Diagnostic des pratiques agricoles endogènes dans les exploitations de Tchamba au Togo
T. Dtorane Waibena *, Kossi Koudjega **, D. Minkpame Djoate **, Y. Komi Koubi **, B. Aboudoulaye Soule **
* Institut Supérieur des Métiers de l’Agriculture (ISMA), Université de Kara.
E-mail : aubinwai@yahoo.fr, Tel : 00228 90329131
** Institut Togolais de Recherche Agronomique (ITRA)
Résumé
Les savoirs agricoles endogènes sont un important moteur de l’équilibre des écosystèmes et le fondement de certaines formes d’innovation. Ainsi, l’article a pour objectif de diagnostiquer les pratiques agricoles endogènes dans les exploitations de Tchamba au Togo. L’étude a mobilisé une approche qualitative basée sur neuf groupes de discussion composés de 178 exploitants agricoles et des institutions de vulgarisation. Les résultats révèlent un large éventail de 14 pratiques endogènes classées dans six groupes. Il s’agit des groupes de pratiques endogènes (i) de labour, (ii) de diversification de culture et d’agroforesterie, (iii) de gestion de fertilité des sols, (iv) d’entretien des parcelles, (v) de gestion biologique de ravageurs et maladies et (vi) de gestion de récolte. Ces résultats permettront de mener des études dans le contexte togolais pour mesurer l’effet socioéconomique et environnemental en vue de développer des stratégies de promotion pour la transition agroécologique.
Mots clés : Agroécologie, savoirs endogènes, pratiques agricoles, changement climatique.
Abstract
Endogenous agricultural knowledge is an important driver of ecosystem balance and forms the foundation of certain types of innovation. This article aims to identify and characterize endogenous agricultural practices on the farms of Tchamba in Togo. The study employed a qualitative approach based on nine focus groups discussions involving 178 farmers and representatives of agricultural extension institutions. The results identified 14 endogenous agricultural practices, which were classified into six groups: (i) plowing, (ii) crop diversification and agroforestry, (iii) soil fertility management, (iv) plot maintenance, (v) biological pests and diseases management, and (vi) harvest management. These results provide a basis for future studies in the Togolese context to assess the socio-economic and environmental effects of these practices and to develop strategies for promotion strategies for agroecological transition.
Keywords: Agroecology, endogenous knowledge, agricultural practices, climate change.
Introduction
Dans le contexte du changement climatique, il est reconnu que l’agroécologie renforce la résilience des agroécosystèmes, en soutenant les principes écologiques et en consolidant les aspects sociaux, en particulier ceux liés au partage des connaissances ainsi qu’à la valorisation des traditions (Sijpestijn et al., 2022 ; FAO, 2020). En effet, avec l’évolution croissante de la population, l’agriculture est confrontée à divers défis, notamment satisfaire les besoins alimentaires grâce à une production en quantité et en qualité, garantir la santé environnementale, humaine et animale, permettre la création d’emplois et assurer un revenu décent aux différents acteurs.
En Afrique subsaharienne, l’environnement de la production agricole se caractérise par une faible productivité des terres et des conditions météorologiques difficiles, notamment des températures moyennes élevées et des précipitations irrégulières (Yovo et Lantomey, 2023). Celle-ci se traduit par de très faibles rendements et une insécurité alimentaire grandissante (Ndiaye et Diallo, 2024) alors qu’il existe des pratiques agricoles susceptibles d’améliorer la fertilité des sols, d’augmenter les rendements et d’assurer la sécurité alimentaire des populations (Waibena et Kao, 2025 ; Périnelle et al., 2021).
Les pratiques agricoles endogènes sont de plus en plus prises en compte dans les processus de décision (Tega et al., 2025). Ces pratiques, parfois déconsidérées, sont un important moteur de maintien de l’équilibre de l’écosystème rural et stimulent certaines formes d’innovation (Maretz et al., 2025). L’étude de ces initiatives traditionnelles développées par les communautés permet de mieux prendre en compte leurs contraintes, leurs stratégies dans les politiques publiques et de promouvoir les innovations (Périnelle et al., 2021). Les pratiques agricoles endogènes définies comme des pratiques issues des connaissances locales construites à partir d’une longue expérience d’observation, d’expérimentation et de transmission intergénérationnelle apparaissent comme des ressources adaptatives cruciales. Ces connaissances ou savoirs concernent notamment le labour, la gestion de la fertilité des sols, la diversification des cultures, la gestion des ravageurs et maladies, la sélection des semences adaptées, l’utilisation de calendriers agricoles traditionnels ou encore l’interprétation de signes naturels pour prévoir les pluies (Altieri, 2002). Dans plusieurs régions africaines, ces savoirs endogènes sont reconnus pour leur rôle dans le maintien de la diversité agricole, la résilience des systèmes vivriers et la durabilité environnementale (Bendjebbar et Fouilleux, 2022).
