Pratiques de conservation des sols dans les systèmes de cultures industrielles en Hauts de-France.
Identification des freins à leur mise en œuvre et des références techniques à acquérir dans le cadre d’un nouveau projet de R&D régional
Damien Calais*, Annie Duparque**, Vincent Tomis**, Bertrand Deloste** et Hubert Boizard***
* Institut Agro Dijon, 21079 Dijon Cedex
** Agro-Transfert Ressources et Territoires, 80200 Estrées-Mons
*** ex-INRAE, membre de l’Académie d’agriculture de France, 75007 Paris
Email contact auteurs : damien.calais@agrosupdijon.fr
[1] L’article emploie à dessein le vocable « système(s) de cultures » avec « cultures » au pluriel, pour le distinguer du concept de système de culture tel qu’il a été consacré dans la littérature agronomique française (Sebillotte, 1990). Les situations enquêtées par les auteurs du présent article ont en effet été classées selon les combinaisons de productions observées, indépendamment des itinéraires techniques (Sebillotte, 1974) par lesquels ces productions sont obtenues. L’article a pour objet les possibilités de faire évoluer les systèmes de cultures industrielles dans un objectif de préservation de la qualité des sols (ex : du tamisage au pré-buttage pour la culture de la pomme de terre).
Résumé
La forte représentation des cultures industrielles (betteraves, pommes de terre, légumes) dans les Hauts-de-France fragilise la qualité des sols. Les acteurs des filières agricoles sont de plus en plus nombreux à souhaiter développer des pratiques inspirées de l’agriculture de conservation des sols (ACS), or les contraintes inhérentes aux systèmes de cultures industrielles s’y opposent de prime abord. L’association Agro-Transfert Ressources et Territoires a enquêté auprès de 21 agriculteurs qui tentent d’appliquer les principes de l’ACS dans des contextes a priori défavorables à leur mise en œuvre. Le but de l’enquête a été d’identifier des référentiels techniques agronomiques à compléter, adapter ou créer en priorité pour co-concevoir des systèmes de culture qui donnent satisfaction à ces agriculteurs. Deux problématiques majeures pour les systèmes de cultures industrielles des Hauts-de-France qui intègrent et combinent des principes d’ACS ont été mises en évidence : la gestion des adventices et la gestion de l’azote, qui feront l’objet d’essais au champ dans des exploitations agricoles associées dans le cadre d’un nouveau projet de R&D régional en construction.
Mots-clés : qualité des sols, pratiques agricoles, recherche-action, Hauts-de-France.
Abstract
Soil Conservation Practices in Cultivation of Industrial Crops in Hauts-de-France : Identifying obstacles to their implementation and technical references to be gained within a new regional R&D project
The strong presence of underground crops (beetroots, potatoes) and vegetables for industrial processing in the Hauts-de-France region weakens soil quality. Stakeholders in the agricultural sector grow increasingly eager to develop practices inspired by conservation agriculture (CA). However, cultivation of industrial crops is not likely to provide the right conditions for implementing such practices. The Agro-Transfert Ressources et Territoires association has interviewed 21 farmers who are trying to apply the CA principles despite a supposedly unconducive environment. This survey has been intended to identify major technical frames of reference to improve, adapt or create so as to co-design suitable cropping systems. Two main issues have arisen for cultivation of industrial crops in Hauts-de-France that implement and combine together CA principles: weed management and nitrogen management, which will be subjects to field trial experiments at farms associated to an ongoing regional R&D project.
Keywords: soil quality, agricultural practices, action research, Hauts-de-France.
Contexte et enjeux
L’agriculture est un marqueur fort des paysages et de l’économie des Hauts-de-France. Elle valorise 68 % du territoire de la région, 16 points au-dessus de la moyenne hexagonale (Insee, 2021). Les filières agricoles emploient en Hauts-de-France près d’un actif sur dix et l’agroalimentaire y contribue à 21 % de l’emploi industriel (Chambre d’agriculture Hauts-de-France, 2019). Des systèmes de cultures spécifiques ont été développés dans les exploitations de la région à la faveur de contextes naturels et socioéconomiques particuliers, comme l’illustrent l’exemple des Flandres et des Wateringues (encadré 1) ou celui du Santerre (encadré 2). Les Hauts-de-France concentrent la moitié des surfaces en betteraves à sucre de l’Hexagone, trois cinquièmes des surfaces en pommes de terre de consommation et deux tiers en pommes de terre d’industrie. Ils regroupent aussi les deux tiers des surfaces françaises en petits pois d’industrie et plus d’un tiers des surfaces françaises en haricots verts (Agreste, 2023 a). L’importance des surfaces occupées par ces cultures dans la région est remarquablement stable (Bouron, 2025), ce qui s’explique en partie par la lourdeur des investissements consentis par l’industrie agroalimentaire (usines) et les agriculteurs (matériel de culture spécifique, bâtiments de stockage).
Encadré 1 – Flandres et Wateringues : de petites superficies valorisées par des cultures à forte marge
Dans les Flandres et le polder des Wateringues, les grandes cultures autres que les céréales et oléo-protéagineux couvrent 37 % de la superficie agricole utilisée (SAU). Dans ces petites régions agricoles où une exploitation s’étend en moyenne sur moins de 60 hectares (Agreste, 2020 a, b, c), les sols à teneur élevée en argiles retiennent l’eau apportée par les précipitations abondantes du climat océanique (Norrant, 2023) et dont l’excès est évacué par drainage. Dans les sols sableux du littoral, les facilités d’irrigation encouragent la culture de légumes-racines (carotte, salsifis, poireau, endive, chicorée…) (DRAAF Hauts-de-France, 2024). Les rendements observés y sont élevés et ils sont propices au développement de caractéristiques recherchées par l’industrie de la conserve et des surgelés (propreté qui facilite le lavage, forme longiligne qui simplifie l’épluchage, etc.). Les faibles surfaces des exploitations peuvent ainsi être valorisées par la culture de différents légumes à forte marge, qui, outre les débouchés industriels, sont commercialisés dans les marchés urbains de vente au détail et au marché d’intérêt national de Lomme, dans l’agglomération lilloise. La création de valeur par les petites exploitations passe aussi par l'élevage de volailles ou de porcins, souvent conduit hors-sol, ce qui entraîne des difficultés pour trouver des surfaces suffisantes où épandre les effluents.
Encadré 2 – Le Santerre : des sols limoneux profonds propices aux cultures d’industrie
Dans le Santerre, les grandes cultures autres que les céréales et oléo-protéagineux couvrent 36 % de la SAU (Agreste, 2020 c), une proportion semblable à celle observée dans les Flandres et le polder des Wateringues. Le contexte naturel et socioéconomique est toutefois différent : la surface moyenne d’une exploitation agricole s’élève ici à 113 ha (pour la région Hauts-de-France, cette moyenne est de 91 ha. Le climat océanique est dégradé par les influences continentales : avec 670 mm de précipitations annuelles, le Santerre reçoit environ 100 mm de moins que les côtes du Pas-de-Calais mais est plus arrosé que celles-ci en été. Les sols des plateaux sont profonds et développent un important réservoir d’eau utilisable par les plantes. Ils reposent sur un socle de craie qui renferme une nappe phréatique de grande capacité, rendant possible l’irrigation (Agreste, 2023 b). Leur texture très limoneuse en surface et plus riche en argile de bonne qualité en profondeur favorise la remontée d’eau de la nappe par capillarité, ressuient plus vite et sont moins lourds à travailler que des sols argileux en surface, tout en étant plus cohérents que des sols sableux dans lesquels les tubercules sont sujets à des irrégularités de formes préjudiciables à leur rendement et à leur conservation). C’est pourquoi l’agriculture dans le Santerre accorde une large place aux cultures légumières de plein champ (petits pois, carottes, épinards…), pommes de terre et betteraves, destinées aux usines de transformation de la région. Alors que l’élevage (volailles, porcins) s’est maintenu dans les Flandres pour créer de la valeur dans les petites exploitations, la spécialisation des exploitations plus grandes du Santerre dans les grandes cultures a conduit ici à une forte contraction du cheptel de bovins, porcins et poulets.
