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  5. 3-Recueillir, en situation de formation, des données sur le travail en exploitation agricole dans un contexte de transition agroécologique

Recueillir, en situation de formation, des données sur le travail dans les exploitations agricoles dans un contexte de transition agroécologique

Mathieu Capitaine* et Sophie Chauvat**

* Université Clermont Auvergne et associés, VetAgro Sup, UMR Territoires, AgroParisTech, INRAE, VetAgro Sup, Université Clermont Auvergne 

** IDELE et RMT Travail en agriculture

Contact auteurs : mathieu.capitaine@vetagro-sup.fr

doi.org/10.54800/opa458

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Figure 1 : proposition d’itinéraire pédagogique pour aborder la question du travail dans des situations agro-écologique.

Le travail en agriculture fait l’objet depuis de nombreuses années d’une attention particulière de la recherche agronomique. Bien souvent à la faveur de l’agrandissement des structures, les organismes de développement se sont saisis de cette question de plus en plus. La formalisation d’un Réseau mixte technologique « travail en élevage » (2007-2020) puis « travail en agriculture » (depuis 2020) est venue concrétiser et publiciser l’importance de ces préoccupations. Ce réseau associe des partenaires de la recherche, du développement et de la formation, leur permettant de croiser et partager expériences, productions, ressources.

L’appel à développer des modalités de production agricole alternatives aux modalités habituelles ne peut se concrétiser sans intégrer la composante travail dans la réflexion. Si l’approche en termes de temps de travail (quantification) est maintenant bien intégrée, bien d’autres dimensions essentielles du travail doivent être abordées et faire l’objet d’une objectivation en formation. Et ce d’autant plus que le changement de modalité de production nécessite souvent un changement de représentation du métier, de référentiel professionnel (au sens du système de normes dans lequel s’inscrit l’activité). Dans beaucoup d’organismes de formation, une segmentation disciplinaire est apparue, réservant la question du travail aux formateurs en économie, gestion. Outre le recours à la pluridisciplinarité dans les dispositifs de formation, il est important que les formateurs des disciplines biotechniques soient en mesure par eux-mêmes, en autonomie, d’intégrer l’appréhension du travail dans leurs approches techniques.

Pour répondre à ces enjeux, nous proposons un guide de recueil de données sur le travail en le situant dans un itinéraire pédagogique, en proposant des objectifs d’apprentissage et en situant les dimensions du travail qui seront explorées. Cette approche mobilise la démarche d’approche globale de l’exploitation agricole (Bonneviale et al., 1989), bien connue dans l’enseignement agricole et vient l’enrichir. Elle peut aussi donner lieu à des développements complémentaires.

Contextualisation du recueil des données

Itinéraire pédagogique

La phase de recueil de données s’inscrit dans un itinéraire pédagogique. Une proposition est faite (fig. 1) qui doit être adaptée en fonction de la durée du module, du niveau et des préacquis des apprenants, de leur effectif…

Tableau 1 : Présentation synthétique de 5 rationalités du travail en élevage (Fiorelli, 2012)
Figure 2 : Différentes composantes du travail en agriculture (Servière et al., 2019)

Objectif d’apprentissage

Favoriser la prise en compte du travail dans toutes ses dimensions (pas uniquement technique) lors d’une appréhension de questions agricoles à l’échelle de l’exploitation agricole.

Le travail et ses différentes dimensions

Le travail en agriculture est souvent pensé au travers de sa dimension quantitative (nombre d’heures de travail) avec en complément un regard sur les week-ends non travaillés et les jours de congés. Pour autant, dans une vision technique, le travail c’est aussi des types de tâches (abordé en général par celles qui constituent une astreinte, celles qui sont saisonnières, celles qui se font dans les creux au fil de la journée ou le soir, celles qui sont délégables, celles qui sont faites chez les autres…). C’est également une organisation qui doit être observée au travers du collectif de travail impliqué, du déroulement de la campagne culturale, de la logistique et des concurrences internes à gérer (main d’œuvre, matériel, compétences).

Le travail en agriculture ne peut être abordé uniquement avec une visée technico-économique. Il fait appel à beaucoup d’autres rationalités (Tab. 1) et a des composantes plus nombreuses (Fig. 2).

Comme pour toute activité professionnelle la question du sens du métier est importante.

Dans un contexte de transition agroécologique, l’hypothèse d’un impact sur le travail est faite. Elle est liée à la charge mentale associée à :

- la non connaissance des effets de pratiques et combinaisons de pratiques nouvelles (processus mis en jeu multifactoriels pas totalement connus, non maîtrisés),

- une sensibilité plus forte aux variabilités de l’environnement dans l’espace et dans le temps car mobilisant plus de processus biologiques.

Elle se traduit par la nécessité de prendre des décisions, de piloter dans un contexte incertain et de développer des tâches et des stratégies particulières d’observation. Il est difficile d’établir un lien général entre agroécologie et temps de travail, les modalités de mise en œuvre de la transition agroécologique, qui s’expriment entre simplification et complexification, pouvant être très différentes d’un système à l’autre ou au sein d’un même système.