Des études ont montré que la prise en compte des connaissances endogènes dans une approche participative peut accélérer l'adoption de pratiques agricoles durables tout en respectant les conditions et contraintes locales dans un contexte de transition agroécologique (Tega et al., 2025 ; Périnelle et al., 2021). En effet, l’Afrique de l’Ouest connaît depuis quelques années un élan politique en faveur de l’agroécologie (Bendjebbar et Fouilleux, 2022). Ainsi, la communauté économique des états de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a lancé, par le biais de son agence régionale pour l’agriculture et l’alimentation (ARAA), un programme régional pour l’agroécologie (PAE). Pour rendre opératoire ce programme, le projet d’appui à la transition agroécologique en Afrique de l’Ouest (PATAE) a été initié en 2017. Soutenue essentiellement par les Agences de coopération françaises, cette initiative favorise la diffusion des pratiques écologiquement intensives dans les exploitations familiales. L’initiative a été élargie en 2019 avec le projet d’appui à la diffusion et à la mise en œuvre des bonnes pratiques d’intensification agricole durable.
Le Togo dispose d’une stratégie nationale de développement de l’agroécologie et de l’agriculture biologique qui reste le cadre idéal de mise en œuvre même si la stratégie n’est pas encore opérationnelle à une large échelle. Outre ce document, il existe un éventail de cadres politique et stratégique qui téléguident les nouvelles méthodes de production agricoles dans un contexte de respect des normes environnementale. Ainsi, plusieurs actions sont menées dans le but de favoriser la transition de l’agriculture conventionnelle à l’agroécologie qui recherche la création ou le renforcement la durabilité des systèmes agricoles et l’équilibre des écosystèmes.
Il apparaît important de connaitre la typologie des différentes pratiques agricoles endogènes, d’analyser les contraintes et les opportunités de ces pratiques dans le contexte de transitions agroécologiques. Quelles sont les pratiques agricoles endogènes dans la préfecture de Tchamba au Togo ? Spécifiquement, il s’agit de diagnostiquer les différentes pratiques endogènes existantes dans la préfecture et de relever les contraintes et opportunités de leur application. L’article présente et décrit les pratiques agricoles endogènes ainsi que leurs caractéristiques pour contribuer à la connaissance sur ces pratiques agricoles. Plus globalement, il vise à alimenter les réflexions autour des savoirs agricoles endogènes et permettre leur prise en compte dans la conception des systèmes de cultures innovants et localement adaptés.
Outre l‘introduction, l’article est structuré en quatre sections essentielles. La première section présente les éléments de fondement théoriques et empiriques sur la transition agroécologique. Le cadre de l’étude et l’approche méthodologique sont exposés dans la deuxième section. La troisième section présente les résultats du diagnostic et la quatrième section concerne la discussion. L’ensemble de l’exposé aboutit à la conclusion et aux perspectives.
Eléments de fondement théoriques et empiriques sur la transition agroécologique
L’agriculture fait face à de nombreux défis car elle doit non seulement assurer la sécurité alimentaire mondiale, mais elle doit également préserver les ressources naturelles dont elle dépend et s’adapter au changement climatique (Sachet, et al., 2021). Pour répondre à ces défis, de nombreux gouvernements se tournent vers des modèles agroécologiques (Altieri et Nicholls, 2020). L’agroécologie est souvent considérée comme étant à la fois un ensemble de savoirs mêlant agronomie et écologie, un mouvement politique paysan et des pratiques agricoles (Wezel et al., 2020). Cinq principes fondent l’agroécologie selon Altieri (2002) : (i) l’optimisation des flux de nutriments et le recyclage de la biomasse ; (ii) la gestion de la matière organique du sol ; (iii) la minimisation des pertes en termes d’énergie solaire, d’eau et d’air par une gestion microclimatique et par une protection du sol ; (iv) la diversification des espèces et des variétés génétiques ; (v) enfin, l’accroissement des interactions et des synergies biologiquement bénéfiques, l’ensemble devenant un agroécosystème.
L’agroécologie est une discipline scientifique à part entière avec son cadre conceptuel et sa méthodologie. Elle consiste à étudier, par une approche holistique, les écosystèmes agricoles en intégrant des dimensions sociales, environnementales et économiques (Altiéri, 2002). L’agroécologie se présente selon les conclusions de plusieurs études scientifiques, comme une solution efficace pour un développement durable ainsi que pour atténuer et s’adapter au changement climatique (Sachet, et al., 2021). La transversalité de l’agroécologie fait d’elle le modèle à adopter pour prendre en compte les trois sphères économique, environnementale et sociale du développement durable (Wezel et al., 2020).