Les systèmes de cultures spécifiques qui caractérisent l’agriculture en Hauts-de-France confrontent cependant la région au risque de dégradation de la qualité des sols, c’est-à-dire leur capacité à maintenir ou améliorer leur fertilité intrinsèque, la qualité de l’environnement, la santé des plantes et des animaux (Doran, Parkin, 1994). Les cultures d’industrie, en particulier celles dont on récolte un organe souterrain, sont souvent associées à des chantiers lourds fréquemment réalisés en conditions humides (Tomis, Martin, 2017 ; Tomis et al., 2018). La récolte de plusieurs d’entre elles est fortement exportatrice de phosphore et de potassium. Parfois irriguées, ces cultures sont en outre fréquemment soumises à des cahiers des charges des industriels exigeants sur le travail du sol et la limitation des résidus végétaux. Leur culture répétée tend à appauvrir les sols en matières organiques, en particulier dans les premiers horizons du profil (Balesdent et al., 2000 ; Angers, Eriksen-Hamel, 2008 ; Duparque et al., 2011 ; Dimassi et al., 2014). Les terres sont par conséquent particulièrement exposées à la battance lorsqu’elles sont limoneuses (Ruellan, 2010), plus vulnérables au compactage (Batey, 2009 ; Nawaz et al., 2013) et sensibles à l’érosion (Le Bissonnais et al., 2002). Une moindre infiltration accroît les risques de ruissellement des eaux de pluie, de coulées boueuses et d’inondations, dommageables pour les habitations et les infrastructures (eau potable, routes…) ou pour l’agriculture elle-même (perte des couches de sol les plus riches en nutriments, impossibilité de récolter en zone inondée). Avec le changement climatique, on peut s’attendre en outre à une perte de fertilité par accélération de la minéralisation de l’azote organique (Valé et al., 2007) et du carbone organique des sols (Constantin et al., 2020), sous l’effet d’une hausse des températures (hivers plus doux et vagues de chaleur estivales plus longues qu’aujourd’hui) et de la poursuite et de l’extension de l’irrigation (sols maintenus humides malgré une évaporation accrue).
Dans ce contexte, les acteurs des filières agricoles des Hauts-de-France manifestent un intérêt de plus en plus marqué pour l’agriculture de conservation des sols (ACS). L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) définit l’ACS comme un « système cultural qui favorise une perturbation minimale du sol (c'est-à-dire sans travail du sol), le maintien d'une couverture permanente du sol et la diversification des espèces végétales » (FAO, 2022).
Avec ses partenaires, acteurs des filières agricoles des Hauts-de-France, l’association de recherche-développement Agro-Transfert Ressources et Territoires a engagé un projet pluriannuel de co-conception de systèmes de culture durables, économiquement viables, qui préservent voire restaurent la qualité des sols, en reconnaissant les trois « piliers » de l’ACS comme de nature à permettre d’atteindre ces objectifs. Le projet a été précédé en 2022 par une enquête auprès d’agriculteurs de la région, afin de comprendre ce qui peut s’opposer à la mise en œuvre de ces trois « piliers » et ce qui peut encourager leur application au travers de pratiques autant que possible combinées entre elles. L’enquête avait pour finalité d’identifier les thématiques et sujets prioritaires pour lesquels compléter, adapter voire créer des référentiels techniques agronomiques, répondrait le mieux aux besoins d’agriculteurs engagés dans des pratiques inspirées de l’ACS, à des degrés divers, avec une plus ou moins longue expérience et un niveau plus ou moins élevé de satisfaction.
Des résultats originaux étaient attendus, étant donné que les contraintes inhérentes aux systèmes de cultures caractéristiques des Hauts-de-France s’opposent de prime abord à la mise en pratique des trois « piliers » de l’ACS.
- L’exigence de perturbation minimale du sol est contradictoire avec la récolte d’organes souterrains de cultures rarement conduites en non-labour et souvent impossibles à implanter en sols non travaillés, surtout lorsque le débouché est industriel (besoin d’un lit de semence fin sur horizons de sol suffisamment meubles et fissurés afin de favoriser une forme régulière des racines et tubercules, culture des pommes de terre en buttes et de certains légumes en billons afin de réduire les risques de verdissement et de maladies).
- En ce qui concerne la couverture végétale des sols dans les Hauts-de-France, à l’exception de la moutarde blanche nématicide sur les parcelles à forte fréquence de retour de la betterave, elle n’est devenue courante en interculture que depuis 2012, année depuis laquelle la quasi-totalité de la région est soumise à l’obligation d’implanter des cultures intermédiaires pièges à nitrates (CIPAN) qui, instaurées pour un objectif de protection de la qualité de l’eau, concourent aussi à la lutte contre l’érosion et à l’enrichissement des sols en matières organiques qui caractérisent l’ACS, et interviennent aussi comme levier de gestion des adventices en l’absence de travail du sol. Le maintien de résidus végétaux en surface suscite l’appréhension des industriels, par crainte de maladies (ex : galle sur pomme de terre) et en raison du risque de retrouver accidentellement ces résidus dans les boîtes de conserve et autres produits transformés.
- Avec leurs cultures légumières qui sont, pour la plupart, des cultures de printemps et de bons précédents au blé (Billa, 2023), les Hauts-de-France présentent des assolements diversifiés, en comparaison de la rotation colza-blé-orge (pour la plupart, des cultures d’hiver) mise en œuvre sur environ un quart des surfaces cultivées dans une large moitié nord de la France (Jouy, Wissocq, 2011). Paradoxalement, alors que la diversification des espèces végétales devrait être un atout contre le risque de fatigue des sols (Morlon, 2010), les cultures légumières qui diversifient les rotations culturales en Hauts-de-France pourraient aggraver ce risque. La culture de la pomme de terre, avec les contraintes qui lui sont associées, est susceptible de s’étendre sur 40 000 hectares supplémentaires en Hauts-de-France à l’horizon 2030 pour alimenter trois nouvelles usines implantées dans la région par des industriels belges de la frite surgelée (Carpon, 2024), sans compter l’agrandissement des trois sites opérés par le canadien McCain (AFP, 2025). Quant à la culture de la betterave, après une période indécise entraînée par de faibles niveaux de rémunération et les interdictions des semences traitées aux néonicotinoïdes, elle repart de plus belle pour satisfaire la hausse continue de la demande de l’industrie agroalimentaire en sucre, dont la France est le 1er producteur européen et le 9e producteur mondial toutes origines confondues. La pression pour un retour plus fréquent de la betterave dans les parcelles agricoles proches des sucreries pourrait donc s’accentuer, la taille des sucreries ayant augmenté en même temps que leur nombre a diminué (Bouron, 2025).
L’hypothèse d’un besoin de compléter et d’adapter les référentiels techniques agronomiques existants découle aussi de l’ancienneté des travaux fondateurs en agronomie et science du sol en France, en particulier les expérimentations menées sur les parcelles de l’Inra à Versailles-Grignon (Van Oort, 2018 : expérimentation commencée en 1929), à Laon (Boiffin, Marin-Laflèche, 1990) et à Estrées-Mons (Boizard et al., 2007). Ces essais suivant l’évolution de la structure des sols se plaçaient pour la plupart dans un cadre où le labour n’était pas questionné et où les couverts d’interculture étaient rares voire inexistants. En ce qui concerne le conseil de fertilisation azotée des cultures, le modèle sur lequel repose l’outil d’aide à la décision AzoFert (Machet et al., 2007) n’a pas été validé par des essais sur parcelles en ACS ou en techniques culturales sans labour (TCSL).
En plus de l’enrichissement de référentiels existants et de leur adaptation à ces pratiques innovantes, un besoin de créer de nouveaux référentiels se fait sentir pour prendre en compte l’émergence du concept de santé des sols en lien avec les spécificités des différents contextes pédoclimatiques (Chabert, Sarthou, 2018 ; Phillips, Wall, 2022), ou pour limiter le risque de perte de rendement avec des pratiques peu courantes, comme le pré-buttage en fin d’été ou en début d’automne dans les champs destinés à accueillir des pommes de terre au printemps suivant.
