Quels freins et leviers associés à l’utilisation de plantes de services pour réguler le puceron cendré en vergers de pommiers ?
Corisande Douay 1, Lydie Vitteaut 1, Fausta Gabola 2,Pascal Borioli 3, Hélène Gautier 2, Pascale Guillermin 1, Bruno Jaloux 4, Baptiste Labeyrie 5, Marianne Lefebvre6, Louna Rizzi 2, Julie Borg 2,Laure Perchepied 1
1 Univ Angers, Institut Agro, INRAE, IRHS, SFR QUASAV, 49000 Angers, France.
Contact : laure.perchepied@univ-angers.fr
2 INRAE unité PSH, 84000 Avignon, France. Contact : julie.borg@inrae.fr
3 GRCETA, 2 Route de Mollèges, 13210 Saint-Rémy-de-Provence, France
4 IGEPP, Institut Agro, Université de Rennes, INRAE, 49000 Angers, France
5 CTIFL, 26800 Etoile-Sur-Rhône, France
6 Univ. Angers, GRANEM, SFR CONFLUENCES, 49000 Angers, France
Contact auteurs : laure.perchepied@univ-angers.fr
https://doi.org/10.54800/pqd052
Résumé
Les vergers fruitiers, majoritairement monospécifiques, présentent un potentiel limité de fourniture de services écosystémiques en raison de leur faible diversité végétale, notamment pour la régulation naturelle des bioagresseurs. L'introduction de plantes de service multifonctionnelles (herbacées, arbustes ou arbres) constitue une voie prometteuse pour restaurer ces fonctions grâce à l'apport d'azote, au soutien des auxiliaires ou au stockage de carbone. Pourtant, leur adoption reste limitée en raison des incertitudes qui persistent quant à leur efficacité et aux changements de pratiques qu'elles impliquent. Une enquête qualitative menée auprès de 34 arboriculteurs des deux principaux bassins français de production de pommes (Nord-Ouest et Sud-Est) montre que les pratiques de diversification végétale ne représentent que 7,2 % des leviers spontanément cités, principalement pour favoriser la régulation des pucerons (25 % des citations). L'enherbement permanent, les bandes fleuries et les haies sont perçus comme favorables aux auxiliaires, mais suscitent également des interrogations sur la maîtrise des ravageurs et la gestion de la végétation. Des ateliers participatifs réunissant chercheurs, conseillers et acteurs du développement ont par ailleurs mis en évidence des freins techniques (adaptation du matériel, conduite des interventions), économiques (coûts de production), organisationnels (complexité logistique) et réglementaires, limitant notamment l’usage des pesticides en floraison. Les conditions d'utilisation des plantes de service en arboriculture restent donc à préciser, en tenant compte de la diversité des contextes de production. Ces résultats soulignent l'intérêt de développer des réseaux d'expérimentation en vergers, reposant sur des protocoles communs permettant d'évaluer non seulement les performances agronomiques, mais aussi les dimensions techniques, économiques et organisationnelles. L'enjeu est de produire des connaissances à la fois robustes scientifiquement et directement mobilisables par les arboriculteurs pour accompagner le développement de ces pratiques.
Mots-clés : Arboriculture, Plantes de service, Régulation biologique, Diversification végétale, Adoption des innovations
Abstract
Fruit orchards are predominantly monospecific systems, whose limited plant diversity constrains the delivery of ecosystem services, particularly the natural regulation of pests. Introducing multifunctional service plants (herbaceous species, shrubs, or trees) offers promising opportunities to restore these functions by enhancing nitrogen inputs, supporting natural enemies, and increasing carbon sequestration. However, their adoption by growers remains limited because of uncertainties regarding their effectiveness and the changes in orchard management they require.
A qualitative survey involving 34 apple growers from the two main French production regions (North-West and South-East) showed that vegetation diversification practices accounted for only 7.2% of the management options spontaneously mentioned by respondents, with aphid regulation being their primary objective (25% of the citations). Permanent ground cover, flower strips, and hedgerows were generally perceived as beneficial for natural enemies, but also raised concerns regarding pest control and vegetation management. In addition, participatory workshops involving researchers, advisors, and extension specialists identified several major barriers to adoption, including technical constraints (equipment suitability and crop management), economic limitations (additional production costs), organizational challenges (logistical complexity), and regulatory constraints, limiting pesticide use during flowering. The optimal use of service plants in orchards therefore remains to be defined, taking into account the diversity of production contexts. These findings highlight the need to develop on-farm experimental networks supported by common evaluation protocols that assess not only agronomic performance but also technical, economic, and organizational dimensions. Such approaches are essential to produce knowledge that is both scientifically robust and relevant to growers' needs, thereby supporting the wider adoption of vegetation diversification in fruit orchards.
Keywords: Fruit orchards, Service plants, Biological pest control, Plant diversification, Innovation adoption
Introduction
En arboriculture fruitière, les vergers sont implantés pour une vingtaine d’années et sont dans la plupart des cas monovariétaux afin de standardiser la production et faciliter la conduite culturale (interventions homogènes sur l’ensemble du verger). Ces vergers demandent une protection intensive contre un ensemble de ravageurs et maladies également favorisés, pour certains d’entre eux, par la pérennité de la culture (Simon et al., 2010). Il existe donc, pour les arbres fruitiers, un véritable enjeu de réduction des intrants chimiques. Une solution alternative à l’usage des produits phytopharmaceutiques repose sur la diversification des systèmes de culture, qui consiste à augmenter le nombre d’espèces cultivées dans l’espace et dans le temps pour favoriser la régulation biologique et produire dans un système basé sur la complémentarité des espèces (Viguier et al., 2021).