Maretz et al. (2025) ont exploré le rôle des relations sociales dans l’accès aux savoirs endogènes qui favorisent la transition agroécologique en France et au Bénin et ont montré que les agriculteurs et les collectifs mobilisent une diversité de savoirs endogènes qui contribuent à des degrés variés à la transition agroécologique. Trois profils d’agriculteurs ont été identifiés, soulignant tous l’importance des relations familiales, professionnelles et communautaires dans l’accès à ces savoirs. L’étude montre par ailleurs que, malgré des contextes différents, certains savoirs, identifiés comme des leviers de transition agroécologique se retrouvent de manière similaire dans les deux contextes. Enfin, l’étude souligne l’intérêt des méthodes mixtes pour analyser les dynamiques de transition variées.
Par ailleurs, Périnelle et al. (2021) ont mené une étude sur les approches participatives dans le développement de systèmes de culture à base de légumineuses dans la zone de production de coton du Burkina Faso, où la fertilité des sols est faible avec l'accès aux engrais limité, et où la culture traditionnelle des légumineuses a décliné en raison des pressions liées à la monoculture du coton. En se basant sur les innovations agroécologiques des agriculteurs locaux, à savoir le sorgho associé à des légumineuses en rotation avec le maïs ou le coton, le soja en rotation avec le maïs ou le coton, le niébé rouge en succession intra-annuelle avec une culture de biomasse, le mucuna en rotation avec le maïs, le cajanus cajan en rotation avec le maïs, l'étude met en évidence le potentiel des systèmes à base de légumineuses pour renforcer la résilience des agroécosystèmes, la fertilité des sols, les moyens de subsistance des agriculteurs et démontre que la co-création de connaissances avec les agriculteurs peut accélérer l'adoption de pratiques agricoles durables tout en respectant les conditions et contraintes locales.
Cadre de l’étude et approche méthodologique
Cadre physique de l’étude
L’étude est réalisée dans la préfecture de Tchamba située dans la région centrale au Togo. Le relief de la zone d’étude (figure 1) est constitué uniquement de plaine du point de vue géomorphologique. Le climat est de type Soudano-Guinéen, caractérisé par une saison pluvieuse et une saison sèche instables. Sur le plan pédologique, des ilots de sols ferralitiques indurés et non indurés, lessivés sur grande profondeur se développent au nord et à l’est de la ville de Tchamba et se prolongent dans le Benin. Les sols ferrugineux tropicaux concrétionnés lessivés sur faibles profondeur, sont plus répandus, couvrent le reste de la zone d’étude. Ces ressources pédologiques sont engagées depuis quelques décennies dans un processus d’appauvrissement et de dégradation.
Les espèces naturelles les plus rencontrées sont : Daniellia oliveri, Anogéissus léocarpus, Diospyros mespiliformis, Mitragryna inermis, Khaya Senegalensis, Parkia Biglobosa, Andropogon gayanus. Cette flore naturelle est, au fil des ans, remplacée par les cultures, entraînant la mutation des conditions édaphiques. Les principales cultures sont les céréales (maïs, sorgho, mil, riz pluvial et de bas-fond), les légumineuses (arachides, niébé, soja, sésame), les tubercules (igname, manioc, patate douce), le coton, l’anacarde et les cultures maraîchères. L’élevage de bovins majoritairement entretenu par des éleveurs intendants Peuls est le plus dominant. On rencontre les races bovines locales et d’autres sahéliennes adaptées aux conditions du milieu. L’augmentation de l’effectif du cheptel associée à la montée démographique observée depuis des décennies entraîne la dégradation des écosystèmes et des rapports sociaux entre agriculteurs et éleveurs.
Approche méthodologique de l’étude
Une approche qualitative basée sur des groupes de discussions a été adoptée pour comprendre les pratiques agricoles et construire un diagnostic avec eux. Trois cantons de la préfecture ont été ciblés pour les enquêtes en raison de la prépondérance des activités agricoles. En tout, neuf (9) villages ont été sélectionnés pour porter l’étude. Il a été organisé dans chacun des neuf villages un groupe de discussion avec les producteurs des deux sexes. Au total 178 producteurs agricoles dont 61 femmes ont participé à ces groupes de discussions sur les pratiques agricoles endogènes (tableau 1). Les entretiens avec les groupes se sont déroulés dans trois cantons de la préfecture à savoir les cantons de Affem Boussou, Alibi 1 et Tchamba. Dans chaque canton, trois villages ont été touchés par les entretiens de groupes avec les producteurs. Les villages touchés sont Affem Kabyè Bloc, Affem Kabyè, Affem Boussou, Alibi 1, Adjapo, Akoura, Médina, Nandjounbi, Koutchoni. Les thèmes abordés dans les échanges avec les producteurs sont : les pratiques agricoles endogènes, les bénéfices et atouts de ces pratiques, les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre de ces pratiques.