Propositions méthodologiques pour le recueil des données

Cadre global du recueil des données

L’analyse du travail dans les exploitations va porter sur le système technique de production (Osty et al., 1998) et son pilotage en cherchant à identifier :

  • les effets des pratiques agroécologiques en place,
  • le positionnement des agriculteurs (autour du triptyque mission, vision, valeurs et des rationalités engagées) pour aborder le système décisionnel (Capitaine et Jeanneaux, 2016) et comprendre les liens avec l’agroécologie et le travail.

Conduire une analyse en cherchant à nourrir ces deux aspects en parallèle relève d’une analyse systémique (à l’échelle de l’exploitation agricole et de ses différents sous-systèmes) s’appuyant sur démarche d’approche globale de l’exploitation agricole (AGEA) (Bonneviale et al, 1989).

Figure 3 : Les variables à intégrer dans un exercice d’identification des atouts et des contraintes de l’exploitation (Servière et al., 2019).

Une AGEA enrichie

L’environnement de l’exploitation

Comme pour toute AGEA, on s’attachera à décrire l’exploitation dans son environnement et notamment les éléments propres aux conditions territoriales d’exercice du métier (Fig. 3). Une approche en termes d’atouts et contraintes est souvent mobilisée.

Pour mémoire, les atouts et contraintes sont des caractéristiques de l’environnement de l’exploitation sur lesquelles l’agriculteur n’a pas (ou difficilement) de prise. C’est un donné de l’environnement auquel l’exploitation doit s’adapter. A l’inverse des points forts et points faibles qui sont l’expression d’un avis sur l’adaptation de l’exploitation à son environnement.

Pour aller plus loin

Opportunités, menaces - dans une perspective de trajectoire des exploitations et de transition agroécologique, l’analyse de l’environnement peut également être faite en termes de perspectives. On ajoutera aux atouts et contraintes de l’environnement de l’exploitation, une identification des opportunités et des menaces. On inscrit alors l’exploitation et son environnement dans une vision dynamique.

Descriptif du collectif de travail

Un tableau (Tab. 2) à compléter (en n’oubliant pas les bénévoles, la famille, etc.) :

Pour aller plus loin :

Prise de décision – qui prend les décisions ? de quel type ? Et pour ce qui relève de l’agroécologie, est-ce comme pour le reste ou est-ce différent ? Répartition des activités – existe-t-il des tâches réservées à une personne, des tâches réparties entre plusieurs personnes ou faites par tout le monde (tâches partagées) ? L’agroécologie, une activité réservée ou partagée ?. Distribution des compétences – les travailleurs sont spécialisés ou polyvalents ? Qu’en est-il des compétences relatives à l’agroécologie ?

Figure 4 : Le calendrier de travail, exemple et éléments méthodologiques (Chauvat et al., 2015).

Conduite technique des productions

La description des conduites techniques devra permettre de :

  • repérer ce qui fait agroécologie (caractéristiques du système ou pratiques qui relèvent de l’agroécologie)
  • construire un calendrier du travail (Fig. 4)

Le calendrier de travail est ici fait mensuellement mais on peut le rendre moins précis en identifiant plutôt les principales « saison de travail » qui rythment l’année.

Pour aller plus loin :

Réfléchir l’adéquation entre les activités et les ressources - y a-t-il des difficultés qui peuvent générer des tensions (pic de travail, obligation de négliger certaines tâches, impasses) qui peuvent avoir des effets sur les résultats (technico-économique et satisfaction, plaisir, bien-être au travail).

Mission, vision, valeurs, projet et finalités

Une approche en termes de mission, vision, valeurs va permettre au travers de ces trois mots clés d’aborder d’autres dimensions relatives au travail. C’est penser la dimension intime, humaine du travail. Il s’agit de donner une place importante à l’humain avec ses désirs contradictoires, sa subjectivité, sa singularité. Cela nécessite une approche compréhensive et non normative.

La mission est : « ce pourquoi je suis agriculteur et pourquoi mon exploitation existe ». La vision traduit « ce que je veux être et ce que je veux que soit mon exploitation dans le futur, comment je l’imagine ». Les valeurs sont : « les grands principes qui m’animent et qui influent sur ma perception du monde et mes décisions ».

Pour aller plus loin

Les questions posées frontalement (par ex. : « Quelles sont vos finalités ? ») risquent de déboucher sur une réponse incomplète, attendue, et très souvent relevant d’une rationalité technico-économique. Il est intéressant de collecter des indices ou de mettre en œuvre des exercices qui permettront d’approcher ces autres dimensions. Par exemple questionner sur les échecs et les réussites de l’exploitation (Fig. 5) est riche d’enseignement sur la vision de l’agriculteur.