L’implantation d’un couvert végétal sur l’inter-rang est largement généralisée par les arboriculteurs. En effet, la part des superficies avec enherbement de tous les inter-rangs est de 100% pour les arboriculteurs français (Agreste, 2017). Cinquante-cinq pourcent des exploitations françaises aménagent des habitats (haies, bandes enherbées) afin de fournir des apports alimentaires pour les auxiliaires prédateurs, contribuant ainsi à réduire l'utilisation des produits phytosanitaires. 72% des arboriculteurs en agriculture biologique (AB) maintiennent un enherbement inter-rang permanent naturel, contre 47 % pour les producteurs en conventionnel. Les autres producteurs pratiquent l’enherbement permanent semé ou un enherbement temporaire naturel ou semé. Le nombre moyen de tontes de l’inter-rang est de 3,1 en AB et de 3,5 en conventionnel. Cet enherbement des vergers est non seulement une pratique de diversification, mais fait également partie des plantes de service.
Les plantes dites « de services » (PDS) ne sont pas cultivées principalement pour être récoltées, mais pour apporter un ou plusieurs services écosystémiques à l’agroécosystème (Djian-Caporalino et Lavoir, 2024) : améliorer la fertilité et la structuration des sols, favoriser la pollinisation, attirer et maintenir les auxiliaires, repousser les bioagresseurs, contrôler les adventices, etc. Elles sont implantées dans le système en plus de la culture de rente, selon des modalités d’implantation spatiales et temporelles variées (Djian-Caporalino et Lavoir, 2024). Le fait d’introduire des PDS en verger permet d’assurer une diversification végétale, support d’un ou plusieurs services en fonction de la plante ou du mélange de plantes choisies. Cette pratique est donc complémentaire à d’autres formes de diversification, elle est centrée sur la fourniture de fonctions écologiques plutôt que sur la diversification marchande.
Le puceron cendré du pommier Dysaphis plantaginea est le principal ravageur visé par l’introduction de PDS en vergers de pommiers, les PDS utilisées peuvent perturber son vol retour à l’automne, créer des conditions défavorables à son installation (répulsion) ou favoriser l’action de ses ennemis naturels au printemps (Ben Issa et al., 2017 ; Rizzi et al., 2025).
Bien que l’introduction de PDS en verger soit une pratique agroécologique prometteuse pour la fourniture de multiples services écosystémiques, elle est aussi soumise à des contraintes techniques, organisationnelles, économiques et réglementaires. D’un point de vue technico-économique, les personnes utilisatrices de plantes de services ont exprimé des difficultés liées à l’implantation et la conduite des PDS, ainsi qu’une surcharge de travail (Février & Pinglier, 2023). D’un point de vue réglementaire, l’arrêté du 20 novembre 2021 relatif à la protection des abeilles et autres pollinisateurs lors de l'utilisation de pesticides ou produits phytopharmaceutiques (communément appelé « Arrêté Abeilles ») impose de ne pas traiter lors de la floraison des PDS et du pommier ou d’intervenir en dehors des périodes de pollinisation (2 h avant à 3 h après le coucher du soleil) (JORF, 2021). Or, le pommier est soumis à de nombreux traitements fongicides et insecticides lors de la période de risque bioagresseurs, ce qui nécessite des traitements de nuit qui augmentent ainsi le coût horaire des interventions. Alors que, les arrêtés municipaux dans certaines communes interdisent les interventions de nuit. Ces contraintes techniques et réglementaires limitent l’appropriation des plantes fleuries en vergers par les arboriculteurs.
L’objectif de cette étude est d’identifier les freins techniques, économiques et organisationnels à l’adoption des PDS en vergers de pommier pour améliorer le contrôle du puceron cendré Dysaphis plantaginea et d’analyser les possibilités d’adaptation des systèmes de culture permettant de favoriser cette adoption. Pour ce faire, un état des lieux des pratiques des arboriculteurs a été réalisé via des entretiens semi-directifs au sujet de leurs pratiques de protection des vergers, et en particulier l’utilisation des PDS. En complément, des ateliers collectifs ont permis de classer ces freins par ordre d’importance, et d’identifier des pistes pour les contourner afin de favoriser l’adoption des PDS en vergers de pommiers.
Matériel et méthodes
La méthode repose sur deux modalités de collecte de données : des entretiens semi-directifs auprès de producteurs et des ateliers collectifs avec des conseillers et des expérimentateurs pour identifier des leviers à l’adoption des PDS.
Entretiens auprès de producteurs sur leurs pratiques de protection du verger
Collecte de données
Des entretiens semi-directifs ont été conduits auprès de 34 arboriculteurs entre 2021 et 2023 afin de décrire leurs pratiques en termes de protection de leurs vergers de pommiers. Les entretiens ont été menés dans divers contextes (régions de production variées, circuits de commercialisation différents…) pour analyser différents systèmes de culture.
