13 - Circulation des savoirs sur la conduite d’élevage mixte Ovins – Bovins : Besoins et mobilisation de l’accompagnement des éleveurs selon leur point de vue
Vincent Colonna Ceccaldi*, Priscila Duarte Malanski*, Marie Miquel **, Sylvie Mugnier***
* UMR 1273 Territoires, Université Clermont Auvergne, AgroParisTech, INRAE, VetAgro Sup vincent.colonna_ceccaldi@vetagro-sup.fr ; priscila.malanski@inrae.fr
** Institut de l’Elevage, marie.miquel@idele.fr
*** UMR 1273 Territoires, Université Clermont Auvergne, AgroParisTech, INRAE, VetAgro Sup, ; L’Institut Agro Dijon, sylvie.mugnier@institut-agro.fr
Email contact auteur : sylvie.mugnier@institut-agro.fr
Résumé
La diversité animale contribue à la résilience du système d’élevage. Pour mieux accompagner les éleveurs, il est primordial de connaître leurs moyens d’accès aux savoirs mobilisés pour valoriser cette diversité. Une enquête semi-directive a été menée auprès de 36 éleveurs mixtes ovins–bovins en France pour comprendre comment la circulation de savoirs entre éleveurs et acteurs de l’accompagnement est structurée dans la perspective d’améliorer la conduite de ces systèmes d’élevage. Nos résultats ont montré que, du point de vue des éleveurs, la complémentarité des ateliers ovins et bovins est peu abordée en tant que telle dans leur accompagnement. De plus, deux blocages dans la transmission des savoirs sur la mixité ont été mis en évidence : le premier entre les ressources mobilisées et les besoins, et le deuxième entre les besoins et les difficultés identifiées par les éleveurs. Des pistes d’actions ont été identifiées pour lever ces blocages dans l’accompagnement de ces systèmes.
Mots-clefs : Ressources informationnelles, Compétences, Diversité animale, Enquêtes, France
Abstract
Animal diversity contributes to the resilience of livestock farming systems. To provide farmers with better support, it is essential to understand how they access the knowledge they need to optimize this diversity. A semi-directive survey was carried out among 36 mixed sheep and cattle farmers in France, with the aim of understanding how the circulation of knowledge between farmers and advisers is structured with a view to improving the management of mixed sheep and cattle farms. Our results showed that, according to farmers’ point of view, mixed farming is rarely addressed as such in the support provided to farmers. Moreover, the results highlighted a double gap which blocks the circulation of knowledge on mixed farming: 1/ between the resources mobilised and the needs; 2/ between the needs and the difficulties identified by farmers. A number of avenues of action have been identified to help improve the support of these systems.
Keywords : Information resources, Skills, Animal diversity, Surveys, France
Introduction
Il est nécessaire de repenser les systèmes de production agricole, et notamment les activités d’élevage, afin de les rendre plus durables et résilients face à des perturbations (Darnhofer et al., 2010). Une des pistes avancées par plusieurs études consiste à diversifier les activités d’élevage au sein des exploitations agricoles appelées élevages mixtes (Martin et al., 2020 ; Dumont et al., 2020). Une des formes de diversité étudiée est la combinaison d’ateliers ovins – bovins au sein d’une même exploitation, qui est présente dans plus de 7000 élevages en France et qui représente plus d’un tiers des exploitations ovines et un dixième des exploitations bovines (BDNI 2018, d’après Institut de l’Elevage). Cette mixité d’espèces animales présente plusieurs avantages économiques par la diversification des productions et l’étalement sur l’année des revenus (Mosnier et al., 2022). Elle a aussi des intérêts techniques comme une meilleure valorisation de la ressource fourragère (Mugnier et al., 2021 ; Prache et al., 2023) et une réduction du parasitisme interne des animaux en pratiquant le pâturage mixte, qui consiste à associer les deux espèces de manière simultanée ou alternée sur une même parcelle (Marley et al., 2006 ; Joly et al., 2022). La mixité ovins–bovins apporte donc plusieurs leviers de flexibilité permettant au système de faire face aux aléas économiques, climatiques et liés au travail (Mugnier et al., 2021). Cependant, celle-ci implique souvent une charge de travail ressentie comme accrue, une nécessité d’être compétent sur les deux espèces et des investissements conséquents dans du matériel d’élevage adapté à chaque espèce, comme par exemple l’achat de clôtures spécifiques pour les deux espèces et leur aménagement particulier pour la mise en place du pâturage mixte (Dumont et al., 2023). Néanmoins, cette complexité peut contribuer à diminuer la monotonie et à accroître la satisfaction au travail (Schanz et al., 2023 ; Cournut et al., 2024). Afin d’aider les éleveurs mixtes à tirer avantage de l’association d’espèces, ainsi que ceux qui souhaitent s’y engager, il est important de les accompagner. Les conseillers des éleveurs restent aujourd’hui très spécialisés et accordent peu de place à une approche plus globale qui parait pourtant nécessaire dans ces systèmes mixtes (Dumont et al., 2023). Ainsi, les acteurs du conseil en élevage doivent s’adapter à de nouveaux besoins en termes de conseils et de services (Labarthe, 2022), incluant notamment la double production. En raison du manque d’accompagnement sur ce type de mixité et de la spécialisation des conseillers, les éleveurs mixtes ovins-bovins auraient recours à un « double réseau » d’accompagnement constitué de plusieurs conseillers spécialisés dans une production. Notre objectif est de comprendre comment la circulation de savoirs entre éleveurs et acteurs de l’accompagnement est structurée dans la perspective d’améliorer la conduite des élevages mixtes ovins-bovins, selon le point de vue des éleveurs.
Cet article propose donc, après avoir décrit le dispositif d’enquête et de traitement des données, d’analyser le processus d’accompagnement chez les éleveurs mixtes ovins-bovins et d’identifier les thématiques, les acteurs du conseil mobilisés et les modalités de recherche d’information mises en place par les éleveurs. Des pistes d’action favorisant la circulation des savoirs au sein des élevages mixtes ovins-bovins seront ensuite proposées.