Matériel et méthodes
En raison des spécificités des systèmes de culture qui caractérisent les Hauts-de-France, les thématiques et sujets à travailler prioritairement pour répondre dans cette région aux besoins d’agriculteurs engagés dans des pratiques inspirées de l’ACS n’étaient pas connus par avance. Agro-Transfert s’est par conséquent orienté vers une enquête qualitative pour explorer les objectifs des agriculteurs concernés, analyser la mise en œuvre de ces objectifs dans des systèmes de culture et recueillir les indicateurs avec lesquels les agriculteurs évaluent les résultats obtenus.
Pour mener cette exploration, les enquêteurs ont fait le choix d’entretiens semi-directifs. Cette technique d’enquête permet à la fois aux enquêtés d’exprimer des besoins qui peuvent ensuite être agrégés en types de références techniques demandées (référentiels à compléter, à adapter ou à créer), et de rassembler des informations ayant chacune une valeur en soi, sur les méthodes avec lesquelles des agriculteurs ont développé ou adapté des pratiques originales pour atteindre un objectif dans un cadre contraint.
Les entretiens ont été individuels afin de pouvoir mieux comprendre chaque cas particulier et de donner aux enquêtés la capacité d’expliciter autant que possible par eux-mêmes ce qui les a motivés à s’intéresser ou à s’engager dans des pratiques visant à préserver, améliorer ou restaurer la qualité des sols, les choix pratiques qu’ils ont faits pour tenter d’atteindre leurs objectifs et les indicateurs qu’ils ont observés pour exprimer leur plus ou moins haut niveau de satisfaction.
Pour choisir les agriculteurs à interroger, les enquêteurs n’ont pas recouru à un échantillonnage systématique faute d’information suffisante. Ils ont cependant présumé que les besoins formulés par les agriculteurs seraient différents en fonction des systèmes de cultures présents sur leur exploitation, de leur gradient d’engagement dans chacun des trois « piliers » de l’ACS et de la façon dont ils les combinent. C’est pourquoi ils ont cherché, au gré des contacts qu’ils ont pu obtenir par des conseillers ou des agriculteurs eux-mêmes, à prendre en compte différents systèmes et à avoir une représentation relativement équilibrée des différents stades d’avancement dans les techniques de préservation des sols. Au fur et à mesure de la progression de l’enquête, les situations enquêtées ont ainsi été classées selon les trois « piliers » par lesquels la FAO définit l’ACS et auxquels les pratiques rencontrées pouvaient être plus ou moins parfaitement rattachées : la réduction de l’intensité du travail du sol (Figure 1a), la maximisation de la couverture végétale du sol (Figure 1b) et la diversification des cultures (Figure 1c). Ces trois classifications ont été combinées pour obtenir une classification globale des situations enquêtées par catégorie d’engagement dans la préservation des sols (Figure 1d). Afin de documenter ces situations, les agriculteurs enquêtés ont notamment été interrogés sur la taille de leur exploitation, les rotations culturales et les itinéraires techniques mis en œuvre. La diversification des cultures a été évaluée à partir de la rotation-type principale de l’exploitation (au regard de la surface couverte par cette rotation), certaines exploitations présentant deux rotations-types, par exemple : une sur les limons profonds et une sur les « cranettes » (sols limoneux-sableux dont le soubassement calcaire affleure, que l’on rencontre couramment en bordure de plateau).

Il a été supposé que, parmi les besoins qui seraient formulés par les enquêtés de compléter des référentiels techniques, certains besoins pourraient être satisfaits en transférant aux agriculteurs des références qui existent déjà mais dont ils n’avaient pas connaissance. C’est pourquoi les agriculteurs enquêtés ont été interrogés sur leur environnement de conseil et les références qu’ils mobilisent. Cela paraissait également être un moyen de comprendre pourquoi certaines références existantes sont jugées par les agriculteurs inadaptées à leur situation.
Les enquêteurs ont rencontré les enquêtés sur leur exploitation, pour rendre les agriculteurs plus disponibles mais aussi afin de pouvoir observer le matériel qu’ils utilisent et de comprendre comment ils l’adaptent à leurs situations spécifiques. On savait préalablement que l’auto-construction et le bricolage du matériel de culture étaient très courants chez les agriculteurs qui expérimentent des pratiques de préservation des sols : une thèse de doctorat sur ces sujets en Hauts-de-France était en cours au moment de l’enquête et a été soutenue avec succès l’an dernier (Kefi, 2024). Les enquêteurs ont en outre estimé que le coût du matériel (en particulier les semoirs de semis direct) était probablement un obstacle à la transition vers des systèmes en ACS ou qui en sont proches, et que l’insuffisance des références techniques agronomiques disponibles en ACS pour leurs productions pouvait entraîner des difficultés de réglage des outils.
En dehors de ce qui a été exposé plus haut sur le matériel de culture et le manque ou le caractère inadapté des références techniques agronomiques disponibles, les enquêteurs n’ont pas voulu retenir a priori une liste de freins possibles à la démarche des agriculteurs vers une plus grande préservation de la qualité de leurs sols, étant donné que les systèmes de cultures qui marquent l’agriculture des Hauts-de-France sont particuliers et que l’enquête était susceptible de mettre à jour des pratiques originales, peu ou pas documentées. C’est pourquoi il a été demandé aux agriculteurs interrogés de formuler librement les freins ou obstacles qui s’opposent selon eux à la progression dans leur démarche. Cette prise en compte des difficultés perçues par les agriculteurs a semblé essentielle pour replacer dans leur contexte et mieux comprendre les souhaits de production de références émis par les enquêtés.
Les situations enquêtées se répartissent dans quatre systèmes de cultures et trois catégories d’engagement dans la préservation des sols : « expérimentés », « en transition » ou « intéressés » (Tableau 1). Dix-huit agriculteurs interrogés mettent en œuvre une des trois catégories de systèmes de grandes cultures préalablement identifiées par les enquêteurs, tandis que trois enquêtés ont une exploitation en polyculture-élevage (Figure 2). Aucun des 21 agriculteurs enquêtés au total n’a été classé comme « éloigné de la démarche » de préservation des sols, ce qui était attendu puisque de tels agriculteurs n’étaient pas inclus dans le périmètre de l’étude. Bien qu’à un stade « amorcé » selon l’arbre présenté en Figure 2a, un agriculteur a été classé comme « expérimenté » ; cette seule exception s’explique par son expérience du non-labour permanent entre 2000 et 2018.
Tableau 1 : répartition des agriculteurs enquêtés
Systèmes de cultures | Intéressés | En transition | Expérimentés | Total |
Céréales, oléagineux et protéagineux | 1 | 1 | ||
Grandes cultures avec pommes de terre ou légumes | 1 | 4 | 4 | 9 |
Grandes cultures avec betterave à sucre et sans pomme de terre | 4 | 4 | 8 | |
Cultures sur exploitation en polyculture-élevage | 3 | 3 | ||
Total | 8 | 4 | 9 | 21 |
Les agriculteurs classés comme « expérimentés » dans les pratiques de préservation des sols sont ceux qui exploitent les surfaces les plus grandes (Tableau 2). La taille réduite de l’échantillon ne permet toutefois pas de conclure à une corrélation entre superficies des exploitations et degré d’engagement.
Tableau 2 : surfaces des exploitations agricoles dans laquelle l’enquête a été conduite, en hectares
Catégories | min. | max. | moyenne |
Expérimentés | 95 | 900 (2e plus grande surface : 380) | 264 (194 sans prendre en compte le max.) |
En transition | 93 | 201 | 159 |
Intéressés | 108 | 190 | 133 |
Résultats
Les objectifs des agriculteurs enquêtés
Trois objectifs principaux ont initialement décidé les agriculteurs interrogés à entrer dans une démarche de préservation des sols ou à s’y intéresser :
• améliorer le sol pour gagner en autonomie (9 agriculteurs) :
o pour moins dépendre de fertilisants venus de l’extérieur de l’exploitation ;
o pour avoir des cultures moins sensibles aux à-coups climatiques, être moins vulnérable aux sécheresses (finalité déjà soulignée par Bans, 2022) et ne plus avoir à solliciter l’assurance récolte ou ne pas devoir mettre en place un système d’irrigation ;
• diminuer les charges de mécanisation (6 agriculteurs), en particulier la consommation de carburant du tracteur et les frais d’usure et d’entretien des outils ;
• enrayer une érosion hydrique importante qui pourrait menacer la pérennité de l’exploitation (5 agriculteurs).