Il a été choisi d’enquêter majoritairement les producteurs de groupes DEPHY Ferme et des producteurs impliqués dans deux projets de recherche (CapZéroPhyto, CACOLAC). Les groupes DEPHY Ferme, mis en place par le programme ECOPHYTO, ont vocation à intégrer des méthodes de protection alternatives aux pesticides de synthèse dans des systèmes de culture et d’évaluer leurs performances agronomiques, économiques et environnementales. Chaque groupe est suivi par un animateur ou conseiller (Chambre d’Agriculture, Centre d'études techniques agricoles (CETA)…) qui va faciliter la dynamique collective. Ce choix a permis de cibler l’enquête vers des producteurs qui utilisaient déjà des méthodes de protection alternatives aux pesticides ou du moins s’y intéressaient, et dont l’activité agricole était principalement l’arboriculture (>60% du chiffre d’affaires). L’objectif n’était ainsi pas d’étudier un échantillon représentatif de producteurs, mais bien d’avoir des retours sur l’utilisation de leviers alternatifs aux pesticides de synthèse et d’illustrer par des exemples de mise en œuvre de PDS dans des vergers existants. Les enquêtes ont ciblé des groupes DEPHY Ferme dans quatre régions de production de pomme : Pays de la Loire, Normandie, Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur. Ces 4 régions couvrent 65% de la production nationale en 2023 (Agreste, 2024).
La plupart des enquêtés se situaient dans les Pays de la Loire, en Rhône Alpes et en PACA. Ils représentent les deux grands bassins de production de pomme du Nord-Ouest et du Sud-Est de la France (Figure 1). La surface agricole utile (SAU) moyenne des exploitations des arboriculteurs enquêtés est de 24ha de verger dont 22,2 ha de vergers de pommier. Parmi les 34 arboriculteurs enquêtés, 23 arboriculteurs cultivent d’autres productions fruitières, et 22 sont en AB.
La première partie des entretiens a permis de recueillir des données factuelles sur l'organisation des systèmes de production (Surface Agricole Utile, Unité de Travail Humain, orientation, circuit de commercialisation, nombre d’espèces et de variétés, principaux bioagresseurs problématiques, méthodes de protection utilisées). La deuxième partie des entretiens visait à recueillir la perception des arboriculteurs vis-à-vis de différents leviers sur la base d’une liste de méthodes alternatives aux pesticides, qu'elles soient utilisées ou non sur leur exploitation.
Afin de garantir l’intégrité des données et l’exactitude des déclarations de arboriculteurs, les entretiens ont été intégralement enregistrés et retranscrits. Les entretiens ont également été anonymisés afin de préserver la confidentialité des enquêtés et de garantir la protection de leurs données.
Plan d’analyse de données
Les analyses réalisées dans cette étude se sont concentrées sur les pratiques d’utilisation des PDS, en interaction avec les autres méthodes de protection utilisées par les arboriculteurs. La perception des pratiques relatives à l’utilisation des PDS a été décrite par l'efficacité ressentie par l’arboriculteur pour contrôler le puceron cendré (question à choix multiple : non précisé/ interrogation de l’arboriculteur/peu efficace/partiellement efficace/efficace) ainsi que les avantages et désavantages (techniques, économiques, organisationnels...) associés.
Des analyses textuelles ont tout d’abord été menées afin d’explorer la richesse sémantique des données d’enquêtes, en identifiant les principaux champs lexicaux, les thèmes émergents et les associations de termes mobilisés par les répondants. Ces analyses de données textuelles ont été réalisées avec le logiciel IRaMuTeQ (Ratinaud 2025 ; pratinaud.gitpages.huma-num.fr/iramuteq-website/). La méthode Reinert (ou Classification Hiérarchique Descendante) (Reinert 1983) permettant de classer des segments de texte et l’analyse de similitudes ont été utilisées pour explorer les informations relatives à l’utilisation des méthodes alternatives aux pesticides, dont les PDS, par les arboriculteurs. Suite à des premières analyses, tous les verbes ont été exclus. Ils n’étaient pas suffisamment pertinents et informatifs quant aux pratiques culturales des arboriculteurs. La classification de Reinert a été réalisée sur des segments de texte à 16 formes actives. La classification s’arrête quand tous les segments de texte ont été séparés statistiquement. Toutes les formes d’une classe, citées 15 fois minimum, ont été prises en compte dans l’analyse de similitudes.
Les données collectées ont par ailleurs été compilées dans une base de données permettant de distinguer les méthodes de protection par bioagresseur cible, usage, avantages, désavantages et efficacité perçue par les arboriculteurs (Tableau 1).
Tableau 1 : Catégories des variables collectées lors des enquêtes portant sur les méthodes de protection des vergers.
