’agriculteurs.
Les principaux résultats de l’enquête
Le contexte perçu par les agriculteurs est à priori peu propice à la transition
Du point de vue des répondants à l’enquête, le métier est considéré difficile, avec un revenu insuffisant au regard du temps investi, un manque de reconnaissance, des risques de santé. Ce métier est par ailleurs en voie de complexification administrative et d’incertitudes croissantes (rendements, pression des marchés internationaux, coût et accès au foncier, viabilité à long terme des fermes et capacité à les transmettre). Toutefois 67% expriment un attachement à leur métier au-delà des difficultés.
La GCA révèle un consensus sur les sujets clés de la transition
Pour les agriculteurs, le changement climatique, le prix de l’énergie et les risques liés aux produits phytosanitaires constituent trois préoccupations majeures : 86% estiment que le changement climatique représente un risque pour la viabilité de leur exploitation ; 70% considèrent que la hausse du prix de l’énergie et la dépendance aux énergies fossiles sont des sources d’inquiétude ; 75% s’inquiètent des effets des produits phytosanitaires sur leur santé, l’environnement et la santé humaine en général. Les préoccupations relatives aux risques environnementaux sont plus marquées chez les jeunes et chez les femmes, deux cibles stratégiques pour le renouvèlement des générations.
Une grande majorité des agriculteurs sont prêts à accélérer la transition environnementale de leur secteur : plus de 80 % des répondants souhaitent adopter des pratiques agronomiques plus durables, et seulement 7 % déclarent ne pas souhaiter s’engager ou accélérer la transition de leur exploitation. En cultures, l’adhésion apparaît très forte à forte pour les neuf pratiques suivantes : recours aux engrais organiques, diminution des produits phytosanitaires, cultures avec des variétés résistantes, réduction des engrais de synthèse, cultures de légumineuses, aménagement des terrains, allongement des rotations des cultures, agriculture de conservation des sols, désherbage mécanique. Quant à l’élevage, une quête d’autonomie alimentaire est quasi unanime mais pas encore mise en place pour une moitié des éleveurs concernés ; les deux tiers souhaitent intégrer l’élevage aux cultures, non sans évoquer toutefois la contrainte de la charge de travail ; 55% s’opposent à la réduction de la taille des élevages. Au sujet des énergies renouvelables, l’adhésion apparaît très forte pour le photovoltaïque sur les toits, moindre pour le bois énergie, réservée pour l’agrivoltaisme et faible pour la méthanisation. Interrogés sur les démarches de qualité, environnementales et de labellisation, les agriculteurs souhaitent valoriser leurs efforts, le plus souvent par des motivations personnelles, sachant que selon les démarches engagées, elles interfèrent avec différentes raisons : l’incitation économique, la pertinence agronomique, la relation directe avec les consommateurs et collectivités, l’adaptation en prévision de risques futurs, la dynamique collective d’une filière.
Par rapport à la visée à rechercher pour l’agriculture, les auteurs ont exploré trois scénarii : « Autonomie agricole et alimentation nationale » « Contribuer à la sécurité alimentaire mondiale », « Contribuer à l’indépendance économique nationale ». Les agriculteurs adhèrent favorablement ou plutôt favorablement à hauteur de 88 %, 50% et 33% respectivement aux différents scénarii précités.
La GCA met en relief aussi les freins et leviers pour accélérer la transition
Pour 81% des agriculteurs, le frein prédominant à la dynamique de la transition est d’ordre financier : les pratiques agroécologiques sont trop coûteuses et risquées dans un marché très concurrentiel, à forte volatilité des prix ; la lourdeur administrative, le manque de temps et de main d’œuvre disponible constituent d’autres freins. Aussi, pour s’engager ou accélérer leur transition, 87% des agriculteurs posent une condition financière déclinée par différents modalités : rémunération pour les services environnementaux rendus, protection contre une concurrence internationale jugée déloyale, négociation de contractualisations pluriannuelles avec des prix garantis, création de mécanismes pour accompagner la prise de risques liée aux changements de pratiques ou encore renforcer l’orientation des aides financières de la PAC sur les pratiques agricoles durables.