Un agriculteur interrogé a simplement déclaré avoir initialement voulu satisfaire sa curiosité pour le matériel en s’essayant au strip-till.
Aucun des objectifs ne caractérise une catégorie d’agriculteurs ou un système de cultures en particulier. Neuf agriculteurs « expérimentés » ou « en transition » mentionnent un objectif venu dans un second temps : valoriser des services écosystémiques afin de déplafonner les rendements (pour trois d’entre eux) ou de maintenir ceux-ci tout en réduisant fortement leur consommation d’intrants de synthèse (pour les six autres).
Description des pratiques culturales
L’ACS pure et parfaite est introuvable chez les enquêtés : on observe plutôt des jeux de pratiques adaptés aux objectifs et au contexte de chaque exploitation (Tableau 3).
Tableau 3 : avancement des agriculteurs dans les familles de pratiques de préservation des sols
Familles de pratiques | Intéressés (8) | En transition (4) | Expérimentés (9) |
Réduction de l’intensité de travail du sol | amorcée pour 5 d’entre eux, pas de mise en œuvre pour les 3 autres | amorcée pour tous | avancée (3) voire très avancée (5) ; un cas particulier (labour agronomique avec une charrue déchaumeuse) |
Maximisation de la couverture végétale du sol | présente chez tous (première à avoir été mise en œuvre chez 5 d’entre eux), avancée pour 2 enquêtés | avancée | avancée (5) voire très avancée (4) |
Diversification des espèces cultivées | à des stades très variés : depuis l’absence de la pratique (3) jusqu’au stade très avancé (1) en passant par le stade amorcé (2) ou avancé (2) | avancée | avancée (5) voire très avancée (2) chez la majorité, amorcée pour les autres (2) |
Désintensification du travail du sol plutôt que non-travail absolu
Le non-travail du sol continu en dehors du passage du semoir n’est observé nulle part, y compris chez des militants déclarés de l’ACS. Les enquêtés invoquent un ou plusieurs motifs pour maintenir diverses formes de travail du sol : réguler les ennemis des cultures (adventices, limaces, taupins, mulots ou campagnols), déchaumer après la récolte du colza pour que la rémanence des sulfonylurées ne porte pas préjudice aux couverts, détruire un couvert non gélif pour éviter l’utilisation du glyphosate, assécher des sols trop humides au moment de semer, ou encore favoriser la minéralisation de l’azote organique au printemps.
Un agriculteur fait exception et considère que « le moindre travail du sol en dégrade la structure », mais il nivelle tout de même la surface du sol avec un outil à bêches roulantes par exemple après des passages de sangliers, avant d’implanter du pois ou du lin.
S’ils n’arrêtent pas le travail du sol, les agriculteurs interrogés s’attachent pour la plupart à diminuer le nombre de façons culturales et à remplacer des labours par des opérations sans retournement des horizons. Pour un des agriculteurs « expérimentés », l’écartement entre les dents du décompacteur laisse aux carabes et à d’autres insectes auxiliaires de larges zones-refuges. Les agriculteurs interrogés au sujet de la préservation de la biodiversité des sols reconnaissent cependant qu’ils n’ont pas mesuré l’effet de leurs pratiques sur la richesse et l’abondance spécifiques dans leurs sols.
Pour limiter l’érosion lors des pluies d’orage, un producteur de pommes de terre d’industrie essaie le pré-buttage : après un passage de fissurateur, il forme les buttes et sème simultanément un couvert multi-espèces dès août voire dès la dernière décade de juillet. En partenariat avec Agro-Transfert dans le cadre du projet Sol-D’Phy 2, il teste plusieurs modalités de destruction du couvert (par broyage et/ou glyphosate) et d’implantation (directe ou après reprise à la fraise ou au chisel). L’abondance des vers de terre est multipliée plusieurs fois dans les modalités pré-buttées par rapport au témoin labouré à l’automne et butté au printemps (Agro-Transfert, 2023). Selon l’agriculteur, la porosité générée par leur activité et par les racines du couvert facilite le réchauffement et le ressuyage du sol avant la plantation, ainsi que la préservation de l’humidité en cas de temps sec.
Dès la première année de désintensification du travail du sol, une large majorité des agriculteurs remarque une meilleure portance des sols et une augmentation du nombre de jours agronomiquement disponibles. Une partie de ces mêmes agriculteurs ont pu constater après quelques années une diminution de l’érosion hydrique dans leurs parcelles (forte réduction du ravinement et des coulées boueuses). De nombreux enquêtés relèvent que des opérations moins nombreuses avec des outils qui nécessitent moins de force de traction font considérablement baisser la consommation de carburant du tracteur et l’usure des outils.
Étendre la durée de présence des couverts d’interculture pour obtenir des services, une tendance entravée par différentes inquiétudes
Les agriculteurs « intéressés » par les pratiques de préservation sont déjà avancés dans la couverture prolongée du sol en interculture (Tableau 3). Tous les agriculteurs « expérimentés » ont des couverts d’interculture multi-espèces, de deux à huit dont une moitié de légumineuses en général (une seule légumineuse si le couvert comprend trois espèces).
La maximisation de la production de biomasse par les couverts est particulièrement recherchée chez les agriculteurs dont l’objectif premier est de gagner en autonomie. Les principaux leviers auxquels ils recourent pour atteindre cet objectif sont la précocité de la date de semis des couverts et la fertilisation des couverts avec des produits organiques résiduaires (PRO). Deux services sont particulièrement attendus de ces couverts à forte biomasse : l’apport d’azote par les légumineuses du couvert et l’augmentation de la capacité du réservoir utile en eau.
Parmi les stratégies mises en place pour favoriser l’apport d’azote par les légumineuses en interculture, la plus innovante est celle d’un agriculteur « expérimenté » qui essaie le « strip-till vivant » : en septembre, il prépare les futures lignes de semis du maïs en y implantant 40 à 50 kg/ha de féverole. Il ne sème toutefois pas le maïs dans un couvert vivant : la féverole est détruite par roulage quelques semaines avant le semis de maïs, afin que l’azote issu de la minéralisation de la féverole soit disponible pour le maïs et par crainte que la féverole concurrence le maïs pour l’eau.
En ce qui concerne la capacité du réservoir utile en eau, les agriculteurs qui l’évoquent sont convaincus qu’il est possible de l’accroître en augmentant le stock de matière organique dans le sol grâce aux résidus de couverts à forte biomasse. Ils ajoutent que l’activité biologique du sol, alimentée par ces résidus, favorise le remplissage de ce réservoir, notamment grâce aux galeries de vers de terre par lesquelles l’eau peut s’infiltrer. Peu d’enquêtés semblent savoir que le relèvement de la teneur du sol en matière organique a un effet sensible sur la taille du réservoir utile en sols sableux mais un effet négligeable pour les autres types de sol (Minasny, McBratney, 2018). En outre, l’un des leviers les plus efficaces pour augmenter le remplissage du réservoir utile est de laisser les résidus végétaux en surface pour qu’ils freinent le ruissellement des eaux de pluie et qu’ils favorisent ainsi l’infiltration ; or les agriculteurs enquêtés qui n’implantent pas leur culture suivante en semis direct ou en strip-till mélangent les résidus des couverts à la terre ou les enfouissent par un travail du sol pour limiter la gêne au semis et parfois pour se plier aux exigences de l’industriel à qui la culture suivante est destinée. Un seul enquêté, classé comme « expérimenté », fait exception avec son paillis de seigle très couvrant dans lequel il implante un potimarron en strip-till, mais sa motivation est autre que le remplissage du réservoir utile : il s’agit pour lui d’empêcher la levée d’adventices dans cette culture, qui ne peut être désherbée qu’à la main (pour cette espèce, l’écartement de 80 cm entre les rangs n’est pas suffisant pour autoriser le passage du tracteur).