Catégorie de variables | Variable collectée | Description / modalité attendue |
Méthode de protection | Domaine de la méthode | Type de protection (ex. : lutte biologique) |
Sous-domaine de la méthode | Niveau intermédiaire de classification (ex. : lutte biologique par conservation, lutte biologique augmentative) | |
Méthode précise | Méthode exacte citée par l’enquêté (ex. : bandes fleuries, lâchers d’auxiliaires) | |
Bioagresseurs ciblés | Espèce(s) de bioagresseur(s) concerné(s) par la méthode | Ravageur, maladie, ou adventice |
Statut d’utilisation de la méthode | Utilisation de la méthode | Modalités : oui / non / usage passé / en projet |
Perception de la méthode | Efficacité ressentie par l’enquêté | Niveau d’efficacité perçu par l’enquêté (ex. : très efficace à peu efficace) |
Facteurs explicatifs d’usage ou de non-usage | Motivation principale d’usage de la méthode | Raison principale de l’adoption (ex. : réduction des intrants, attraction des auxiliaires) |
Contrainte(s) liée(s) au non-usage de la méthode | Frein principal à l’adoption (ex. : coût, manque de temps, manque d’efficacité, difficulté technique) |
Des analyses quantitatives et descriptives ont ensuite été réalisées avec le logiciel R afin d’évaluer le nombre de citations relatif aux avantages, désavantages et à la perception de l’efficacité des méthodes utilisées ou non par les arboriculteurs. Les avantages cités à l’utilisation des PDS ont été regroupés en quatre catégories : avantages liés (i) au gain économique, (ii) au temps de travail, (iii) aux services écosystémiques, (iv) à l’optimisation / diminution des traitements. Les désavantages cités par les arboriculteurs ont également été regroupés en quatre catégories : désavantages (i) liés à l’augmentation du temps de travail, (ii) économiques, (iii) agronomiques et (iv) liés à l’impact négatif sur l’environnement et la biodiversité.
Ateliers collectifs pour identifier les freins et leviers liés à l’utilisation de PDS en verger de pommier
Les ateliers collectifs ont rassemblé des conseillers, techniciens, chercheurs et enseignants autour des freins liés à l’utilisation des PDS en verger de pommiers pour réguler le puceron cendré et de la recherche de solutions pour y faire face. Cette approche multi-acteurs permet de mettre en commun les compétences, les savoirs, et connaissances empiriques et scientifiques des participants (Meynard et al., 2012).
Elle prend en compte la diversité des situations, et permet de faciliter l’appropriation de méthodes ou de techniques par un plus grand nombre d’acteurs. Ces ateliers paraissent particulièrement adaptés à la démarche d’intégration de PDS dans des vergers moins dépendants aux pesticides de synthèse, qui implique différents acteurs des filières agricoles (Pissonnier, 2017).
La démarche d’ateliers collectifs s’est structurée en 4 étapes :
1/ Constitution d’un collectif via une liste de diffusion composée d’une soixantaine de personnes issues du conseil (Chambres d'agriculture, Centres d'initiatives pour valoriser l'agriculture et le milieu rural (CIVAM), Groupement Régional des Centres d'Etudes des Techniques Agricoles (GRCETA), Fédération Régionale de Défense contre les Organismes Nuisibles (FREDON)), de l’enseignement (lycées agricoles, universités), de l’expérimentation (stations expérimentales La Pugère et Invenio, Centre Technique Interprofessionnel des Fruits et Légumes (CTIFL), Institut Français des Productions Cidricoles (IFPC), Centre d'expérimentation fruits et légumes (CEFEL)) et de la recherche (INRAE, Groupe de Recherche en Agriculture Biologique (GRAB)) autour de la thématique des PDS en arboriculture
2/ Organisation d’un premier atelier de partage des connaissances techniques et scientifiques sur les PDS en arboriculture. Ce premier groupe de travail a eu lieu en 2022 et a regroupé 12 participants (chercheurs, conseillers de groupements de conseil agricole indépendants, chambres d’agriculture et instituts techniques). L’atelier a permis de faire un état des lieux des connaissances sur l’utilisation de PDS en vergers de pommier pour lutter contre le puceron cendré, et d’identifier les freins associés à cette pratique
3/ Organisation en 2023 d’un second atelier focalisé sur les freins techniques et la recherche de solutions pour y faire face. Dix-huit participants (chercheurs, ingénieurs réseau DEPHY, conseillers et des expérimentateurs), dont quatre avaient déjà participé au premier atelier, ont ainsi travaillé à la formalisation des connaissances techniques permettant d’évaluer les PDS en vergers de pommier, et ont identifié les manques de connaissances.
4/ Organisation d’un troisième et dernier atelier en 2024 en complément du précédent atelier, afin de cibler les difficultés organisationnelles et économiques associées à l’utilisation de PDS. Les 19 participants (chercheurs, ingénieurs réseau DEPHY, conseillers et des expérimentateurs) ont identifié et hiérarchisé les principaux freins liés à l’adoption des PDS par les producteurs.
Les sorties des ateliers (étapes 2, 3 et 4) ont été validées à chaque fois par les participants, et un compte rendu des échanges et les supports de présentations étaient diffusés à tout le collectif.

Résultats
L’enherbement et les bandes fleuries comme leviers de régulation du puceron cendré mis en lumière par l’analyse textuelle
96% des segments de texte ont été classés avec la classification hiérarchique descendante.