Trois heures ont été consacrées à des questions réponses dans chaque groupe constitué des producteurs responsables des coopératives agricoles et des producteurs leaders. Par ailleurs, un guide d’entretien a été utilisé pour échanger avec le Chef d’Agence de l’Institut de Conseil et d’Appui Technique (ICAT) de Tchamba, les ONG INADES FORMATION, Action Environnement pour le Développement Durable (AE2D) et enfin l’institut de formation en agroécologie SATH AGRO BUSINESS. Les données collectées sont relatives aux connaissances et l’application des pratiques agricoles endogènes le long des itinéraires de production notamment le labour, le mode de semis ou plantation, la gestion de la fertilité, la gestion des ravageurs, l’entretien des parcelles, la gestion des récoltes, la gestion post récolte, etc.
Tableau 1 : Répartition des producteurs selon les localités et le genre
Cantons | Villages | Effectifs des participants | Nombre de femmes |
Affem Boussou | Affem Boussou | 18 | 8 |
Affem Kabyè | 22 | 7 | |
Affem Kabyè Bloc | 20 | 9 | |
Alibi 1 | Akoura | 19 | 7 |
Alibi 1 | 15 | 4 | |
N’djapo | 20 | 8 | |
Tchamba | Koutchoni | 21 | 7 |
Nandjoubi | 23 | 6 | |
Médina | 20 | 5 | |
TOTAL | 178 | 61 | |
Résultats du diagnostic sur les pratiques agricoles endogènes
Cette section fait l’état des lieux des pratiques agricoles endogènes et relève les contraintes et les opportunités. Les six groupes de pratiques endogènes identifiées sont les pratiques agricoles de labour, de diversification de culture et d’agroforesterie, de gestion de la fertilité des sols, d’entretien des parcelles, de gestion des ravageurs et maladies et enfin de gestion des récoltes.
Pratiques agricoles endogènes de labour
Pratique 1 : Labour à la daba
Il existe le labour à plat, le labour en billons à moitié fermé et en billons continus et la fabrication des buttes.
Le labour à plat consiste à tourner les mottes de terre sur les végétaux sans créer aucun relief d’aménagement. L’intérêt est d’ameublir le sol en gardant la surface plane. Adapté pour la culture du riz, il facilite l’installation des lits de semence, permet une meilleure conservation de l’eau et de l’humidité dans le sol.
Le labour en billon à moitié fermé consiste à ouvrir les billons et semer sur les mottes de terre. Après la levée des semis et au moment du désherbage, le paysan, au lieu de sarcler le champ, ferme le billon et intercale une autre culture. Les cultures principales sont plus précoces que les cultures secondaires associées. Les cultures concernées par cette pratique sont le maïs et le sorgho, les céréales et les légumineuses.
Le labour en billons continus consiste à ouvrir et à fermer les billons avant les semis. Le labour en billon à moitié fermé et en billon continu permettent d’une part de rassembler l’essentiel de la matière organique et la rendre disponible pour les plantes, et d’autre part de réduire les effets de l’érosion.
La fabrication des buttes consiste à rassembler les mottes de terre pour former des tas dans lesquels on enfoui des plantes à tubercules et à racines comme l’igname, la patate douce, le manioc, etc. En plus de trouver une solution à la faible épaisseur des sols, l’élévation des buttes permet de produire les tubercules et d’associer la culture des légumineuses et du riz.
Les pratiques endogènes de labour à la daba respectent davantage la diversité de la végétation sur les parcelles, contrairement au labour motorisé qui est pratiqué dans la région avec l’abattage systématique des arbres et le dessouchage. Ces pratiques sont écologiques, cependant le labour à la dada est déprécié du fait du manque de main d’œuvre, de l’intensité du travail exigé et de l’attrait pour la mécanisation agricole.
Pratique 2 : Zéro labour
Le travail du sol est minimum mais précis et habile. Le paysan sème directement sur les parcelles ayant déjà fait l’objet d’exploitation la saison précédente. A sec ou sous une végétation, avec une bêche ou une petite houe, l’agriculteur crée un lit semencier, y dépose les graines et referme. Cette pratique permet aux paysans d’aller plus vite, d’économiser les frais de labour et de garder la stabilité structurelle des sols. Toutefois, elle est peu pratiquée du fait du développement des adventices et du nomadisme pastoral qu’elles attirent. Les cultures faites sous zéro labour sont l’arachide, le sorgho, le manioc, le niébé, la courge.
