Quantifier la diversité cultivée et son évolution à partir du registre parcellaire graphique depuis 2015
Marie-Sophie Dedieu1, Pierre Cantelaube1, Thomas Poméon1, Christian Bockstaller2, Laurent Piet3, Bastien Dallaporta4, Romain Carrié5, Clélia Sirami5
1 US ODR, Université de Toulouse, INRAE, F-31326 Castanet-Tolosan
2 Université de Lorraine, INRAE, LAE, 68000 Colmar
3 UMR SMART, INRAE, 35000 Rennes
4 ITAB, Pôle évaluation durabilité, 75 000 Paris
5 UMR DYNAFOR, Université de Toulouse, INRAE, INP-ENSAT, INP-EI Purpan, F-31326 Castanet-Tolosan
Correspondance : marie-sophie.dedieu@inrae.fr
Résumé
Les données du Registre Parcellaire Graphique constituent une source inédite pour quantifier différentes composantes de la diversité cultivée et leurs évolutions, à différentes échelles de temps et d’espace : parcelles, assolements, territoires. Ces données sont ici mobilisées pour analyser, depuis 2015, l’évolution de la taille et la forme des parcelles, de l’indice de diversité des cultures des assolements des exploitations, et de l’indice de diversité des cultures à échelle des communes. En matière de configuration des surfaces cultivées, la taille moyenne des parcelles reste stable, autour de 2.8 hectares. Si on note une récente légère inflexion à la hausse de la diversité des assolements et de la diversité cultivée dans certains territoires, les situations sont très contrastées selon les orientations des exploitations. Le niveau de diversification des assolements reste par ailleurs supérieur en Agriculture Biologique. Avec 81 % des exploitations pouvant théoriquement y prétendre en 2023, le paiement additionnel mis en œuvre dans le cadre de l’écorégime de la PAC 2023-2027 ne paraît ni sélectif ni très incitatif.
Abstract
Data from the Land Parcel Identification System (LPIS) provide a unique dataset for quantifying multiple dimensions of cultivated diversity and their dynamics across different spatial and temporal scales: parcels, farms, and territories. Here, these data are used to analyse changes since 2015 in parcel size and shape, farm-level crop diversity index, and crop diversity index at the municipal scale. Regarding spatial configuration, mean parcel size has remained stable at approximately 2.8 hectares since 2015. Although a recent slight increase in crop diversity at the farm level and in certain territories, substantial heterogeneity persists across farm types and production orientations. Crop rotation diversity remains consistently higher in organic farming systems. The additional payment introduced under the 2023–2027 Common Agricultural Policy eco-scheme does not appear to be either highly selective or strongly incentivising, with 81% of farms theoretically eligible in 2023.
Introduction
Les paysages agricoles ont connu une forte simplification depuis les années 1950, avec une augmentation de la taille des parcelles ayant entrainé la suppression des infrastructures agroécologiques telles que les haies. L’analyse des données de la statistique agricole montre que la spécialisation des systèmes agricoles s’est accompagnée d’une diminution de la diversité cultivée et d’une baisse des surfaces en prairies permanentes (Peyraud et al., 2012 ; Bourgeois et Demotes-Mainard, 2000 ; Depeyrot et Hugonnet, 2024). Cette simplification des paysages est l’un des principaux moteurs du déclin de la biodiversité et de la diminution des services écosystémiques associés, notamment le contrôle biologique des bioagresseurs et la pollinisation (Sirami et al., 2019). La diversification des cultures apparait aujourd’hui comme un levier majeur pour évoluer vers des systèmes agricoles plus durables (Vialatte et al., 2025). Cette diversification concerne à la fois la composition des cultures, portant sur le nombre et la diversité de cultures présentes à l’échelle des assolements des exploitations et des paysages, mais aussi sur leur configuration, au regard de la taille et de la forme des parcelles. Cette diversification peut en outre se déployer à différents niveaux : la parcelle, l’exploitation, le paysage ou le territoire.
Dans l’assolement des exploitations, la diversification des cultures a été prise en compte dans la programmation de la Politique Agricole Commune (PAC) 2023-2027, en tant que pratique agroécologique à accompagner, tout comme la couverture des sols, le maintien des prairies permanentes, l’élevage extensif, l’agroforesterie, ou encore la mise en place de haies[1]. Deux mesures principales intègrent un objectif relatif à la diversité cultivée dans les exploitations agricoles : i) la conditionnalité des aides, avec la norme de bonne condition agronomique et environnementale n°7 (BCAE), qui tient compte de la diversité spatiale (assolement) et temporelle (rotation des cultures) ; ii) l’écorégime, avec un système de paiement additionnel remplaçant les précédents « paiements verts ». Dans ce contexte, la quantification de la diversité cultivée et de son évolution, dans le temps et dans l’espace, à différentes échelles, paraît nécessaire pour connaître l’évolution des pratiques en lien avec les incitations mises en œuvre dans le cadre de politiques agricoles et environnementales. Cette quantification peut aussi permettre de mieux appréhender les déterminants géographiques des dynamiques d’adoption de pratiques de diversification (Allaire et al., 2015). En matière de configuration, des décennies après les politiques de remembrement agricole, avec réorganisation du parcellaire à des fins de mécanisation, de gains de temps, de carburant, encore récemment soulignés pour d’autres Etats membre comme la Finlande (Valtiala et al., 2023), l’intérêt d’une diminution de la taille des parcelles a été mis en avant pour des enjeux de biodiversité (Sirami et al., 2019 ; Sirami et Midler, 2021). Toutefois, à surface égale, une parcelle de forme plus allongée génèrera davantage de zones d’interfaces entre milieux potentiellement différents, justifiant de s’intéresser de façon concomitante à la forme des parcelles (Clough et al., 2020).