La Classification Hiérarchique Descendante appliquée sur le jeu de données issu des 34 interviews d’agriculteurs met en évidence des classes sémantiques relatives aux principaux bioagresseurs rencontrés par les arboriculteurs (tavelure, pucerons et carpocapse), au choix variétal, au circuit de commercialisation et à la couverture du sol et au sol (Figure 2). La classe relative à la couverture du sol et au sol (classe 5) regroupe des mots clés comme « enherbement », « bande », « fleuri », « haie » et recouvre donc des termes en lien avec l’utilisation de PDS en vergers de pommier (Figure 2).

La classe 5 comprenant des mots relatifs aux PDS a été plus particulièrement étudiée et représentée en graphe de similitudes (Figure 3). Le cluster « sol» représente les réflexions abordées sur les pratiques liées au sol (travail du sol, désherbage, amendement, etc.), et sur ses composantes écologiques/agronomiques (eau, vie, biodiversité du sol, etc.) et ses problématiques (mulot). Le cluster « rang » et un cluster proche, évoquant les bandes fleuries, correspondent à un vocabulaire descriptif portant sur l’enherbement ou la végétation. Ces clusters, associés aux PDS, sont proches de celui du « sol » sans y être inclus.
Le cluster « arbre » relié au cluster « sol » concerne l’arbre comme élément du système avec ses composantes (« pied »), son environnement (« haie »), les interventions d’entretien de l’herbe (roulage, maintien d’un état « propre », mouton évoquant le pâturage).
Des verbatims mettent en évidence des liens entre les classes présentées en Figure 2. En effet un des liens entre les classes 4 (relative au puceron) et 5 (relative à la couverture du sol) est illustré par les dires d’un arboriculteur : « il y a des pucerons comme le sol est complètement vierge il n’y a pas d’auxiliaires, il n’y a rien pour contrebalancer les pucerons, donc maintenant quand on sème notre herbe on a en même temps semé les bandes fleuries ».

Avantages et désavantages liés aux pratiques d’enherbement permanent, de réduction de la tonte et d’utilisation de bandes fleuries pour réguler le puceron cendré
A partir des données d’enquêtes enregistrées dans la base de données, une analyse a été réalisée spécifiquement sur les pratiques relatives à l’utilisation de PDS. Ces pratiques représentent 7,2% de citations parmi toutes les pratiques citées par les arboriculteurs et regroupent l’enherbement permanent (2,1%), la réduction de la tonte (1,9%), l’utilisation de bandes fleuries (2,6%) et de haies (0,6%). Ces pratiques ciblent majoritairement les pucerons (25% des citations) et dans une moindre mesure les punaises, hoplocampes, carpocapses et tordeuses, acariens et rongeurs (20,3 % des citations au total). 54,7% des citations n’ont pas de cible associée.
La majeure partie des avantages liés à l’utilisation des PDS, cités par les arboriculteurs, sont liés aux services écosystémiques (Figure 4). Les principaux services ciblés sont de favoriser les auxiliaires, d’assurer la pollinisation, d’améliorer la structure du sol, de protéger contre les facteurs abiotiques et d’avoir une pratique multi-services. A dire d’arboriculteur, certaines plantes peuvent en effet remplir plusieurs objectifs, comme le mélilot, une légumineuse ayant un intérêt pour la production de biomasse et la fixation d’azote, mais qui peut aussi être répulsive pour les campagnols et attractive pour les auxiliaires. L’enherbement permanent, la réduction de la tonte et les bandes fleuries présentent l’avantage selon les arboriculteurs d’attirer les auxiliaires. Un arboriculteur indique ne pas tondre avant juillet afin de maintenir un équilibre entre prédateurs et ravageurs. A noter cependant que les arboriculteurs enquêtés rencontrent globalement des difficultés à quantifier le réel impact des PDS sur les services attendus, il s’agit plutôt d’une pratique intégrée dans une stratégie globale de réduction des pesticides mais sans avantage économique associé.
La plupart des désavantages mentionnés sont des désavantages agronomiques et liés au travail (Figure 5). Parmi les désavantages agronomiques, la maîtrise aléatoire des auxiliaires et ravageurs, les conditions pédoclimatiques qui ne sont pas toujours compatibles avec les exigences de culture de la ou des PDS choisies, l’impact sur la culture de rente (risque de compétition) et l’exigence de la conduite technique sont cités par les arboriculteurs. Afin d’illustrer cette maîtrise aléatoire des auxiliaires et ravageurs, un arboriculteur mentionne le fait qu’il y ait toujours un décalage entre la présence des auxiliaires et le développement des colonies de puceron cendré.
Les désavantages liés au travail concernent le besoin de main d’œuvre additionnelle notamment au moment de l’implantation des PDS, à l’incompatibilité entre les moments d’interventions sur la culture de rente et sur les PDS, ainsi qu’à la nécessité d’avoir des outils adaptés.