Matériel et méthodes
Zones d’étude, sélection des élevages étudiés et collecte des données
Cette étude a été réalisée dans le cadre de l’action « Dispositif et outils de conseil » du projet CASDAR ACCOMPLiR (Accroître la COMplémentarité ovin – bovin pour Plus de Résilience). L’objectif était de mieux comprendre les besoins en accompagnement des éleveurs mixtes ovins-bovins pour identifier leurs attentes et accompagner le conseil en élevage mixte. Des éleveurs ont été enquêtés dans des bassins de production traditionnels : régions du centre de la France (Limousin, Auvergne, Bourgogne) pour les élevages mixtes ovins viande - bovins viande (OV-BV) et régions montagneuses du sud de la France (Pyrénées-Atlantiques, Aveyron) pour les élevages mixtes ovins lait - bovins viande (OL-BV).
Les contacts de la plupart de ces éleveurs nous ont été fournis par des structures d’accompagnement partenaires du projet ACCOMPLiR (Chambre d’agriculture, coopératives de services d’appuis techniques et génétiques).
Pour recueillir la parole des éleveurs tout en les laissant librement développer leurs idées et suivre leur raisonnement, il a été choisi de collecter les informations par le biais d’entretiens semi-directifs constitués à la fois de questions ouvertes et fermées dont l’ordre d’apparition est flexible (Fassin, 1990). Trente-six entretiens semi-directifs durant environ une heure ont ainsi pu être conduits sur l’exploitation ou au téléphone (21 éleveurs mixtes OV-BV et 15 éleveurs mixtes OL-BV). Ils ont porté sur les structures, les caractéristiques techniques du système, la répartition du travail au sein de l’exploitation, le sens que les éleveurs donnent à leur métier, les difficultés auxquelles ils font face en tant qu’éleveurs mixtes ovins-bovins, les besoins qu’ils expriment, l’accompagnement individuel qu’ils reçoivent, et la manière dont ils cherchent les informations. Les enquêtes ont été enregistrées avec le consentement des personnes interrogées, puis retranscrites pour être analysées.
Analyses des données
Notre analyse thématique du discours s'est déroulée en plusieurs étapes. La première a consisté à étudier la pratique du pâturage mixte par les éleveurs, qui est une pratique spécifique des systèmes mixtes ovins-bovins, en identifiant les freins et les besoins d’accompagnement à sa mise en place.
Dans la deuxième étape, les thématiques sur lesquelles les éleveurs souhaitaient être mieux accompagnés, ont été identifiées. Ces dernières ont été regroupées en quatre domaines d’élevage connus comme fortement liés à la mixité (Martin et al., 2020 ; Mugnier et al., 2021 ; Joly et al., 2022 ; Prache et al., 2023) : le pâturage et l’alimentation de manière générale, le parasitisme et la santé des animaux, les bâtiments et le matériel d’élevage, et enfin les thématiques des charges de travail et administrative. Par domaine, des calculs de fréquence de citations ont été effectués.
Une troisième étape a eu pour objectif de modéliser le réseau socioprofessionnel mobilisé par les éleveurs pour la recherche d’informations sur une thématique sous forme de sociogrammes qui représentent de manière schématique et visuelle les interactions entre les éleveurs et les différentes structures d’accompagnement (tableau 1), d’après la méthode décrite par Leclerc et Jacob (2016). De plus, l’analyse des sociogrammes a permis d’identifier les thématiques et les espèces animales pour lesquelles les structures d’accompagnement étaient sollicitées par les éleveurs mixtes ovins-bovins.
Dans une dernière étape, nous avons cherché à savoir par quels moyens s’informent les éleveurs en dehors de l’accompagnement individuel via l’étude de quatre modalités de recherche d’information (Magne et al, 2007 ; Mugnier et al, 2012) :
- La recherche par les pairs, c’est-à-dire l’échange d’informations avec d’autres éleveurs, de manière formelle au sein d’un groupe d’échange, ou informelle auprès de la famille ou d’amis,
- La lecture de la presse professionnelle agricole papier,
- La participation à des journées de formation,
- L’utilisation de ressources numériques (presse en ligne, références et articles en ligne, applications, etc.).
Les différences structurelles et organisationnelles entre les systèmes d’élevage allaitant et laitier peuvent être la source de difficultés, de besoins et d’accompagnements différents (Cournut et Chauvat, 2010). Ainsi, nos analyses ont été menées de manière séparée entre les deux types de systèmes mixtes car les éleveurs mixtes associant OL-BV et ceux associant OV - BV ne font pas toujours face aux mêmes difficultés. Ainsi, les besoins, l’accompagnement et les moyens d’informations des types d’éleveurs mixtes peuvent ne pas être identiques.
Tableau 1 : Classification des structures d’accompagnement étudiées
Type de structure | Abréviation | Description |
Chambre d'agriculture | CA | Etablissement public d’accompagnement des exploitations agricoles et de leurs filières pour améliorer la performance économique, sociale et environnementale |
Coopérative | C | Service de conseil en élevage des coopératives qui achètent des animaux, de la viande ou du lait pour permettre leur commercialisation |
Centre de gestion | CDG | Service d’accompagnement en gestion comptable, juridique et fiscale |
Entreprise de conseil en élevage | EC | Entreprises spécialisées dans le conseil en élevage et conseillers indépendants, associée ou non à un schéma génétique |
Fournisseur | F | Service de conseil en élevage des entreprises vendant des matières premières (notamment aliments pour animaux ou semences) aux éleveurs |
Groupement de défense sanitaire | GDS | Association qui assure la formation des éleveurs sur le plan sanitaire, protège et améliore l’état de santé des animaux et leur bien-être |
Vétérinaire | V | Entreprise privée en charge de la santé des animaux |

Résultats
Présentation des élevages étudiés
Trente-six élevages mixtes ovins-bovins ont été enquêtés dans le cadre de cette étude, dont les principales caractéristiques sont présentées dans le tableau 2.La grande majorité (78 %) des éleveurs se sont installés dans le cadre d’une reprise de l’exploitation familiale, le plus souvent celle des parents. Seuls 22 % d’éleveurs se sont installés hors cadre familial, et ce sont pour la plupart des mixtes OV-BV (6/36 versus 2/36 en OL-BV). Le nombre d’unités de travail humain (UTH) est assez similaire entre les élevages mixtes OV-BV et OL-BV (respectivement 2,1 et 2,5 UTH). Les exploitations mixtes OV-BV sont en revanche plus grandes en termes de surface agricole utile (SAU), avec une moyenne de 214 ha contre 119 ha pour les élevages mixtes OL-BV. Cependant, ils ont une plus faible proportion de surface fourragère principale (SFP) par rapport à la SAU (78 % contre 91 %) car leurs territoires d’implantation (majoritairement Bourgogne et Auvergne) leur permettent de cultiver des céréales, alors que les éleveurs mixtes OL-BV en ont moins la possibilité du fait de conditions pédoclimatiques plus difficiles (majoritairement Aveyron et Pyrénées-Atlantiques, qui sont des régions de plus haute altitude).
