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  5. 13-Les projets alimentaires territoriaux ; vers des actions collectives

Les projets alimentaires territoriaux : vers des actions collectives

sous la direction de Mayté Banzo, Christophe Beaurain, Bernard Del’homme, Marie Lemarié-Boutry

Note de lecture par Clara Santini

INRAE, UMR Innovation

Email contact auteurs : clara.santini@supagro.fr

doi.org/10.54800/aes253

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De plus en plus d’initiatives cherchant à reconnecter agriculture, alimentation et territoire se développent : approvisionnement local de la restauration collective, associations pour le maintien d’une agriculture paysanne, conseils alimentaires citoyens, etc. En réponse aux externalités négatives et à la vulnérabilité des systèmes alimentaires agroindustriels dominants, spécialisés et déterritorialisés, ces initiatives s’inscrivent dans une dynamique de transition, notamment par la (re)territorialisation[1] des systèmes alimentaires.

L’institutionnalisation de cette dynamique de reterritorialisation est observée dès 2010 en France au travers du développement des circuits courts, puis de l’intégration et de la territorialisation des politiques publiques agricoles et alimentaires. Le dispositif des Projets Alimentaires Territoriaux (PAT) – introduit dans la loi d'avenir pour l'agriculture, l'alimentation et la forêt de 2014 et particulièrement déployé via le plan France Relance de 2021 – en est une illustration. Ceux-ci reposent sur trois principes-clefs : une approche systémique de l’alimentation au cœur des projets ; une définition de ces derniers à l’échelle des territoires ; un processus d’élaboration partagé mobilisant les acteurs du système alimentaire des territoires (SAT)[2]. Ces dispositifs sont généralement portés par des acteurs publics territoriaux et mobilisent une diversité d’acteurs des territoires (publics, privés, associatifs et société civile) afin de co-construire une stratégie, à partir d'un diagnostic partagé, visant à reterritorialiser les SAT.

Réalisée dans le cadre du programme "Agriculture de Proximité et Politiques Alimentaires Locales” (APPAL), la recherche retranscrite dans l’ouvrage de Banzo et al. mobilise l’objet PAT pour interroger les liens entre agriculture, alimentation et territoire. Elle se base pour cela sur l’analyse de 22 démarches alimentaires territoriales, principalement portées par des collectivités territoriales (labellisées PAT ou en cours) en Nouvelle-Aquitaine entre 2017 et 2022. La diversité des travaux propose un éclairage des conditions d’émergence et de développement des PAT, en s’intéressant aux modalités de l’action collective développée dans ce cadre et à ses impacts sur les SAT. L’ouvrage – qui a fait l’objet d’une première recension (Rastoin, 2025) – articule en trois parties cadrages théoriques, témoignages d’acteurs et treize chapitres, en questionnant successivement le rapport entre PAT et SAT, les voies de l’action collective et les implications des PAT sur le développement territorial. L’objectif de cet article est de proposer une lecture des enjeux soulignés par les auteurs de cet ouvrage de sciences humaines et sociales, susceptibles d’intéresser directement ou indirectement les pratiquants de l’agronomie dans ses différents espaces et échelles.

Le développement d’approches systémiques autour de l’alimentation

L'un des premiers apports du dispositif PAT identifié par les auteurs de l’ouvrage à travers les PAT étudiés réside dans le renouvellement de la vision du développement territorial, avec des conséquences à plusieurs niveaux. Les implications du concept de “projet” par rapport à celui de “système” sont mises en avant (Introduction de la partie 1). Face à une conceptualisation des systèmes alimentaires issue d’un contexte d’industrialisation et d’internationalisation de l’agriculture – conduisant à une appréhension des activités productives sous forme de filières et à l’explication de leur régulation limitée au système de marché – le PAT propose une rupture. Celle-ci est expliquée selon une perspective institutionnaliste invitant à reconnaitre, d’une part, la diversité de voies de régulation des activités productives – selon une pluralité de formats hybrides entre marché et Etat en construction dans les territoires –, et d’autre part, la portée d’une démarche collective pour définir les objectifs et les conditions de production et d’échange. Cette perspective invite ainsi à dépasser la vision d’un regroupement de projets individuels pour celle de la projection dans un projet commun. Une telle approche est permise via la dimension systémique recherchée dans les PAT observés (Chapitre 9), cherchant à organiser la prise en compte de la diversité des enjeux liés à l’alimentation, en considérant, aux côtés des activités marchandes (économie agricole, transformation alimentaire, etc.), des préoccupations non-marchandes (environnement, accessibilité alimentaire, etc.).