Les données annuelles du Registre Parcellaire Graphique (RPG), rendu obligatoire au niveau européen en 2004 dans le cadre du Système Intégré de Gestion et de Contrôle de la PAC, constituent une source inédite d’information sur la diversité cultivée. Décrivant à une échelle de 1 :5 000 les parcelles des exploitations ayant demandé une subvention PAC, le RPG est obligatoire en version numérique pour tous les Etats membres depuis 2018 (Baiamonte et al., 2023). Différents travaux ont mobilisé cette source administrative pour documenter les évolutions des systèmes de culture et des systèmes de production (Preux et al. 2014 ; Preux, 2018 ; Leonhardt et al., 2024), pour la production d’indicateurs environnementaux (Uthes et al., 2020) ou encore pour l’analyse du morcellement du parcellaire agricole (Piet et Latruffe, 2014 ; Piet et Cariou, 2014 ; Pauchard et al., 2016 ; Puech et al., 2020 ; Puech et Mignolet, 2021).
D’autres études dans plusieurs pays ont mobilisé la profondeur temporelle du RPG pour analyser les successions culturales (Martin et Scheurer, 2017 ; Jänicke et al., 2022 ; Vandervoode et al., 2022 ; Reumaux et al., 2023 ; Dedieu et al., 2025) ou les changements d’assolement (Boros et al.,2025 ; Schaak et al., 2023). Les données du RPG sont en outre largement reconnues comme référence en matière d’occupation du sol agricole, et utilisées à ce titre pour différents travaux, comme ceux de spatialisation des ventes de produits phytosanitaires (Lision et al., 2026). Cependant, dans ces études, les changements spatiotemporels sont souvent quantifiés à des échelles communales, régionales ou nationales, et déconnectées de l’échelle de l’exploitation agricole. Cette dernière est pourtant celle des décisions de production et de gestion, et s’avère donc essentielle pour la compréhension des facteurs de changement des assolements. Si les recensements agricoles constituent un outil intéressant pour étudier ces changements à long terme, leur périodicité est décennale, là où le RPG représente une source annuelle, précise à échelle de la parcelle.
L’objectif est ici de donner à voir le potentiel offert par les données du RPG pour l’analyse de l’évolution de différentes composantes de la diversité cultivée sur la dernière décennie. Notre angle de questionnement porte à la fois sur les méthodes de mesure de cette diversité et sur les évolutions observées depuis 2015. Quels indicateurs retenir ? La diversité des assolements des exploitations et des territoires est-elle en diminution, parallèlement au mouvement de fond de spécialisation des structures (Depeyrot et Hugonnet, 2024) ? Note-t-on des infléchissements suite aux dispositifs introduits dans la PAC 2023-2027 ? Le niveau de diversité cultivée est-il identique pour les exploitations en agriculture biologique ? Différents travaux ont effectivement pu montrer l’influence du mode de production sur la diversité des assolements et des successions culturales (Tamburini et al., 2020 ; Reumaux et al., 2023 ; Dedieu et al., 2025). Cet article a ainsi l’ambition d’apporter des éléments quantifiés et objectifs quant à l’évolution de la diversité cultivée à différentes échelles, dans une perspective d’appui à la décision et à l’action publique. Il s’agit de quantifier non seulement pour décrire, mais aussi pour agir, et finalement transformer (Benbouzid B., 2014).
Après avoir introduit les éléments de matériel et méthode dans une première partie, nous présenterons les résultats en abordant la diversité des cultures dans ses principales dimensions, sa composition, et sa configuration. Nous présenterons tout d’abord l’évolution de la morphologie des parcelles, au regard de leur taille et de leur forme. Après avoir traité l’échelle de la parcelle, nous basculerons à l’échelle de l’assolement des exploitations agricoles. Nous porterons ensuite, pour cette échelle, un regard spécifique selon les modes de production, en comparant exploitations en agriculture biologique (AB) et exploitations conventionnelles. Enfin, après la parcelle, et l’exploitation, nous nous intéresserons aux évolutions au sein des territoires. En conclusion, nous insisterons non seulement sur les résultats transversaux, mais également sur les limites des analyses réalisées.
[1] Voir le Plan Stratégique National de la France : https://agriculture.gouv.fr/pac-2023-2027-le-plan-strategique-national
Données sources, choix des indicateurs, méthodes de traitement
Nous présentons, dans cette première partie, les données du RPG utilisées, en explicitant la manière dont les cultures y sont enregistrées, les indicateurs calculés, ainsi que les outils et méthodes de traitement mobilisés.
Les données utilisées : le RPG « niveau 2 »
Les données du RPG mobilisées portent sur la France métropolitaine, hors Outre-mer. Le ministère en charge de l’agriculture a défini trois niveaux de diffusion des données[1]. Le premier correspond au niveau public, qui fournit uniquement la géométrie des parcelles et la nature des cultures qu’elles portent. Ce niveau est diffusé par l’Institut national de l’information géographique (IGN). Le deuxième niveau identifie en plus le contour des exploitations agricoles grâce à un identifiant administratif, le numéro PACAGE. Les montants d’aides sont également disponibles dans ce « niveau 2 », accessible notamment à des fins d’études et de recherche. Le troisième niveau contient, en sus, les coordonnées et données directement identifiantes des exploitants, ce qui le rend réservé aux services de l’état, ou accessible uniquement via un dispositif spécifique d’accès sécurisé aux données.
Les données mobilisées ici sont celles du niveau 2. La période d’analyse retenue, 2015-2023, correspond à celle de disponibilité des données à l’heure de l’écriture de l’article. En effet, avant 2015, seules les informations sur les ilots cultivés (une ou plusieurs parcelles contigües) sont disponibles, avec un système d’identification des exploitations propre à chaque département (deux identifiants distincts par exemple pour une exploitation qui serait à la frontière de deux départements, et qui aurait des parcelles dans ces deux départements).