Certains agriculteurs qui cherchent à maximiser la biomasse des couverts pour accroître le réservoir utile expriment des doutes sur la pertinence de leur stratégie, à cause de l’évapotranspiration des couverts qui pourrait assécher le réservoir et être préjudiciable à la culture suivante (une possibilité attestée dans la recherche par Daigh et al., 2014). D’après les dires des interrogés, ce risque rend rédhibitoire l’implantation d’un couvert pluriannuel pour des exploitations sans irrigation dans lesquelles le pilier économique est une culture de printemps (les couverts pluriannuels sont absents des exploitations visitées et ne sont un projet que chez un seul agriculteur, « expérimenté »).
Les agriculteurs interrogés cherchent généralement à détruire leur couvert avant qu’il devienne riche en cellulose et en lignine, donc que le ratio carbone sur azote (C/N) devienne élevé, afin de limiter la captation d’azote nitrique dans le milieu par les microorganismes telluriques qui décomposent les résidus de ce couvert. Ces agriculteurs craignent en effet que la culture suivante connaisse une faim d’azote (carence des plantes en azote due à la mobilisation de cet élément par les microorganismes telluriques pour décomposer un apport récent de matière organique). L’une des stratégies des agriculteurs « expérimentés » est de cultiver les couverts en double culture (deux couverts successifs dans la même interculture) ou en culture-relais (deux couverts dans la même interculture, le deuxième étant implanté alors que le premier est encore en place). Une autre stratégie consiste à passer dans le couvert début novembre avec un broyeur si le couvert est bien développé ou avec un décompacteur dans le cas contraire ; le couvert reprend progressivement sa croissance après ce passage puis est détruit au glyphosate en janvier. Un des agriculteurs « expérimentés » fait exception en générant volontairement une faim d’azote à l’aide du couvert qu’il implante avant sa culture de pois protéagineux : ce dernier étant une légumineuse, il n’est pas affecté par la faim d’azote, contrairement aux adventices.
Des rotations culturales diversifiées mais avec une seule culture principale par an
La diversité des espèces cultivées est le seul pilier de l’ACS au sens de la FAO (au moins trois espèces) à être respecté dans toutes les exploitations visitées. Ceci n’a rien d’exceptionnel en France puisque 43 % des rotations principales dans les exploitations françaises en grandes cultures comportent au moins cinq espèces en cultures principales (enquête IPSOS « L’agriculture en transition » 2023). Alors qu’il suffit d’un assolement colza/blé/orge (fréquent dans le Centre et en Lorraine) pour répondre au critère minimum de trois espèces, la diversité de l’agriculture des Hauts-de-France est bien plus grande. Pour ce qui concerne les 21 enquêtés, douze des treize assolements qui comprennent à la fois des céréales et des oléagineux comportent aussi des cultures d’autres familles : neuf d’entre eux incluent la culture de pomme de terre et/ou de betterave, six présentent au moins une légumineuse, trois comportent le lin fibre. Les huit exploitations qui cultivent des céréales mais pas d’oléagineux ont toutes la betterave ou la pomme de terre dans leur assolement.
Bien que diversifiées, les rotations ne présentent qu’une seule culture récoltée par an, différente d’une année sur l’autre en dehors de quelques cultures de blé sur blé. Un agriculteur engagé dans les pratiques de préservation des sols depuis 26 ans commence à essayer les rotations 2+2 (la même culture deux années de suite, puis une autre culture à nouveau deux années de suite) pour tenter de perturber les levées des adventices et en particulier de ray-grass. Deux agriculteurs pratiquent occasionnellement la double culture : un agriculteur « expérimenté » (celui qui exploite 900 ha) la met en œuvre deux fois dans une rotation de huit ans (seigle puis haricots et, deux ans plus tard, seigle puis maïs, le seigle et le maïs étant destinés à la méthanisation) ; un agriculteur « intéressé » pratique une double culture pois-haricots dans une rotation de cinq ans. Les cultures associées se limitent au colza. Un seul des agriculteurs interrogés, classé comme « expérimenté », possède un trieur, qui l’autorise à récolter deux espèces en un seul passage.
Plusieurs agriculteurs s’inquiètent de la fréquence croissante des sécheresses au printemps et en été, qui pourrait les contraindre à réduire la part des cultures de printemps dans leur assolement.
Désherbage mécanique ou chimique ? Des choix souvent tranchés
Les adventices sont le plus souvent régulées par une stratégie exclusivement chimique. Seuls trois des neuf agriculteurs « expérimentés » – dont un en agriculture biologique – utilisent un outil de désherbage mécanique (bineuse ou roto-étrille).
Pour les uns, les résidus végétaux à la surface du sol rendent inefficace le désherbage mécanique et imposent le recours aux solutions chimiques. Pour les autres, les résidus font barrage aux herbicides racinaires, notamment sur betterave (cf. Khalil et al., 2018), et rendent inopérantes les molécules photosensibles des herbicides de pré-levée, ce qui nécessite une solution mécanique.
Le débat entre modalités mécaniques ou chimiques ne se limite pas au désherbage mais s’étend à la destruction des couverts d’interculture. Les uns préfèrent prolonger leur durée d’implantation et les détruire au glyphosate. Les autres ne les laissent pas passer l’hiver pour pouvoir les détruire sans glyphosate (au broyeur ou au déchaumeur).
Évolutions du parc matériel
Les essais pas à pas conduits par la plupart des agriculteurs rencontrés (nouvelles techniques d’abord essayées sur une petite surface avant d’être étendues voire généralisées sur l’exploitation) les ont conduits à augmenter leur nombre d’outils. Le parc matériel minimaliste de l’enquêté le plus proche de l’ACS telle que la FAO la définit fait exception : il se réduit à un tracteur, un pulvérisateur et un semoir. En général, l’achat d’outils conçus pour une conduite en TCSL ne s’accompagne pas de la revente des outils conventionnels : les agriculteurs veulent garder la possibilité de labourer occasionnellement.
Les agriculteurs élargissent le parc matériel de leur exploitation par leurs propres moyens. Trois enquêtés seulement ont des outils en CUMA[1] (outils qui n’ont pas été conçus pour les TCSL ou le semis direct). Un seul a un outil en copropriété : un rouleau cambridge pour la destruction des couverts d’interculture. Un agriculteur « expérimenté » se distingue de tous les autres enquêtés en partageant un parc matériel très étendu (dont trois semoirs et cinq outils de travail du sol) dans le cadre d’une ETA[2] constituée avec quatre autres exploitations.
Trois enquêtés seulement, classés parmi les « expérimentés », possèdent un semoir de semis direct : il s’agit de modèles à disques, complétés dans deux cas sur trois par un semoir de semis direct à dents pour pouvoir semer en toutes conditions. Un seul enquêté « en transition » utilise un semoir de semis direct mais l’emprunte à un voisin. Pour ces quatre agriculteurs, le semoir de semis direct est utilisé pour semer du colza, des céréales à paille et des couverts d’interculture. Seuls deux agriculteurs « expérimentés » et un « intéressé » implantent des cultures en strip-till : maïs et, pour un des « expérimentés », betterave à sucre, colza, potiron et potimarron.
L’enquête confirme que l’auto-construction et le bricolage sont très courants chez les agriculteurs qui expérimentent et mettent en œuvre des pratiques de préservation des sols. Les outils de travail du sol des agriculteurs « expérimentés » se voient fréquemment ajouter une tête de distribution et des descentes pour être utilisés comme matériel de semis des céréales, des couverts d’interculture ou de plantes compagnes.
Un agriculteur « en transition » utilise son distributeur d’engrais centrifuge pour semer à la volée des couverts sous forme de graines encapsulées (collées avec de la mélasse et enrobées dans de l’argile). Cette technique permet de semer le couvert dans une céréale encore en place, dix à quinze jours avant la moisson. Selon les observations de l’agriculteur, les graines de couvert bénéficient de la fraîcheur au pied de la céréale pour faciliter leur levée, et la précocité du semis favorise la production de biomasse par le couvert.
