Transition agroécologique, performance technique, une main d’œuvre sous tension
Le cas du GAEC de Stivan en polyculture-élevage (Ain)
Vincent Chaverot* et Patricia Pernet*
* Lycée agricole Les Sardières – Bourg en Bresse
Email contact auteurs : vincent.chaverot@educagri.fr
Introduction
L’étude a été réalisée par des apprentis de BTS ACSE en première année dans le cadre du module « Construction d’un système biotechnique innovant » (M59).
Ce module doit permettre aux apprenants de concevoir un système biotechnique innovant et durable pour répondre à des enjeux identifiés.
- Discuter différentes méthodes de conception de systèmes
- S’approprier les notions d’évaluation, d’indicateurs, de critères
- Comprendre la logique de fonctionnement du système biotechnique existant
- Identifier les services rendus et les impacts générés par le système
- Restituer aux porteurs d’enjeux.
L’objectif a été de faire un diagnostic « travail » en lien avec des pratiques agroécologiques pour comprendre les choix d’agriculteurs lors de mise en place de techniques et pour évaluer les conséquences de ces choix sur le système et plus particulièrement sur le travail.
Le GAEC Stivan a été choisi car cette exploitation de polyculture élevage, système de production majoritaire sur le territoire, pratique l’agriculture de conservation des sols (ACS). L’un des associés est président du Centre d'Étude Technique Agricole (CETA) bressan dont les pratiques en ACS sont des sujets prépondérants.
La main-d’œuvre importante, la méthanisation, le matériel cultural en CUMA, ainsi que le séchage en grange ont été des éléments qui ont aussi influencé le choix.
Présentation du GAEC de Stivan
Situé dans l’Ain sur la commune de Biziat, ce GAEC compte quatre associés détenant chacun 25 % des parts sociales. Cette structure emploie également 5 salariés à temps plein.
C’est une exploitation en polyculture élevage détenant un troupeau laitier de 230 vaches laitières et exploitant une SAU de 580 ha.
Le GAEC a été créé en 1977, mais c’est en 2007 que l’exploitation a fortement évolué ! C’est cette année-là qu’elle a intégré trois autres exploitations, avec pour objectif la mutualisation des outils et de la main-d’œuvre, ce choix a permis de maintenir la production laitière sur la commune.
Les bâtiments et le matériel
Le GAEC possède une stabulation pour les vaches laitières, un bâtiment pour les génisses et les vaches taries, une nurserie, un bâtiment de stockage pour les fourrages, un méthaniseur et un hangar pour le remisage du matériel de la CUMA dont l’exploitation est adhérente. Le GAEC loue ce bâtiment à la CUMA et possède très peu de matériel. Il loue la majorité de son matériel à la CUMA et fait appel à de la prestation de services pour les moissons et les ensilages auprès de 2 autres CUMA.
Quatre exploitations sont adhérentes à la CUMA dont deux sont majoritaires dans l’utilisation du matériel. Le GAEC DE STIVAN réalise 55% du chiffre d’affaires de la CUMA. Un salarié du GAEC entretient le matériel de cette CUMA pour 95% de son temps.
Le bâtiment des vaches laitières est équipé d’un robot racleur, d’une balayeuse de logettes, de ventilateurs. La traite est effectuée avec un système de roto traite par 2 personnes. Les vaches possèdent des colliers de détection de chaleurs.
Les productions végétales
L’assolement est adapté au contexte pédoclimatique et aux besoins du troupeau.
La structure effectue une rotation longue sur 6 ans sans implantation de luzerne. Cette rotation longue permet de réduire les maladies et ravageurs et donc l’utilisation de produits phytosanitaires. Elle permet également de préserver les ressources naturelles, de diminuer la dépendance aux intrants de cultures, favoriser la résilience du système, favoriser la diversité spécifique et génétique, optimiser et équilibrer les flux de nutriments et promouvoir les services écologiques. L’implantation des cultures se fait en semis direct ou par des techniques culturales simplifiées.
Des couverts sont implantés entre les cultures pour répondre à la zone vulnérable nitrates, aux exigences de la PAC et pour le fonctionnement du méthaniseur.
L’exploitation fait partie du CETA Bressan qui est une association regroupant 29 exploitations. Les membres se retrouvent régulièrement pour se former, réfléchir ensemble, tester de nouvelles pratiques dans l’objectif d’un meilleur équilibre de leur exploitation.