Nomenclature des cultures
Entre 2015 et 2022, les cultures portées par les parcelles du RPG sont identifiées selon une nomenclature à 347 postes. En 2023, le nombre de cultures distinguées diminue considérablement, passant de 347 à 147[2]. Une partie des informations, comme la destination de la culture (récolte en grain ou plante entière par exemple), bascule au sein d’une rubrique « précisions ». Afin d’effectuer des comparaisons de séries homogènes dans le temps, nous avons rétropolé les données de cultures en appliquant la nouvelle nomenclature en 147 codes aux données avant 2023. Sans cette rétropolation, on observerait, pour 2023, une baisse « mécanique » du nombre de cultures dans l’assolement des exploitations, résultant uniquement, et artificiellement, de la baisse du nombre de modalités proposées à la déclaration. Nous aurions aussi pu appliquer l’ancienne nomenclature aux données 2023, mais cette option n’est pas retenue pour deux raisons. D’une part, la comptabilisation du nombre de cultures pour évaluer la diversité cultivée paraît plus cohérente sans distinguer la destination des cultures. D’autre part, certains regroupements opérés en 2023 ne peuvent plus être ventilés comme par le passé, en dépit de l’information contenue dans la rubrique « précisions ». Ainsi, par exemple, en 2022 les prairies temporaires étaient subdivisées en 13 codes cultures, contre 3 en 2023, sans que les espèces distinguées par le passé ne soient reportées en précisions en 2023. Par ailleurs, la classification des cultures définie spécifiquement pour l’écorégime a été appliquée pour estimer le nombre de points théoriquement acquis par exploitation pour ce dispositif (Annexe 1). Enfin, pour faciliter certaines analyses, nous avons eu recours à une approche simplifiée en 28 groupes (tableau 1). Cette classification agrégée présente l’avantage d’être stable dans le temps.
1. Blé tendre | 9. Plantes à fibre | 21. Vignes |
2. Maïs grain et ensilage | 11. Gel | 22. Fruits à coque |
3. Orge | 12. Riz | 23. Oliviers |
4. Autres céréales | 15. Légumineuses à grains | 24. Autres cultures industrielles |
5. Colza | 16. Fourrages | 25. Légumes ou fleurs |
6. Tournesol | 17. Estives et Landes | 26. Canne à sucre |
7. Autres oléagineux | 19. Prairies temporaires | 28. Divers |
8. Protéagineux | 20. Vergers |
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Tableau 1 : Liste des 28 regroupements de cultures du RPG. Source : IGN, RPG
[1] Voir l’instruction technique dédiée : https://info.agriculture.gouv.fr/boagri/instruction-2022-106
[2] Voir les notices 2022 et 2023 : https://www.telepac.agriculture.gouv.fr/telepac/pdf/tas/2022/Dossier-PAC-2022_notice-cultures-precisions.pdf et : https://www.telepac.agriculture.gouv.fr/telepac/pdf/tas/2023/Dossier-PAC-2023_notice_cultures-precisions.pdf
Choix des indicateurs de morphologie des parcelles
Dans le RPG, une parcelle est définie comme « une unité de surface portant un couvert homogène (culture présente) et présentant des caractéristiques identiques, par exemple la conduite en AB »[1]. Pour ce qui est de la taille des parcelles, nous retenons leur superficie, ainsi que la part des grandes parcelles (PGP), indicateur défini dans le « Label Bas Carbone méthode grandes cultures » pour la prise en compte des enjeux de biodiversité et de configuration du paysage[2]. Cet indice vise à mesurer la part de parcelles de « grande taille ». Nous l’avons ici appliqué au niveau départemental, mais cet indicateur peut tout à fait être appliqué à d’autres ensembles. Pour un département contenant n parcelles, chacune d’aire ai, avec a correspondant à la somme des ai (surface totale agricole du département) alors :
[1] Voir la notice de télédéclaration du dossier PAC 2020 : https://www.telepac.agriculture.gouv.fr/telepac/pdf/tas/2020/Dossier-PAC-2020_telepac_RPG_modalites-de-declaration.pdf
[2] Voir la méthode détaillé du Label Bas Carbone pour les grandes cultures : https://www.bulletin-officiel.developpement-durable.gouv.fr/documents/Bulletinofficiel-0032027/TRER2117630S_Annexe.pdf
En complément de la taille des parcelles, un autre indicateur exploré dans la littérature est l’indice de forme des parcelles ou « Shape Index » (Puech et Mignolet, 2022). S’il a été utilisé pour l’analyse du morcellement du parcellaire des exploitations agricoles (Piet et Cariou, 2014), c’est également un indicateur clé dans l’analyse de configuration des paysages et de densité d’interfaces entre milieux différents, complémentaire à la taille des parcelles (Martin et al., 2019). Pour une parcelle i de périmètre pi et d’aire ai, le Shape Index (SI) est le ratio entre le périmètre effectif pi de la parcelle et son périmètre théorique p0 si elle était un disque de surface ai :
Une parcelle circulaire est celle pour laquelle le périmètre d’interface est le plus faible (SI = 1), contrairement, par exemple, à une parcelle qui serait de même superficie mais rectangulaire et très allongée ou très découpée (SI > 1).
Pour cet indicateur, les résultats seront ciblés sur un cas d’étude comparant deux départements contrastés en termes de taille et complexité spatiale des parcelles. L’un, l’Eure-et-Loir, présente en majorité des grandes parcelles de grandes cultures, étant un des principaux départements en France en termes de surfaces en céréales et oléo protéagineux (COP).
L’autre, les Côtes-d’Armor, présente une situation contrastée avec une forte composante bocagère et une présence importante d’élevages, tout en ayant une surface conséquente en COP et cultures industrielles (exemple de parcelles en Figure 1). Les analyses des deux derniers recensements agricoles (2010, 2020) ont permis de mettre en évidence des dynamiques contrastées entre ces deux départements, avec des exploitations prédominantes en agriculture conventionnelle insérées en filières longues dans l’Eure-et-Loir, et une émergence d’exploitations en AB, prioritairement en filières longues, dans une partie des Côtes-d’Armor (Bermond et Guillemin, 2024).