Concernant le besoin de main d’œuvre additionnelle, un arboriculteur développe : « C’est important ce facteur organisationnel. […] Parce que toutes ces méthodes qui vont sur la réduction d’intrants, impliquent quelque part une disponibilité des ressources humaines forte. Sauf que d’un point de vue sociétal, ça ne va pas. Les gens ils veulent leur temps libre, leur temps disponible ». Il termine : « Moi j’adhère à l’idée, si on pouvait réduire les intrants, avoir des pratiques plus vertueuses et tout ça. Mais il faut savoir aussi trouver la bonne jauge. Le bon compromis. » Cette idée de compromis a en effet été discutée lors des entretiens, et dépend des objectifs et contraintes des arboriculteurs. Au niveau de la compatibilité des interventions, une arboricultrice souligne en effet que : « le meilleur moment pour semer, c’est quand on récolte. Du coup, on n’y arrive pas. Donc ça fait deux années qu’on rate notre semis ». Une fois l’espèce semée, il y a de nombreux obstacles à sa levée. La grande majorité souligne un manque d’eau lié aux conditions climatiques qui rend souvent la levée problématique. Cela semble moins compliqué pour les exploitations utilisant un système d’irrigation en micro-aspersion qui arrive à maintenir une certaine humidité autour des arbres. Au-delà de leur implantation, les PDS peuvent aussi être contraignantes lors des passages dans les rangs (piétinement/écrasement) ou lors de l’application de produits phytopharmaceutiques (Arrêté Abeilles du 21 novembre 2021). En effet, la présence accrue d’auxiliaires implique plus de vigilance, et contraint une partie des agriculteurs à semer des PDS en bordure du verger plutôt qu’à l’intérieur des parcelles.
Les arboriculteurs ont également souligné les manques de connaissances sur les techniques de conduite des PDS : « si on veut apporter de la biodiversité fonctionnelle, avec des plantes, on ne sait pas lesquelles choisir […] quand on recherche de l’aide pour travailler sur tel ou tel bioagresseur ».
En ciblant spécifiquement le puceron, les pratiques relatives à l’utilisation de PDS sont perçues par les arboriculteurs comme efficaces, excepté les haies (Figure 6). Vis-à-vis des pucerons, d’autres méthodes de protection des cultures comme l’utilisation de produits phytopharmaceutiques à action directe (extraits végétaux, extraits minéraux), ou comme l’utilisation de pratiques agricoles à action indirecte (la régulation de la fertilisation et le choix de variétés tolérantes) sont également perçues par les arboriculteurs comme efficaces.
Identification des freins à l’utilisation des PDS à partir des ateliers collectifs
Les échanges ont mis en évidence le fort potentiel de l’utilisation de PDS en vergers de pommiers pour améliorer la régulation naturelle du puceron cendré dans les vergers, mais aussi des freins liés à son adoption. En particulier, il existe un manque de connaissances important sur les techniques de conduite des PDS (implantation, irrigation, moments clés du cycle), sur leurs potentiels impacts négatifs sur les pommiers (risque de concurrence, création de conditions favorables au campagnol) et sur les coûts socio-économiques liés à l’installation et la conduite des PDS. Ces connaissances sont essentielles pour favoriser l’adoption de cette pratique, qui dépend fortement des spécificités de l’exploitation (type de sol, pluviométrie, pratiques culturales, organisation du travail). Les échanges ont également mis en évidence que l’évaluation des PDS devait prendre en compte le cycle complet des pucerons (infestations au printemps mais aussi vols retour à l’automne) et intégrer des suivis de l’état physiologique des pommiers à long terme : impact de l’association avec des PDS sur le retour à fleurs, l’alternance, la vigueur, les rendements et la qualité des fruits (aspects visuels, coloration du fruit, rapport sucres/acides) à l’échelle pluriannuelle. Le manque de connaissances techniques nécessite donc des développements méthodologiques pour expérimenter sur les PDS en arboriculture dans une diversité de situations de production.
Pour répondre à cette problématique, les participants aux ateliers ont travaillé à la construction d’un document regroupant des protocoles de suivi d’auxiliaires et de ravageurs pour les expérimentations sur les PDS, accompagné d’une grille d’aide au choix de protocoles cibles en fonction des objectifs recherchés par l’expérimentateur, du temps disponible et des compétences nécessaires pour réaliser ces suivis (Vitteaut et al., 2026).
Enfin, le travail ciblé sur les difficultés organisationnelles et économiques a permis d’identifier et de hiérarchiser les principaux freins liés à l’adoption des PDS par les producteurs (figure 7). Il en ressort l’importance de mettre les critères économiques au centre de l’évaluation et d’intégrer les coûts de production, qui concerne surtout le temps de travail (l’utilisation de PDS va-t-elle engendrer du temps supplémentaire ou se substituer à une autre intervention ?) et le positionnement des interventions dans le temps. À ce titre, des indicateurs comme le temps de passage (en heure/ha), les coûts des approvisionnements (en €/ha), les investissements spécifiques permettant de faciliter l’installation et le développement des PDS (en €/ha), et le matériel utilisé pour les différentes interventions permettront de rendre compte des changements induits par l’introduction de cette nouvelle pratique dans des systèmes de production existants. Ces indicateurs vont être renseignés et pris en compte lors d’essais factoriels et systèmes.