Pratiques agricoles de diversification de culture et agroforesterie
Pratique 3 : Polyculture ou association de cultures
L’association de cultures consiste à cultiver au moins deux plantes de différentes espèces ou variétés de plantes sur la même surface. Elles doivent cohabiter durant une période significative afin que l’agriculteur profite de leurs interactions. Associer des cultures, peut-être une réponse aux enjeux écologiques et économiques actuels. Cette pratique répond aux questions liées à la productivité des écosystèmes et à la crise alimentaire et nutritionnelle. En effet, ces associations ont de nombreux avantages à savoir diversifier les cultures pour améliorer la santé des sols, limiter l’usage des pesticides, contrôler les adventices, augmenter la biodiversité et optimiser l’utilisation de l’espace, des nutriments et de l’eau. Toutefois elles nécessitent de très bien connaître les risques, ainsi que les plantes et leurs fonctionnements. Parmi les associations les plus courantes, on rencontre les systèmes maïs-niébé, maïs-sorgho, maïs-soja, etc.
Les travaux de Sawadogo et al. (2022) ont montré que l’amélioration de rendement, les contraintes de terres, les risques de production en monoculture sont les principaux facteurs qui motivent les agriculteurs burkinabè à pratiquer la culture associée
Pratique 4 : Rotation des cultures
La rotation des cultures est pratiquée comme une technique de gestion de la fertilité du sol, de ravageurs et de contrôle du striga. Elle est basée sur la culture d’une série de différentes cultures sur les mêmes parcellaires. La durée de la rotation varie d’une saison de culture à quelques années ou même des périodes plus longues du fait des habitudes alimentaires, des types de cultures, de la localisation des champs ainsi que de la tenure foncière des exploitants.
Les agriculteurs ne suivent généralement pas un plan de rotation spécifique. Ils choisissent d’alterner les cultures en fonction de leurs besoins individuels, de leurs possibilités, des conditions environnementales et de leur budget. Il est démontré que les systèmes de rotation à base de légumineuses renforcent la résilience des agroécosystèmes, la fertilité des sols, les moyens de subsistance et peuvent accélérer l'adoption de pratiques agricoles durables tout en respectant les conditions et contraintes locales (Périnelle et al., 2021).
Pratique 5 : Agroforesterie
L’agroforesterie est une pratique traditionnelle en mutation. Les producteurs remplacent les espèces ligneuses épargnées lors du défrichement par des espèces importées. Le système agro-forestier à base d’anacardier dans la préfecture de Tchamba est très répandu. Elle est caractérisée par plusieurs fonctions : économiques, écologiques, sociales. Les motivations qui sous-tendent la pratique d’agroforesterie à base d’anacarde découlent de plusieurs ordres. Elles sont alimentaires, commerciales, thérapeutiques, etc. Ces motivations justifient donc la forte présence des plantations d’anacardier dans le milieu.
Cette pratique de l’agroforesterie à base d’anacardiers est associée au maïs, au soja, au niébé etc., et offre divers services aux populations rurales : Elle contribue à l’amélioration de leurs conditions par les valeurs ajoutées évoquées, liées à l’alimentation, aux soins et aux ressources monétaires additionnelles montrant bien ainsi leur importance dans le développement agricole de la région.
Toutefois cette pratique est confrontée aux difficultés de gestion des maladies et des plants adultes. Au fil des ans, les parcelles agroforestières mutent en vergers très couverts moins favorables aux cultures. Cela oblige le producteur, en fonction de la disponibilité d’espace, à ouvrir un nouveau champ.
Pratiques agricoles endogènes de gestion de la fertilité des sols
Pratique 6 : Apport du fumier animal
Le fumier épandu dans les champs avant le labour ou déposé aux pieds des plants est une matière solide formée par dessèchement des bouses, de l’urine et de la litière absorbante, présent dans tous les enclos d’animaux. Il constitue donc le principal apport de l’élevage à l’agriculture. Les producteurs utilisent aussi le fumier de petits ruminants et de volailles pour amender les sols. Les producteurs de Tchamba élèvent davantage les volailles, les ovins et les caprins. Il est démontré que l’utilisation de la fumure animale permet d’améliorer la fertilité des sols (Blanchard et al., 2011). Les principales contraintes évoquées sont le transport du fumier vers les parcelles lointaines et l’insuffisance de la production du fumier qui s’explique par la divagation des animaux.
Pratique 7 : Compostage
Le compost est issu des fosses à compost ou dépotoirs. En effet, les paysans créent dans un coin de la cour externe des maisons, des fosses peu larges et moins profondes d’environ un mètre et demi. Ces fosses reçoivent des ordures domestiques de toute nature. Les ordures sont souvent incinérées surtout en saison sèche et réduits en cendres. Pendant la saison pluvieuse, l’incinération est incomplète. On obtient jusqu’à la prochaine saison, une matière solide riche en matière organique, en carbonates de calcium, en oxyde de calcium, etc. Ce dernier élément neutralise l’acidité des sols et les adaptent à la culture céréalière. Les producteurs reconnaissent que le compost améliore la fertilité de sol et augmente le rendement. Une technique de minéralisation avancée ou de pyrolyse valoriserait davantage les ordures domestiques ou des champs pour la production d’un compost mûr ou du biochar.