Environnement de conseil et références mobilisées par les agriculteurs
Parmi les neuf agriculteurs « expérimentés », cinq sont membres d’une association dédiée à ces techniques (APAD : Association pour la promotion d’une agriculture durable, BASE : Biodiversité, agriculture, sols et environnement, ou SAI : Sol, agronomie et innovation). Les quatre autres font partie d’un groupe de pairs dans lequel ils échangent sur leurs pratiques. La revue TCS est mentionnée comme une référence par cinq d’entre eux, dont quatre abonnés et un qui consulte des articles en ligne. Quatre des neuf « expérimentés » disent alimenter leur réflexion avec des ressources en ligne : le site du GIEE Magellan (Nièvre), des vidéos de chercheurs actuels ou anciens du Cirad (Hubert Charpentier, Olivier Husson) et des publications sur les essais conduits à Oberacker (canton de Berne, Suisse).
Trois des quatre agriculteurs « en transition » vers un système de préservation des sols font partie d’un groupe de pairs : un avec le collectif Sols Vivants (Earthworm Foundation) et le mouvement Pour une agriculture du vivant, un autre avec un groupement d’intérêt économique et environnemental (GIEE), un troisième avec un groupe « Agriculture de régénération » (McCain). Deux se forment avec la Chambre d’agriculture, un autre participe à des colloques. Un est abonné à la revue TCS. Un est inscrit sur le forum Agricool dédié aux techniques agricoles innovantes.
Quant au groupe des « intéressés », leurs sources d’information sur les techniques de préservation des sols sont très diverses : un ami agriculteur qui pratique le semis direct, un GIEE, des documents envoyés par une coopérative, ou encore la lecture d’études universitaires américaines.
Les enquêtés déploient une large palette d’indicateurs qu’ils observent pour prendre des décisions et pour juger de leur niveau de satisfaction du système qu’ils mettent en œuvre :
- Le diagnostic d’état structural est fréquemment réalisé par un test bêche voire un mini-profil de sol, un agriculteur « expérimenté » et un « en transition » utilisant d’abord une tige pénétrométrique avant de recourir éventuellement à ces méthodes. L’état structural est aussi évalué à travers ce qu’on en attend : portance des sols et nombre de jours agronomiquement disponibles, réduction des coulées boueuses et du ravinement, ou encore qualité de l’émiettement produit par un travail du sol superficiel.
- Le niveau de satisfaction (ou plutôt d’insatisfaction, comme nous le verrons plus loin) sur l’objectif de réduire les apports de fertilisants venus de l’extérieur de l’exploitation est formulé à partir de comparaisons diachroniques (entre la pratique de l’enquêté et celle du précédent chef de l’exploitation) et chiffrées (le plus souvent, en unités d’azote), ou de comparaisons synchroniques (entre la pratique courante et un micro-essai ou une bande témoin) qui reposent sur l’observation visuelle.
- Le niveau de satisfaction sur la gestion des bioagresseurs est généralement formulé par les enquêtés à partir d’une comparaison avec leurs voisins sur une même campagne culturale.
- Les économies de carburant obtenues par réduction du travail du sol sont précisément décomptées chez quatre enquêtés « expérimentés » et deux enquêtés « en transition ». Chez les cinq autres « expérimentés », elle est estimée à partir de la réduction du nombre d’heures de tracteur par an.
- En ce qui concerne la matière organique des sols et leur activité biologique, plusieurs enquêtés ont effectué leurs premières mesures de carbone organique sans penser à géoréférencer les prélèvements : c’est après coup qu’ils ont pris conscience que leurs mesures à plusieurs années d’intervalle ne pouvaient pas être comparées entre elles. Deux agriculteurs « en transition » et trois « expérimentés » estiment par observation visuelle que les vers de terre (et parfois les carabes) sont plus abondants dans leurs sols qu’auparavant, tout en se demandant si c’est bien le cas ou s’ils n’y prêtaient simplement pas attention avant de s’engager dans des pratiques de préservation.
- Les agriculteurs qui cherchent à produire des couverts à forte biomasse procèdent rarement à des pesées mais peuvent estimer la quantité de biomasse produite en fonction de la hauteur du couvert, elle-même estimée par rapport à la hauteur des roues avant du tracteur.
Freins, obstacles et besoins déclarés par les agriculteurs enquêtés
L’expression d’un fort besoin de conseil et d’acquisition de connaissances
13 enquêtés sur 21 disent manquer de conseil et de connaissances pour aller plus loin dans leur démarche de préservation des sols (Tableau 4), qu’il s’agisse de connaissances existantes qu’ils ne se sont pas encore appropriées ou de connaissances qui restent selon eux à créer. Tous les agriculteurs « en transition » et presque tous les « intéressés » se disent concernés par ce frein. Les plus avancés dans la préservation des sols sont à la recherche de partage de connaissances avec des exploitants en agriculture biologique et espèrent parfois tendre vers l’agriculture biologique de conservation (ABC).
Tableau 4 : nombre d’agriculteurs de chaque groupe qui déclarent être concernés par chaque type de freins
Groupes | Freins internes spécifiques à l'exploitation de l'enquêté | Freins internes mais potentiellement communs à d’autres exploitations | Freins externes | |||||||
Double activité ou gestion de deux exploitations | Autres freins propres au contexte de l'exploitation | Protection des cultures | Contraintes spécifiques au système de cultures | Manque de conseil et de connaissances spécifiques | Freins économiques en amont de l'exploitation | Freins économiques en aval de l'exploitation | Freins réglemen-taires | Changement climatique | Hostilité de la coopérative envers l’ACS | |
Expéri-mentés (9 enquêtés) | 3 | 1 | 6 | 4 | 3 | 2 | 6 | 2 | 1 | 1 |
En transition (4 enquêtés) | 1 | 0 | 1 | 2 | 4 | 4 | 1 | 1 | 0 | 0 |
Intéressés (8 enquêtés) | 0 | 0 | 3 | 4 | 6 | 4 | 1 | 2 | 1 | 0 |
Tous groupes confondus (21 enquêtés) | 4 | 1 | 10 | 10 | 13 | 10 | 8 | 5 | 2 | 1 |
Lecture : 3 agriculteurs « expérimentés » sur 9 déclarent être freinés par la double activité ou la gestion de deux exploitations. Les caractères gras distinguent les résultats considérés comme les plus remarquables et qui sont commentés dans le texte de l’article.
Tableau 5 : thèmes des 72 demandes en références recueillies pendant l’enquête
Thèmes | Occurrences |
Itinéraires culturaux des couverts végétaux | 17 |
Dynamiques de l’azote, du phosphore, du potassium et des oligoéléments dans les sols cultivés en ACS ou dans des systèmes qui s’en approchent | 15 |
Performances du matériel en ACS ou dans des systèmes qui s’en approchent | 11 |
Composition des couverts végétaux | 9 |
Gestion des adventices en ACS ou dans des systèmes qui s’en approchent | 9 |
Maîtrise technique des cultures associées et des cultures-relais | 7 |
Diagnostic de l’état structural du sol et décision d’intervention | 4 |
26 des 72 demandes en références recueillies pendant l’enquête portent directement sur les couverts végétaux. Parmi ces 26 demandes, dix-sept concernent les itinéraires culturaux des couverts végétaux (Tableau 5) et viennent d’agriculteurs de toutes catégories : elles portent sur l’implantation des couverts, la pertinence de les fertiliser, la gestion de leur croissance et leur destruction. Les neuf autres, dont six viennent d’agriculteurs « en transition », portent sur la composition des couverts végétaux (espèces à privilégier en fonction du précédent et de la culture à venir). Les objectifs pour lesquels les enquêtés souhaitent obtenir ces 26 références sur les couverts végétaux peuvent être rattachés à deux thématiques : la gestion de l’azote et la gestion des adventices.