De plus, la labellisation PAT implique le respect de critères, tant dans leur mise en œuvre que dans leurs objectifs. Alors que les implications positives de cette normalisation sont soulignées –par exemple avec la promotion de pratiques plus respectueuses de l’environnement (Introduction de la partie 2) –, le risque d’une mauvaise adaptation de démarches standardisées au contexte des territoires est soulevé. L’analyse de la spécificité de quatre PAT en fonction des caractéristiques paysagères de leur territoire (Chapitre 11) révèle une situation mixte, entre homogénéisation produite par les critères du dispositif national (ex. agriculture urbaine) et spécification des modes d’intervention pour les adapter aux enjeux locaux.

Cette homogénéisation tient notamment au cœur du dispositif, conduisant à reconsidérer les potentialités du territoire en le pensant sous l’angle de son caractère nourricier. Les études de cas révèlent en effet que le dispositif contribue à (ré)installer un rapport sensible et ancré au territoire, support de la satisfaction des besoins alimentaires (Chapitre 13). La co-construction d’une stratégie visant cette perspective conduit alors à prendre conscience du caractère limité des ressources du territoire (Chapitre 9), au premier rang desquelles le foncier (Chapitre 12). En particulier, l’analyse de la trajectoire d’émergence de deux PAT montre que ces projets sont des espaces de questionnement sur la place des terres dans le développement territorial, concourant à développer les capacités des acteurs pour la préservation de cette ressource et plus généralement, à renforcer sa représentation comme un bien commun.

Cette évolution s’observe également dans une plus grande intégration des politiques publiques. L’analyse de la trajectoire d’élaboration d’une politique publique départementale en Nouvelle-Aquitaine (Chapitre 3) révèle ainsi l’évolution de son cadrage cognitif, du soutien au déploiement des circuits courts et de proximité au développement de démarches plus globales et transversales, autour de la gouvernance locale et de l’accessibilité alimentaire via un PAT. Cette intégration reste toutefois complexe et non-acquise – en témoigne le recentrage postérieur de cette politique publique sur les questions agricoles lors de son institutionnalisation – compte tenu du maintien de l’organisation en silo au sein des collectivités territoriales, mais aussi des institutions agricoles (ex. Chambres d’agriculture), pouvant s’inscrire dans des formes de résistance au projet (Introduction de la partie 2).

La renégociation des échelles territoriales de production-consommation

Le deuxième apport des PAT mis en avant par l’ouvrage réside dans leur contribution à une renégociation des échelles territoriales de production et de consommation, impliquant celle des coopérations. Une telle observation est attendue dans la lignée d’un des fondements du dispositif, à savoir la définition de l’échelle territoriale comme aire d’influence du PAT. Il s’agit par ce prisme de penser la durabilité du système alimentaire à l’échelle du territoire : l'impact de ses activités sur l'environnement, la gestion durable des ressources et plus généralement son caractère nourricier, c’est-à-dire sa capacité à fournir une alimentation diversifiée, de qualité et accessible à ses habitants. Cette perspective marque une rupture face à la réalité nourricière des SAT, avec des territoires marqués depuis le XXème siècle par un phénomène de spécialisation agricole régionale et d’urbanisation ayant conduit à une déconnexion entre agriculture et alimentation.