Pratique 8 : Stabulation libre des troupeaux de bœufs sur des parcelles
Les producteurs tissent des contrats verbaux de fumure avec les peuhls sédentaires et nomades, afin qu’ils campent d’une façon itinérante leurs troupeaux sur les parcelles des demandeurs au cours de la saison sèche. Toutes les demandes ne pouvant pas être satisfaites, la pratique de contrat de fumure pour le transfert de fertilité des sols induit des conflits. Parmi les contraintes recensées, une longue stabulation de troupeaux de bœufs compacte le sol et le rend dur au labour. Il est aussi évoqué le développement et l’effet dépressif des adventices (fumier de vache). Cette dernière difficulté pousse les paysans à l’utilisation des herbicides. Une transformation du fumier en engrais par la pyrolyse sans oxygène serait une solution, outre le compostage.
Pratique 9 : Jachère pure et jachère améliorée
La jachère pure consiste à maintenir inutilisée pendant une certaine période une surface agricole pour lui permettre de reconstituer ses réserves en eau, son stock d’humus et d’éléments nutritifs et de retrouver sa capacité de production. Elle est très peu pratiquée par les producteurs en raison de l’indisponibilité des terres cultivables. On note aussi la jachère améliorée avec le mucuna et la jachère améliorée avec le cajanus cajan. La jachère améliorée avec le mucuna est délaissée par les producteurs à cause des dégâts des troupeaux de bœufs.
Pratiques agricoles endogènes d’entretien des parcelles
Pratique 10 : Construction des diguettes antiérosives et des bandes enherbées
Pour protéger les écosystèmes cultivés ainsi que la biodiversité, des reliefs d’aménagement agraires contre l’érosion hydrique sont construits autour des parcelles pour empêcher l’invasion des eaux externes. Les paysans, en soulevant les mottes de terre pour construire les diguettes, créent des drains pour faciliter l’écoulement des eaux. Les diguettes sont renforcées par des éclats de souches du vétiver ou d’autres espèces disposant d’un système racinaire complexe et résistantes à la sécheresse formant ainsi les bandes enherbées. Cette coutume hautement appréciée par les producteurs est difficile et demande la force physique, l’assiduité et un matériel agricole adéquat. Ces aménagements antiérosifs sont détruits par le gros bétail et repris chaque saison de labour.
Pratique 11 : Paillage des parcelles
Après la plantation d’ignames, les producteurs procèdent au paillage qui consiste à recouvrir la butte ou le billon de paille ou d’herbes sèches. Cette opération favorise la levée parce qu’elle réduit la température du sol en même temps qu’elle limite l’érosion et l’enherbement. Le paillage est donc nécessaire à la survie du semenceau et à son développement ultérieur. Par ailleurs, après les récoltes, les paysans ne transportent pas les résidus des cultures, ni les incinèrent mais les conservent sur place, afin d’assurer la protection du sol contre l’érosion, de lutter contre l’enherbement et d’assurer l’activité de la faune pédologique. La décomposition de ces mêmes résidus, sous l’action conjuguée de l’humidité et de la chaleur, constitue un apport non négligeable de matière organique pour améliorer la structure du sol. Cette stratégie permet de conserver l’humidité du sol et de réduire l’évaporation des eaux afin d’augmenter les rendements des cultures. Les producteurs soulignent que cette pratique est compromise par le passage inopiné du feu et des visites importunes des troupeaux locaux et nomades.
Pratiques agricoles endogènes de gestion des ravageurs et maladies
Pratique 12 : Utilisation des graines et feuilles des plantes
Les producteurs pratiquent l’aspersion de l’infusion des graines ou des feuilles de neem pour prévenir des ravageurs. D’autres producteurs utilisent les bouillons de piment dans le maraichage mais ce bouillon a des effets indésirables sur la personne appliquant le produit. Les difficultés sont l’inefficacité et l’effet éphémère contre les dévastateurs en cas de pluie.
Pratiques agricoles endogènes de gestion des récoltes
Pratique 13 : Incorporation des cendres
Les cendres domestiques issues de la combustion de la biomasse sont utilisées pour stocker les grains à l’exemple du sorgho, du niébé, du voandzou, de l’arachide. Les paysans tamisent la cendre et noient les grains en prenant soin de bien mélanger. Dans les greniers ou des jarres, avant le stockage, ils répandent de la cendre et y déposent les gains. A la fin, ils surmontent le stock d’une couche de cendre. Pour l’efficacité de cette pratique, les grains doivent être bien séchés. Les produits conservés avec de la cendre peuvent être consommées à tout moment sans danger car la cendre maintien la sécheresse des graines et arrête les moisissures.