Cet état d’esprit permet à chacun de partager ses expériences, les bonnes comme les mauvaises, de se remettre en question et de positiver grâce à l’effet de groupe. Un travail important est engagé depuis plusieurs années sur la transition en ACS.
Le GAEC adhère à un Groupement de Vulgarisation Agricole (GVA) pour des achats groupés d’intrants des cultures.
La production animale
La production animale se caractérise par un élevage de vaches laitières pour la production de lait. Cet élevage alimente également le méthaniseur avec ses effluents.
Les énergies renouvelables
En 2020, l’exploitation a construit un méthaniseur qui fait partie intégrante du GAEC. Cette installation, qui permet la revente d’électricité (capacité de 500 kW/h), valorise les effluents d’élevage et les cultures dérobées (59 t/j). Le GAEC, n’ayant pas suffisamment de surfaces pour alimenter le méthaniseur, est contraint d’acheter 160 ha de cultures dérobées. Le digestat est épandu exclusivement sur les parcelles du GAEC.
Un bâtiment avec des panneaux photovoltaïques est en cours de construction pour une revente d’électricité.
La gestion des ressources humaines
Les tâches sont bien réparties entre les travailleurs : les associés et les salariés sont assez polyvalents sur l’exploitation sauf pour la méthanisation dont le suivi et le travail d’astreinte sont assurés par un seul associé. Les inséminations sont également du domaine de compétences d’un seul associé. La partie administrative est assurée par une secrétaire embauchée à temps partiel et par un des associés.
Le travail d’astreinte comprend la traite, l’alimentation, les soins aux animaux et l’alimentation du méthaniseur.
Les travaux sur les cultures, les cultures dérobées ainsi que l’épandage de digestat donnent peu de périodes creuses sur l’exploitation. Seuls les mois de décembre et janvier sont allégés en temps de travail.
Les associés prennent 3 semaines de congés par an et effectuent environ 10 heures de travail journalier.
Pratiques et principes de l’agroécologie
Les pratiques agroécologiques mises en place sont résumées dans le tableau 1.
Tableau 1 : pratiques agroécologiques du GAEC de Stivan
| Rotation longue | TCS/ semis direct Implantation de couvert | Méthanisation |
FAVORISER LA RÉSILIENCE DU SYSTÈME | Diminution de la dépendance aux intrants. Amélioration de la résistance aux aléas climatique grâce à la diversification culturale. | Diminution de la lixiviation, augmentation de la réserve utile (humus), diminution de l'érosion. | Elle permet de valoriser les effluents d’élevage et les cultures dérobées. |
OPTIMISER ET ÉQUILIBRER DES FLUX DE NUTRIMENTS | Les légumineuses apportent de l'azote au sol, alternance des exigences des cultures en phosphore et potassium. Diversification des profils de racines. | Engrais vert, piège à nitrate. | Valoriser les effluents. Le digestat est riche en potassium et en phosphore biodisponible. Le séparateur de phase permet de mieux répartir sur les parcelles la matière organique (MO) présente dans la partie sèche. |
PRÉSERVER LES RESSOURCES NATURELLES | Lessivage limité. Augmentation des auxiliaires (diversité des cycles de vie). | Augmentation du taux de MO (et donc de la RU et de la CEC[1]). Augmentation de la stabilité structurale. Maintien de l’activité biologique en surface (champignons et bactéries aérobies). | Valorisation du Carbone atmosphérique fixé lors de la photosynthèse pour produire de l’énergie. |
FAVORISER LA DIVERSITÉ SPÉCIFIQUE ET GÉNÉTIQUE | Alternance d’espèces et de variétés. | Les couverts augmentent la diversité des végétaux en interculture et les auxiliaires. Augmentation de la biodiversité dans le sol. | Valorisation de la diversité végétale mise en place dans la rotation et les Cultures Intermédiaires à Valorisation Énergétique (CIVE). |
MINIMISER L’USAGE DES RESSOURCES SENSIBLES | Diminution de la dépendance aux intrants (produits phytosanitaires, engrais…). | Diminue l’usage de carburants ; | Valorisation des effluents. |
PROMOUVOIR LES SERVICES ÉCOLOGIQUES | Diversité de l'assolement, donc diversité du paysage qui favorise les auxiliaires (lieu de reproduction, d’alimentation, de protection). | Augmentation de la MO :
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Analyse des différentes dimensions du travail
Les étudiants ont abordé les ressources humaines, les réseaux relationnels, les compétences, l’organisation du travail, les conditions de travail, la santé et le sens du travail avec deux des associés du GAEC.