Choix des indicateurs pour qualifier la diversité des assolements des exploitations
La norme BCAE n°7 porte sur un nombre minimal de cultures dans l’assolement de chaque bénéficiaire, compris entre 2 et 3 selon la taille des exploitations, combiné à un seuil maximal pour la culture principale de 75 % de la surface agricole utilisée (SAU) totale de l’exploitation. Les différentes catégories de cultures présentes et leurs parts respectives dans les terres arables des exploitations sont quant à elles prises en compte pour accéder aux paiements additionnels de l’écorégime, par la voie des pratiques. La diversité des cultures et son évolution font aussi partie des indicateurs d’impacts d’évaluation de la PAC 2023-2027 définis règlementairement au niveau européen[1]. Il s’agit alors de suivre l’évolution des effectifs des exploitations selon le nombre de cultures dans l’assolement par classe de taille, en termes de surface arable totale des exploitations (la diversité culturale n’est pas évaluée pour les exploitations avec vignes, vergers ou prairies permanentes) (Commission européenne, 2024)[2]. Il s’agit donc, dans le cadre de la PAC actuelle, de décomptes relativement « simples ».
D’autres indicateurs plus élaborés sont fréquemment utilisés dans la littérature. Les indices de diversité de Simpson (Sagris et al., 2015) ou Shannon (Alignier et al., 2020 ; Uthes et al., 2020 ; Van Der Velde et al., 2024), bien connus en écologie, tiennent compte de la proportion de chaque culture, contrairement à un simple décompte du nombre de cultures. Pour l’analyse de la diversité cultivée à l’échelle de chaque exploitation, deux indices sont facilement interprétables en tant que nombres effectifs (Hill, 1973 ; Chao et al., 2014) : l’exponentielle del’indice de Shannon (notée ici Exp_Shan, aussi appelé nombre de Hill 1), et l’inverse de l’indice de Simpson (noté ici Inv_Sim, aussi appelé nombre de Hill 2). Si pti est la part de la surface de la culture i parmi n cultures, alors :
[1] Voir l’Annexe 1 listant les indicateurs communs de contexte, réalisations, résultats et impacts définis dans le règlement (UE) 2021/2115 du parlement européen et du conseil du 2 décembre 2021.
[2] Les indicateurs sont en ligne sur https://agridata.ec.europa.eu/extensions/DataPortal/pmef-indicators.html
Pour cet indicateur, les résultats seront ciblés sur un cas d’étude comparant deux départements contrastés en termes de taille et complexité spatiale des parcelles. L’un, l’Eure-et-Loir, présente en majorité des grandes parcelles de grandes cultures, étant un des principaux départements en France en termes de surfaces en céréales et oléo protéagineux (COP).
L’autre, les Côtes-d’Armor, présente une situation contrastée avec une forte composante bocagère et une présence importante d’élevages, tout en ayant une surface conséquente en COP et cultures industrielles (exemple de parcelles en Figure 1). Les analyses des deux derniers recensements agricoles (2010, 2020) ont permis de mettre en évidence des dynamiques contrastées entre ces deux départements, avec des exploitations prédominantes en agriculture conventionnelle insérées en filières longues dans l’Eure-et-Loir, et une émergence d’exploitations en AB, prioritairement en filières longues, dans une partie des Côtes-d’Armor (Bermond et Guillemin, 2024).
Choix des indicateurs pour qualifier la diversité des assolements des exploitations
La norme BCAE n°7 porte sur un nombre minimal de cultures dans l’assolement de chaque bénéficiaire, compris entre 2 et 3 selon la taille des exploitations, combiné à un seuil maximal pour la culture principale de 75 % de la surface agricole utilisée (SAU) totale de l’exploitation. Les différentes catégories de cultures présentes et leurs parts respectives dans les terres arables des exploitations sont quant à elles prises en compte pour accéder aux paiements additionnels de l’écorégime, par la voie des pratiques. La diversité des cultures et son évolution font aussi partie des indicateurs d’impacts d’évaluation de la PAC 2023-2027 définis règlementairement au niveau européen[1]. Il s’agit alors de suivre l’évolution des effectifs des exploitations selon le nombre de cultures dans l’assolement par classe de taille, en termes de surface arable totale des exploitations (la diversité culturale n’est pas évaluée pour les exploitations avec vignes, vergers ou prairies permanentes) (Commission européenne, 2024)[2]. Il s’agit donc, dans le cadre de la PAC actuelle, de décomptes relativement « simples ».
D’autres indicateurs plus élaborés sont fréquemment utilisés dans la littérature. Les indices de diversité de Simpson (Sagris et al., 2015) ou Shannon (Alignier et al., 2020 ; Uthes et al., 2020 ; Van Der Velde et al., 2024), bien connus en écologie, tiennent compte de la proportion de chaque culture, contrairement à un simple décompte du nombre de cultures. Pour l’analyse de la diversité cultivée à l’échelle de chaque exploitation, deux indices sont facilement interprétables en tant que nombres effectifs (Hill, 1973 ; Chao et al., 2014) : l’exponentielle del’indice de Shannon (notée ici Exp_Shan, aussi appelé nombre de Hill 1), et l’inverse de l’indice de Simpson (noté ici Inv_Sim, aussi appelé nombre de Hill 2). Si pti est la part de la surface de la culture i parmi n cultures, alors :
[1] Voir l’Annexe 1 listant les indicateurs communs de contexte, réalisations, résultats et impacts définis dans le règlement (UE) 2021/2115 du parlement européen et du conseil du 2 décembre 2021.
[2] Les indicateurs sont en ligne sur https://agridata.ec.europa.eu/extensions/DataPortal/pmef-indicators.html

Si les parts de toutes les cultures de l’exploitation sont égales, ces indicateurs sont équivalents au nombre de cultures réalisées. Par exemple, pour une exploitation de 100 hectares avec 5 cultures à proportions égales de 20 hectares chacune, Exp_Shan = Inv_Sim = 5. En revanche, si pour cette exploitation de 100 hectares, 4 cultures sont implantées sur 10 hectares chacune et une cinquième culture est dominante sur 60 hectares, alors Exp_Shan =3,4 et Inv_Sim = 2,5. Cet exemple reflète le fait que l’indice de Shannon capture davantage la rareté de certaines cultures que l’indice de Simpson inversé, plus sensible à la dominance d’une ou plusieurs cultures. Comme proposé pour évaluer la diversité des rotations culturales (Keichinger et al., 2025), nous avons choisi de retenir l’Indice de Simpson inversé, appliqué à l’assolement des exploitations agricoles. Nous l’appliquons à la nomenclature détaillée des cultures en 147 classes telle que définie en 2023.