Les exploitations mixtes OV-BV ont des troupeaux ovins et bovins de taille importante (en moyenne 255 ovins et 113 bovins), tandis que les exploitations mixtes OL-BV ont un cheptel ovin très développé (en moyenne 404 animaux) et un atelier bovin de taille plus réduite avec une moyenne de 28 animaux. Dans 60 % des exploitations étudiées, l’atelier ovin est l’atelier économiquement dominant en termes de chiffre d’affaires, selon l’appréciation des éleveurs enquêtés. Cette proportion comprend la totalité des élevages mixtes OL-BV (15/15) et une partie des élevages mixtes OV-BV (6/21). Dans les autres élevages mixtes OV-BV, le chiffre d’affaires est soit majoritairement apporté par l’atelier bovin (6/21), soit à l’équilibre entre les deux ateliers (9/21). De plus, 56 % des éleveurs enquêtés ont déclaré avoir recours au pâturage mixte (73 % des éleveurs OL-BV et 43 % d’éleveurs OV – BV). Enfin, dans 53 % des exploitations enquêtées, les bâtiments et/ou les surfaces et/ou la main d’œuvre ne sont pas mutualisés entre les deux ateliers.
Tableau 2 : Caractéristiques des élevages mixtes ovins viande - bovins viande (OV-BV) et ovins lait – bovins viande (OL-BV) enquêtés
Caractéristiques | OV - BV | OL - BV | Total | ||
Nombre d’élevages mixtes enquêtées (EM) | 21 | 15 | 36 | ||
Éleveur et exploitation
| Durée entre installation et 2024 (ans) * | 14 ± 11 [1 - 35] | 24 ± 13 [2 - 42] | 18 ± 13 [1 - 42] | |
Unité de travail humain * | 2,1 ± 0,9 [1 - 3,5] | 2,5 ± 1,3 [1 - 5,5] | 2,3 ± 1,1 [1 - 5,5] | ||
Cadre d’installation (% d’EM) : - Familiale - Hors cadre familiale |
71 29 |
87 13 |
78 22 | ||
Atelier dominant économiquement (% d’EM) : | - Ovin - Equilibre entre les deux espèces - Bovin | 29 43 29 | 100 0 0 | 58 25 17 | |
Surfaces | Surface agricole utile (SAU ; hectares) * | 214 ± 92 [84 - 400] | 119 ± 113 [30 - 500] | 174 ± 111 [30 - 500] | |
Surface fourragère principal (SFP ; hectares) * | 163 ± 73 [72 - 340] | 105 ± 98 [30 - 425] | 139 ± 88 [30 - 425] | ||
SFP/SAU (%) * | 78 ± 11 [50 - 94] | 91 ± 9 [73 - 100] | 83 ± 12 [50 - 100] | ||
Troupeaux | Cheptel ovin * (nombre d’animaux) | 255 ± 80 [30 - 730] | 404 ± 178 [200 - 900] | 317 ± 194 [30 - 900] | |
Cheptel bovin *(nombre d’animaux) | 113 ± 90 [27 - 400] | 28 ± 21 [10 - 100] | 77 ± 75 [10 - 400] | ||
Ratio ovins/bovins * | 3,6 ± 5,1 [0,4 - 24,4] | 17,5 ± 8,5 [9 - 36] | 9,4 ± 9,6 [0,4 - 36] | ||
Part d’éleveurs utilisant le pâturage mixte (% d’EM) | 43 | 73 | 56 | ||
Part d’élevages mixtes avec non mutualisation entre les deux ateliers de l’une des ressources : bâtiments, surfaces, main d’œuvre (% EM) | 57 | 47 | 53 | ||
Légendes : * : valeurs moyennes ± écart-types [minimum - maximum] ; % = pourcentage
Caractérisation du processus d’accompagnement chez les éleveurs mixtes ovins-bovins
Difficultés identifiées par les éleveurs freinant la pratique du pâturage mixte (alterné et/ou simultané)
Au sein de l’échantillon total, 72 % des éleveurs (26/36) ont exprimé au moins une difficulté ou un frein à la mise en place du pâturage mixte alterné et/ou simultané. Les freins ont été mentionnés par une majorité d’éleveurs ne pratiquant pas ce type de pâturage (14/16). Un peu plus de la moitié des éleveurs pratiquant le pâturage mixte ont évoqué des difficultés (12/20).
Les éleveurs mixtes OV-BV expriment plus de difficultés concernant cette pratique que les éleveurs mixtes OL-BV (figure 1) mais un peu moins de la moitié des éleveurs OV-BV mettent en place cette pratique contrairement aux éleveurs OL-BV (Tableau 2). Cela pourrait justifier cette sous-représentation des éleveurs mixtes OL-BV.
Les freins à la mise en place du pâturage mixte sont le plus souvent matériels, notamment liés aux clôtures, mais aussi aux contraintes organisationnelles et sanitaires qui sont aussi déterminantes (figure 1). En effet, le matériel utilisé a été identifié comme une des premières limites pour la mise en place de cette pratique (40 % des éleveurs enquêtés), avec une forte représentation de problèmes liés aux clôtures qui ne sont souvent pas adaptées aux deux espèces (30 % des éleveurs interrogés) (« On ne fait pas de pâturage mixte, chaque troupeau a ses parcelles. On ne l’a pas envisagé. Chaque espèce a ses parcelles, on a fait comme ça et ça va rester comme ça. Le choix des pâtures c’est parce que le cédant faisait déjà comme ça et puis après c’était déjà clôturé, enfin les moutons c’était déjà tout clôturé donc on n’allait pas refaire des clôtures ailleurs non plus. » E11, éleveur OV-BV). Près de 40 % des éleveurs mixtes OV-BV interrogés ont évoqué cette difficulté des clôtures contre seulement 20 % des éleveurs mixtes OL-BV.