Le groupe classe a été partagé en plusieurs groupes qui ont posé des questions sur les différentes dimensions du travail à deux des associés.
Le sens du métier
Les associés exercent leur métier avec passion même s'ils ont conscience que l'on n'est plus forcément agriculteur toute sa vie. Le métier est constamment en évolution et nécessite de se former régulièrement, d'échanger avec d’autres agriculteurs pour adopter de nouvelles pratiques afin de répondre aux exigences règlementaires. Les associés de ce GAEC reçoivent régulièrement des groupes pour faire découvrir le métier et transmettre les savoir-faire et les pratiques mises en place. Les échanges sont indispensables pour évoluer.
Être son propre patron permet également d’avoir une certaine liberté et autonomie dans la prise de décisions et dans l’organisation de son temps de travail. En revanche, il n’est pas toujours facile de déconnecter et penser à autre chose. Pour les associés, cela implique des difficultés à prendre du temps libre.
Articulation vie privée et vie professionnelle
Un équilibre vie privée et vie professionnelle n’est pas facile à mettre en place. Le fait de travailler avec du vivant impose un minimum d’astreintes et d’exigences. Ces contraintes ajoutées à la gestion du temps des salariés font qu’il est parfois difficile de penser à d’autres choses que l’exploitation. Les associés, malgré une bonne organisation, estiment ne pas se libérer suffisamment de temps pour la vie privée.
Le sens du travail
Les associés accordent beaucoup d’importance aux regards que portent la population sur l’exploitation. Ils mettent tout en œuvre pour créer une bonne image en veillant à ne pas entreprendre de travaux bruyants le week-end par exemple. Le regard que porte la population locale est à prendre en considération. Sur ce GAEC, il n’y a pas de conflits majeurs avec le voisinage.
Les agriculteurs sont fiers de maintenir l’élevage localement (si les associés historiques ne s’étaient pas réunis, ils pensent qu’il n’y aurait plus de bovins à Biziat aujourd’hui, car cela a permis de mieux gérer les conditions de travail d’astreintes dans l’élevage). Les réussites techniques peuvent être une source de fierté mais les agriculteurs souhaitent plutôt les partager.
Le milieu agricole se réinvente tous les jours et de nouvelles pratiques sont mises en place sur les exploitations chaque année pour répondre aux exigences de la population. Lors de la mise en place des couverts végétaux sur l’exploitation il y a quelques années, ils n’ont cessé d’en apprendre sur cette pratique. Les associés recherchent également ces nouveaux savoirs car c’est ce qui les intéresse dans le métier.
Les dernières évolutions de la main-d’œuvre, avec la nécessité d’embaucher des salariés supplémentaires dans un contexte difficile, fait ressortir les lacunes d'un chef d’exploitation. La gestion du personnel est en effet complexe et la recherche de salariés avec des compétences précises est une vraie problématique ! Et par ailleurs, la lourdeur administrative peut se révéler anxiogène.
Quand on demande aux associés d’évaluer leur qualité de vie, l’un des associés se note 4/5 sur le plan professionnel et 2/5 sur le plan privé. Et l’autre associé interrogé ne se sent pas au-dessus de 2/5 mais en aucun cas il ne quitterait le monde agricole.
Le travail en réseau

Tout au long de son histoire l’exploitation a fait le choix de participer à des actions collectives.
Le statut juridique GAEC engendre une implication des associés tant dans le travail que dans le capital. Chaque associé a des responsabilités dans la production (troupeau laitier, production végétale, méthaniseur…), les décisions sont prises en commun, le capital et les revenus sont équitablement répartis.
Les choix techniques innovants (agroécologiques par exemple) sont partagés par tout le monde mais certains départs récents d'associés ont montré des fragilités : le projet de méthanisation étant porté (montage mais aussi fonctionnement quotidien) par un associé parti à la retraite en décembre 2023, l’astreinte et les compétences doivent être désormais réparties entre les associés restants.
On peut aussi repérer des vulnérabilités dans la recherche actuelle de salariés pour répondre aux exigences techniques que requièrent la productivité du troupeau et la production végétale en ACS.
Le GVA a des objectifs principalement économiques pour s’approvisionner en fournitures à bas coût (ou à tarif préférentiel) en modifiant le rapport de force avec les fournisseurs. Ce type de collectif génère des temps d'échanges entre les producteurs du territoire et permet parfois de trouver des semences à des prix raisonnables pour les couverts végétaux, éléments essentiels de la pratique de l’agriculture de conservation
La CUMA a été développée avec un fort engagement du GAEC, du fait de la construction de bâtiments pour les matériels en commun sur le siège de l'exploitation et la mise à disposition d’un salarié mécanicien. La coopérative permet d’investir dans du matériel performant permettant d’évoluer vers des techniques innovantes (semoir direct, strip till) mais oblige tous les membres à bien s’entendre.