Discussion
Les enquêtes menées dans le cadre de cette étude montrent que l’utilisation de PDS pour réguler les ravageurs du pommier est déjà pratiquée par des arboriculteurs engagés dans des démarches de réduction des pesticides. Ces PDS se retrouvent sous la forme d’enherbement permanent, de réduction de la tonte pour favoriser la végétation spontanée, et de bandes fleuries et sont associées principalement à l’utilisation d’extrait végétaux et minéraux pour réguler le puceron cendré. La mise en œuvre de pratiques telles que la lutte biologique par conservation a été observée dans le réseau DEPHY EXPE Arboriculture, majoritairement dans des systèmes en AB et économes en intrants (Labeyrie et al., 2019) et également dans le bilan du réseau DEPHY Ferme en 2023. La lutte biologique par conservation permet de préserver les auxiliaires et d’assurer une biodiversité fonctionnelle dans le verger. En termes de préservation des auxiliaires, réduire le nombre de coupes du couvert herbacé sur l’inter-rang favorise la présence de proies et celles de prédateurs. Les haies, les couverts herbacés ou fleuris favorisent également les auxiliaires et par conséquent une régulation naturelle des ravageurs (Laget et al., 2015). Ces pratiques sont bien utilisées par les arboriculteurs interrogés dans l’objectif premier d’attirer les auxiliaires dans les vergers. Ces résultats sont en cohérence avec l’enquête nationale sur l’utilisation des PDS réalisée auprès de 73 arboriculteurs et conseillers par Février & Pinglier (2023). Les résultats montrent que 70 % des utilisateurs de PDS utilisent des mélanges pour l’apport de biodiversité dans le verger favorisant les auxiliaires et les pollinisateurs, très peu (7,5 %) implantent une seule espèce de plante de service.
Dans notre contexte d’étude, l’utilisation de PDS vis-à-vis des pucerons est perçue par les arboriculteurs comme efficace, excepté pour les haies. Cette perception est différente du bilan réalisé par le réseau national EXPE Ecophyto Pomme qui conclut qu’il est difficile de juger de l’impact de l’implantation de bandes fleuries ou de haies composites sur la présence d’auxiliaires indigènes et sur leur prédation (Zavagli et al., 2018). Ce contraste entre l’efficacité « perçue » en ferme et l’efficacité « mesurée » en station pourrait s’expliquer par le contexte de leurs modes de production. La majorité des enquêtés étant en agriculture biologique, les pratiques sont potentiellement plus favorables au maintien des auxiliaires à l’échelle d’une exploitation, alors que les essais des stations expérimentales, impliquant une diversité de modes de production dont des systèmes conventionnels, y sont moins propices.
Les enquêtes et les ateliers collectifs relèvent un besoin important de connaissances techniques sur la culture de PDS ainsi qu’un manque d’informations sur les impacts économiques engendrés par leur utilisation. Les PDS exigent des connaissances techniques avancées sur des besoins liés à leur implantation, l’irrigation et aux moments clé de leur cycle, ce qui constitue le principal frein à leur utilisation plus large en vergers. Cette étude met également en évidence que des freins d’ordre économique ne facilitent pas l’adoption des PDS : le besoin de main d’œuvre additionnelle notamment au moment de l’implantation des PDS, l’incompatibilité entre les moments d’interventions sur la culture de rente et sur les PDS, ainsi que le risque de compétition avec la culture principale. Ces résultats sont en accord avec l’enquête nationale de Février & Pinglier (2023) qui montrait que le manque d’information et le doute sur l’efficacité était le 2e frein le plus important à l’utilisation de PDS (après le manque de matériel adapté). Des appréhensions sur le risque de compétition plante de services/arbre fruitier ont également été exprimées. Dans cette même étude, la difficulté d’implantation, la difficulté de gestion et la surcharge de travail étaient des facteurs expliquant l’arrêt de cette pratique. Ce sont de fortes contraintes qui peuvent s’avérer rédhibitoires lorsqu’elles sont cumulées à un manque d’efficacité, une compétition avec la culture principale ou l’arrivée de ravageurs type campagnol.
De nombreux facteurs vont influencer positivement ou négativement la décision d’adoption des PDS par les agriculteurs. Blazy et al. regroupent ces multiples facteurs en plusieurs catégories dont : i) les traits caractéristiques des PDS (biologiques, techniques et de performances induites) ; ii) l’environnement naturel de l’agriculteur (contraintes biophysiques comme le sol, le climat, la pression parasitaire) et iv) l’environnement exogène de l’exploitation comme la règlementation, les marchés et filières et les politiques agricoles (Djian-Caporalino et Lavoir, 2024). Ces déterminants sont multiples, en interaction et doivent être considérés comme un ensemble.