Les auteurs de l’ouvrage s’intéressent alors aux impacts de cette nouvelle perspective – la reterritorialisation des SAT par les PAT – sur les catégories spatiales de ville et de campagne (Chapitre 13). A partir de l’étude de sept PAT, la déconnexion est observée aussi bien en milieu urbain – où l’agriculture y reste marginale – qu’en milieu rural – marqué par une spécialisation agricole exportatrice, non destinée aux habitants du territoire. Les PAT étudiés contribuent à rétablir des liens entre ville et campagne, via l’organisation de complémentarités entre les espaces de production et de consommation d’un même territoire, ou de territoires relativement proches, pouvant passer par la réorganisation (parfois formalisée) des flux ou la mise en place d’outils de transformation. Les possibles tensions produites par les concurrences créées – par exemple avec l’attractivité des débouchés par les (grandes) villes au détriment des territoires ruraux voisins – sont par ailleurs identifiées, faisant partie de l’équation complexe de la réorganisation des bassins de production et de consommation.

Cependant, les PAT ne peuvent être réduits à des cadres pour penser une autonomie alimentaire parfaite. La reconnaissance des dépendances entre territoires et la création de nouvelles interterritorialités – comme une façon de rationaliser la réorganisation des SAT – sont mises en avant dans cinq démarches observées (Chapitre 9). Celles-ci sont observées entre des territoires ruraux, souhaitant préserver et renforcer la résilience de l’activité agricole, et des territoires urbains, cherchant à faire une place à la production ou à accéder à celle produite à proximité. L’intérêt d’une animation interterritoriale est alors souligné dans les cas étudiés, qu’elle soit conduite par les territoires concernés (Chapitre 13) ou par une échelle territoriale plus large, telle que départementale (Chapitre 3).

La mise en évidence, l’incorporation et le renforcement de nouveaux rapports entre acteurs

Les travaux révèlent que les PAT se développent dans un contexte d’évolution des rôles et des rapports entre certains acteurs, qu’ils intègrent et peuvent renforcer. Ces dynamiques ne sont pas sans impacts sur l’agriculture d’un territoire. Tout d’abord, le portage quasi-exclusif des PAT par des acteurs publics territoriaux entraîne un renforcement du rôle de ces acteurs sur les sujets agricoles et alimentaires. En particulier, l'institutionnalisation de l’intervention des collectivités territoriales est observée, avec le renforcement des compétences initiales des collectivités (ex. développement économique, préservation de la ressource en eau, restauration collective, action sociale) et le développement de champs inédits (ex. sensibilisation à l’alimentation durable). L’un des PAT étudiés révèle ainsi que, bien que cette légitimité récente reste partielle voire parfois contestée – notamment par les acteurs du conseil agricole –, ces transformations positionnent la collectivité comme un nouvel acteur structurant du développement agricole et alimentaire du territoire (Chapitre 1).

De plus, les PAT se développent dans un contexte de participation croissante des citoyens, s’emparant des questions agricoles et alimentaires. Une diversité de formats de participation peut être observée, avec deux exemples documentés dans l’ouvrage. D’un côté, un PAT amorcé par un collectif de citoyens constitué sur le sujet de la restauration collective, resté partie prenante de la gouvernance du PAT après la récupération de son portage par une collectivité (Chapitre 5). De l’autre, un PAT au fondement social impliquant les habitants dans ses actions (ex. approvisionnement local de la restauration collective, insertion d’habitants sur des chantiers agricoles) mais sans institutionnaliser leur participation dans la gouvernance (Chapitre 2).

Par ailleurs, les auteurs pointent la représentativité partielle de certains acteurs des SAT dans les PAT, au premier rang desquels ceux de la grande et moyenne distribution (Chapitre 6). Alors que leur légitimité territoriale est mise en évidence du point de vue des consommateurs, le chapitre met en avant l’intérêt d’une meilleure intégration de ces acteurs dans les PAT – parfois invités mais difficilement mobilisés –, au regard de leur envergure en termes de débouché potentiel pour les producteurs et de la part d’approvisionnement qu’ils représentent pour les consommateurs.