Viennent ensuite des contraintes liées au pâturage (15 % des éleveurs interrogés) dues à des parcelles difficilement valorisables par les deux espèces pour différentes raisons comme l’éloignement du bâtiment ou la topographie du terrain (« Après le fait qu’on soit beaucoup en pente, je dirai que y’a des pentes […] où on ne peut pas mettre les bovins. » E29, éleveur OL-BV). Les éleveurs mixtes OV-BV (18 % d’entre eux) ont souvent cité un problème lié au parcellaire non adapté alors que les éleveurs mixtes OL-BV (15 % d’entre eux) ont plutôt évoqué le non-chevauchement des périodes de pâturage entre les deux espèces. Par exemple, dans deux exploitations OL-BV, les brebis sont au bâtiment l’été pour éviter les fortes chaleurs alors que les bovins sont au pâturage durant cette période. De plus, 20 % des éleveurs mixtes OL-BV ont déclaré ne pas vouloir faire pâturer les deux espèces ensemble par peur que cette pratique entraîne une baisse de performance des animaux. Cette crainte n’a été exprimée que par 5 % des éleveurs mixtes OV-BV.
Des difficultés liées à la charge de travail et administrative ont aussi été identifiées par les éleveurs mixtes. La crainte d’une charge de travail augmentée par la mise en place du pâturage mixte a été évoquée par les éleveurs OV-BV et OL-BV (figure 1), mais celle liée à une manipulation des animaux plus compliquée a été soulevée uniquement par les éleveurs OV-BV. Les freins liés à la santé (maladies potentiellement transmissibles entre les deux espèces) et au parasitisme ne sont identifiées que par les éleveurs mixtes OV-BV (évoquées par près de 15 % d’entre eux) (« Mes parents ont eu un problème sanitaire du fait que les moutons et les vaches étaient mélangés, c’était le coryza gangreneux […] même moi je continue à pas mélanger » E16, éleveur OV-BV).
Besoins et accompagnement chez les éleveurs mixtes ovins – bovins en fonction des thématiques abordées et du type de mixité
Plusieurs besoins d’accompagnement ont été exprimés par les éleveurs de manière générale dans divers domaines d’élevage (figure 2). Les demandes les plus importantes ont porté sur la charge de travail et administrative, que les éleveurs aient des ovins lait ou des ovins viande associés à des bovins viande (respectivement 33 % et 20 % des éleveurs). Ensuite, 20 % de l’ensemble des éleveurs ont exprimé des questions liées à la santé. En revanche, les problèmes liés aux bâtiments et matériels ainsi qu’au pâturage et à l’alimentation ont été plus souvent évoqués par les éleveurs mixtes OV-BV que par les éleveurs mixtes OL-BV. De plus, les éleveurs mixtes OV-BV ont exprimé des manques d’accompagnement sur les productions végétales et la reproduction. Une plus grande part des éleveurs mixtes OV-BV exprime un besoin d’accompagnement par rapport aux éleveurs mixtes OL-BV pour la plupart des thématiques, sauf celles sur la santé et le parasitisme (figure 2).
En outre, les besoins d’accompagnement spécifiques à la mixité, exprimés par les éleveurs sont peu nombreux : une personne a évoqué la santé des animaux (en OL-BV), une autre le pâturage (en OV-BV), deux les bâtiments et le matériel d’élevage (en OL-BV et OV-BV), et six la gestion de la charge de travail et administrative (3 en OV-BV et 3 en OL-BV). C’est donc sur cette dernière thématique que les besoins en lien avec la mixité sont les plus importants.
En ce qui concerne l’accompagnement (figure 3), de manière générale, la majorité des éleveurs OV-BV ou OL-BV sont suivis sur les thématiques « santé et parasitisme » (respectivement 76 % et 100 %) et « pâturage et alimentation » (respectivement 71 % et 87 %) contrairement aux thématiques « charge de travail et administrative » (respectivement 14 % et 27 %) et « bâtiments et matériel » (respectivement 5 % et 0 %). Il est à noter que les éleveurs mixtes OL-BV se font plus accompagner que les éleveurs OV-BV, à l’exception de la thématique « bâtiments et matériel ».
Concernant l’accompagnement sur la mixité, plus précisément sur la valorisation des complémentarités entre les deux espèces ou sur l’atténuation de difficultés en lien avec le fait d’avoir deux troupeaux, très peu d’éleveurs y ont recours quel que soit le domaine. Seule une éleveuse s’est dite accompagnée sur la mixité, et plus précisément sur la mise en place du pâturage mixte.
Tableau 3 : Pourcentage d’éleveurs mixtes ovins viande - bovins viande et ovins lait - bovins viande ayant identifiés des difficultés, exprimés des besoins et ayant un accompagnement individuel, par domaine d’élevage
Domaines d’élevage | Pâturage et alimentation | Santé et parasitisme | Bâtiments et matériel | Charge de travail et administrative |
Difficultés identifiées en lien avec la mise en place du pâturage mixte (%) | 19 | 8 | 42 | 17 |
Besoins d’accompagnement exprimés (%) | 14 | 19 | 19 | 28 |
Accompagnement individuel mis en place (%) | 78 | 86 | 3 | 19 |
L’analyse longitudinale du processus d’accompagnement (tableau 3) montre des différences entre les différentes thématiques étudiées. Les données relatives au pâturage et à l’alimentation des animaux, ainsi que celles en lien avec la santé et le parasitisme, suivent des tendances assez similaires : les difficultés identifiées en lien avec le pâturage mixte (moins de 20 % des éleveurs) et les besoins qu’il éprouvent sur ces thématiques sont faibles (moins de 20 % des éleveurs), alors que le taux d’accompagnement individuel est élevé (plus de 75 % des éleveurs). Que les éleveurs expriment ou non un besoin sur ces thématiques, ils nous ont dit recevoir un accompagnement. Ce fort taux d’accompagnement pour une demande faible peut sembler paradoxale au premier abord, mais l’accompagnement quasiment systématique sur les thématiques de la santé et de l’alimentation pourrait expliquer cette faible demande : les éleveurs étant bien accompagnés sur ces thématiques, ils rencontrent moins de difficultés et expriment donc moins de besoins.