L’enquête révèle que les agriculteurs ne pourront pas mener les transitions sans une vision claire pour l’avenir de leur secteur et sans un soutien massif de la société et des pouvoirs publics
86% des agriculteurs réclament des objectifs clairs et stables ; 77% d’entre eux souhaitent une mise en œuvre décentralisée pour mieux intégrer les spécificités régionales.
L’enquête qualitative souligne les attentes fortes relatives à la simplification administrative et à l’association des agriculteurs en amont des réglementations.
La force du collectif dans les territoires
Les agriculteurs enquêtés appartiennent pour 48% à des associations, des groupements ou autres structures collectives ; ils sont nombreux à reconnaître l’intérêt du collectif pour progresser rapidement dans la transmission, la mise à l’épreuve, l’adoption et l’optimisation de nouvelles pratiques dans les différents contextes locaux. Par ailleurs, l’aspiration à favoriser la recherche dans les territoires en impliquant les agriculteurs est évoquée lors des entretiens de l’enquête qualitative.
Une très forte majorité, 87% des agriculteurs, se sent mal représentée dans le débat public
Les agriculteurs regrettent notamment que la diversité des agricultures en France soit peu visible dans les débats et que toutes ne soient pas représentées au même niveau ; que les non-syndiqués aient du mal à se faire entendre et que les syndicats majoritaires prennent une place trop prépondérante dans les débats. Ils soulignent aussi que les médias relayent une image souvent négative de la profession sans mentionner les avancées positives. Ils ressentent une déconnexion avec lapopulation urbaine, et pensent plus généralement que les consommateurs sont mal informés sur la manière dont les agriculteurs produisent la nourriture qu’ils achètent. Les agriculteurs pointent la méconnaissance du monde politique et du public de la complexité du métier et des enjeux agricoles ; enfin ils relèvent le manque de cohésion entre les ministères chargés de l’écologie et de l’agriculture.
Quel regard des agronomes sur cette enquête ?
C’est en référence à l’intervention du sociologue B. Hervieu, suite à une présentation de la GCA par A-S. Tricaud à l’Académie d’Agriculture[1] que nous introduisons la discussion, car il fait part d’un certain étonnement entre les résultats de la GCA et trois points d’actualité que les agronomes, en proximité avec le monde agricole, peuvent partager : (i) les agriculteurs attendent un cap alors que la loi d’Avenir de l’agriculture en 2014 en a dessiné un, conforté ensuite par le Green Deal européen en 2019 : or les organisations agricoles, hormis la Confédération paysanne, ont en majorité manifesté pour renoncer à ce cap ; (ii) la crise avec l’INRAE, symboliquement emmuré au motif de son implication pour les questions environnementales, pourtant cruciales en agriculture, posées par la société : comment articuler ce refus de rechercher un autre modèle agricole et les aspirations à changer exprimées dans l’enquête ? ; et (iii) les élections récentes aux Chambres d’agriculture, qui représentent les orientations de la profession, se caractérisent par une montée en puissance de la Coordination rurale qui explicitement demande l’abandon de toutes les questions environnementales, à côté du bloc central FNSEA-JA devenu d’une grande timidité sur le sujet.
Il s’interroge ainsi sur le fait que l’enquête renvoie une image de forte convergence des points de vue des agriculteurs en réponse aux questions posées sans rendre compte de l’éclatement du monde agricole analysé dans les travaux conduits en 2022[2] avec F. Purseigle. Ces travaux confortent la fragmentation de la population agricole en trois pôles : 19% adhèrent à la Confédération paysanne qui est engagée dans un modèle alternatif et recherche une valorisation de leurs efforts pour la transition ; 30% sont en quête de reconnaissance identitaire de leur métier sans la volonté d’impulser le changement vers la transition ; environ 50% se retrouvent sur un profil d’entrepreneurs, certains très connectés aux grands marchés internationaux et fort éloignés de leurs pairs. Les clivages sont tels sur le terrain que les discussions sont devenues difficiles entre eux sauf sur les barrages ! Par ailleurs l’opposition entre agriculteurs et urbains/consommateurs, souvent évoquée, masque la réalité des tensions entre agriculteurs et autres ruraux : aujourd’hui, les agriculteurs vivent très douloureusement une mise en minorité à l’intérieur du monde rural, très marqué par le résidentiel et ses exigences ; c’est à moduler selon les régions.