Caractérisation de l’orientation des exploitations et du statut Agriculture Biologique
Dans les données du RPG, nous ne disposons pas d’information générique permettant de caractériser ou de classer les exploitations selon leurs orientations productives. Dans la statistique agricole, les exploitations sont classées selon leur taille et orientation, via une entrée économique, basée sur le potentiel économique de production. Ce potentiel est mesuré par la « Production brute standard »[1] qui tient compte des rendements et prix moyens estimés de chaque production animale (selon le cheptel) et végétale (selon les surfaces). On obtient ainsi l’orientation Technico Economique, OTEX, et la Classe de Dimension Economique, CEDEX de chaque exploitation agricole. A défaut d’informations économiques, et, surtout, d’informations portant sur les cheptels des exploitations dans le RPG, nous avons estimé une « pseudo-orientation » à partir de l’assolement des exploitations (voir annexe 2).
Le principe est de considérer la part de grands regroupements de cultures dans la surface agricole des exploitations. Nous avons retenu neuf regroupements de cultures à des fins de simplification de l’information initialement présentée en 147 classes et 28 groupes de cultures (annexe 2a). L’orientation d’une exploitation est alors estimée au regard du groupe de cultures représentant au moins 2/3 de ses surfaces agricoles (annexe 2b). Ce seuil est en effet celui généralement considéré pour la classification des exploitations selon leur orientation technico-économique dans la statistique agricole. Cette classification a conduit à distinguer 13 pseudo-orientations. Les effectifs d’animaux n’étant pas présents dans le RPG, notre classification ne permet pas de discriminer les exploitations d’élevage, mais nous avons distingué les exploitations selon la présence de différents types de surfaces fourragères (MIE : maïs ensilage ; PP Prairies permanentes ; PT : Prairies temporaires ; dans le tableau 2), pour la présence potentielle d’herbivores. Cette classification est appliquée à chaque millésime du RPG (tableau 2). L’effectif d’exploitations déclarantes à la PAC diminue significativement en 2023, du fait de l’introduction du critère d’agriculteur « actif » ayant pu exclure notamment des agriculteurs âgés de l’accès aux aides PAC (Agreste, 2025).
[1] Voir https://agreste.agriculture.gouv.fr/agreste-web/methodon/N-Otex/methodon/
Les données du RPG niveau 2 permettent également de déterminer si les exploitations sont ou non en AB, à partir de la certification des parcelles. Nous considérons ici trois catégories : les exploitations en agriculture conventionnelle (AC, surfaces en AB nulles), les exploitations intégralement en AB (toute la surface du RPG en AB, à l’exception des surfaces en bordures, bandes tampon ou non exploitées) et les exploitations mixtes (0 % < surfaces en AB < 100 %).
En 2023, 36 000 exploitations déclarantes au RPG sont intégralement AB (Tableau 3), plus du double de l’effectif de 2015.
Type d’exploitations | Effectifs RPG 2015 | Effectifs RPG 2023 | Evolution (%) |
Exploitations en AC | 337 049 | 238 079 | -29 % |
Exploitations 100 % AB | 15 095 | 36 053 | + 139 % |
Exploitations mixtes | 7 698 | 9 464 | + 23 % |
Ensemble | 359 842 | 283 596 |
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Tableau 3 : Effectif des exploitations du RPG 2023 et agriculture biologique. Source : ASP RPG France métropolitaine2023 – traitement des auteurs.
Choix des indicateurs pour qualifier la diversité à l’échelle des territoires
Pour son indicateur d’impact portant sur la diversité cultivée précédemment cité, la Commission européenne a retenu deux échelles d’analyses : les exploitations agricoles, et le niveau régional (anciennes régions en France). Cette double approche est intéressante car la diversité des assolements des exploitations est l’une des composantes de la diversité cultivée à l’échelle des paysages, entendus comme une étendue spatiale de l’ordre du km2, constituée d’une mosaïque de parcelles agricoles et d’habitats semi-naturels, qui donne lieu à des processus écologiques, sans toutefois que la relation ne soit directe. Une diversité cultivée élevée à l’échelle d’une zone géographique donnée peut être atteinte par la présence d’exploitations aux assolements diversifiés (composition) ou par la présence d’exploitations de spécialisations différentes, conjugué à un agencement spatial favorisant l’alternance de couverts différents (configuration). Ainsi, la seule analyse de l’évolution de la diversité des cultures à l’échelle des exploitations ne permet pas de déduire les dynamiques des paysages, ni à l’échelle des territoires, ces derniers étant entendus ici comme des portions d’unités d’espaces cohérents du point de vue de leur administration (communes, départements, régions). Nous avons donc également conduit une analyse de la diversité cultivée à l’échelle territoriale, en retenant la commune comme niveau d’analyse, avec des assolements communaux, les analyses à échelle des paysages à proprement parler étant plus complexe à mener en l’absence de définition univoque.
L’échelle communale permet de faire des agrégations à d’autres échelles administratives ou zonages particuliers. Nous avons appliqué à l’échelle territoriale un autre indicateur, l’indice de diversité des cultures, intégré dans l’indicateur de Haute Valeur Naturelle, initialement défini pour des exploitations (HVN, Solagro 2021). Cet indicateur s’intéresse au nombre de cultures présentes au regard du seuil de 10 % dans le total de l’exploitation, toutes cultures confondues, et a pour avantage de prendre en compte les prairies permanentes, en considérant que la diversité est maximale en présence de celles-ci. Il figurait parmi les indicateurs d’impact des programmes de développement rural 2014-2020 (European commission, 2017), et dans la liste des indicateurs agro-environnementaux suivis au niveau européen[1], mais n’a pas été repris dans le cadre de l’évaluation de la programmation récente. Cet indicateur est compris entre 1 et 10. Chaque culture est plafonnée à 1 point si sa surface représente 10 % ou plus de la surface agricole utilisée (SAU) de l’ensemble considéré. Si une culture représente moins de 10 % de la SAU, le nombre de points acquis est proportionnel à sa part dans la SAU. En revanche, les cultures dépassant 10 % de la SAU font « perdre des points » (Tableau 4). En cas de présence uniquement de prairies permanentes, l’indice de diversité vaut 10.