Trouver un compromis entre les contraintes économiques et les enjeux écologiques représente donc un défi majeur pour l’utilisation de PDS en arboriculture, et plus globalement pour toutes les pratiques agroécologiques qui pourraient se substituer aux pesticides. La plupart des études scientifiques s’intéressent aux mécanismes écologiques associés à l’utilisation de PDS, alors que les critères technico-économiques sont au centre des préoccupations des acteurs des filières agricoles (Lefebvre et al., 2026). Ces objectifs peuvent sembler antagonistes mais illustrent bien le besoin d’élargir le cadre de l’évaluation des performances agronomiques pour intégrer des indicateurs économiques et socio-techniques permettant d’évaluer l’intérêt des PDS de manière plus globale. Les enjeux sont donc de garantir que les connaissances fournies aux agriculteurs pour les inciter à utiliser les PDS en vergers soient non seulement fiables (fondées sur des données scientifiques), mais aussi pertinentes (répondant notamment aux objectifs des agriculteurs comme le ratio coûts / bénéfices, Djian-Caporalino et Lavoir, 2024). Cela nécessite que les agronomes incluent davantage de travail interdisciplinaire afin d'intégrer des concepts tels que la gestion des risques, l’organisation du travail ou encore la viabilité économique et d’utiliser de nouvelles approches et méthodes multicritères. A cela s’ajoute le fait que chaque situation de production est unique, avec une combinaison spécifique de sol, de climat, de pratiques culturales, de pression des bioagresseurs, mais aussi de structure, d’organisation et d’environnement de la production des exploitations agricoles, en aval et en amont, qui rend difficile la généralisation des connaissances sur l’impact de l’usage des PDS. Tibi et al. (2022) ont montré que, même si dans la grande majorité des cas la diversification végétale tendait à réguler les populations de bioagresseurs, le risque d'inefficacité voire d'effet adverse dans un contexte spécifique, est bien réel. La dépendance au contexte est valable pour toutes les modalités de diversification, il n'y a pas de prescription générique possible des modalités de diversification pour assurer la régulation des bioagresseurs. Ce constat les place en opposition avec les stratégies de lutte chimique qui se caractérisent par la possibilité d’être déployées de façon générique quel que soit le contexte pédoclimatique.
Les expérimentations en réseau permettent de multiplier les contextes d’étude et d’affiner la connaissance des conditions de succès ou d’échec de l’implantation de PDS, en combinaison ou non avec d’autres pratiques agroécologiques. Des expérimentations explorent déjà différentes approches pour intégrer les PDS dans les vergers : ultra-diversification des espèces cultivées et associées pour limiter la colonisation des ravageurs et favoriser la régulation naturelle, association d’arbres fruitiers et de plantes aromatiques pour perturber le comportement des pucerons et/ou attirer les auxiliaires (projets Ecophyto ALTO2 et ANR PPR CPA CapZeroPhyto). Bien que ces expérimentations ne conduisent pas encore à de véritables références en production, elles fournissent des pistes pour reconcevoir les stratégies de protection en verger et intégrer les PDS. Le développement de protocoles de suivi communs et de grilles d’indicateurs, comme ceux que nous avons élaborés (Vitteaut et al., 2026), constitue une étape clé pour permettre une évaluation agronomique, économique et socio-technique rigoureuse et partagée de ces nouveaux systèmes. Ils pourraient être un moyen d’articuler les travaux de différentes disciplines (écologie, agronomie, économie, sociologie, etc.) afin d’étudier simultanément (i) le comportement des agriculteurs en réponse à la pression des bioagresseurs et (ii) les effets des pratiques qu’ils mettent en œuvre sur les populations de bioagresseurs et plus globalement sur la fourniture de services écosystémiques (Tibi et al., 2022). Toutefois, le déploiement de ces solutions ne peut reposer uniquement sur les acteurs de la recherche et du développement et les producteurs : il doit également impliquer les acteurs de l’aval.
Cela suppose d’élargir les connaissances et les référentiels pour pouvoir dialoguer avec ces partenaires économiques. Il est indispensable de faire remonter les besoins de terrain et les verrous identifiés pour notamment adapter les politiques publiques. La question de la règlementation est invoquée comme une difficulté pour l’utilisation de PDS en verger. L’Arrêté Abeilles précise les modalités d’autorisation et d’utilisation des produits sur les cultures attractives en floraison et sur les zones de butinage. Cela rend impossible en pratique l’usage de nombreuses PDS, soit pour exercer une action attractive ou répulsive, soit pour détourner les fourmis de l’élevage des pucerons sur les pommiers. Sans remettre en cause la nécessité d'une réglementation solide et protectrice pour les populations de pollinisateurs/d’auxiliaires et pour l'environnement, il serait pertinent de poursuivre les réflexions sur la question réglementaire et sur la manière dont les règles d'usage peuvent accompagner et favoriser le développement des PDS. Un autre levier à l’utilisation et l’adoption des PDS serait la rémunération des services environnementaux associés à l’utilisation des PDS ou paiement pour service environnementaux. Cette approche incitative pourrait reposer sur des sources de financement publiques et/ou privées. Il faudrait au préalable identifier les services offerts et les quantifier en valeur (Djian-Caporalino et Lavoir, 2024). Dans cette perspective, les agronomes ont un rôle stratégique à jouer, à la fois comme producteurs et/ou diffuseurs de connaissances, médiateurs entre acteurs, et contributeurs à la construction de cadres d’action plus adaptés aux enjeux agroécologiques.
Remerciements
Les auteurs de l’article tiennent à remercier : i) tous les arboriculteurs ayant participé à l’enquête, ii) Bertrand Gauffre, Pierre Franck et Xavier Saïd pour les contacts d’arboriculteurs du projet CACOLAC, iii) tous les conseillers et techniciens ayant participé aux ateliers collectifs et iv) les stagiaires (Baptiste Jouy, Baptiste Gérard) et étudiants (Antonin Gégu, Dorine Roussel, Eloi Tison, Marius Degré et Fédor Biron) ayant aidé à conduire et retranscrire les entretiens.
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