La situation inverse est observée au sujet des bâtiments et du matériel d’élevage. En effet, 42 % des éleveurs ont identifié des difficultés dans ce domaine en lien avec la pratique du pâturage mixte. Ces difficultés se sont traduites par des besoins en accompagnement chez 9 éleveurs interrogés, mais, seulement une personne a déclaré avoir un suivi à ce sujet. Une situation similaire peut être observée concernant la charge de travail et administrative. Peu d’éleveurs sont accompagnés dans ce domaine, qu’ils expriment ou non un besoin (7/36 ont un suivi et parmi eux, 4 ont exprimé un besoin). Ainsi, de fortes pertes sont constatées tout au long du processus allant de l’identification d’une difficulté à la mise en place d’un accompagnement individuel.
Recherche d’information par la mobilisation du réseau socioprofessionnel
Choix de la structure d’accompagnement en fonction de la thématique abordée et place de la mixité dans le conseil en élevage

C = coopérative ; CA = Chambre d’agriculture ; CDG = centre de gestion ; EC = entreprise de conseil ; F = fournisseur ; V = vétérinaire
L’étude du réseau d’accompagnement des éleveurs mixtes ovins-bovins à l’aide des sociogrammes (figures 4 et 5) a montré que pour un même domaine d’élevage, ces éleveurs font appel à une structure, voire à deux, mais très rarement à plus. Le type de mixité est aussi un facteur déterminant dans le choix d’un organisme d’accompagnement (tableau 4).
Pour les questions d’alimentation et de pâturage des animaux, il existe une diversité d’acteurs proposant un accompagnement qui sont mobilisés différemment par les éleveurs mixtes OV-BV et OL-BV. L’accompagnement proposé est soit centré sur une seule des deux espèces, soit destiné aux deux espèces mais sans prendre en compte les complémentarités existantes entre elles, à l’exception d’une éleveuse conseillée par un vétérinaire sur la mise en place du pâturage mixte (figures 4 et 5). Les interlocuteurs privilégiés des éleveurs OV-BV sont les fournisseurs d’aliments (33 % des éleveurs OV-BV enquêtés), les Chambres d’agriculture (29 % des éleveurs), suivies des entreprises de conseil et des coopératives (19 %), puis des vétérinaires (14 %).
Les éleveurs OL-BV s’adressent préférentiellement aux entreprises de conseil dont certaines ont aussi un service d’appui génétique. Ils privilégient ensuite les fournisseurs d’aliments (20% des éleveurs), les vétérinaires et les coopératives (13 %).
Sur les thématiques « santé des animaux et parasitisme », les vétérinaires sont les acteurs les plus sollicités par les éleveurs interrogés (67 % des éleveurs en OV-BV, et 100 % en OL-BV) et les interventions portent surtout sur les deux espèces de manière séparée (figures 4 et 5). Ceci indique que la gestion du parasitisme entre les deux espèces n’est pas prise en compte et n’est pas ciblée comme un levier d’action.

La situation est en revanche moins claire concernant l’accompagnement en lien avec la gestion de la charge de travail et administrative, ainsi que sur le matériel et les bâtiments d’élevage. Etant donné que très peu d’éleveurs enquêtés sont suivis sur ces questions, il parait délicat de définir des tendances sur celles-ci. En effet, les éleveurs ne connaissent pas ou ne sollicitent que ponctuellement les structures d’accompagnement dans ces domaines (« On avait des questions sur la ventilation du bâtiment, pour bien le ventiler. On est allé voir plusieurs élevages, on est allé à la Chambre, mais il n’y avait pas de documents bien précis. On a trouvé quelques normes sur internet mais … on n’a pas trouvé franchement de réponse […] les conseillers bâtiments de l’EDE et de la Chambre ... ce n’est pas qu’ils n’ont pas su, mais ils n’ont pas donné des réponses qu’on attendait … » E1, éleveur OV-BV). Même si les accompagnements en lien avec la charge administrative sont majoritairement assurés par les centres de gestion, les thématiques du travail, du matériel et des bâtiments restent peu représentées. Si des conseils sont apportés, ceux-ci ne prennent pas en compte la mixité.
Tableau 4 : Part des éleveurs mixtes (en %) ayant sollicité une structure d’accompagnement pour un suivi individuel en fonction du domaine d’élevage et du type de mixité.
Domaines d’élevage | Pâturage et alimentation | Santé et parasitisme | Charge de travail et administrative | Bâtiments et matériel | |||||
Type de mixité | OV-BV | OL-BV | OV-BV | OL-BV | OV-BV | OL-BV | OV-BV | OL-BV | |
Structures | Coopérative (commercialisation des productions animales) | 19 | 13 | 10 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 |
Chambre d'agriculture | 29 | 0 | 0 | 0 | 0 | 7 | 0 | 0 | |
Centre de gestion | 0 | 0 | 0 | 0 | 14 | 20 | 0 | 0 | |
Entreprise de conseil en élevage | 19 | 53 | 5 | 7 | 0 | 7 | 5 | 0 | |
Fournisseur (approvisionnement en matières premières) | 33 | 20 | 0 | 0 | 0 | 0 | 5 | 0 | |
Groupement de défense sanitaire | 0 | 0 | 10 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | |
Vétérinaire | 14 | 13 | 67 | 100 | 0 | 0 | 0 | 0 | |
Légende : OV – BV = 21 éleveurs mixtes ovins viande – bovins viande ; OL – BV = 15 éleveurs mixtes ovins lait – bovins viande
Mobilisation de l’information par le réseau personnel et recherche d’information
Alors que les ressources numériques sont de plus en plus nombreuses et faciles d’accès, les éleveurs mixtes ovins-bovins interrogés ont préférentiellement recours à des modalités de recherche d’information plus conventionnelles, comme l’échange avec d’autres éleveurs, la lecture de la presse agricole et la participation à des journées de formation (figure 6). En effet, ces trois modalités sont mobilisées par plus de 50 % des éleveurs interrogés contrairement aux ressources en ligne.