Pour l’azote, il s’agit d’identifier la composition de couvert d’interculture optimale et le meilleur itinéraire technique afin de maximiser le service « CIPAN » (piéger des nitrates) ou « engrais vert » (fixer dans le sol du diazote atmosphérique) en fonction de la culture suivante et du type de sol. Les attentes sur la réduction de la fertilisation azotée sont souvent déçues : au moins quatre agriculteurs « expérimentés » déclarent ne pas avoir baissé leurs apports voire les avoir augmentés par crainte d’une faim d’azote. Les rares enquêtés à déclarer des baisses importantes d’apport d’azote sans perte de rendement – et à attribuer ces baisses à la réussite de leurs couverts – sont des producteurs de betterave à sucre, une culture qui bénéficie probablement de la minéralisation de l’azote organique plus tardive au printemps dans les sols couverts et non travaillés que dans les sols cultivés de façon conventionnelle. La thématique d’une meilleure gestion de l’azote grâce aux couverts est prolongée par une partie des 15 demandes en références sur les dynamiques de l’azote et d’autres nutriments dans les sols cultivés en ACS. Dans quelles mesures peut-on par exemple réduire la lixiviation des nitrates en augmentant le stock de matière organique dans les horizons superficiels du sol grâce à des couverts à forte biomasse ? Dans quelles mesures une couverture rapide du sol par des cultures intermédiaires peut-elle permettre de piéger de l’ammoniac volatilisé, susceptible d’être ensuite solubilisé dans la rosée et assimilé par les couverts ? Comment ajuster la fertilisation azotée en tenant compte de la restitution de l’azote fixé par les « engrais verts » (légumineuses ou phacélie), dont la dynamique est considérée comme variable en fonction du pédoclimat ? Ces questionnements sur les couverts s’étendent à la gestion d’autres nutriments que l’azote, par exemple : dans la décision d’apporter du phosphore ou de faire une impasse, comment prendre en compte la capacité de certaines plantes de couverture à rendre le phosphore plus disponible pour la culture suivante (demande typique de betteraviers, dont les terres ont longtemps reçu des écumes de sucrerie riches en phosphore) ? Le souhait de mieux gérer l’azote se retrouve par ailleurs dans les demandes de références techniques pour maîtriser la conduite de cultures associées et de cultures-relais, celles-ci comportant en général une légumineuse fixatrice de diazote atmosphérique comme plante compagne d’une céréale. Ces demandes relatives aux cultures associées et cultures-relais émanent surtout d’agriculteurs « expérimentés ».
Les demandes de références sur les compositions et les itinéraires culturaux de couverts d’interculture s’inscrivent aussi dans un objectif de gestion des adventices, dans des systèmes où la réduction du travail du sol et en particulier du labour prive les agriculteurs d’un levier de choix pour maîtriser l’enherbement des parcelles. L’insatisfaction rencontrée sur le volet de la protection des cultures concerne en premier lieu la gestion des adventices et se trouve mentionnée comme frein à leur démarche de préservation des sols par la moitié des agriculteurs interrogés, une proportion qui monte à deux tiers chez les enquêtés classés comme « expérimentés » (Tableau 4). Parmi les besoins en références qui ont été recueillis, des agriculteurs qui laissent des couverts passer l’hiver pendant les intercultures longues se demandent s’ils devraient encore retarder la date de destruction du couvert pour gêner davantage la levée d’adventices, ou s’il serait plus efficace de détruire le couvert plus tôt pour avoir le temps de réaliser un faux semis avant le semis de la culture de printemps. Les neuf demandes de références sur la gestion des adventices en ACS ou dans des systèmes qui s’en rapprochent (Tableau 5) prolongent cette thématique en envisageant d’autres leviers que ceux qui ont trait aux couverts, en particulier la succession des cultures principales et le placement optimal d’un labour occasionnel dans la rotation.
Freins économiques et manque de valorisation des efforts faits pour la transition des systèmes
Les agriculteurs « expérimentés » dans la préservation des sols insistent sur les freins économiques en aval de l’exploitation (Tableau 4) : manque de valorisation économique des services rendus à la société et à l’environnement, infrastructures de stockage pas prêtes pour une plus grande diversification des productions végétales, nécessité de créer son propre marché pour écouler des productions de légumes secs.
Les agriculteurs « en transition » (et, dans une moindre mesure, les agriculteurs « intéressés ») mentionnent quant à eux des freins économiques en amont de l’exploitation. Ils soulignent que le matériel spécialisé est difficile à acquérir seul ou à partager, en particulier les semoirs de semis direct. Cette difficulté peut être due à la jeunesse (situation financière à consolider après une installation récente) ou à l’isolement (manque d’un réseau avec lequel mutualiser le matériel spécifique). Les agriculteurs en « transition » et « intéressés » sont les principaux demandeurs de références sur les performances du matériel en ACS ou dans des systèmes qui s’en approchent (Tableau 5) : ils souhaitent des références sur la capacité de différents outils à détruire un couvert (questionnement qui vise principalement à anticiper une possible interdiction du glyphosate) ou à semer dans des résidus végétaux abondants (écartement minimal et nombre minimal de rangées pour les outils à dents, dégagement minimal sous bâti, vitesse d’avancement). Ces demandes reflètent probablement la crainte de faire une erreur en consentant un investissement important en argent (pour acquérir) ou en temps (pour auto-construire) dans un outil qui se révèlerait inadapté à l’usage.
Des contraintes spécifiques à certaines exploitations ou à leur orientation technico-économique
Le manque de temps lié à la double activité ou à la gestion de deux exploitations est présentée par les agriculteurs concernés comme un obstacle en raison du temps accru d’observation des parcelles. Ces déclarations sont remarquables car elles prennent le contrepied de la littérature qui associe l’ACS et les TCSL à un gain de temps, obtenu par la réduction du nombre d’opérations de travail du sol. Ce gain de temps se concentre en réalité sur une période limitée de la saison culturale.
Les polyculteurs-éleveurs – tous classés dans la catégorie des « intéressés » – citent des contraintes qui leur sont propres. Après la moisson, le ramassage et la rentrée des pailles puis l’épandage des effluents d’élevage retardent selon eux le semis des couverts, ce qui dégrade leur potentiel. Dans les petites exploitations du Nord qui ont ajouté un élevage porcin hors-sol à leurs productions végétales, les agriculteurs observent que les légumineuses en interculture n’expriment pas leur potentiel : ils l’expliquent par l’apport d’azote via les effluents épandus, qui limite la formation des nodosités sur les racines.
Les producteurs de pommes de terre et/ou de légumes industriels mentionnent des contraintes venant des cahiers des charges imposés par les industriels (ex : absence de résidus végétaux dans la récolte d’une culture de légume de conserve). La dégradation des sols par des chantiers de récolte dont les agriculteurs ne maîtrisent pas la date (à cause de contraintes dues à l’industriel ou de la plus ou moins grande disponibilité de l’ETA qui réalise la prestation) est un obstacle à la réduction du travail du sol : les agriculteurs concernés craignent de se priver du moyen de corriger un compactage après une récolte en mauvaises conditions et de pénaliser les rendements des cultures suivantes.
Plusieurs betteraviers ont déclaré des obstacles réglementaires au maintien d’un assolement diversifié. Le semis de glomérules enrobés avec des néonicotinoïdes (pratiqué par dérogation jusqu’à l’interdiction prononcée en janvier 2023) les oblige à attendre deux voire trois ans pour implanter des cultures mellifères comme le colza. Par ailleurs, les betteraviers rencontrés considèrent que leur système de culture ne leur permet pas de rentabiliser un semoir de semis direct. Leurs explications diffèrent cependant : pour les uns, le semis direct pénalise trop fortement le rendement de la betterave ; pour les autres, c’est le semis direct de la culture suivante qui est trop risqué (sol non nivelé et souvent compacté après l’arrachage). Les betteraviers « expérimentés » sont toutefois convaincus de l’intérêt du non-labour en betterave, qui facilite l’arrachage et qui n’a selon eux pas d’incidence sur le nombre de betteraves fourchues.
Discussion
Mise en lumière par l’enquête, la diversité des pratiques de préservation des sols avait déjà été soulignée en France (par ex. de Tourdonnet et al., 2006, 2013) et ailleurs (par ex. Bolliger etal., 2006 ; Triomphe et al., 2007). D’autres travaux n’appréhendaient le sujet qu’au prisme de l’ACS stricto sensu en tendant à la présenter comme une expérience homogène (voir par ex. Goulet, 2008 ; Compagnone, Pribetich, 2017 ; Compagnone, Sigwalt, 2021). Cette homogénéité semble être un artefact, induit par la réalisation des entretiens en groupes d’agriculteurs qui se connaissent voire qui ont l’habitude de se réunir ensemble. Interrogés un par un, chacun sur leur exploitation, les agriculteurs se départissent des discours normatifs et leur parole révèle la diversité des problématiques et des pratiques.