Enfin, la mise en œuvre de la stratégie des PAT révèle la nécessité d’adapter les modes d’intervention pour soutenir les agriculteurs, comme opérateurs de la transition agroécologique (Chapitre 7). D’après les auteurs, celle-ci – impliquant notamment une adaptation accrue à la variabilité des conditions de production et à la multiplication des crises –, dans un contexte de diversification (sociologique, économique et productive) des porteurs de projets agricoles, nécessite la transition d’une posture de conseil vers l’accompagnement. En effet, alors que la première consiste généralement en un soutien relativement descendant et standardisé sur la base de références technico-économiques moyennes, la seconde se construit davantage à partir des besoins des personnes suivies : elle est ainsi plus à-même de fournir un soutien pertinent face à la variabilité des situations. Inspirée de l’éducation populaire, cette posture se construit dans la durée, permettant d’affiner le projet et le soutien attendu du porteur, et va généralement de pair avec des dynamiques collectives, offrant la possibilité de porter à plusieurs les coûts de l’incertitude liée à l'expérimentation de nouvelles pratiques. Les auteurs soulignent toutefois les difficultés des métiers de l'accompagnement, notamment l'insuffisante reconnaissance matérielle mais aussi sociale des compétences mobilisées et la faible compatibilité de ces dynamiques avec le mode de financement par projet. La reconnaissance et le renforcement de ce mode d’intervention, par un financement dédié et/ou l’organisation de sa complémentarité avec des approches davantage classiques, sont appelés.

La construction ou la consolidation de la coexistence entre acteurs

En outre, cette recherche met en lumière qu’au travers de leur gouvernance partagée, devant réunir les acteurs des SAT dans leur diversité, les PAT contribuent à construire ou à consolider un potentiel d’action collective, en reconnaissant la légitimité de chacun comme opérateur de la transition et en organisant leur coexistence. Outre une animation permettant l’élaboration partagée du diagnostic du SAT et de la stratégie du PAT, les concertations se révèlent être des espaces d’interconnaissance d’acteurs qui se rencontrent peu ou n’ont pas l’occasion de collaborer. Ces espaces doivent permettre aux acteurs de comprendre leurs fonctionnements, objectifs et enjeux mutuels, une étape nécessaire à l’acceptation de leur légitimité et à la construction d'un projet commun. Ce processus est mis en scène au travers d’un jeu sérieux (Chapitre 8), "L'alimentation locale en projet” (ALP). Celui-ci comprend deux aspects : jeu de rôle – chaque participant représente un acteur des SAT (agriculteur, élu, etc.) – et jeu de plateau, les participants devant collaborer pour construire des projets sur le territoire, en priorisant les actions et en gérant les ressources (temps et argent). Le jeu se base ainsi sur ces déterminants de l’action collective : découvrir, reconnaître et confronter la diversité des acteurs devant trouver des voies de collaboration pour réaliser des projets sur leur territoire.

L’organisation de cette rencontre nécessaire à la collaboration est l’une des missions phares attribuées aux PAT, organisant des arènes d’interconnaissance et d’échanges, permettant d'exposer les représentations territoriales des différents acteurs (Introduction de la partie 3). Ce processus est décrit pour analyser la trajectoire d’un PAT en mobilisant le cadre de l’économie des proximités (Chapitre 1) : les étapes et instances du processus d’émergence mettent en place des interactions directes entre acteurs, activant les proximités géographique (déterminée par le périmètre du SAT) et organisationnelle (création d’un cadre de coopération commun). Si l’adhésion aux objectifs du PAT et la participation à ses instances révèlent une certaine activation de la proximité institutionnelle (adoption de représentations et valeurs communes par les acteurs), elle est insuffisamment renforcée durant le processus d’émergence. La cohabitation restreinte des différents modèles de développement, le maintien de logiques en silo et la légitimité limitée de la collectivité territoriale porteuse du PAT ont conduit à l'arrêt de la démarche.