Dans un autre cadre, lors d’une journée de réflexions organisée par INRA-ACT et GERDAL en novembre 2023, intitulée « Agriculteurs et agents de développement agricole dans la tempête »[3], titre prémonitoire des manifestations survenues en 2024, chercheurs et conseillers constatent aussi que les agriculteurs exercent leurs métiers dans une position sociétale globalement fragilisée, doublée d’un sentiment de perte de sens, voire de découragement face aux critiques. Ces difficultés sont vécues très différemment par les agriculteurs selon leurs modes de production, leurs niveaux de revenus, leur degré d’intégration avec les entreprises d’amont et d’aval, leur niveau de formation et leur réseau de relations.
Ces deux constats expriment un certain paradoxe entre les résultats de l’enquête de la CGA et d’autres résultats obtenus par ailleurs. Mais en tant qu’agronomes, nous pouvons cependant nous détacher des aspects politiques et syndicaux de la transition agroécologique pour retenir un certain nombre de points de la CGA qui vont dans le sens de ce que les agronomes instruisent depuis de nombreuses années.
La force du collectif dans les territoires
En 2012, le Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation a lancé le Plan Agro-Ecologique pour la France (PAEF) avec pour objet de réorienter l’agriculture vers de nouveaux systèmes de production combinant à la fois performances économiques, environnementales et sociales. Dans son sillage, la loi d’Avenir promulguée en 2014 donne un cadre pour la mise en œuvre collective de l’agroécologie dans les exploitations en impulsant la création de GIEE. Il s’agit d’une structure souple, bénéficiant d’un accompagnement spécifique (animation, financement). L’idée est de favoriser les changements de pratiques au sens large en misant sur les capacités d’innovation des agriculteurs, réunis collectivement autour de projets qui font sens, localement, projets inscrits dans une dynamique de développement territorial. Une initiative fort intéressante où les savoirs situés des acteurs de terrain et les savoirs scientifiques sont mobilisés pour faire face à la diversité des situations locales, une démarche fort exigeante en animation et en accompagnement, bien illustré par certains témoignages[4]. Toutefois, il faut intégrer le sens du temps long et donc garantir une continuité dans leur accompagnement dans la mesure où les agriculteurs opèrent des choix stratégiques relatifs à la trajectoire de leurs exploitations, dans des contextes de forte incertitude, ce qui est bien revendiqué dans les résultats de l’enquête de la CGA.
Une mise en œuvre décentralisée pour mieux intégrer les spécificités régionales
En 2019, le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation a sollicité le CGAAER[5] pour évaluer la déclinaison régionale du PAEF. Les auteurs concluent à une déclinaison très variable et très hétérogène selon les régions ; ils constatent une gouvernance régionale limitée. Les Commissions Agroécologiques, crées pour piloter le plan d’action, complexe, comprenant 10 axes, 17 chantiers et près de 80 actions, sont confrontées à des difficultés de coordination, sachant que ledit plan d’action prend appui sur 10 plans spécifiques dotés chacun de leur logique et de leur existence propre (Ecophyto, Eco-antibio, Bien-être animal, Semences et plants pour une agriculture durable, Enseigner à produire autrement, Energie-méthanisation -autonomie azote, Ambition Bio, protéines végétales, Apiculture). De ce fait, le PAEF est un projet à l’organisation complexe, source de confusion auprès d’un certain nombre d’acteurs, qui en arrivent à ignorer le plan d’action et à confondre le projet agroécologique avec les dix plans nationaux thématiques. Les auteurs recommandent alors de simplifier la comitologie des différents dispositifs régionaux contribuant à la mise en œuvre de la transition agroécologique, condition impérative pour envisager la mise en œuvre décentralisée exprimée par la GCA. L’évaluation du CGAAER éclaire ainsi la complexité des missions de représentation confiées aux chambres consulaires ainsi que sur les exigences en disponibilité des responsables professionnels, question qui se pose avec acuité avec la régression numérique des agriculteurs. Les auteurs concluent que l’agroécologie est soutenue par des élus et, récemment par la profession agricole, mais que les services régionaux sont en attente d’une impulsion de relance par un portage politique réaffirmé. Depuis lors, le portage politique est resté bien en-deçà de l’attente des agriculteurs, mais aussi des agronomes, qui ont montré les relations fortes entre agroécologie, adaptation au changement climatique et résilience des exploitations agricoles[6].