Cependant, les comportements de recherche d’information ne sont pas homogènes entre éleveurs mixtes OV-BV et OL-BV. Les éleveurs mixtes OV-BV ont plus recours aux échanges entre éleveurs (71 % contre 53 %) et aux journées de formation (67 % contre 47 %) que les éleveurs mixtes OL-BV. Au contraire, les éleveurs mixtes OL-BV ont une utilisation plus importante de la presse agricole (73 % contre 57 %) et des ressources numériques (40 % contre 33 %) que les éleveurs OV-BV.
Ces quatre modalités de recherche d’informations sont mobilisées par les éleveurs dans des contextes différents. Premièrement, la recherche d’informations par les pairs est mise en place dans deux types de situations. Elle peut être active, lorsqu’un éleveur demande à ses collègues des informations dont il a besoin, ou passive en échangeant des informations au cours d’une discussion dont ce n’était pas le but premier. Les sujets abordés sont très divers chez la plupart des éleveurs. Néanmoins, quelques-uns ont déclaré consulter leurs pairs sur des sujets précis (par exemple : des maladies ovines, des méthodes alternatives ou des problèmes de culture).

Ensuite, la presse agricole est surtout utilisée comme un outil de veille, tandis que le recours aux ressources numériques est mis en place par les éleveurs lorsqu’ils cherchent une solution à un problème précis et identifié (par exemple la gestion des prairies, un problème de santé des animaux). Certains mobilisent différentes applications ou outils d’aide à la décision numérique. Enfin, la participation aux journées de formation est perçue comme un moyen de s’initier à une thématique ou d’en apprendre plus collectivement avec d’autres éleveurs et professionnels.
Bilan sur la circulation des savoirs en élevage mixte ovins – bovins du point de vue des éleveurs
Nos résultats d’enquête révèlent que l’accompagnement sur les questions spécifiques à la mixité est très peu répandu, voire inexistant sur certaines thématiques (notamment le travail), même si des difficultés ont été exprimées par les éleveurs. Ceci peut être mis en parallèle avec la conduite des deux troupeaux.
Dans les exploitations de notre échantillon, les deux espèces sont souvent gérées indépendamment l’une de l’autre, avec des moyens de production qui leur sont propres, allant des ressources alimentaires à la main-d’œuvre, en passant par le matériel et les bâtiments (53 %, tableau 1). Il semblerait qu’il soit difficile pour ces éleveurs d’identifier les besoins, de rechercher des informations et des possibilités de mutualisation des ressources entre les deux espèces et de les mettre en place pour bénéficier des avantages offerts par la mixité ovins-bovins.
Pour chacun des domaines étudiés, un double décalage apparait dans le processus d’accompagnement des éleveurs. Un premier entre l’identification d’une difficulté et l’expression d’un besoin en accompagnement, et un second entre l’expression de ce besoin en accompagnement et sa mise en place effective.Les enquêtes ont aussi révélé que pour une thématique donnée, au niveau de l’accompagnement des éleveurs, deux tendances se dessinaient :
- Les éleveurs s’entourent d’un « double réseau » de conseillers, l’un spécialisé ovin et l’autre bovin, qui travaillent pour la même structure (cela concerne notamment les Chambres d’agriculture, les coopératives et les entreprises de conseil). Cette tendance est particulièrement marquée sur les thématiques de l’alimentation et du pâturage, même si certains éleveurs font parfois le choix de ne se faire accompagner que sur l’atelier ovin.
- Un conseiller polyvalent accompagne les éleveurs sur les deux espèces, mais sans lien avec la mixité (cela concerne notamment les fournisseurs et les vétérinaires).
La figure 7 présente une modélisation de la circulation des savoirs en élevage mixte ovins – bovins, montrant comment les éleveurs s’informent, sur quelle thématique et par quel canal (conseil individuel, formation, presse, internet, autres agriculteurs). Elle permet aussi de visualiser les points de blocage dans la circulation des savoirs dont certains sur les bénéfices de la mixité et sur les décalages entre l’expression d’une difficulté, d’un besoin et d’une demande d’accompagnement individuel.
Discussion
Notre étude a permis de mieux comprendre les difficultés rencontrées, les besoins d’accompagnement, le réseau des structures d’accompagnement des éleveurs mixtes ovins–bovins ainsi que le type de sources d’informations mobilisées selon deux types d’association ovins (lait ou viande) et bovins (viande). Cela nous a permis de mieux caractériser et comprendre la circulation des savoirs sur la mixité et la conduite des systèmes mixtes auprès des éleveurs mixtes ovins–bovins. Trois résultats découlant de cette étude seront discutés : 1/ mise en évidence de spécificités dans l’accompagnement et la circulation des savoirs entre les deux types d’association ovins-bovins ; 2/ décalage entre les difficultés, les besoins et l’accompagnement mis en place sur la mixité, et 3/ pistes d’action pour favoriser la circulation des savoirs et l’accompagnement de ces systèmes mixtes.
Spécificités du type de mixité ovins–bovins dans la circulation des savoirs
Des différences ont été observées dans nos analyses entre les types d’association ovins-bovins, en termes de difficultés identifiées sur la mise en place du pâturage mixte, de besoins et du type de structures d’accompagnement sollicité. Les éleveurs mixtes OL-BV ont en effet mentionné moins de difficultés que les éleveurs OV-BV. Les facteurs explicatifs de cette différence n’ont pas pu être approfondis dans l’enquête. Néanmoins, quelques-uns peuvent être suggérés : la présence de la traite des brebis laitières qui favoriserait leur docilité et par conséquent leur manipulation, la pratique de la transhumance des ovins laitiers, l’absence de clôtures dans les estives pyrénéennes, ou la survenue d’épisodes sanitaires dans le centre de la France entrainant une séparation des deux troupeaux au pâturage.
Les éleveurs OL-BV sont plus conseillés sur les thématiques de l’alimentation, du pâturage, de la santé et du parasitisme que leurs homologues OV-BV. Ce meilleur taux de suivi des éleveurs mixtes OL-BV pourrait expliquer pourquoi ils ont exprimé moins de besoins en accompagnement et évoquent moins de difficultés que les éleveurs mixtes OV-BV.