[1]https://ec.europa.eu/eurostat/web/agriculture/database/agri-environmental-indicators
Nous avons appliqué cet indice au regroupement des cultures du RPG en 28 classes (Tableau 1), approche intermédiaire entre une analyse à l’échelle des cultures présentes et un regroupement de diversité fonctionnelle des cultures.
Cet indicateur a l’avantage de ne pas pénaliser les exploitations ou territoires uniquement en herbe, et de se focaliser sur les principales cultures, mais souffre d’un effet de seuil à 10% et d’un manque de sensibilité à la proportion de chaque culture. Il rend compte en fait du nombre de cultures en l’absence de prairies permanentes et de la part de la sole cultivée en présence de prairies permanentes.
Outils de traitement des données
Certains indicateurs, comme l’indice de diversité des cultures, ou la taille des parcelles sont disponibles sur la plateforme de diffusion de l’unité de service INRAE ODR[1]à différentes échelles (communale, départementale, régionale et nationale). L’indice de diversité des cultures à l’échelle des communes ici analysé est issu de cette plateforme. Pour les autres indicateurs, la majorité des traitements a été réalisée avec R via l’interface R-Studio ®, en mobilisant notamment les librairies Dplyr, RPostgres, RpostgresSQL, ggplot2, avec en complément des recours à des traitements via PG Admin - SQL, ou Python (librairie Pandas). ChatGPT a été utilisé pour générer des scripts python pour certaines figures, sans transfert de données. QGIS a été utilisé pour les cartes.
Voir odr.inrae.fr/intranet/carto_joomla/index.php/reseaux/reseau-sdc-sdp/rpg/accueil-3208
Une morphologie des parcelles agricoles globalement stable depuis 2015
Nous nous intéressons, en premier lieu à la première brique des systèmes de culture qualifiable à partir du RPG au sein des exploitations agricoles, les parcelles. Les résultats portent sur la France métropolitaine, avec des illustrations de quelques résultats sur deux départements contrastés en termes de systèmes et de paysages agricoles, l’Eure-et-Loir et les Côtes d’Armor.
Des parcelles de taille relativement stable depuis 2015
Depuis 2015, la taille des parcelles agricoles est restée relativement stable, en moyenne de 2.8 hectares en 2023, avec une valeur médiane de 1.2 hectares. En 2015, on comptait 23 parcelles en moyenne par exploitation, contre 29 en 2023, hors parcelles diverses de type bordures et bandes tampon. L’agrandissement des exploitations, passées de 74 hectares en moyenne en 2015 à 93 hectares en 2023, est donc plutôt passé par l’augmentation du nombre de parcelles par exploitation, que par l’augmentation de la taille de chaque parcelle. Mais de grandes disparités existent entre groupes de cultures (Figure 2).
Au sein des terres arables, c’est pour les cultures industrielles (betterave, pomme de terre, plantes à fibres…) que les parcelles sont les plus grandes, avec 5,8 hectares en moyenne ; ainsi que pour les parcelles en COP, avec 4.8 hectares en moyenne. L’historique des successions culturales serait intéressante à mettre en parallèle des évolutions de taille de parcelles, les conversions de prairies vers des grandes cultures expliquant peut-être la légère tendance haussière dans ce groupe (+0.3 points entre 2015 et 2023 pour la taille moyenne et médiane). Mais la variabilité est également la plus grande pour ces deux catégories : COP et cultures industrielles. Les parcelles sont par ailleurs bien plus petites pour les vergers (1,3 hectares) et vignes (1.2 hectares).
Ces disparités selon les couverts se répercutent notamment sur la variabilité spatiale de la taille des parcelles (Figure 3). Dans un département bocager, comme les Côtes-d’Armor, dont la taille moyenne des parcelles agricoles est de 1.8 hectares en 2023 (1.9 en 2015), l’indicateur PGP est de 0.4 : 40 % des parcelles du département sont considérées comme de grandes parcelles. A contrario, dans l’Eure-et-Loir, paysages d’open-field, où la taille moyenne des parcelles est de 4.9 hectares en 2023 (5.2 en 2015), cet indicateur est de 0.75.
Au-delà de la taille, la forme des parcelles
L’indice moyen de forme des parcelles dans les Côtes-d’Armor et en Eure-et-Loir est identique, de 1.4 en 2023, laissant supposer une moindre différence dans la forme que dans la taille des parcelles. En termes d’évolution toutefois, cet indice paraît stable depuis 2015 dans les Côtes-d’Armor mais avec une plus grande dispersion vers des valeurs plus élevées dans l’Eure-et-Loir entre 2015 et 2023 (Figure 4), témoignant peut-être de parcelles de forme plus allongées, suite à des opérations de remembrement ou reconfiguration du parcellaire (une illustration est donnée en Figure 5).

Evolution de la diversité cultivée au sein des exploitations
Après les parcelles, le second niveau pouvant être qualifié grâce aux données de RPG est celui de la diversité de l’assolement, entendu comme l’ensemble des parcelles et de leurs couverts d’une exploitation agricole, au cours d’une campagne agricole donnée.