La question de la lourdeur administrative
En 2020/21,en amont de l’élaboration de la politique agricole européenne 2023-2027, l’Afa s’est mobilisée sur la question « Comment promouvoir des pratiques agronomiques vertueuses dans la réforme de la PAC ? ». Au-delà des contributions scientifiques visant à répondre au triple défi climatique, nutritionnel et sanitaire, plusieurs témoignages ont été recueillis auprès des acteurs du développement, responsables professionnels notamment (FN Cuma, Coopérative, Chambre d’agriculture)[7]. Tous ont alerté sur la complexification administrative de certains dispositifs, avec des obligations croissantes et une logique de contrôle tatillonne ; sur la rigidité des mesures, codifiées, alors que leur mise en pratique, inféodée à la diversité des milieux et aux aléas climatiques, exige des adaptations pour limiter les risques économiques ; sur le manque de pertinence de certaines mesures, révélateur de l’insuffisante articulation entre décideurs publics, développement et recherche ; sur l’absence de valorisation des agriculteurs pionniers et innovants, porteurs de pragmatisme. Au sujet de la « paperasse » administrative, B.Mesnel (2024) écrit[8] : « l’actualité récente suggère que la simplification est une condition nécessaire à l’adhésion des mondes agricoles aux politiques agricoles et environnementales. Il faudrait pour autant que les décisions adoptées reconnaissent la diversité des moyens de simplifier et ne se cantonnent pas au seul horizon d’alléger des normes en les supprimant. Il peut s’agir d’améliorer la lisibilité et la stabilité des cadres réglementaires (..) pour rétablir de la sérénité par rapport à certains investissements sur les exploitations. Ou encore de développer de nouvelles modalités de gouvernement des pratiques agricoles fondées sur l’engagement réciproque et la confiance, via des outils de contractualisation, par exemple. On pourrait enfin imaginer des manières de contrôler plus efficaces et mieux ressenties qui ne reposeraient pas principalement sur la traçabilité écrite ou sur la transformation de l’agriculteur en producteur de données sur lui-même (…). Or en réduisant les moyens de son administration de terrain, le ministère de l’Agriculture comme l’UE se privent de l’opportunité de convaincre directement leurs usagers de la légitimité des politiques menées.
De ce point de vue, redynamiser les guichets agricoles de proximité, donner les moyens aux agents d’être présents sur le territoire (réunions d’information, contrôles et instructions sur place, etc.) et de recevoir du public, ouvrent des voies de simplification prometteuses »
Les agriculteurs, unanimes pour affirmer que le frein prédominant à la transition est d’ordre financier
La PAC, politique publique très structurante, après trois décennies de protectionnisme, a opéré une rupture radicale en 1992 en exposant les agriculteurs européens aux marchés internationaux. Dans un contexte de concurrence, la compétitivité est impérative ; toutefois les prix du marché, fluctuants, sont insuffisants pour assurer un revenu décent : un tiers du budget de la PAC est alors consacré à des aides directes au revenu[9]. En mettant à part les régions spécialisées en viticulture, arboriculture et maraîchage, trois grands ensembles géographiques se dessinent en fonction de leurs potentialités productives : (i) les plaines fertiles (surtout Bassin Parisien, Hauts de France) se spécialisent en quasi-monoculture céréalière avec un usage important d’intrants et drainent la plus grande partie du soutien au revenu ; (ii) les zones défavorisées et de moyenne montagne, incapables de soutenir la concurrence, pratiquent souvent un élevage sur prairies naturelles et ne survivent que grâce à une indemnité compensatoire de handicap naturel (ICHN), reconnaissance implicite de services environnementaux rendus ; (iii) la Bretagne, qui bénéficie d’un accès privilégié au transport maritime tout en ayant une forte densité agricole, importe à bas prix des aliments azotés du bétail, développe l’élevage intensif, générateur d’un excès structurel d’effluents d’élevage provoquant des pollutions par les nitrates.