De plus, la recherche d’information diffère entre les deux types d’éleveurs mixtes. Les éleveurs OV-BV semblent plus enclins que les éleveurs OL-BV à chercher des informations par des interactions sociales avec d’autres éleveurs ou professionnels de l’élevage. Ces différences mettent en évidence l’existence de besoins d’accompagnement spécifiques selon :
- le type de production : Frappat et al. (2005) ont étudié les attentes des éleveurs bovins en matière de conseil et ont notamment relevé des différences entre éleveurs de bovins laitiers et allaitants. Ces derniers accordaient plus d’importance à l’autonomie et avaient donc moins recours au conseil que les éleveurs laitiers. Cela laisse penser que la présence d’un atelier laitier implique un accompagnement technique renforcé.
- l’espèce animale : Mugnier et al. (2012) ont mis en évidence des différences en termes d’accompagnement et de recherche d’information entre des éleveurs spécialisés en bovins allaitants et ceux spécialisés en ovins allaitants. Mugnier et al. (2021) ont également identifié des spécificités dans la manière d’associer les deux espèces ovines et bovines en fonction du type de production bovine (lait ou viande).
Néanmoins, nos résultats indiquent que ces spécificités associées à la conduite des troupeaux mixtes avec un faible partage de ressources tendent à cloisonner la circulation de savoirs par espèce. Ceci rend difficile l’étude et la compréhension de problématiques transversales et systémiques entre les deux troupeaux, par exemple l’optimisation des ressources alimentaires et la gestion de la charge de travail. Ainsi, un effet spirale de renfoncement mutuel entre aucune pratique du pâturage mixte et accompagnement segmenté (c’est-à-dire séparation de la gestion des troupeaux, des surfaces et du travail par espèce) semble maintenir un fonctionnement séparé des deux troupeaux dans les exploitations mixtes, comme s’il s’agissait de deux exploitations spécialisées (« Moi j’ai la responsabilité du troupeau lait totalement [ovins] et lui, c’est pareil. [...] les vaches, pour gérer le troupeau, les ventes, je n’y mets pas le nez et vice-versa. » E34, éleveur OL-BV).
Décalage entre les besoins des éleveurs et l’accompagnement
Il ressort de notre travail que l’accompagnement est très segmenté entre domaines (santé, alimentation, matériel, travail, etc.) et entre espèces (ovins et bovins). Cette conclusion rejoint celles de Dumont et al. (2023) sur la durabilité des exploitations d’élevage multi-espèces. Ils expliquent qu’un des principaux freins à la mise en place d’activités de poly-élevage est la trop forte spécialisation des conseillers et des formations proposées aux éleveurs, qui tient peu compte de la mixité, et plus globalement le manque d’approche multi-domaines des exploitations d’élevage. Cependant, face à la diversification des productions et des activités des exploitations agricoles, le conseil doit s’adapter à de nouveaux besoins en termes d’accompagnement et de service, incluant notamment la mixité ovins-bovins. Ainsi, le renforcement d’une approche globale de l’élevage dans la formation initiale et continue des conseillers et techniciens leur permettrait de mieux répondre aux besoins des éleveurs mixtes ou souhaitant se diversifier.
Cette forte segmentation du conseil en élevage se traduit notamment dans le fait que très peu d’éleveurs se font accompagner sur les thèmes du travail et des bâtiments d’élevage, contrairement aux domaines de la santé et de l’alimentation. Cependant, d’autres facteurs peuvent expliquer ce phénomène, comme la régularité et la fréquence à laquelle les éleveurs ont besoin d’accompagnement sur les différentes problématiques.
Ainsi, pour la plupart des éleveurs, les questions relatives à l’alimentation et à la santé des animaux sont abordées une ou plusieurs fois par an, ce qui rend le conseil indispensable de leur point de vue. Au contraire, les besoins liés au matériel et au bâtiment sont beaucoup plus ponctuels car ils concernent souvent des investissements importants (remplacer des clôtures, acheter des abreuvoirs ou mangeoires adaptés au pâturage mixte, reconcevoir un bâtiment d’élevage, …) (Couzy et al., 2007). Cela pourrait expliquer pourquoi si peu d’éleveurs se disent accompagnés sur cette thématique. La dimension travail est de plus en plus prise en compte par les structures d’accompagnement et abordée entre les éleveurs et les conseillers (Kling-Eveillard et al., 2012 ; Coquil et al., 2018), mais des difficultés persistent, comme l’autocensure des éleveurs qui pensent ne pas pouvoir être accompagnés sur ces questions et ne génèrent donc pas de demande auprès des conseillers qui les accompagnent (Frappat et al., 2005).
Notre étude a aussi mis en évidence de fortes discontinuités dans le processus d’accompagnement des éleveurs mixtes, correspondant à deux blocages : un premier, entre l’identification d’une difficulté et l’expression d’un besoin en accompagnement, et un second, entre l’expression d’un besoin et l’implication dans une démarche d’accompagnement individuel.
Cinq raisons sont souvent avancées dans la littérature pour expliquer ce premier blocage :
- Le coût du conseil, bien que cet argument cache souvent une méconnaissance de l’offre d’accompagnement (Frappat et al., 2005).
- Une insatisfaction du conseil, que les éleveurs justifient par le manque de compétence dans leur domaine des conseillers qui les ont accompagnés par le passé (Frappat et al., 2005).
- Une forte volonté d’autonomie, soit car les éleveurs se sentent suffisamment informés, soit car leur exploitation fonctionne en routine (Frappat et al., 2005).
- L’accès facilité aux sources d’informations consultables en autonomie qui permet de se passer de conseillers sur certaines thématiques (Magne et al., 2005).
- Le fait que certaines thématiques, comme le travail, soient des sujets tabous car cela impliquerait l’entrée du conseiller dans l’intimité personnelle et familiale de l’éleveur (Kling-Eveillard et al., 2012).
Le second blocage est moins bien documenté dans la littérature, mais il est parfois expliqué par la difficulté de la construction d’une relation durable entre conseiller et éleveur, qui est essentielle pour aborder des sujets difficiles et personnels (Magne et al., 2007).