Ces différences de point de vue mènent parfois à l’évitement de sujets controversés dans les PAT et ainsi, à une certaine dépolitisation des échanges, pouvant également être vue comme une étape préliminaire nécessaire à l'émergence de l’action collective (Introduction de la partie 2). L’apparition de tensions est néanmoins considérée comme une corrélation à la remise en lien de la diversité des acteurs des SAT et ainsi, un processus “normal” dans l’émergence et la consolidation de l’action collective (Chapitre 9).

Il n’en reste pas moins que les PAT peuvent permettre la rencontre et favoriser les liens entre des acteurs porteurs de visions différentes (conventionnelle et alternative) du développement agricole et alimentaire (Témoignage de la partie 3). Dans les PAT considérés dans l’ouvrage, les objectifs et modes d’intervention généraux poursuivis – protection de l’environnement, accessibilité alimentaire, développement territorial, territorialisation des décisions, etc. – constituent une projection commune relativement consensuelle déterminant l’action collective (Chapitre 4). C’est alors au travail d’intermédiation territoriale mis en place par les PAT (Chapitre 9) de rendre possible le renforcement de la proximité institutionnelle, avec la co-élaboration des objectifs ainsi que des règles de fonctionnement et d’intervention des PAT.

Un tel travail nécessite toutefois des moyens d’animation (Témoignage de la partie 2) et une perspective temporelle (Chapitre 9) suffisants. La labellisation, couplée aux financements par projets, renforce les moyens d’action et la reconnaissance du travail engagé, mais pour une durée limitée, définissant un cadre incertain pour la consolidation des apprentissages réalisés.

Des voies variées de soutien du développement d’une agriculture plus durable sur les territoires

De manière plus directe, les apports des PAT sur le développement agricole se manifestent par plusieurs voies. Tout d’abord, la stratégie des PAT inclut des actions développant les compétences des structures porteuses. A l’échelle départementale, la conjugaison des compétences d’action sociale et de restauration collective conduit par exemple un PAT à mettre en place une veille foncière puis à accompagner la remise en production de parcelles (via des diagnostics technico-économiques à la remise en culture) pour développer une agriculture de proximité approvisionnant localement la restauration collective et contribuant à la réinsertion professionnelle de personnes en situation de précarité (Chapitre 2).

La restauration collective représente un champ d’intervention phare des PAT, qu’il soit directement assuré par le porteur ou réalisé via son rôle d’animateur. La reterritorialisation du SAT visée par la construction d’un débouché local pour l’agriculture du territoire peut alors être incitée par le PAT, organisation la coordination entre offre et demande (Témoignage de la partie 1).

Cette perspective inclut également l’incitation à l’action collective, comme le rapprochement des producteurs pour structurer un approvisionnement local de la restauration collective (Témoignage de la partie 3). Le collectif représente en effet une voie pour des transformations non réalisables (ou supportables) à l'échelle individuelle, aux côtés de la montée en compétences et d’autres incitations positives, symboliques ou relationnelles (Chapitre 4). De plus, la dimension collaborative des PAT amène à concevoir des actions proches des besoins des acteurs locaux, avec pour exemples la rencontre entre acteurs de l’offre et de la demande et la conception de solutions fondées sur les connaissances des agriculteurs (Témoignage de la partie 2).

Avec leur perspective systémique, les PAT permettent aussi de construire des actions selon des modèles innovants aux aménités multiples. Ceci est mis en avant avec la réintroduction de l’élevage en zone urbaine et périurbaine d’un territoire métropolitain (Chapitre 10). Alors que le morcellement du foncier et le déficit saisonnier de certaines ressources engendrent des mobilités importantes pour l’exploitation, le remplissage de multiples fonctions est démontré : production nourricière, revitalisation des espaces en ville et en montagne, gestion des paysages, ou encore préservation de la biodiversité. Les PAT peuvent ainsi contribuer au développement territorial selon une approche globale, visant le maintien et le développement des ressources sur le territoire (Introduction de la partie 2). Cinq des PAT étudiés contribuent en ce sens à renforcer la cohérence et la cohésion territoriale pour “faire système” entre les initiatives en faveur de la reterritorialisation des SAT (Chapitre 9).