Une question de projection peut également être posée à l’agriculteur : « comment serait dans l’idéal votre exploitation dans 10 ans ? ». L’agriculteur risque de ne pas répondre sur son exploitation mais sur le contexte (les prix, la réglementation, etc.), le laisser s’exprimer sans relever et le relancer « mais concrètement dans ce contexte idéal que vous venez de décrire, elle pourrait être quoi, comment votre exploitation ? »

On peut également demander ce qu’est pour l’agriculteur le « travail bien fait » et comment il s’apprécie (« A quoi le voit-on ? Comment l’évaluez-vous ? »).

Figure 5 : Echecs et réussites, un moyen d’accéder à la vision de l’agriculteur (Capitaine et Jeanneaux, 2016).

Instruire les différentes composantes du travail en agriculture

Des différentes composantes du travail identifiées dans le cadre du projet Sociel (Servière et al., 2019), nous en avons retenu cinq pour un regard centré sur l’exploitation. Certaines pourront aisément être instruite dans le cadre d’une AGEA, d’autres devront faire l’objet d’un questionnement spécifique. Le tableau 3 permet d’identifier dans quel cadre chacune des composantes peut être travaillée.

 

Ce qui relève de l’AGEA

Ce qui mérite un questionnement complémentaire

Sens du métier

 

 

utilité

Peuvent être abordées au travers des missions, vision, valeurs

 

qualité

Questionnement autour du travail bien fait.

reconnaissance

 

autonomie

Abordée par l’analyse de la conduite des productions

Lien avec la composante réseaux relationnels en interrogeant sur le recours au conseil (pour quoi, par qui)

cohérence

L’AGEA permet d’évaluer la cohérence technique et la cohérence entre système décisionnel et système opérant

 

apprentissages

 

Est-ce que vous pouvez donner des exemples de changements que vous avez mis en place dans votre exploitation et qui pour vous ont nécessité des évolutions, des apprentissages ?

sensorialité

Peut-être abordée dans la vision (dimension paysagère, relation à l’animal, au vivant)

Dimension difficile à évaluer par un questionnement, peut être évoqué dans le discours de l’agriculteur

Organisation du travail

Abordée au travers de l’analyse de la conduite des productions

 

Vie privée / vie professionnelle

L’analyse de l’organisation du travail permet d’identifier le temps libre et d’en caractériser le besoin

Effets positifs et négatifs de l’activité agricole sur la vie privée

Rôle de la pluriactivité du ménage si pertinent

Santé

 

Accidents et maladies professionnels, penser aux Troubles Musculo-Squelettiques liés au travail manuel répétitif, au port de charges ou au tracteur

Stress et surcharge mentale

Conditions territoriales

Abordées au travers de l’analyse de l’environnement de l’exploitation

 

Réseaux relationnels

Collectif de travail

Organisation du travail

Mission, vision, valeurs

Engagement et responsabilité professionnels ou extraprofessionnels

Relation aux collègues, aux voisins

Tableau 3 : Identification des composantes du travail qui peuvent être traitées par une AGEA

 

En conclusion...

Ce guide n’est qu’une proposition qui peut être amendée, mobilisée en tout ou partie pour construire et mettre en œuvre une séquence pédagogique intégrant les dimensions du travail dans l’analyse du fonctionnement d’une exploitation agricole.

Il a été mis à l’épreuve par des équipes pédagogiques et des apprenants de l’enseignement technique agricole au cours de l’année scolaire 2023/2024 dont les travaux sont présentés dans ce numéro ou en vidéo[1]. Ces retours d’expériences illustrent la diversité des approches et des focus possibles en fonction des spécificités des apprenants, du contexte géographique et des exploitations supports.


 [1] Accessibles à partir du lien agronomie.asso.fr/entretien/023-2024-ateliersterrain

Bibliographie

Bonneviale J.-R., Jussiau R., Marshall E., 1989. Approche globale de l’exploitation agricole, Inrap/Educagri édition.

Capitaine M., Jeanneaux P., 2016. Agriculture en mouvement, innovations stratégiques et performance globale. Educagri éditions.

Chauvat S., Kling-Eveillard F., Servière G., Cournut S., Dufour A., Hostiou N., Machefer J., Sicard G., 2015. Banque de ressources pour analyser trois dimensions du travail des éleveurs. Institut de l’élevage.

Fiorelli C., 2012. L’aménagement des conditions de vie au travail des éleveurs. Proposition d’un cadre d’analyse des relations entre rapport subjectif et organisation du travail en élevage et étude de cas chez les éleveurs pluriactifs. AgroParisTech.

Servière G., Balay C., Cournut S., 2019, Sociel – la durabilité sociale des exploitations d’élevage dans leurs territoires. Innovations agronomiques, 71.

Osty P.-L., Lardon S., Sainte-Marie C., 1998. Comment analyser les transformations de l’activité productrice des agriculteurs ? Proposition à partir des systèmes techniques de production. In : Brossier J. et al., Etudes et recherches sur les systèmes agraires et le développement : 31.

Les articles sont publiés sous la licence Creative Commons (CC BY-NC-ND 2.0)

Pour la citation et la reproduction de cet article, mentionner obligatoirement le titre de l'article, le nom de tous les auteurs, la mention de sa publication dans la revue AES et de son URL, la date de publication.

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