Pratique 14 : Incorporation de feuilles de neem ou poudre de piment
De nombreuses plantes locales sont utilisées pour protéger les grains stockés contre les insectes nuisibles. Les producteurs utilisent des feuilles de neem séchées ou de la poudre de piment pour mélanger au grain avant le stockage. Cependant cette pratique est limitée aux semences à cause de la cherté du piment et ne peut s’appliquer pour de grandes quantités de céréales.
Discussion
La mise en lumière des pratiques agricoles endogènes permet de faire émerger et de formaliser des connaissances pour inspirer les acteurs engagés dans la diversification et dans la dynamique de la transition agroécologique. Les résultats de cette étude confirment que les communautés disposent de systèmes de connaissance autour des indicateurs bioclimatiques et des pratiques culturales endogènes de labour, de diversification de culture et d’agroforesterie, de gestion de fertilité des sols, d’entretien des parcelles, de gestion biologique des ravageurs et des maladies, et enfin de gestion des récoltes. Les résultats mettent en lumière l’interaction complexe entre savoirs locaux, pressions socio-économiques et dynamiques environnementales.
En effet, certaines pratiques endogènes bien qu’écologiques et respectant l’environnement constituent des contraintes pour le producteur (Blanchard et al., 2011) lorsque les superficies ou les quantités de production augmentent. Les producteurs ont révélé que les pratiques endogènes de labour à la daba deviennent des contraintes à la production lorsque les superficies augmentent et lorsque la main d’œuvre dans l’exploitation est limitée. L’étude a montré que plusieurs pratiques endogènes sont efficaces, notamment la diversification des cultures et la rotation, l’agroforesterie, le compostage, le paillage, la construction de diguettes et de bandes enherbées, l’utilisation des feuilles de plantes dans la gestion des ravageurs. Ainsi dans la dynamique de la transition agroécologique ces pratiques sont d’une importance capitale pour le développement des outils de vulgarisation dans une approche participative intégrant les dimensions sociales, environnementales et économiques.
D’autres travaux scientifiques ont montré également l’efficacité des pratiques agricoles endogènes (Waibena et Kao, 2025 ; Akoudjin et al., 2023 ; Blanchard et al., 2011). En effet, Blanchard et al. (2011) ont testé deux modèles de production de fumure organique : une fosse fumière installée à la concession et une fosse à compost en bord de champ. L’analyse des effets directs ont montré que l’usage de compost est économiquement plus avantageux que celui du fumier aux coûts d’opportunités plus élevés. Cependant, les deux modèles de production présentent tous deux un solde monétaire positif. Par ailleurs, Kinyili et al. (2020) ont démontré que le revenu global des producteurs adoptant l’agroforesterie était plus élevé que celui des agriculteurs non adoptant. Ainsi, les producteurs pratiquant l’agroforesterie disposent plus de moyens pour l’alimentation, l’éducation grâce aux revenus provenant de l’agroforesterie. Enfin, Akoudjin et al. (2023) ont montré que le traitement à base de la solution aqueuse de feuilles de neem améliore le rendement en grains de niébé. Ainsi, l’utilisation de l’extrait aqueux de feuilles de neem comme stratégie de lutte alternative aux pesticides de synthèse contre les insectes ravageurs est à encourager en milieu paysan.
Conclusion
Cette étude caractérise les pratiques agricoles endogènes dans les exploitations de Tchamba dans la région Centrale au Togo. Une approche qualitative basée sur des groupes de discussions a été adoptée pour mener le diagnostic dans trois cantons et spécifiquement dans neuf villages de de la préfecture de Tchamba. 178 producteurs agricoles dont 61 femmes ont participé aux groupes de discussions sur les pratiques agricoles endogènes.
Au total 14 pratiques endogènes classées dans 6 groupes ont été identifiées. Il s’agit des groupes de pratiques endogènes (i) de labour, (ii) de diversification de cultures et d’agroforesterie, (iii) de gestion de fertilité des sols, (iv) d’entretien des parcelles, (v) de gestion biologique des ravageurs et des maladies, et (vi) de gestion des récoltes. Parmi cette diversité de pratiques endogènes, il est démontré par des études dans d’autres contextes, que certaines intègrent des dimensions sociales, environnementales et économiques en tenant compte des contraintes des producteurs. Il est donc important de mener des études dans le contexte togolais afin de mesurer l’impact de ces différentes pratiques sur le rendement et la sécurité alimentaire et nutritionnelle des ménages des exploitants agricoles. Ces études permettront donc de développer des outils et des stratégies de partage d’expériences, des partenariats pour la promotion et mise à l’échelle des pratiques durables en vue de la transition agroécologique.