Aujourd’hui, en régions intensives avec productions spécialisées[10], la recherche d’une agriculture compétitive et respectueuse de l’environnement apparaît difficile : la production marchande prime fortement sur la préservation de l’environnement. Les aides, versées à l’hectare, incitent à l’agrandissement des structures, à l’homogénéisation des paysages et à la perte de biodiversité. Il faudrait réviser leur mode de distribution pour limiter le déséquilibre entre exploitations à production marchande intensive et exploitations agroécologiques multifonctionnelles et favoriser par ailleurs l’installation de nouveaux agriculteurs, enjeu majeur. Les travaux menés par l’Afa sur les enjeux et les impacts des évolutions du travail en agriculture, valorisés dans les deux numéros de 2024 de la revue Agronomie, environnement & sociétés, constituent dans ce contexte un ensemble documentaire d’intérêt.
Peut-on enfin envisager une rupture de trajectoire vers l’agroécologie sans sortir l’agriculture des accords commerciaux de libre-échange, source originelle de l’antagonisme entre production concurrentielle et préservation de l’environnement et de la santé ? Pour répondre à cette question, une coopération multi-acteurs apparaît indispensable pour anticiper sur les exigences d’une nouvelle PAC, en intégrant plus et mieux la diversité territoriale. Une orientation pertinente sera de réfléchir à opérer un glissement progressif des aides directes au soutien du revenu vers la généralisation de mesures de rémunération des services environnementaux préservant le bien commun, y inclus la santé. Pour les décideurs politiques, un enjeu sera de mieux articuler le « global » et le « local » : encadrer pour orienter en laissant aux acteurs régionaux et locaux latitude et souplesse. Les agronomes pourront y valoriser leurs compétences, du fait de leur connaissance des agroécosystèmes, des techniques adaptées à chaque situation et de leur capacité d’analyse sous l’angle de la triple performance environnementale, économique et sociale. Enfin, une telle réorientation de la PAC répondrait probablement au signal fort donné par les 88% d’agriculteurs qui favorisent le scénario « Autonomie agricole et alimentation nationale » dans le rapport global du Shift project.
[1]https://www.academie-agriculture.fr/actualites/academie/seance/academie/scenarios-
[2] Purseigle F., Hervieu B. (2022) Une agriculture sans agriculteurs. Ed Presse de Sciences Po .222 pages.
[3] Ruault C., Hostiou N. (2024) Agriculteurs & agents de développement dans la tempête. CR de la journée du 30 novembre 2023 disponible sur https://uca.hal.science/hal-04627046
[4] Hirissou F. (2021). GIEE des éleveurs des côteaux du Sarladais : vers l’autonomie protéique et l’intensification agroécologique. In revue AE&S n°11-2. 9p.
Lacour et al. (2024). Stress et détresse face au temps administratif vécus par les agriculteurs. In revue AE&S n°14-1
[5] Kockmann F. (2021). Déclinaison régionale du Plan Agro-Ecologique pour la France (PAEF) (Rapport CGAAERn°1907-7 octobre 2020, par P.Allimant, G.Jourdier et J.Ruiz) . In revue AE&S n°11-2. Note de lecture
Agronomie et politique agricole commune. Comment promouvoir des pratiques agronomiques vertueuses ? (2021). agronomie.asso.fr/aes-11-1
[7] Agronomie et Politique Agricole Commune (2021). Témoignages d’agronomes de terrain sur les relations entre agronomie et politiques publiques. In Revue AE&S n°11-1 ; pp72-98.
[8] Mesnel B. et Kockmann F. (2024). Les enjeux politiques de la complexité administrative : un regard de sociologue sur la « paperasse » de la PAC. In revue AE&S n°14-1. 7p.
[9] Boiffin J. et al. (2024). Dialogues autour de l’ouvrage « La fabrique de l’agronomie ». Comment poursuivre la construction de l’agronomie ? In revue AE&S n°14-1, 13p.
[10] F.Papy (2024). La crise agricole. In Citoyens-390 octobre 2024-15
Les articles sont publiés sous la licence Creative Commons (CC BY-NC-ND 2.0)
Pour la citation et la reproduction de cet article, mentionner obligatoirement le titre de l'article, le nom de tous les auteurs, la mention de sa publication dans la revue AES et de son URL, la date de publication.