Sous cet angle, l’enquête en Hauts-de-France présentée dans cet article rejoint les résultats obtenus par Manon Ferdinand (équipe Sytra, Université catholique de Louvain) en Wallonie (Belgique). Dans son mémoire de master (Ferdinand, 2019), elle distingue deux attitudes chez les agriculteurs engagés vers l’ACS : défendre la place du glyphosate pour éviter un retour au travail intensif du sol, ou tenter autant que possible de converger avec l’agriculture biologique. Cette distinction tranchée ressemble à l’opposition constatée en Hauts-de-France entre défenseurs de la destruction chimique des couverts et partisans de la destruction mécanique. La recherche doctorale de Manon Ferdinand (Ferdinand, 2024) a quant à elle dégagé trois facteurs de diversité des pratiques de préservation des sols : la production de cultures industrielles pour lesquelles un cahier des charges exige une préparation du sol ; l’inclusion d’une prairie temporaire dans la rotation, qui entraîne des labours récurrents bien qu’espacés dans le temps ; et la présence d’une certification qui interdit les herbicides de synthèse, ce qui rend difficile la réduction du travail du sol mais favorise la diversification des espèces cultivées. L’enquête d’Agro-Transfert affine le premier de ces trois facteurs en établissant la diversité des pratiques de préservation des sols en cultures industrielles.
L’analyse des propos recueillis vient questionner les notions de transition et de routine dans les systèmes de culture innovants. En empruntant les mots de Stéphane Cordeau, on peut dire que les résultats de cette enquête conduisent à « penser l’ACS non plus comme un ensemble fini et figé de moyens mais comme une transition perpétuelle pour atteindre des objectifs » (séance de l’Académie d’agriculture de France du 7 juin 2023). Plusieurs des freins et obstacles identifiés dans l’enquête d’Agro-Transfert en Hauts-de-France sont partagés à l’échelle européenne : manque d’accompagnement et de connaissances, coût prohibitif du matériel (EJP SOIL, 2022).
Le questionnement incessant et l’adaptation continue des agriculteurs va de concert avec les remises en question des pratiques et des résultats en ACS par la recherche académique, qui se montre plus modérée que par le passé (cf. Reicosky, 2015) à propos de la non-perturbation du sol. Celle-ci apparaît dans l’absolu comme inatteignable : la perturbation mécanique causée par le seul passage du semoir (même à disques) et les perturbations générées par l’activité biologique du sol sont les explications les plus plausibles de la nuisibilité persistante des adventices annuelles dans des systèmes en semis direct sous couvert (Derrouch etal., 2019). Qu’il soit chimique, mécanique ou agronomique, un moyen de gestion des adventices finit par rencontrer des résistances quand il est utilisé en routine (cf. par ex. Trichard et al., 2013 ; Délye et al., 2020). Le non-travail du sol n’échappe pas à cette règle et la recherche s’oriente maintenant vers les façons de combiner les pratiques : couverture des sols, travail occasionnel – qu’il soit superficiel ou avec un labour agronomique (cf. par ex. Cordeau etal., 2020) – et utilisation raisonnée des herbicides pour une gestion agroécologique des systèmes de culture. Le travail du sol occasionnel se justifie aussi et d’abord par la structuration du sol, la majeure partie des terres en grandes cultures ne présentant pas des teneurs suffisantes en argile pour laisser à l’activité structurale le soin de remplacer définitivement le labour (Mollier, 2013). L’étude scientifique des effets systémiques des pratiques de préservation des sols n’en est qu’à ses débuts (Adeux et al., 2019, 2022), les différentes pratiques ayant précédemment été plutôt étudiées comme autant de facteurs isolés.
Conclusion
L’enquête réalisée auprès d’agriculteurs a mis en lumière leurs besoins marqués d’accompagnement pour dépasser différents freins techniques à la transition de leurs systèmes vers les pratiques de l’ACS. Les résultats de l’enquête ont permis d’ancrer le projet d’Agro-Transfert Ressources et Territoires, pour la co-conception de systèmes de culture qui préservent et restaurent la qualité des sols, sur des questions de travail suffisamment précises. À la suite de l’enquête, ce projet pluriannuel a été intitulé A3CoSol, pour « Azote et Adventices en Agriculture de Conservation des Sols ». Le nom donné au projet traduit la décision de développer celui-ci selon deux axes, qui correspondent aux deux problématiques majeures identifiées dans l’enquête pour les agriculteurs dans la région Hauts-de-France qui développent des systèmes de culture en ACS ou inspirés de ses principes : la gestion des adventices (résistances, salissement après nivellement…) et la gestion de l’azote (besoins azotés accrus lors de la phase où l’agriculteur cherche à augmenter le stock de matières organiques de son sol).
Dans les années 1990 et 2000, un consensus s’est créé autour de la méthode du bilan prévisionnel d’azote promue par le Comité français d'études et de développement de la fertilisation raisonnée (Comifer). Comme le suggère le nom « bilan », la finalité est d’ajuster la fertilisation azotée, à l’échelle d’une parcelle et d’une campagne culturale, pour rechercher l’équilibre entre besoins des cultures (en fonction de l’objectif de rendement) et fournitures d’azote (par le sol – reliquat d’azote minéral et minéralisation d’azote organique – et par l’apport d’engrais). Les outils d’aide à la décision Azobil et Azofert ont été conçus sur le fondement de cette méthode (Meynard, Jeuffroy, 2019). L’élargissement de la définition de la qualité du sol conduit aujourd’hui à réfléchir le cycle de l’azote dans ses relations avec le cycle du carbone dans une perspective agroécologique, sur un pas de temps plus grand que celui de la méthode du bilan.
L’enquête réalisée montre que limiter le rapport C/N des couverts pour éviter une faim d’azote est une préoccupation fréquente, y compris chez les agriculteurs « expérimentés », et ce, malgré la reconnaissance des avantages à prolonger la présence dans le sol d’un système racinaire vivant et à restituer au sol une importante quantité de biomasse. La crainte de la faim d’azote conduit les agriculteurs à arbitrer pour la nutrition de la culture plutôt que pour la nutrition du sol lorsque ces deux objectifs leur paraissent conflictuels pour atteindre l’optimum économique. La réglementation peut aussi contribuer à faire apparaître ce conflit : depuis 2013, l’utilisation de la méthode du bilan pour établir le plan prévisionnel de fumure est obligatoire, or cette méthode prend en compte les seuls besoins en azote des cultures, et non ceux des microorganismes du sol qui, sans azote, ne peuvent pas dégrader des matières organiques riches en carbone. Il importe de mieux comprendre les interactions entre azote, carbone et activité biologique du sol, de vérifier dans quelles mesures le diazote atmosphérique fixé dans les nodosités des « engrais verts » et les nitrates piégés par les CIPAN bénéficient bien à la croissance des cultures suivantes, et d’aller, par l’expérimentation, vers l’établissement de références techniques agronomiques en déterminant si la gestion des résidus du couvert – laissés en surface, mélangés à la terre ou enfouis par le travail du sol – génère des différences significatives sur le risque de déclarer une faim d’azote après un couvert d’interculture à C/N élevé ou à forte biomasse.
La production abondante de biomasse par les couverts d’interculture est aussi recherchée en ACS comme levier de maîtrise des adventices. En vue de maximiser l’efficacité de ce levier, des essais seront menés dans le cadre du projet A3CoSol afin d’établir des références en matière de composition et de conduite des couverts d’interculture, en particulier dans des itinéraires techniques novateurs, comme la culture des pommes de terre de plein champ en pré-buttage. Les partenaires du projet A3CoSol, attendent ainsi qu’il permette de se prononcer sur des archétypes de pratiques innovantes qui jouent sur la combinaison des cycles de l’azote et du carbone et de l’activité biologique du sol, tout en permettant de réduire l’utilisation d’herbicides.
[1] CUMA : coopérative d’utilisation du matériel agricole.
[2] ETA : entreprise de travaux agricoles.
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