Enfin, la reconnexion de l’agriculture et de l’alimentation dans les territoires par un projet collectif mêlant société civile, acteurs privés et publics contribue à mettre en évidence les freins des transitions et à accélérer l’engagement politique (Témoignage de la partie 3). L’institutionnalisation des objectifs de transition, notamment par l'inscription de la préservation de l'agriculture de proximité et des objectifs du PAT dans les documents de planification tels que le Schéma de Cohérence Territorial, peut ainsi être observée (Chapitre 12).

Cet ouvrage présente des apports enrichissants en sciences humaines et sociales éclairant les modalités et les impacts de la reconnexion entre agriculture, alimentation et territoire à diverses échelles. Dans la perspective de transition des SAT vers plus de durabilité qui peut intéresser les agronomes, les cas étudiés dans cet ouvrage mettent en avant, aux côtés du rôle fort de l’Etat en cadrage du dispositif national et du marché posant des contraintes économiques prégnantes, une diversification des formes d’organisation des systèmes alimentaires.

Dans cette dynamique, les PAT constituent une opportunité de développer une régulation territoriale des SAT, au travers de l’institutionnalisation d’une action collective. Le prisme de l’alimentation, se posant comme sujet intégrateur invitant les acteurs des SAT dans leur diversité à s’investir pour le développement du territoire, contribue alors au renforcement d’une vision globale et systémique des enjeux qui lui sont liés, des représentations des acteurs aux politiques publiques. De plus, l’objectif de reterritorialisation des systèmes alimentaires porté par les PAT conduit en pratique à penser non seulement le potentiel des territoires, mais aussi leurs complémentarités, et ainsi, à repenser les coopérations interterritoriales. En outre, tant dans leur processus d’émergence que dans la mise en œuvre de leurs actions, les PAT étudiés révèlent de nouveaux rapports entre acteurs des SAT, conditionnant ces démarches ou étant renforcées par ces dernières. La mise en place des conditions de l’action collective, nécessaire à l’organisation de la coexistence et de la collaboration entre acteurs des SAT, constitue alors l’enjeu central des PAT. Au travers des concertations organisées et de leur approche multi-partenariale, de telles conditions sont amorcées, mais nécessitent un cadre consolidé (moyens, temporalité, etc.) pour s’institutionnaliser. Ces perspectives ne sont pas sans impact sur l’activité des pratiquants de l'agronomie, notamment en élargissant le périmètre des acteurs impliqués sur les activités de production, en incitant à définir leur soutien au plus proche des réalités territoriales, ou encore en contribuant à mettre à l’agenda politique certains de leurs enjeux. Les PAT peuvent ainsi constituer un cadre de réappropriation de processus longtemps gérés à des échelles plus larges, en favorisant la rencontre des différentes dynamiques et perspectives à l’œuvre sur les territoires, renforçant leur cohérence et leur impact.


[1] Pouvant être définie comme un processus de relocalisation des activités du système alimentaire à l’échelle d’un territoire sur la base du renforcement des activités et liens entre acteurs locaux.

[2] Compris ici comme l’ensemble des activités, des acteurs et des structures impliqués dans le système alimentaire – c'est-à-dire dans la production agricole, la transformation, la distribution et la consommation alimentaire – à l'échelle d'un territoire. Les PAT ayant pour principe d’intervention de mobiliser l’ensemble des acteurs impliqués dans le système alimentaire à l’échelle de leur territoire, nous adoptons cette définition englobante de l’approche d’un SAT (et non celle de « système alimentaire territorialisé »).

Les articles sont publiés sous la licence Creative Commons (CC BY-NC-ND 2.0)

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