Références bibliographiques
Références bibliographiques
Akoudjin, M., Dabire, K., Somda M. B., 2023. Effet des extraits de neem comme biopesticides sur les insectes ravageurs du niébé dans le centre Ampo/Tond-Tenga, zone péri-urbaine de Ouagadougou, Burkina Faso. International Journal of Current Research, 15, (1), 23365-23371. DOI: doi.org/10.24941/ijcr.44666.01.2023
Altieri, M.-A., 2002. Agroecology: The Science of Natural Resource Management for Poor Farmers in Marginal Environments. Agriculture, Ecosystems & Environment, 93, 1, 1-24. doi.org/10.1016/S0167-8809(02)00085-3
Altieri, M.-A., Nicholls, C.-I., 2020. Agroecology: Challenges and opportunities for farming in the Anthropocene. International journal of agriculture and natural resources, 47 (3), 204-215, https://doi.org/10.7764/ijanr.v47i3.2281
Bendjebbar, P., Fouilleux, E., 2022. Exploring national trajectories of organic agriculture in Africa. Comparing Benin and Uganda. Journal of Rural Studies, 89, 110-121. 10.1016/j.jrurstud.2021.11.012
Blanchard, M., Koutou, M., Vall, E., Bognini, S., 2011. Comment évaluer un processus innovant? Cas de l’amélioration quantitative et qualitative de la fumure organique au champ, Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, 64(1-4), 61-72, DOI:10.19182/remvt.10115
FAO, 2020. Le potentiel de l’agroécologie pour renforcer la résilience des moyens de subsistance et des systèmes alimentaires face au changement climatique. openknowledge.fao.org/handle/20.500.14283/cb0486fr,
Kinyili, B.-M., Ndunda, E., Kitur, E., 2020. Influence of Agroforestry on Rural Income and Livelihood of Smallholder Farmers in the Semi-Arid Region of Sub-Saharan Africa Journal of Tropical Forestry and Environment, 10 (1) 87-100, DOI:10.31357/jtfe.v10i1.4691
Maretz, L., Levy, R., Fall, F., 2025. Quel accès aux savoirs endogènes ? Le rôle des relations sociales par-delà des contextes Nord et Sud, Economie Rurale, 391, 119-137, shs.cairn.info/revue-economie-rurale-2025-1-page-119
Ndiaye, M, Diallo,T.-M., 2024. Impact des chocs agro-climatiques sur la sécurité alimentaire des ménages ruraux au Sénégal. African Journal of Agricultural and Resource Economics, 19 (1), 99-110, DOI:10.53936/afjare.2024.19(1).6
Périnelle, A., Meynard, J.-M., Scopel, E., 2021. Combining on-farm innovation tracking and participatory prototyping trials to develop legume-based cropping systems in West Africa. Agric. Syst. 187, 102978. doi.org/10.1016/j.agsy.2020.102978
Sachet E., Mertz O., Le Coq J., Cruz Garcia G., Francesconi W., Bonin M., Quintero M., 2021, Agroecological Transitions: A Systematic Review of Research Approaches and Prospects for Participatory Action Methods. Sustainable Food Systems, 5, 1-13, DOI:10.3389/fsufs.2021.709401
Sawadogo, M., Zahonogo, P., Sawadogo, J., 2022. Analyse des facteurs explicatifs de l’association des cultures au Burkina Faso, Économie rurale, 380, 87-101, DOI : doi.org/10.4000/economierurale.10065
Sijpestijn, G.F., Wezel, A., Chriki, S., 2022. Can agroecology help in meeting our 2050 protein requirements? Livestock Science, 256, 104822, doi.org/10.1016/j.livsci.2022.104822
Tega, Y, Tim Ndah, H, Compaoré-Sawadogo, E, Dipama, J., Schuler, J. 2025. Évolution des pratiques agricoles endogènes dans les communes rurales du nord du Burkina Faso. Cahiers Agricultures, 34, 6, doi.org/10.1051/cagri/2025005
Waibena, T.-D., Kao, P., 2025. Impact of Adopting Organic Fertilization, Improved Fallow on Income of Maize Producing Farmers in Togo: Using Endogenous Switching Regression Model. Asian Journal of Agricultural Extension, Economics & Sociology, 43(11) 1-10, DOI: 10.9734/ajaees/2025/v43i112837
Wezel, A., Herren, B., Kerr, R., Barrios, E., Gonçalves, L.-R., Sinclair, F., 2020. Agroecological principles and elements and their implications for transitioning to sustainable food systems. Agronomy for Sustainable Development, 40, 1-13, springer.com/article/10.1007/s13593-020-00646-z
Yovo, K., Lantomey, E., 2023. Stratégies d'adaptation au changement climatique et production agricole dans la région maritime au Togo. Economie Rurale 383, 101-118, shs.cairn.info/revue-economie-rurale-2023-3-page-101
Les articles sont publiés sous la licence Creative Commons (CC BY-NC-ND 2.0)
Pour la citation et la reproduction de cet article, mentionner obligatoirement le titre de l'article, le nom de tous les auteurs, la mention de sa publication dans la revue AES et de son URL, la date de publication.