Une hausse légère de la diversité des assolements des exploitations depuis 2015
Pour l’ensemble des exploitations agricoles déclarantes à la PAC, l’indice de Simpson inversé moyen est passé de 2.7 en 2015 à 2.9 en 2023, soit une hausse de 0.2 point. Mais les situations sont contrastées selon les productions (Figure 6). La hausse est plus marquée pour les exploitations orientées céréales, oléagineux et protéagineux (COP, Figure 1), avec une augmentation progressive de l’indice de diversité d’assolement, excepté un léger recul en 2021, de 3.3 en 2015 à 4 en 2023 (+ 0.7 point). La hausse est de 0.2 point pour les exploitations avec cultures industrielles, qui étaient déjà plus diversifiées en 2015 (Indice de Simpson inversé moyen de 3,9 en 2015).
Près de 80 % des exploitations peuvent accéder au niveau supérieur de l’écorégime en 2023
Dans ce contexte de légère hausse de la diversité des assolements des exploitations de grandes cultures en 2023, on peut s’interroger sur l’effet de l’incitation mise en œuvre dans le cadre de l’éco-régime, permettant de bénéficier de paiements additionnels de 49 €/hectare pour le niveau de base et 67€/hectare pour le niveau supérieur[1]. L’accès à ces aides complémentaires est possible selon trois voies distinctes : i) la présence d’infrastructures agroécologiques, ii) la certification environnementale ou iii) la diversité des cultures présentes dans l’assolement. Afin d’évaluer le caractère sélectif et incitatif de ce nouveau dispositif, l’importance de la quantification des exploitations éligibles à ces paiements par la voie de la certification a récemment été soulignée, portant à plus de 99 % la part des exploitations respectant les exigences de certification permettant d’accéder au niveau de base (Lassalas et al.,2023).
Pour répondre à cet enjeu de quantification, ici par la voie des pratiques avec diversité des cultures dans l’assolement, nous avons appliqué le barème de l’écorégime aux données 2022 et 2023. Cela permet de comptabiliser le nombre de points acquis par exploitation d’après leur assolement, avant la mise en place de l’incitation et une fois appliquée, en 2023.
[1] Montants communiqués par le Ministère en charge de l’agriculture dans la documentation de l’écorégime, Annexe 6 https://agriculture.gouv.fr/telecharger/135090

Si l’on se concentre sur les exploitations ayant une majorité de terres arables (plus de 80 %), pour exclure de l’analyse le cas particulier des exploitations d’arboriculture, de viticulture ou de prairies permanentes, pour lesquelles le barème de points est spécifique, en 2022, 69 % des exploitations auraient déjà pu prétendre aux paiements de l’écorégime par la voie des pratiques (4 points ou plus), dont 46 % au niveau supérieur (plus de 4 points). Elles sont 81 % en 2023, dont 63 % au niveau supérieur (Figure 7). Le groupe exclu des écorégimes diminue de 12 % entre les deux années. D’autres exploitations ont pu modifier leurs assolements pour atteindre le paiement additionnel et non le niveau de base (+ 17 % dans cette catégorie en 2023).
Dans tous les les cas, tel que conçu, le dispositif permet de déployer le paiement additionnel sur une grande majorité des exploitations. Ces analyses seraient à approfondir sur un panel d’exploitations, en s’attachant à l’analyse des évolutions individuelles. Les exploitations ont aussi pu modifier leur assolement avant 2022, dans l’anticipation de changements à venir. L’analyse des évolutions sur toute la période 2015-2023 apporterait des éclairages complémentaires et nécessaires pour comprendre les facteurs de changement et leurs effets propres.

Niveau de diversité cultivée en Agriculture Biologique
Au-delà des analyses par grandes orientations productives, les données du RPG niveau 2 permettent aussi des comparaisons par mode de production, par exemple pour distinguer les systèmes conduits en Agriculture Biologique et ceux menés en agriculture conventionnelle.
Comparaison des assolements des exploitations AB et non AB
Mesurée par l’indice de Simpson inversé, la diversité des assolements des exploitations intégralement AB est supérieure, par orientation, à celle des exploitations non AB : moyenne et médiane sont systématiquement supérieures, pour les orientations avec terres arables, mais également avec plus de variabilité de l’indice en AB (hors considération de la viticulture, de l’arboriculture, de la catégorie ‘autres’ ; et hors considération du maraîchage du fait de sa moindre représentativité par le RPG, Figure 8). La seule exception est pour le petit ensemble des exploitations classées mixtes : l’indice de Simpson inversé médian est pour ce groupe inférieur pour les exploitations 100 % AB. Mais ce groupe est justement défini par le fait qu’aucune spécialisation ne se dégage : pour ce groupe, par construction, la diversité des assolements est importante.

Ces résultats confirment des résultats antérieurs montrant un plus haut niveau de diversification en AB, au niveau des assolements et des successions culturales (Barbieri et al., 2017 ; Dedieu et al., 2025 ; Sauterau et Benoit, 2016). Des résultats contradictoires ont été obtenus en France pour les exploitations spécialisées en grandes cultures et bovin lait, mais à partir d’un échantillon de taille réduite d’exploitations, en procédant à des méthodes dites d’appariement pour restreindre les comparaisons au sein de groupes homogènes (Huet et al., 2025). Si le RPG parait plus adapté pour établir des comparaisons selon le mode de production, des comparaisons à échelle géographique plus fine permettraient d’affiner les résultats, tout comme l’implémentation de tests statistiques pour confirmer les différences de moyennes.
Exploitations en AB et écorégime PAC
Les exploitations certifiées en AB ont accès à l’éco régime par la voie de la certification. Si l’on reprend la méthode de la voie des pratiques de l’écorégime pour qualifier la diversité de l’assolement des exploitations en AB, toujours avec le focus sur les exploitations de terres arables (plus de 80 % de terres arables), le nombre de points acquis en 2023 des exploitations non AB est de 5.2 points en moyenne pour les exploitations 100 % AB contre 5 points pour les exploitations en agriculture conventionnelle. En revanche, si l’on compare les exploitations au sein d’une même orientation productive, les assolements des exploitations en AB génèrent plus de points que les autres en moyenne, pour la plupart des orientations, excepté pour les exploitations avec une dominante de fourrages (Figure 9). Par ailleurs, pour les ¾ des exploitations AB dans la plupart des orientations, le nombre de points en AB est supérieur au seuil nécessaire à l’accès au niveau supérieur par la voie des pratiques (>4 points).