Pistes d’actions favorisant la circulation des savoirs et l’accompagnement des éleveurs mixtes ovins-bovins
La mixité d’espèces ovins-bovins au sein d’une exploitation agricole requiert des connaissances techniques spécifiques des élevages d’ovins et de bovins, mais aussi sur les spécificités liées à la conduite simultanée des deux espèces. Le pâturage mixte est une pratique apportant des avantages (valorisation de l’herbe, gestion du parasitisme) spécifique à l’exploitation mixte mais elle n’est pas toujours pratiquée, comme le montre nos résultats et de précédentes études (Mugnier et al., 2021). Ainsi, la diffusion des savoirs acquis sur cette pratique (modalité d’association des deux espèces, matériels) semble nécessaire pour favoriser le passage au pâturage mixte. Cette diffusion pourrait se faire par l’intermédiaire de la presse agricole, puisqu’elle reste un des moyens de recherche d’information majoritaire chez les éleveurs mixtes ovins-bovins. Enfin, pour répondre aux besoins liés au pâturage mixte, il est important de renforcer la place du conseil en bâtiment et matériel, dont peu d’éleveurs bénéficient actuellement. Ce constat s’impose en élevage mixte ovins-bovins, mais est généralisable à tous les systèmes d’élevage (Couzy et al., 2007).
Le renforcement de l’accompagnement administratif à destination des éleveurs permettrait de mieux prendre en charge la lourdeur administrative liée au fait d’avoir deux ateliers herbivores. Il est également nécessaire de proposer et de faciliter l’accès à des formations portant sur la gestion de la charge de travail et de mettre en place sur les territoires d’élevage mixte ovins-bovins des groupes d’échanges entre éleveurs mixtes, pour favoriser la circulation des savoirs et les retours d’expérience sur l’organisation et la répartition du travail en élevage mixte. Comme nos résultats l’ont montré sur les modalités de recherche d’information des éleveurs, l’échange entre pairs a été très souvent évoqué par les éleveurs comme sources d’information. Enfin, un accompagnement renforcé sur les thématiques des charges de travail et administrative, et du matériel d’élevage serait facilité par l’inclusion de ces thèmes dans la formation initiale et continue des conseillers intervenant en élevage mixte ovins-bovins.
Les points de blocage ont été identifiés auprès d’un échantillon d’éleveurs mixtes bovins – ovins qui sont en contact avec au moins une structure d’accompagnement. Il serait pertinent de mieux connaître les réseaux auxquels participent les éleveurs mixtes qui n’ont pas d’accompagnement individuel.
Nos résultats laissent supposer que les principaux canaux possibles sont l’échange entre pairs, la presse agricole ou les ressources en ligne. Afin de développer la circulation des savoirs et de toucher différents types d’éleveurs, une diversité des modes de diffusion de ces savoirs sur la mixité et des solutions aux difficultés spécifiques à la conduite d’un élevage mixte ovins-bovins doivent être privilégiées (Mugnier et al., 2012).
De même, nos résultats montrent que le conseil apporté aux éleveurs par les acteurs de l’accompagnement est fortement segmenté et spécialisé sur une production, voire sur un domaine d’élevage (alimentation, santé...). Il nous semble important de poursuivre cette étude en menant des entretiens auprès de conseillers en élevage afin de mieux comprendre, d’une part, comment les savoirs sur la mixité circulent au sein des structures d’accompagnement et entre différentes structures (échanges, collaboration), et, d’autre part comment ces structures s’organisent pour répondre aux attentes des éleveurs mixtes et les accompagner. Ce point de vue des conseillers pourra être mis en regard de celui des éleveurs sur l’accompagnement. Ceci permettra d’avoir un éclairage complet sur la circulation des savoirs concernant la conduite de la mixité et in fine d’identifier des pistes d’amélioration de l’accompagnement pour pallier les manques et les difficultés des éleveurs
Dans la continuité de nos travaux, il serait intéressant de mettre en lien les résultats relatifs à la circulation des savoirs en élevage mixte ovins-bovins, et ceux concernant le sens du métier des éleveurs mixtes (Dejob et al., 2025). En effet, des éléments constitutifs du sens du métier, propres aux éleveurs mixtes ovins-bovins ont été identifiés, et comme cela est suggéré dans la littérature (Chauvat et al., 2016), la synthèse de ces informations pourrait permettre de mieux comprendre les besoins et les attentes des éleveurs mixtes, d’adapter l’accompagnement prodigué par les conseillers en prenant en compte l’identité de l’éleveur et du sens qu’il donne à son métier.
Conclusion
Cette étude a montré que la mixité était peu abordée en tant que telle dans l’accompagnement des éleveurs et que le conseil devait prendre en compte les spécificités des types d’association ovins–bovins, n’ayant pas les mêmes besoins et les modalités de recherche de solutions et d’information. Des décalages entre les difficultés énoncées par les éleveurs mixtes sur la pratique du pâturage mixte, les domaines d’élevage qui nécessitent des besoins d’accompagnement et ceux réellement accompagnés bloquent la circulation des savoirs sur la mixité. L’analyse des réseaux montre une spécialisation de l’accompagnement, qui prend surtout la forme de « double réseau » de conseillers au sein d’une même structure d’accompagnement. Cette configuration semble favoriser les blocages dans la circulation des savoirs sur la mixité. La combinaison entre la manière dont les éleveurs s’informent et les connaissances des réseaux d’acteurs de conseil mobilisés a permis de proposer plusieurs pistes d’action : enseignement, formation, diffusion sur différents canaux (internet, presse, groupe d’échanges entre pairs, journées d’information collective, conseil individuel).
Dans la perspective de promouvoir et soutenir le développement de systèmes d’élevage mixtes, il est primordial de rapprocher les éleveurs des structures d’accompagnement et de dépasser le fonctionnement dichotomique par espèce au sein des élevages et des structures d’accompagnement et aller vers l’appréhension de l’exploitation dans sa globalité.
Remerciements
Les auteurs remercient les éleveuses et éleveurs mixtes enquêtés, les conseillères et conseillers contactés tout au long de ce travail, Sylvie Cournut, Hermance Dejob et Sarah Moulinier ainsi que l’équipe du projet CADSAR ACCOMPLiR (Accroître la COMplémentarité ovin-bovin pour Plus de Résilience). Ce travail a bénéficié du soutien financier du Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire et de FranceAgriMer dans le cadre des projets CASDAR Co-Innovation.
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