Le CETA bressan rassemble des agriculteurs qui réfléchissent à des solutions pour moins travailler les sols et diminuer les intrants. Un des associés du GAEC est le président et est très impliqué dans la recherche de solutions techniques aux problèmes rencontrés par les agriculteurs locaux engagés dans le non travail du sol.
L’organisation du travail
L’organisation de travail est un élément essentiel pour le bon fonctionnement de l’exploitation. Les finalités sont d’atteindre les objectifs de productivité mais aussi l’optimisation de la main-d’œuvre.
Quand on regarde ce calendrier, on peut voir que le travail est réparti sur l’ensemble de l’année. Les tâches d’astreintes sont importantes à cause de la taille du troupeau et du fonctionnement du méthaniseur.
Depuis le départ à la retraite de l’associé responsable de l’installation de méthanisation, seulement un des associés a les compétences pour cet atelier. La conséquence est qu’il est le seul à intervenir, ce qui lui demande d’être réactif à tout moment, tous les jours.
En ce qui concerne le troupeau, les exigences de performance (entre autres pour la reproduction) implique que le responsable de l’élevage se rende disponible toute la semaine.
Les semis et récoltes sont répartis de mars à novembre pour adapter les productions aux contextes pédoclimatiques. L’épandage des digestats est un travail consommateur en temps, qui s'étend sur 10 mois de l'année et qui doit prendre en compte les contraintes réglementaires (périodes d’épandage...). Ces contraintes ont aussi des conséquences sur le temps de travail pour l’entretien des haies. Le parcellaire très morcelé n'a pas bénéficié de remembrement et le linéaire de haie est très important (typique du bocage bressan). L’entretien nécessaire demande du temps durant les périodes autorisées pour la protection de la biodiversité.

Pour alimenter le méthaniseur, il a été décidé de valoriser les couverts en CIVE. Toutefois, la surface nécessaire n’étant pas couverte par la surface de l’exploitation, les 160 Ha qui doivent être récoltés sur d’autres exploitations doivent parfois être implantées par le GAEC.
Enfin, l’activité administrative est une charge mentale mais aussi une charge en temps de travail. Les associés ont décidé d’employer une personne pour ce travail (enregistrement et paiement de factures, gestion des payes…). Suite au départ d’associés fin 2023, mais aussi du turn-over des salariés, les associés considèrent que le temps nécessaire au recrutement a beaucoup augmenté.
Les responsabilités extérieures sont essentielles pour les associés, ces activités peuvent être exigeantes en temps selon certaines périodes et le niveau de responsabilités.
Santé physique et psychique
Le GAEC est vigilant sur l’exposition des personnes aux différents risques sur l’exploitation : pour la traite, qui représente un travail d’astreinte de 6 heures par jour, des marches sont mises en place pour limiter les Troubles Musculo Squelettiques (TMS) des épaules. Les trayeurs ne réalisent qu'une seule traite par jour.
Les personnes sont équipées d’Équipements de Protection Individuels (EPI) et aucun accident grave n’est à déplorer sur cette structure. Les produits phytosanitaires sont utilisés seulement par les associés pour éviter l'exposition des salariés.
On note une surcharge mentale très importante pour les associés, en raison notamment de la gestion du personnel et de la surcharge de travail liée au départ récent de deux associés. Le recrutement prochain de deux salariés supplémentaires devrait soulager les associés.
Le changement climatique, les aléas liés à la sécheresse ou à la pluviométrie et à l’absence de gel l’hiver, les réformes de la PAC, les incertitudes et les variations de prix, les normes règlementaires et environnementales, les contraintes administratives sont autant de facteurs qui génèrent du stress.
Analyse de la trajectoire agroécologique et perspectives sur l’évolution du travail dans les années à venir
Les choix opérés par l’exploitation dans la transition agro-écologique ont été dictés par une recherche de durabilité du système en priorité sur les volets économiques et sociaux.
Un GAEC pour pérenniser l’élevage de la commune
Le regroupement des exploitations en une seule structure a permis de maintenir l’élevage sur la commune.