Finalement, 13 % des exploitations AB avec essentiellement des terres arables se retrouveraient exclues des paiements de l’écorégime si la voie des pratiques était examinée, soit environ 1 100 exploitations (Figure 10). Ces analyses seraient à poursuivre pour l’ensemble des exploitations en intégrant les règles spécifiques de l’écorégime voire des pratiques pour les cultures permanentes, à condition de disposer d’informations sur la pratique d’enherbement ; ou pour les prairies permanentes (en considérant l’historique des parcelles pour mesurer les retournements de prairies).
Des évolutions contrastées au sein des territoires depuis 2015
Après les analyses à l’échelle de la parcelle, puis de l’exploitation, les données du RPG permettent de porter un regard sur les territoires, définis comme un ensemble géographique plus large, spatialement cohérent, construit par la combinaison de différentes exploitations, aux orientations et modes de production pouvant être variés.
Si l’on bascule au niveau communal, on observe, entre 2015 et 2023, une évolution positive de la médiane de l’indice de diversité des cultures, de 0.1 point. Les évolutions sont toutefois assez contrastées selon les territoires, sans dynamique géographique nette (Figure 11). En zone de montagne, l’indice est resté stable, plafonné à 10 du fait de la présence et du maintien de zones de prairies permanentes. En dehors de ces zones de montagne, beaucoup de communes ont gagné ou perdu un point d’indice. La diversité cultivée demeure très faible en Alsace et dans les Landes, zones dans lesquelles la culture de maïs reste prédominante, ainsi qu’en Languedoc Roussillon, où beaucoup de vignes et vergers sont présents. La diversité cultivée est également faible autour du bassin parisien, mais avec de légères dynamiques de progression depuis 2015. Certaines zones connaissent aussi un recul de la diversité cultivée, comme les zones de bocages normands dans la Manche, le Cotentin ; le Pays de Caux en Seine Martine ou le Lévezou, Ségala, zones de Causses de l’Aveyron.
Conclusion
Pour appréhender les évolutions de la diversité cultivée, en termes de composition, de configuration, à l’échelle des parcelles, des exploitations et des territoires, la prise en compte d’un faisceau d’indicateurs est nécessaire, et nous avons proposé un focus sur quatre volets : taille des parcelles, indice de forme des parcelles, indice de diversité des cultures des assolements des exploitations et indice de diversité des cultures à échelle des communes. Nos travaux visent en premier lieu à mettre en lumière tout le potentiel offert par le RPG pour objectiver ces indicateurs. Leur analyse récente, depuis 2015, tend à montrer une légère inflexion en termes de diversité d’assolement des exploitations, en sus de la diversité cultivée dans certains territoires, dont la lecture serait à combiner avec une expertise et connaissance fine des territoires.
En matière de morphologie des parcelles, en dépit de forte variabilité selon les types de couverts, la taille est relativement stable depuis une dizaine d’années. L’indice moyen de forme n’a été appliqué que pour deux départements, à des fins exploratoires, du fait de calculs coûteux en temps. Son évolution en Eure-et-Loir tend à montrer que la forme des parcelles peut aussi évoluer dans le temps. En terme de mobilisation de données pour la décision publique et l’évaluation d’incitations mises en œuvre, les analyses montrent que la majorité des exploitations semblaient remplir les critères de diversité cultivée dans le cadre de l’écorégime avant même sa mise en œuvre. Ceci conduit à penser que les effets de l’écorégime sur la diversification des assolements et rotations est faible. Des travaux récents conduits sur un État allemand, Rhénanie du nord-Wesphalie conduit aux mêmes conclusions pour la rotation des cultures (Bockstaller, com. pers.). Les effets potentiellement induits de l’écorégime restent à analyser plus en profondeur, ainsi que les effets d’autres facteurs explicatifs entrant aussi en compte, au-delà des soutiens publics, comme le contexte annuel de prix des productions et des intrants, ou la nécessité de mise en œuvre de solutions agronomiques pour la gestion de certains bioagresseurs. Cet ensemble d’indicateurs peut ainsi être utile pour élargir les éléments pris en compte en matière d’évaluation ex-ante ou ex post des politiques agricoles, ou sur lesquels porter des actions incitatives. Il peut également permettre aux acteurs de terrain (Chambres d’agriculture, Agences de l’eau, Instituts techniques agricoles…) de constituer des jeux de données pour caractériser et analyser finement des dynamiques sur un territoire donné. Le RPG présente à cet égard un grand potentiel pour informer sur l’évolution des systèmes de culture et de production, dans l’espace mais aussi dans le temps.
Le regard porté ici reste toutefois limité, avec des angles morts. Certaines surfaces agricoles ne sont pas déclarées dans le RPG (moindre attractivité historique des aides en maraîchage, viticulture, arboriculture ; ou souhait de ne pas entrer dans le dispositif pour certains). Une profondeur historique supérieure serait intéressante pour percevoir les évolutions sur un temps plus long. Le choix des indicateurs est un autre élément déterminant, les résultats variant logiquement selon les formules retenues. Nous espérons prochainement mettre à profit la toute récente mise à disposition d’éléments relatifs aux infrastructures agroécologiques déclarées par les exploitants (haies, bosquets etc…) dans le RPG 2024, qui permettrait d’avoir accès aux principaux déterminants de la biodiversité au niveau paysager (Sirami et al., 2019)[1].
En dépit de ces limites, nous parions sur le fait que l’action publique est d’autant mieux ciblée que des éléments quantifiés de référence sur des sujets à enjeux forts sont disponibles, et ce depuis l’action du conseiller agronome de terrain, à celle de la prise de décision politique, en passant par les travaux du chercheur.
Voir les évolutions majeures du RPG 2024 sur le site de l’IGN : geoservices.ign.fr/actualites/2025-11-rpg24
Remerciements
Un merci chaleureux à Thomas Puech et à Céline Schott pour leurs conseils, et aux relecteurs.
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