L’élevage est essentiel pour valoriser les prairies permanentes et maintenir le bocage bressan. La conception du système, le dimensionnement des bâtiments et les choix des outils d’élevage pérennisent l’atelier. Toutefois l’exigence de performance implique que les travailleurs soient compétents.

Par exemple, l’un des associés insémine, ce qui améliore les résultats en reproduction (IVV[2], réussite première IA, nombre IA fécondante…). Toutefois, ce choix peut être une fragilité dans le cas où il est absent (par exemple accident en février 2024) car les salariés et associés n’ont pas développé les compétences pour intervenir même s’ils savent identifier les besoins.
L’ACS, des techniques qui continuent d’évoluer
L’implication forte dans l’agriculture de conservation a permis de maintenir voire d’améliorer la fertilité des sols de l’exploitation.
Le choix a été fait de ne plus labourer. Les cultures d’hiver et les intercultures sont semées directement. Les maïs sont semés en TCS avec l’utilisation d’un outil strip till. Les sols ne sont jamais nus, la composition des couverts varie selon qu’ils assureront l’alimentation du méthaniseur (biomasse fixatrice de Carbone) ou s’ils participent à l’alimentation du troupeau ou ont une fonction d’engrais vert (biomasse fixatrice en N).
Les choix (couverts, méthode de semis…) se sont affinés au cours des années, mais ne sont pas encore stabilisés, par exemple un investissement dans un outil de strip till a été fait dernièrement. L’objectif est toujours d’améliorer les techniques pour avoir des sols vivants et une forte productivité. Malgré cela, la campagne 2023-2024, très arrosée, qui suit une campagne très sèche, provoque des remises en question (méthode semis, épandage de digestat, productivité des couverts, récolte…) pour s’adapter au changement climatique.
Le choix du séparateur de phase a été un bon choix pour bien gérer les apports humiques sur l’ensemble du parcellaire et doit être pérennisé.
Le méthaniseur, un atelier chronophage
Le méthaniseur est un sujet sensible sur l’exploitation. Les associés actuels ne sont pas ceux qui ont pris la décision de l’installation. Or, la dimension pose question et le travail engendré par le besoin en alimentation du digesteur est très important.
Des normes (couverture de la phase solide du digestat) ont rajouté des contraintes et des coûts non prévus (optimisation avec photo-voltaïsme).
Quand on écoute les associés, si cela était à refaire, ils ne referaient pas cet investissement ou mettraient en place un méthaniseur de plus petite taille.
Les orientations, notamment agroécologiques, qui ont été prises font que la main-d’œuvre doit être compétente et performante. Actuellement, la recherche de main-d’œuvre est compliquée, les exigences des associés sont confrontées à un manque de candidats répondant non seulement aux compétences attendues mais aussi à un manque de motivation.
Les potentiels demandeurs d'emplois souhaitent des conditions de travail et d'emploi décentes (temps de travail, niveau de salaires, avantages en nature…).
Suite aux différents départs en retraite, les associés ont pris conscience de la fragilité de la main-d’œuvre. Ils se rendent compte que les relations sociales entre associés et salariés sont insuffisantes. Il n’y a pas d’échanges autres que professionnels.
Pour une meilleure organisation du travail, et afin d’écouter toutes les problématiques rencontrées par les associés et salariés, et fidéliser les travailleurs, une réunion hebdomadaire et des moments conviviaux, avec si possible des échanges entre les familles des travailleurs, seront organisés.
Conclusion
Ce travail, réalisé durant des séances pluridisciplinaires, a permis aux jeunes de découvrir un système de production « moderne » avec une organisation a priori rodée.
Après une étude approfondie des ateliers et surtout du travail, avec une méthode originale pour les apprenants, l’analyse a permis de faire ressortir les difficultés rencontrées pour maintenir des performances techniques tout en innovant, dans une conjoncture stressante pour les associés rencontrés.
Le GAEC est à un tournant de son histoire, il faut réussir à maintenir le fonctionnement avec une main-d’œuvre en forte évolution (retraite d’associés et départ de salariés) tout en atteignant des objectifs de production dans un souci de transition agroécologique et de durabilité économique.
Deux témoignages d’apprenants sont marquants :
Apprenant 1 : Quand j’ai découvert le système, les bâtiments, le troupeau, le matériel, j’étais emballé ! Après analyse je ne me vois pas travailler sur cette exploitation.
Apprenant 2 : Si on était venu deux ans plus tôt, on n’aurait pas eu du tout la même conclusion ! Aujourd’hui on voit beaucoup de difficultés difficilement imaginables à l’époque.
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